JURIDICTION CIVILE, SI
été découYerl , une autre révolution s'opéra ; les codes des empereurs furent la source où l'on puisa pour la décision des questions d'intérêts publics on privés \ Il y avait dans ées grands monumens de la civilisation romaine quelquesuns de ces principes généraux qui élevaient l'esprit vers les nobles régions de la philosophie; les lois des Césars , les sages avis des juriscon-suites furrat préféré aux décisions théologiquet des conciles ou des canons ; les Pandectes de^ vinrent l'objet d'une étude spéciale; des chaires furent créées pour l^enseignement du code et des institutes. Dès ce moment la juridiction cléricale fut restreinte ; les rois établirent un autre mode de procéder , un système judiciaire de prévots-baillis , indépendant de toute influence reli^euse ; dans les localités les coutumes fiirent écrites, et les villes, les seigneurs, eurent des magistrats dont l'intérêt se trouva eu opposition aveclà juridiction cléricale'. Cette
i Les Pandectes furent d^abord expliquées à Paris-;' pais il y eut des chaires & Montpellier, Orléans, Angers. Dm. Vaissète, hist. de la Langaedoc, 1. xzti» n. 71.
2 Grosley, recherches sur le droit français, p. ia3; Pasquier, recherches , 1. iz; et Tezcellent ouvrage de M. de Savigni , sur le droit romain dans le moyen Age.
2l8 RÉSISTANCES CONTRE l'ÉGLISE.
rÎTalUë dura jusqu'au triomphe complet dé la^ juridicticm laïque.
Les progrès opérés dans les scieuoes, faibles encore* tendaient néanmoins au même but de Témancipâtion de la pensée et de l'affaiblissement du pouvoir de l'Église. L'intelligence et la comparaison des faits nuisent toujours au principe d'autorité. Toute découyerte dam l'onir^ inlellectud, comme dam l'oidre phy«que , est incompatible avec la foi qui commande de croire et d'adorer. Je ne veux point présenter les XIP et Xllt siècles comme des époques de grandes nouveautés et, par conséquent, d'une rébellion audacieuse au catholicisme; mais des faits nombreux , comme nous aurons bientôt occasion de le dire, fiirent constatés ; laph jsique , l'astronomie , ]a navigation , obtinrent quelques progrès , et tout cela fit entrer dans la société des besoins , des idées nouvelles , et préparsdt ainsi une grande révolution.
Si , de l'ordre intellectuel , nous passons au gouvernement politique , à l'action matérielle sur la société, nous trouvons en tous points des résistances qui se multiplient pour s'opposer à ce gouvernement ecclésiastique et à cette
LES PEUPLES.— LES ROIS. — l'ÉGLISB. 21^
puissance de TÉglise , dont nous ayons retracé le caractère. Cet esprit se manifeste^ tout à la fois, dans les masses et chez les rois. Les XI1° et XlIP siècles sont remplis de ces vires querelles entre les évéques et les bourgeois se disputant pour les cites la juridiction et le pouvoir. Dans les temps antérieurs on trouve Tobéissance passive parmi le peuple ; le pape n a qu'à parler pour soulever l'Europe en armes ; dans cette ère qui commence, ses volontés ne trouvent plus cette prompte et enthousiaste obéissance que l'Église était habituée à obtenir. La foule préfère ses magistrats élus , ses maires, ses Capitouls, à la juridiction de l'évêque; les remontrances des pontifes sont quelquefois écoutées , mais elles ne sont pas long-temps obéies. On revient toujours au gouvernement de la cité y à cet ordre naissant et protecteur.
Les rois , à leur tour , suivent ce mouvement des esprits. Lès papes avaient tant abusé 'de leur ascendant pour commanderaux suzerains, que ceu^-ci ue f*etardèrent point la résistance dès qu'elle fut possible et populaire. Déjà quelques tentatives avaient été faites par Philippe- Auguste et même par Jean d'Angleterre , mai&