‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 105 sur 129 · ATTAQUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ATTAQUE GÉNÉRALE

aguerris. Le comte de Foix commandait une troupe de Catalans, le roi d'Aragon était au milieu de la bataille, Raymond de Toulouse conduisait l'arrière-garde. Il y avait un peu de confusion dans les rangs; on poussait de toute part les cris d'armes, d'Aragon , Toulouse , Foix, Gominges , sans savoir précisément à quel *^eigneur on appartenait \

Le comte de Montfort défila sous les murailles de Muret, dans un ordre extrêmement serré. Il semblait vouloir éviter le combat, et préparer une retraite, lorsque tout à coup il, se précipite la lance en arrêt contre Tavant-garde des Catalans , et la force de se replier sur le corps de chetaliers où s'était placéleroiPiérre d'Aragon. Upar^dt qu'on avait Êdt une conjuration et serment parmi les Français de se défidre de ce prince protecteur de l'bérésie ; on croyait qu'une fois mort, la victoire serait facile. Partout où se trouvaient ses couleurs royales , les chevaliers de France s'élançaient avec intré-

1 « Gridant Arago , les autras Tolosa , Foix, Gumenges , et san tenir ordre ne régla. » Ghroniq , provençale, ibid,

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522 VAILLANCE ET MORT DU BOI d' ARAGON.

pidité* Or, voici ce qu'il advint: en commen-' çant le combat et pai^ les contdls de tes fidèles qui savaient la conjuration , le roi d^ A^ ragon avait échangé ses armes et les couleurs contre celles d'pn de ses chevaliers « afin qu'on ne pût le reconnaître « et ce noble vassal, par dévoùment, s'était ainsi exposé à la mort* Lorsque les Francs s'avancèrent iur le corps de bataille, pour chercher Pierte d'Aragon, ils y furent trompés. Alain de Rond courut la lance en arrêt contre le chevalier royalement caparaçonné ; mais ayant U^nivé une Êûble résistance , il s'écria : «Amis» ce n'est pas le roi ^ çalr il est meilleur jouteur, » Piètre qui n'était pas bien loin, entendant ce propos, pÂqua son coursieTi vint tout au devant d'Alain, et dé^ couvrant sa vinère , dit d'une voiiL forte :

a Vraiment ce n'est pas lui* mais le voici* D'iin coup de lance, il désarçonne le Inh ron de France , et se jette au plus fort de la mêlée. Lorsqi^'on connut, dans les rsngt des hommes 'di;! comte de Mont£brt« que le toi d Aragon était parmi eux , tous leurs eiforts forent dirigés contre lui '. Ce vaillant prince

i Goiil. de Pny-UnMtif , ihid.

Mtrrs PAIT8 d'abiibs dk béontfort. SâS •e défetidait à oatraiiGC, renTersait cheYaliei^ et chetaax de droite et de ganehe , inaiê leé Fiançais ne Ini laiMiient ancun i^it'. Après plus de deux heures de ooïïibal ^ il succomba atteîikt de plusieurs coupà d'ëpéeil. Autour de lui , étaient aussi gitens^ les fidèles (jai lavaient défefidu jusques à la mort. Alors, le gonfanon d'Aragon s'abaissa^ et ce fht uù triste signal pool* Farmée desProvencàti:ï!.

Le comte de Montfort étmt au plus épais de la mêlée, frappant d'estoc et de taille; il venait d'étrè blessé âu c6té dfoit et son ^rier s'était bi^sé par T^ort qu'il airait fait pour se parer; le comte <;hancela sur sou oke<val de bataille; uu autre Provençal fond sur lui etle frappe à k tête; mais , sans se jdéconcerter^ Simôti lui dcmne de son gantelet sous le menton, lui brise les dents, puis le jette sKtr k carreau ' • Reprenant U!mtes ses forces , il réfoule devant lui lès rtttigs entiers des Provençaux qui, appreûètat là mort de Pierre d'Ara -

1 Le chroniqueur profençal dit que le malheureux roi appelait 4 tue-fête à son secours. «LoqualRey, quand a vista lo grand tuaria et desconfiittfare que l'on faiia de éàs gens, il se metut k cridar tant que pogut: Aragê, Àrago^ • chroniq. p. 55.

a Guillauooe de Puy-Laurens , ibid.

3^4 liBS PAUVRES BOURGEOIS DE TOULOUSE.

gOD, s^étaient mis en pleine déroute. Les comtes de Eoix, de Toulouse et de Cominges ne purent arrêter les fuyards et imitèrent leur exemple. Il ne restait plus que les bourgeois de Toulouse qui s'étaient mis à couvert dans les retranche^ mens. Comme ils croyaient à la victoire de leurs seigneurs, ils avaient fait une tentative sur Muret ; et repoussé toutes les propositions de soumission et d'arrangement que leur avait envoyéesFolquet, leur évêque, dontilsnecessaient de se moquer. Lorsqu'ils apprirent que tout était fini pour eux, les pauvres bourgeois se je^ tèrent dans des barques sur la Garonne, et se sauvèrent en toute bâte vers leur ville. Si Ton en croit Guillaume-le-Breton , Simon ne perdit dans, cette bataille, chose presque incroya^ ble ! qu'un seul chevalier et huit autres croisés^ simples sergens*. Les Provençaux, en y comprenant les citoyens de Toulouse et les gens de pied, eurent quinze à vingt mille hommes tués*. Ainsi venait de se décider la cause de la

1 Guill.-Ic-BretOD. De gest. PhUipp,'Augusti ad ano. iai5. C'est l'histoire en prose de cet auteur. Dm. Vaissète a mal à propos cité Rigord, dont la chronique ne va pas jusqu'à cette époque.

1 Note XVII, de Dm. Vaîssete, bist. c'u Languedoc, t. 3. Elle est consacrée à la bataille de Muret.

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LB TROUBADOUR PERDIGON. 325

Provence. Tous les castels furent en deuil , car Fesprit national y était porté à son dernier degré d'exaltation. On ne comptait, en effet , dans les rangs du comte de Montfor t que deux honmies de la Langue-doc ; l'un était le comte Bàudoinde Toulouse, frère deRaymond, l'autrele poètePerdigon , qui célébra la victoire des Français. Perdigon était fils d'un pêcheur du bourg de l'Esperou dans le Gévaudan.

Gomme il savait très-bien habler et jouer du violon , il se fit jongleur et ménestrel * ; il s'attacha d'abord au dauphin d'Auvei'gne, dont il reçut maintes terres et maints offices en fiefs , puis il suivit l'évêque Fôlquet et l'abbé de Citeaux à Rome pour engager le pape à publier la croisade contre le comte Raymond , et solliciter la destruction de Toulouse, du Quercy , du pays de Béziers et de l'Albigeois : on le vit chanter et même prêcher publiquement cette croisade ; après la bataille de Muret il fit un poème sur la grande victoire des catholiques et la mort du roi Pierre. Les Provençaux furent tellement indignés de cette con< duite, que le jongleur tomba dans la com-

i MSS. du roi , n» 7698.

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