‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 104 sur 129 · LE JEUNE MONTFORT -REÇU GHBYALIBR · texte numérisé non relu

LE JEUNE MONTFORT -REÇU GHBYALIBR

quelques concession» de fiefs dans la Languedoc, afin qu'on pût ainsi s'^habituer de bonne heure à le reconnaître pour suzerain. Le jour de la fête de saint Jeàn-Baptiste (isiS), une grande tente iu t dressée hors de la viUede Gastdnaudary . Simon deMontfort, assisté deiion Grève Amaury, en présence d'une noble assemblée, reçut son fils chevali^. Il fiit couduit à l'autel par son père, revêtu du manteau féodal des coAites provençaux , et par sa mère,^ eu ses plusbeaux atours. L'évêque d'Orléans lui donna le ceinturon de chevalier et Simon lui concéda en fief toutes les terresdelaOascognequ'ilaTait copquises \ Ainsi l'union la plus parfaite régnait entre les clerc» et les nouveaux possesseurs du sol, afin d'éteindre les drpits de la race proscrite.

La réponse tout à la fois insolente et évasive du concile de Lavaur, les efforts concertés entre le clergé et les Francs pour assurer leur paisible domination excitèrent une indignation générale parmi les Provençaux. Ils avaient promis un dernier effort pour faire triompher la cause nationale. La prise d'arnies s'étendit à

1 Jbié.

LETÉB b' ARMES DES PROVENÇAUX. 3 1 5

toute la population,mémeau-delàde8Pjréuée8.

Le roi d'Aragon ayant déclaré qu'il embrassait les intérêts de se» nobles vassaux se mit à la tète des Catalans et des braves aven* turiers de F Aragon , et vint joindre les comtes ae Foix , de Toulouse et de Cominges , avec plus de mille lances \ Les Provençaux se croryaient sûrs du triomphe; ils résolurent d'assiéger la petite chÂtellenie de Muret , dépendante du comté de Cominges; ils s'étaient réimis devant ses tours élevées , lorsque les hommes d'armes vinrent annoncer qu'on voyait s'âirancer dans la plaine les couleurs de Simon de Montfort.

Ce comte était parti en l;DUte hâte , prévenu que les gens de Muret se trouvaient menacés d'un si^e. 11 n'avait qu'un petit corps de lances, et sa femme toute préoccupée d'un songe où le nouveau sire de la Langue-doc lui était apparu, foulé aux pieds des

1 •Lo rei d'Arago ausit dire la pertécutioa que lodit coote de Moatfbrt faaié àl dit cunte Ramond , et adaoc per U venir donar secours, fec mettre 4 point et armar mille cavaliers. > Chron. provençale. — Preuf es de Thist. du Languedoc^ de Dm^Vaissete. t, 3 , f* Si.

3l6 MOIITFOET CONTBB LES PROVfiKÇAUt.

c4MfTattic , avait youhi vaihetnent le retenir t <c Allons, Itiî dit le comte, laisse donc cet art de devins aux Espagnols et atnt légers Provençaux* i» Toute sa petite troupe se composait de Franôs et le <^rps principal était commandé par ie sire de Corbeil. Les clercs du pays foonmen^ à Simon tout ee qui pouvait lui ^tre nécessaire ; il s'arrêta dans l'église de Bolbone; le prieur qui avait nom Maurice, lui dit: «Sire conïte, àunom du ciel , o'allez pas avec un si fiaiible nombre de lances contre Tamiée si fonmidi^le du roi d'Aragon. » Montfir>rt d'un ton d'inspiré, répondît: « Maître Bikur rice , lisez cette lettre et jugez. » Elle était du roi d'Aragon et, adressée à une noble dame , femme d'un cbiktelain de Toulouse; le monarque cbcvalier disait : « C'est pour l'amour de toi que je vais chasser les Francs de notre pays. » « Eh bien^ maitre Maurice^ continua Simon , je ne crcMS pas possible que le roi d'Aragon renverse l'armée de Dieu au profit d'une femme.

^'r^ C'est vrai, répondit lé prieur \ »

A près avoir fait ses prières dans l'église de Bo 1-

I Guill. de Puy-Laurens, chap. ao.

PRÉPARATIFS DB LA BATAILLE DE MURET. 5l7

boneet s'être très-dévotement confessée^ Farmëe des Francs s'avança vers Mnret , où. elle entra sans résistance de la part des Proven* eaux \ La bataille était imminente, ma^sles évèques qui avaient peur que les résultats ne tour* nassent pas à leur avantage voulurent négo* cier. Ils demandèrent un sauf conduit au roi d'Aragon. « Oh non . répondit le roi , pour quatre ribauds que ces évéques ont amenés avec eux , ce n'est pas la peine de leur accorder une confiérenœ \ »

Le 12 septembre, Simon entendit la messe 9X1 caitel;de Muret, a Nous n'avançons rien par lés négociations, dit*il aux évoques, vous voyez qu'il faut combattre.» On se prépara par force indulgences et de foudroyantes excommunications contre les hérétiques albigeois» La troupede Montfbrt ne se composait que d'environ mille lances, tant chevaliers que sergens

1 « Losqaab ettendards et ensenhas eran del conte de MoDtfort, loqaal TenU en iia« bella compania et «rmada por secore les as- ^geatt de Maret, loqaal eoo te de Montfort paiset but le pont an totet tac gtn9, et per le mercadar dm la TÎUa ett întra tans degcma coatradkttion dlioiniiiea Tivaiië. > Gkroniq. provençale de* eomtea de Tonlouae, Dm. Vaiaaète^ ibid., col. 53» t. 3.

a Pierre de Vaulx- Cernay, chap. 69 et fuif.

3l8 LES DEUX ARméES.

d'armçs ; toutes étaient de France» sous la con* duite de Guy de Montfort , Guillaume des Barres, que l'on trouvait partout où s'oQraient de périllçuses aven tures , Alain de Rouci, le vicomtedeCbrbeil,BoucharddeMarlioude]yiontmorency *. LesProyençaux comptaient arec indignation danscette bataille, Baudouin, frèredu comte de Toulouse. L'ambition, le dépit, l'avaient jetédans les rangs des ennemis de la Langue-doc. Le jour du combat, IJolquet, évêque de Toulouse , la mitre en téte^ revêtu de i^ babits pontificaux , promena dans le camp un petit morceau de ce qu'on croyait alors le 'bois de la vraie croix. Comme cette procession restait un peu trop long-temps à défiler, Févéque de G^minges, qui était guerroyant, craignant qu'elle ne ralentit l'ardeur de l'armée , s'écria : a Allez sans plus tarder, je vous suis témoin qu'au jugement dernier, je serai caution de tous ceux qui mourront dans ce

1 Le nombre de cheTaliers français, sons tles ordres oe Montfort, indiqué par les chroniqueurs, diffère un' peu. Pierre de Vault-Cemay compté 8ôo hommes « tant chefaliers.que sergens à cheval ; Rigord donne à - Montfort 270 cheraliers et 5oo écuyers ; GulU.-le-Breton , 2^0 cheTaliers et 70 écuyers. ( Voy. Dm. Vais eie, note xvii, t. S de son hist. du Languedoc.) ,

JOYEUX éTAT DES PROVENÇAUX. SjQ

combat. » Les Francs grossiers se firent répéter plusieurs (bis cette promesse qui leur plaisait fort, car ils n'avaient pas mal de gros péchés à confesser; pois ils sortirent en ordre de bataille M On voyait mêlé parmi eux, le fameux Dominique I mais il n'avait point encore acquis son efirjEiyante célébrité cléricale.

L'armée des Provençaux of&ait un spectacle gai et dissolu ; l'amour du plaisir et de la joie dominait même l'esprit des batailles, a La veille du combat , dit le fils du roi d'Ara-^' gon dans une chronique écrite de sa main, mon père avait couché avec une de ses mies , et il était si fatigué , que lorsqu'il assista à la messe avant le combat, il ne put rester debout pendant l'évan^e; il fut obligé de s'asseoir \ » On n'entendait dans le camp des Provençaux , que rires et joyeuses paroles. En sortant de Muret, le cheval du comte dcvMontfort se cabra et recula; alors, éclatèrent parmi les gensde la Langue-doc toute sorte de moqueries et de

1 PraecUr. Franc, facia. apud Catel. Mémoire sur les comtes de Tooloiue. p. 116. J

a Chroniq. Comm.^lel rey ea Jacme, c. 8. L'aatheoticité ea est attestée par Dm< Vaiisete» hist. da Languedoc, t. 3, p. a5S.

330 COMMEKÇBMBNT DS LA BATAUXK.

gmodes huéet. «^mon reprit les rênes de soie coursier, et s'ëcria d'une ToiiL tpmlHre et sévère s « Vous TOUS moquez de moi maintenant par woê clameurs, mais j'espère avec Taidç de Dieu rire de rous, jusqu'aux portes de Tonlonse'.»

Montfort rangea ses Français en bataille, dans une petite plaine en^lebors de Mtilret: Il les partagea en trois corps, et se plaça àl'ar* rière - garde pour donner avec force au moment du danger ; car , dans ce combat, il s'agis- 'sait d'assui'er la doaiinatioo francaisesur la I^angue^oc , ou de perdre Umtes les grandes conquêtes jusqu'il obtenues.

Les Provençaux délibérèrent sur ce qu'ils avaient à faire. L'avis du comte de Toulouse étoit d'attendre les Français dans le camp ; ce ne fat point celui de l'ardent roi d'Aragon ; il avait promis à sa noble cbâtelaine de chasser les oppresseurs de la Provence, et il voulait tenir son dire sans retard ; on adopta ce dernier avis. Deux mille lances de chevalerie sortii^ent donc du camp; on y laissa tous les gens de pied, composés des bourgeois de Toulouse, et des villes environnantes qui n'étaient pas très-

1 Pierre de Vanlx-Cemay, ibid, > et Gaill. de Puy-Laorent, ibU.

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