JUGEMENT DU CONCILE
voiM conjure par le jugement de Dieu et par robéis^ance que vous devez au ai^e romain de me donner, sans aucun respect humain « un y fidèle conseil, suivant vos lumières, touchant celui à qui pour l'honneur de l'Église , pour la paix du pays, et pour le purger entièrement de l'hérésie, il convient de donner la ville de Toulouse que le comte Raymond a possédée, et tous les autres domaines que l'armée des crmsés a conquis, n
Les ëvêques répondirent : « Seigneur légat, accordez-nous quelques instans pour délibérer; » puiss'étanttoumés versles abbés etles clercs présens au eondilepomvprendre leurs avis , lesprélats écrivirent, chacun sur un bulletin séparé': ce Nous choisissons Simon de Monlfort comme prince et monarque de tout lepays. «Cette décision ainsi arrêtée en dehors de toutes les règles fëodales , ils supplièrent le cardinal de donner Finvestitnre des domaines concédés au comte de Montfort , celui-ci répondit : a Mes pouvoirs ne vont pas jusqiieJà; adressez-vousau pape sur ce point, et je ne doute pas qu'il ne ratifie la sentence des évéques \ » Çn effet , le
1 pierre de Vaulx-Geroay, ibid.
LES ANCIENS SEIGNEURS DéPOUILLEft. 3S3
concile supplia le pontife dans des lettres près* santesdereconnaitreMoutfortpourseigneardu pays. Provisoirement Téglise mit la main sur toutes les cités du comte Ray mond^ L'évéque Folquet rentra dans Toulouse dont il avait été expulsé et demanda douze otages pris pannî les capitouls. Lé pauvre fils de ces comtes de Saint- Gilles, jadis si puissans, fut obligé de quitter le palais de ses ancêtres et d'habiter avec sa mère ^ , la maison d'un bourgeois dans sa petite tourelle. Son sénéchal pour expier son patriotisme se voua au service des pauvres malades ; enfin après s'être assurés des chàtellenies dans le pays , les clercs déclarèrent que tous les chevaliers dont les biens avaient été confisqués * durant la aroisade , pourraient aller en la province, mais sans jamais entrer dans une ville murée. Us deyaient toujours mar<iher sans armeSf montés sur de mauvais rousûns, sorte de déshonneur de chevalerie, et ne porter qu'un
1 Toutefois un acte de cette année iai5, émané des consub de Toulouse , porte encore la suscription : Raymond, comte de Toictoiue. Catel , Mémoire sur les comtes de TouIoum, p. 5oa.
1 Faidita. Ce mot vient peut-être de freda (amende, composition) , dans la langue franque.
534 I>0UI.«I;R DV TAOUiADOtlft MII^AVAL.
éptra». Un grand nombre de nobles hâbitans quittèrent là terre de là Languedoc (k)!!!" ne pas subit* ces affronts.
Le troubadour Raymond de Mlratal, sh*e de Gircassel ^ a déploré là triste situation de Ist Languedoc |i cette éj>oque. Le noble poète airait conquis l'amitié du comte Rà3rmond de Toulouse , et habitait sa cour. Dans les fttesr et les cours plénières , Hiratal obtenait Famour dp toutes lés dames et s'obstinait cependant à requér^ merci de là châtelaine de Penauttèi^9 femuie du seigneur de Càba* ret i jeune ^ belle » sàTante , et qui était aimée également du comt^ de Vdât, d'Olivier dé SàiMàé, de Roger de Mirepoiië, d'Aimer!
de Montréal ;. lé comté de Fois Ait préfi^; le troubadour, pour se consoler , passa dans lé« bi'às dé là femme du vicomte dé Muérvé et d'AdélaSde dé Boiséllôn; Adélaïde lé trahit encore poui* lé roi d*Aràgon , et notre pauvi*e chanteur «'en vint jouter d'amour avec Ermeugàràé de Casti'es , sui^omméé là belle Aibigepise , et qui lui lut aussi infidèle pour Olivier de Saissàc. Lor.sque les croisés eurent enlevé la plupart des châteaux au vieun comté
ARRITÉtt DU PHINOB LOITlS. SSi^
Raymond, MiraTal suspendit ses gaiei chansons ; rien ne poaTâit plus l'inspirer h la Tue de cette désolation qui frappait la Langue<loc. U reprit un moment sa Tie joyeuse , lorsque le roi d'Aragon Tint au secours du comte de Toulouse , avec ses brares Catalans , mais la bataille de Muret ayant déçu toutes ses espé* ranees, le troubadour détint encore silencieux, et s'enfoit de sa patrie , llirrée aux barbares et aux maudits clercs '.
C'était dans ce moment qu'arrivait le prince Louis de France.
Il était parti de sa noble cour de Paris dans le premier jour d'avril, et il séjourna pendant les fêtes de Pâques, 19 de ce mois, à Lyon, alors rendez-vous habituel des croisés francs. Le prince était suivi de Philippe, évéque de Béauvais , son cousin, du comte de Saint-Pol, de Gauthier comte de Ponthieu, de Robert de Sens et d'Alençon, de Guichard de Béauvais, de Mathieu de Montmorency, du vicomte de Melun et d'un grand nombre de chevaliers français *•
1 Nottradanus , Poètei Prcrr^o^aat , p> 6û.
a Pierre de Vaulz-Gernay, ch. 80.
336 INQUlâTUDES DE MONTFORT ET DU LÉGAT.
Lorsque Montfort apprit que le fils de son suzeraias'aTançaît yers la Langue-doc, il partit de Toulouse et vint jusqu'à Vienne pour aller à sa rencontre. Louis continua sa route le long du Rhône , et la première entrevue se fit dans cette yille; le légat attendit à Valence.
Montfort et le cardinal n'étaient pas sans crainte, sur le résultat du Toyage du prince dans la Langue-doc; ils avaient agi tons deux avec précipitation et sans l'assentiment du roi de France , et ils concevaient quelques terreurs à l'approche d'une armée sous les ordres de son fils; le cardinal s'était déjà préparé à repousser toute intervention; il prévint Louis par ses lettres ^ a qu'il ne pouvait ni ne devait donner aucune atteinte à ce qui avait été arrêté ^par le concile, attendu qu'il ne venait qu'en qualité de pèlerin, et non point comme représentant du suzerain de la terre; que le pape avait disposé de la Langue-doc, sur le reAis qu'avait &it Philippe • Auguste de la purger de l'hérésie. »
Louis n'avait pas intention de troubler ce — i avait été fait , U déclara qu'il agirait en
LE PRINCE LOUIS DANS LA LANGUE-DOC S3j
toute chose selon l'ordre et la volonté du légat. Il n'y avait donc aucune idée politique dans ce pèlerinage; c'était un motif de piété chevaleresque qui le dirigeait '.
Le prince s'arrêta quelque temps k St.-Gilles« C'est dans un vieux monastère enrichi par les comtes de Toulouse qu'on lui communiqua les huiles du pape , qui confirmaient provisoirement les décrets du concile de Montpellier , en faveur de Simon de Mont fort. Innocent confiait au comte franc la garde de tous les domaines que Raymond avait possédés , et de toutes les terres conquises , jusqu'à ce qu'il en eût été autrement décidé par le concile général qu'il convoquait à Rome pour le i*' novembre. Le pontife suppliait Montfort, de se charger de ce pénible fardeau, au nom de l'Église; ce qu'on n'eut pas de difficulté à faire entendre à ce chef ambitieux de la croisade '•
De Saint-Gilles, Louis se rendit à Montpellier, toujours accompagné du légat. Lorsqu'il arrivait dans une cité , il exigeait aussitôt le
1 Pierre de Vaulx-Ccrnay, ibltL
o38 L£S MURS DBS tSITÉS SONT DÉTRUITS.
serment de fidélité à la foi catholique, et comme pour imprimer une flétrissure aux grandes communes de la Langue-doc, il fit abattre toutes les murailles , parce que les peuples s'étaient élevés contre Dieu et le pape. Ainsi , les murs de Narbonne , de Béziers et de Toulouse , tombèrent sous le marteau des yarlets et ribauds de l'armée de France. L'évêque Foulquet eût désiré qu'on brûlât toutes les maisons , afin qu'il ne restât pas pierre sur pierre , mais ce conseil ne fut pas suivi \ Là, se borna le pèlerinage du fils de Philippe. Il revint avec joie à sa cour de Paris , où lé rappelait d'ailleurs une grande affaire, la conquête de l'Angleterre. U rapporta, comme témoignage de son pèlerinage , la mâchoire de Saint -Vincent, martyr, dont il fit présent à l'abbaye de Saint-<ïermain-des- Prés*.
Ainsi finit cette quarantaine pieuse, comme le disaient les chroniques , et qui n'eut ni pen-
1 « L'éTèque dal Tolosa 4 respondut que estât d'opinion que meta» lo faè per tots les coings de la dita villa. » Chronique provençale col. By. '
2 Acta ordin. sanct. Benedict., saecul. it, P. i^ p. 653.
LB VIEUX OOMTB DE ItHlLOtTSK. 53^
9ée, ni résultat politise; ce fiit uti^ de' èe» fougues qui nuotjiMiHu^t la vie des pàladnis. Elle ne consolida ni n'afËiiblit k puissance de Montfort. L'état de la Lan^e-doc n*en chaogeapas.
.^Le comte légitimé de Toulouse, le vieux possesseur du sol^ s'éttit retiré auprès de Je^n d^Angleterre, rédiinïant secours de tous les nobles hommes contré la violence dont il était victime. Du plus brillant état de cbevalerie, de cette cour joyeusie et ricbe , de ces châtelle* nies si nombreuses « il ne lui restait rien ; pas même ^ comme le dit son chroniqueur, une rente en sous melgoriens '. Le roi Jean lui donna dix^lnille marca dWgent à partager ea^Ore lui et sont fils. La princesse d'Aragon , sa fenuiQ[%, se retira à Aix, où sesparens et amis d^>lorèrent8etîIki8tres infortunes.
Quant aux hérétique» , ils fuirent les cités et se répandii^nt en tout lieu , déguisant leur foi religieuse. Les parfsUts et les adeptes gagnèrent la montagne où plus tard l'inquisition sut bien les trouver; mais l'hérésie ne se
1 Monnaie courante de la Langue-doc à cette époque. ( Foy. la table des raomiaies à la fin du 4*" ▼oK )
T. ni. (îî2)
34o HÉUmOlC SW GONGltE DE LATBAK.
p^nUt/ point pour cdb; elle ^ mêlait acr paJriotiBme et à réneKgjfiqbe amour du pays.
La ^seigneurie de Monifort, jusqu'il du moins 9 n'avait été qu'une situation provisoire. Une assemblée de clercs de la provÎDce et la Tolonté du pape Tavaient reconnue, mais ii restait encore la décision suprême du concile général, qui allait avoir à résoudre la grande querelle entre les anciens comtes du pays et les envahisseurs de race franque^ On a déjà dit qu'il avait été. indiqué pour le mois ^ de novembre 1 3 1 5. Tous les évêques de la catholicité s'y étaient rassemblés '. 'Là prévoyance d'Innocent III semblait deviner l'imminente décadence de là foi et de ses docsirines d'autorité, et il voulait opposer à l'esprit novateur toutes les forces de l'Église.' Douze' cents prélats se réunirent ^dans ce concile. Le comte de Toulouse et son fils, le comte de Foix , des députés du comte de Montfort s'y étaient aussi rendus afin de faire valoir leurs droits , ou d'exposer leurs plaintes. Philippe-Auguste, tous les princes chrétiens, s'y trouvaient également représentés.
Le premier acte des clercs fut entièrement
1 Collect. des conciles , t. xi, p. i4a.