‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 118 sur 129 · FOBTUNES MERVEILLEUSES DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

FOBTUNES MERVEILLEUSES DU MOYEN AGE

de Navès de Tolosa; là se livra une de ceè sanglantes batailles qui décident du sort des empires*. Les Sarrasins furent dé&its et perdirent, si l'on en croit les chroniques, plus de deux cent mille combattans.

Ces grands exploits, les revers et les infortunes des colonies chrétiennes, les merveilles de Gonstantinople et du saint tombeau de Jérusalem, faisaient l'objet de toutes les conversations des cours plénières de Philippe- Auguste. Sur tous les points du monde alors connu se hissait le gonfanon de la chevalerie de France : dans le vieil empire d'Orient, la Grèce, la Syrie, l'Egypte, l'Espagne, Naples. C'était comme des conquêtes toujours nouvelles ; les dames n'avaient point de répit dans leur joie et dans leurs larmes; chaque jour menait une grande fortune ou une mort inopinée; les castels passaient à tout moment du deuil au brillant fracas des fêtes, et bien souvent la broderie desdamoîsellcsfut suspendue pour écouter la lecture de la charte d'un simple chevalier devenu roi , ou le récit funèbre du trépas

i J'ai déjà parlé de cet événement , chap. 32, anx notes.

LIBERTÉS COMMUNALES. 5j\

glorieux d'un noble baron dans les batailles contre les Grecs ou les Sarrasinois.

Il m'est souvent arrivé de réfléchir sur ces prodi^euses destinées du moyen âge et de les comparer à celles d'une époque toute moderne et gigantesque , où les soldats aussi passaient rois. Tous ces siècles dans lesquels le courage et la force dominent ont plus d'un trait de ressemblance; les héros d'Homère, les paladins féodaux , les soldats de notre grand empire , sont coulés dans un même moule de bronze , et ils ne diffèrent les uns des autres que pat les caractères généraux de la civilisation qui les environne et les domine.

Au milieu de ces distractions de la con^ quête ^ le gouvernement féodal n'en occupsdt pas moins le suzerain et ses nobles vas-^ saux.

Les chartes de cette époque, qui ont pour objet les libertés bourgeoises , sont empreintes de divers caractères^ ou elles sont de pures concessions municipales, ou elles établissent un système de féodalité et de défense commune entre les cités, ou enfin elles règlent leur administration générale et particulière.

5'JH COMMUNES DE PÉROVNB ET DE TOURNAT.

Les bourgeois de Braie (^tinrent des privilèges municipaux sur le même modèle que les franchises de Dun-le-Roi; ils acquéraient toute juridiction de police , Télection de leurs magistrats, la disposition des fonds imposés pour l'utilité publique*.

Après la cession d'Aire et de St.-Omer, Ëdte par le comte de Flandre , le prince Louis y devenu seigneur de ces deux cités , confirma tous leurs privilèges et droits , tels qu'elles les possédaient de toute antiquité sous leur ancien sire *.

Ce fut dans le même objet que I^iilippe concéda une commune à Péronne ; il fallait entraîner les bourgeois des frontières à préférer la suzeraineté de France , et se défendre ainsi des souvenirs de la vieille domination '•

Cette même année , 1 2 1 1 , il sanctionnait les coutumes et le gouvernement municipal de Toumay^. Ces confirmations successives pour des inununités déjà concédées signalent toutes

1 Recueil des Ordonn., t. xi^ p. a95,adann. laii.

a Recueil des Ordonn. , t. xi, p. 36a , et t. ir, ad ann. laii.

5 Recueil des Ordonn. , t. ▼ , p. i55 , ad àun. lai i.

4 Ibîd., t. I, p. 398.

LIBERTÉS DE MONTMOBBKCT. 3^5

les précautions que prenaient les bourgeois afin de ne plus retomber sous le pouvoir dont les sauvait leur charte municipale. On n'avait pas trop à se fier aux paroles royales ou aux concessions faites par les seigneurs , et voilà ce qui faisait multiplier les garanties et les diplômes de confirmation.

Les grands vassaux suivaient l'impulsion donnée par les rois dans ce système de liberté et d'émancipation au profit des bourgeois; il y en avait plusieurs motifs ; q;uelquefois, les citoyens s'émancipaient eux-mêmes, et force était bien de reconnaître ce qui s'était proclamé comme un fait. Souvent ceux-ci donnaient de l'argent, et lorsque les seigneurs en avaient besoin, ils auraient tout vendu pour s'en procurer.

Cest ainsi que le sire Mathieu concéda certaines libellés municipales à ses hommes de Montmorency ; elles étaient moins grandes que^ celles des communes en général '.

Une charte semblable fiit concédée par le comte de Ponthieu à ses hommes de Maiselle selon le droit et les coutumes d'Abbeville \ •

1 Généalog. de la maison de Montmorency , p. j5u

2 Recueil des Ordonn., t.v, p. i^^.

574 ESPRIT d'association des bourgeois.

Le second caractèi^ que nous avons signalé et qui , ainsi que nous le développei^ons plus tard , indique un progrès dans la marche ascendante du pouvoir municipal , c'est l'esprit d'association qui semble animer et fortifier ce nouveau système. En 1208, les consuls d'Avignon contractent, de leur propre chef, sans l'intervention d'un supérieur , une association avec ceva de Saint-Gilles pour se défendre et mutuellement se protéger'.

L'année précédente , les bourgeois de Rouen et ceux de Paris arrêtent certains articles rdatifs au commerce entre ces deux grandes cités \

Quelquefois les communes se proclament elles-mêmes sans aucune sanction suzeraine, comme celle de Metz ' et celle de Toulouse ,

en 1208 *.

Souvent les citoyens se classent en confréries, s'organisent pour l'attaque ou la défense

i Papou , Hist. de Provence. > t. u , preuv. , p. 35. a Recueil des Ordonn., t. iv , p. 17.

3 Hist. dç Metz, t. m , preuv., p. 177. *

4Gatel9 Hitft. des comtes ^c Toulouse, p. 23o.

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