‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 115 sur 129 · EXIL DES SEIGNEURS PEOYBNÇAVX · texte numérisé non relu

EXIL DES SEIGNEURS PEOYBNÇAVX

la Lûngoe-doc, en amena un autre dans la pos* session des terres et arriane-fi^; la domination du clergé s'y établit presque exdnsiTement sur les débris de la puissance militaire et fiéodale ; la plupart des comtes, barons, durent ùâre hommage à l'église du Toinnage , à ces cathédrales puissantes, à ces évêques qui ayaient lutté si riolemment contre l'hérésie menaçante et Eût triompher la c^use étrangère ; c'est à cette époque que Dominique fonda l'ordre des prédicateurs , milice sacrée qui deraitdéfendre particulièrement dansla ProTence les droits du Saint-Siège et la pureté de la foi catholique '•

Tous les seigneurs de race provençale exclus de leurs héritages cherchèreot un abri en Espagne , dans les cours d' Aix et de Marsdlle , ou chez les grands vassaux de Philippe-Auguste ; le comte Raymond et sou jeune fils se retirèrent à Gênes unie alors, com^^e toutes les républiques d'Italie, aux villes libres de la Langue-doc. Ils y méditaient les moyens d'opérer une révolution en leur faveur parmi lapo-

1 Lft fondation de cet ordre est de 1207 ; les prédicateors reçoreot la première donation en 131 5. Trivet, Vit. S. Dom. apud Echard.. Script, ordin, prœdkat. p. 9 et seq.

QUESTION DE l'hOMNAGE. 549

pulation fidèle du pays qu6 Montfort venait de leur enlever; cette révolution éclata plus tard.

Simon mettait à exécution tous les décrets du concile de Latran ; il en dépassait même les limites. Non*seulement il entrait en possession des terres qui lui avaient été confiées par le pape, mais encore il faisait prêter de nouveaux sermens aux consuls et capilouls; ses hommes d'armes^ tous de race firanque, rasaient les murs, faisaient aplanir les fossés, couper les chaînes, abattre les tours qui défendaient les maisons bourgeoises; au contraire, il fortifiait les châteaux confiés à 9efi propres vassaux, palissades, tourelles et créneaux, rien n'était épargné pour les rendre inexpugnables.

Restait toujours une difficulté féodale à vaincre; Montfort potM^ait-il se dispenser de l'hommage à son supérieur? Devenait^il seigneur indépendant de la Langue-doc par le décret du concile t et ne devait-il la foi lige qu'au pape? Le droit féodal ne s'était pas à ce point modifié; c'était bien assez que le concile eût disposé d'un fief sans la participation du suzerain et de la cour des barons; l'église

35o POPULAEITÉ DE MONT^ORT*

ne pouvait yioler aussi oûyertement les règles établies arec la conquête germanique ; le concile de Latran arait réserTé d'ailleurs tous les droits du supérieur , et le supérieur de Montfort, dans Tordre des fiefs ^ était le roi de France ; le comte songea donc à lui rendre hommage et à en recevoir Ttuyestiture. 11 s'achemina en conséquence vers la cour de Paris. .

Le nom de Montfort était devenu très-populaire dan» les églises et les. castds. A Tîdée pieuse qui se mêlait à sa conquête , se joignait encore cette espèce de merveilleux chevaleresque, qui dominait dans les manoirs de France; il était Timage de ces fortunes fabuleuses , de ces prodigieuses destinées , qui devaient un châtelain, sur un trône , comme lors de la conquête de Gonstantteople. Aussi , Simon de Montfort (ut-il accueilli sur son passs^epar de vives acclamations. On accourait pour le voir; on se disputait les morceaux de ses vêtemens, comme de pieuses relique». Le clergé venait à sa rencontre processionnellement; c'était enfin Fhonmie de l'église '.

1 Pierre de Vauli-Germiy , ch. 55

PHILIPPE REÇOIT l'hommage. 35 1 .

Ce mouyement cTopiDioi) était si puissant que Philippe accorda rbommage sans autre examen. U accueillit magnifiquement le comte au pont de l'Arche où sa cour plénière était réunie. Après la cérémonie de l'investiture , le roi donna la charte suivante : « Au nom de la sainte et indivisible Trinité, Philippe, par la grâce de Dieu , roi des Français , sachent tous présens et à venir , que nous avons reçu Simon de Montfort, pour notre homme-lige, à l'occasion des teiTCS qui ont été conquises sur les hérétiques et ennemis de J. C. dans le duché deNarbonne, le comté de Toulouse , les vicomtes de Béziers et de Garcassonne , dans les fiefs que Raymond tenait de nous , et pour les terres qui sont de notre seigneurie, sauf les droits d'autrui et celui de ses vavasseurs. Donné au pont de l'Arche, Tannée 1216, et la trente-septième de notre règne \ »

Quelques jours après, le roi étant à Melun, adressa d'autres chartes à ses hommes, afin qu'ils eussent à reconnaître Montfort. «Sachez, disait le roi , que nous avons reçu pour notre

1 Reg. Guriae ("rancyet «uz preuvea de rhistoire de Languedoc^ t. Z, col. aSa,

35a LA DOMIlfATION FRANÇAISE ÉTABLIS.

homme-lige , notre cher et féal Simon , comte deMoDtfort, à causcdu duché deNarbonne, du comté de Toulouse, des vicomtes de Béziers et de Carcassonne, en un mot pour les terres et fie& que Raymond , autrefois comte de Toulouse, tenait de nous, et qui ont été acquises sur les hérétiques et les ennemis de l'Eglise , sauf les droits d'autrui et ceux de nos vassaux , pourvu qu'ils professent la foi catholique.

C'est pourquoi nous vous défendons expressément de vous mêler de ces domaines, ou de les saisir, sinon au profit dudit comte, auquel von s prêterez vos conseils et votre appui. Fait à Melun , au mois d'avril 1216'.»

Ainsi se trouvait tout-à-Êiit régularisée, selon la loi féodale , la domination franque dans les terres de Provence. Le suzerain , dans l'ordre hiérarchique des terres , avait reconnu le comte de Montfort ; la Langue-doc devait passer à sa famille , et les cités elles-mêmes avaient engagé leur foi; mais il y avait une cause générale qui devait plus tard se manifester avec énergie. C'est cette répugnance des populations , cette haine de race entre les Francs et les Provençaux , qui rendait odieuse la suze-

LA DOMINATION FRAlfÇAlSE ÉTABLIE. 555

raineté politique du nouveau comte et de ses bommes d'armes ; quelque temps la| habitans des terres de la Langiîe-doc subirent ce joug, mais au premier signal de liberté et d'indépendance , ce beau pays vint se replacer conune de lui-même sous les lois des seigneurs du sol ; les vieux comtes de Toulouse n'eurent qu'à se montrer et la domination étrangère disparut, tant est grande la puissance des opinions populaires !

354 ^^^ ^ GOWERMBMBNT.

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