PRAGMATIQUE SANCTION
UDe opposition forte n'était pas encore dans les opinions; ils furent obligés décéder. Une faut jamais perdre de vue, même au moyen âge, Faction toute puissante des masses; elles dominent les volontés; aussi lorsque leur esprit se modifia Tautorité des rois trouva des appuis ; et , à la fin du XIII* siècle , les couronnes purent suivre une résistance systématique contre la cour de Rome.
C'est au règne de Saint-Louis qu'on peut placer le résultat accompli de la séparation du gouvernement civil d'avec celui de FÉglise. Alors les jurisconsultes posèrent nettement les premières maximes qui servirent depuis de fondement à la Pragmatiques-Sanction '. Ainsi 9 FËglise ne fiit plus le principe de toute chose , la fin de tout gouvernement , la base absolue de la société. Il se forma, à ses côtés, une autre souveraineté régulière', avec ses lois et sob institution propre. La royauté territoriale
1 Recueil des ordonnances, t. i, p. 97. Les altramontains ont Toula nier l'authenticité d'un acte où se trouvent ces ezprissioos : les eœaeiians intotérabiM de ta cour «U Rome, Mais son authenticité a été éloquemment prouvée par Bossuet.'Def. eccies. Gallican. 1. zi, c. 9.
nmURB DBS ÉGLISES. ^21
ne proscrivit point , sansdoute, les règles et les prescriptions religieuses ; mais elle ne fut plus VLtie succui^ale de Rome ;quoique non encore nettement définie , l'autorité nourelle entraînait les esprits yers cet ordre de choses, que la réforme du seizième siècle accomplit. En effet, OH ne saurait trop le répéter, c'est au douzième siècle que les premiers germes de toutes ces grandes modifications sociales furent jetés ; ils éclatèrent plus tard violemment ^ parce qu'ils étaient dans les idées populaires.
Le clergé eût pu s'opposer quelque temps à ce grand mouyement des opinions , si , par la sévérité de ses moeurs , il eût conservé sur le peuple le lioble ascendant de là vertu. Il y a, dans le spectacle des macérations et des jeûnes de la vie monacale , quelque chose de surnaturel qui frappe le vulgaire. Le sacrifice des jouissances actuelles pour conquérir de célestes récompenses excite une sorte de respect superstitieux , car elles supposent des Ames d'une trempe plus forte ; la vie du désert des premiers cénobites chrétiens n'avait pas peu contribué à fonder le puissant ascendant des ordres monastiques ; mais aux on-
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zième et douzième . ^èdes » toutes ce$ traditiops de vertus s'étaient efTacées ; les richesses des monastères , leurs nombreux revenus , qui s'accroissaient chaque année par des donations pieuses , avaient introduit tout le luxe et toutes , les jouissancesdela vieparmilesheureuxreclus. Les tables de Giteaux et de Clairveaux rivalisaient avec les somptueux repas des rois et des plus riches barons g on élevait avec grand soin des cuisiniers « dont toute Voccupation était de varier les plats et d'exdter de nouvelles jouis» sauces parmi les nombreux convives. Pour donner une idée de cette fertilité d'invention • on avait trouvé vingt-huit manières d'arranger les œufs pour les jours d'abstinence , et dans ces jours encorcy les saumons, la lamproiot mêlés à de précieux aromates, rompaientJa mo* notonie du maigre \ Que dirons-nous des vins, recueillis avec soin dans des dos choisis» et conservés dans de larges ampbores pendant de Iongqçft années avant de paraître sur la table descénobites*? Oq s'en donnait jusqu'à l'ivresse les
1 JaoqocB de Vitry a fait un tableau trop rembrani pour n'èfre pas un peu exagéré , des mœurs du clergé à cette époque* Hist. Orient, p. 690.
a Traité de Pierre-îe<Ghantre, chap. a5 à 29, et 3i-44-
SATYRES GONTBE 1ë8 CLBRGS. 235
]oui*8 des graii4^s solennités de Tannée , pour Pâques et surtout à NoëL On ne se refusait pas non plus les mies et les filles de joie ; les prédicateurs et les conciles s'élevaient contre ces manvaises moeurs, contre la lubricité des clercs qui, selon Texpression de sain tBernard, les faisait courir, comme des satyres, après les femmes de mauvaise vie*
Cette immoralité , qui caractérisait surtout ^ les chanoines e( le clergé libre , n'était pas de nature à leur conserver un ascendant populaire ; aussi évèques, moines et clercs, commencèrent-ils , dès le XIP siècle, d'être l'objet de censures violentes, et qui trouvèrent des écbos dans la multitude , ce qui est une preuve évidente qu'ils perdaient de leur .crédit, et que l'opinion les menaçait déjà d'une grande réforme*. Les poésies des trouvères et des troubadours, aussi populaires, aussi répandues que les journaux aujourd'hui, leur reprochaient sans cesse leurs richesses , leur luxe et leur débauche'; les rois s'en plai-
1 C'est daoal'objet de faire connaître cette liberté d'opinion » que l'ai souvent rapporté les chants des f rouvères et des troubadours; on a dit que ces roonumeos doonaient souvent des faits faux^ des dé-
aa4 BEsom d'umb réformb.
gnaient tout haut dans leur cour , et Ton a tu quels étaient les desseins de la ligue de Bouyine par rapport aux églises*
Ainsi ^ une réforme morale paraissait une chose inéyitable pour le clergé, car elle était dans les esprits ; sa position s'aflbiiblissait chaque jour, et quoique, de fait, encore en possession d'un immense ascendant , la force Tabandonnait, et il était menacé d'ime ruine plus ou moins inunédiate. La réforme était tellement un besoin, qu'elle édatait même dans ce siècle ; rhérésie des albigeois ne fut, à yraî dire, qu'une tentative un peu prématurée d'une réformation morale. A côté des opinions mystiques empruntées aux systèmes des manichéens et des gnostiques , cette hérésie tendait à réduire l'Église à sa simplicité primitive; plus de luxe d'habits, plus de culte de saint, plus de ces pompes cléricales qui frappaient
tails supposés ; mais je ne les ai jamais rapportés comme documens pour prouver un fait , mais comme monumens propres à nous faire connaître Tétat des opinions contemporaines; il est éfident qu'il j a dans ces joyeusçs satyres une cfouieur de l'époque, une vérité locale qu'on ne retrouve pas toujours dans la chronique des moines.
RÉFOBMATION BANS l'ÉGLISE. !2a5
l'ima^natiop. C'était la vie primitiTe des diacres et des néopfaites, les austérités des cénobites qu'elle cherchait à ramener dans le sein de la grande communauté chrétienne. Elle repoussait toutes les hiérardiies empruntées à l'ordre ciyil , toutes les distinctions en dehors des' idées religieuses. Lies albigeois suiyaient le plan de réformution du XY'' siècle • avec cette différence que les masses n'étaient point encore complètement préparées au mouvement dans lequel on les appelait.
Les pontifes romains et les «hefs de l'Église étaient trop supérieurs à leur époque pour ne point comprendre les dangers qui les menaçaient , si ces nouveautés allaient à leur but ; aussi , un système de résistance fut organisé pour s'opposer à ce progrès des forces nées en dehors du catholicisme.
Afin de conserver le même ascendant sur les esprits « l'Église sentit le besoin de hxve dans son sein sa propre réforme , et de ramener à la pureté des moeurs les clercs téméraires qui s'en écartaient. Tous les canons des conciles généraux et provinciaux contiennent sur ce sujet des dispositions sévères. On défend aux
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