‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 117 sur 129 · COLONIES DB LA (PALESTINE · texte numérisé non relu

COLONIES DB LA (PALESTINE

llance avec les Latins. Il s'opposa aux progrès des Bulgares, et après de successives victoires , il s'unit avec la veuve de l'empereur. Auoe avait alors trente-trois ans, et vivait depuis longues années avec son amant, dont elle avait eu une fîUe. L'empire franc de Constantînople reçut ainsi un passager secours, et fat consolidé pour quelque temps. La chevalerie de l'Europe y trouva des terres à acquérir, et de grands coups de lance à donner ; les papes euxmêmes, qui avaient vu d'abord avec peine cette expédition militaire, la favorisèrent depuis, et la révolution qui enleva Constantinople aux Latins ne détruisit pas enlièrement leur domination dans la Grèce.

Si la colonie franque de Constantînople éprouvait de grandes vicissitudes, celles de la Palestine et de la Syrie étaient non moins violemment ébranlées. Depuis la perte de Jérusalem , les principautés chrétiennes d'outremer avaient subi une imminente décadence; Jérusalem formait le lien commun de toutes ces stations féodales*. Lorsque la Cité-Sainte

1 Le peu de détails que l'on peut recueillir sur le triste état des

§66 gaLamiités en ï>alestiné.

tomba dans les mains des Musulmans , toutes ces villes et ces terres, obéissant à des princes ind^pendans, n'eurent plus entre elles que des liens incertains; c'était comme une république fédérative. Amaury portait le vain titre de roi de Jérusalem ; les descendans de Bohémond possédaient Antiocbe. Chaque prince, chaque seigneur faisait ses guerres particulières, ses traités , sans qu'une pensée commune présidât à la défense du territoire. On ne peut se Élire une idée des épouvantables calamités qui, à cette époque, affligèrent l'Orient. Une peste affreuse enleva près d'un million d'hommes dans l'Egypte ; des tremblemens de terre renversèrent des cités tout entières en Syrie et dans la Palestine; et, à la suite de tant de désastres , vint la famine et toutes les douleurs qu'elle entraine'.

Dans ces tristes circonstances , Amaury , roi de Jérusalem, mourut en un pèlerinage «^ qu'il avait fait à CaifTa, durant la Semainecolonies chrétiennes se trouvent dans le continuateur en langue romane de GuilLiume de ïyr, liv. 5 et 6.

1 L'historien arabe Abdallatif, traduit par M. de Sacy, p. 35 1, a décrit tous les fléaux qui accablaient les Musulmans dans ces mauvais jours. ,*"

CHOIX d'un roi de JÉRUSALEM. 56j

Sainte, pour y cueillir des palmes; sa couronne devenait Pbëritage d'une jeune princesse , fille d'Isabelle et de Conrad, marquis de Tyr; selon le droit féodal des assises; il fallait immédiatement lui choisir un époux , afin de défendre les terres de son domaine.

Les barons de la Palestine délibérèrent pour savoir s'ils reliraient parmi eux^ la pénible situation des colonies chrétiennes , le besoin qu ellçs avaient de l'Occident et de la proiec-' tion d'un prince puissant par ses armes , les engagèrent à solliciter Philippc-Auguilte de leur donner pour roi un chevalier ou un baron chargé de gouverner féodalement les terres de Syrie. Aimar , gagneur de Césarée , et Tëvêque de Ptolémaïs se rendirent à la cour plénière t qui était alors à Gbampeaux, et expo^ sèai^nt H situation des établissemens d^outremer. Les députés furent noblement accueillis. Le baronnage de France avait sur ces bords lointains des parens, de nombreux amis.

Pas une famille àe châtelains qui ne comptât d€m.\ ou trois des siens dans les principautés d'Antioche, à Ptolémaïs, à Tripoli ou Césarëe , toutes les traditions de race , et jus-

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S66 JEAN DE BRIENNE, ROI DE JÉRUSAiiEM.

qu'aux peintures des vitraux, et les enluminures des romans , étaient empi^ntes desspuyenirs de Jérusalem et de la Palestine.

Philippe- Auguste avait lui-même visité l'Orient ; il reçut l'évêque et le preux comte avec les plus grands honneurs , et après avoir quelque temps délibéré sur la demande qu'on lui adressait^ il désigna pour époux à Isabelle, et pour roi de Jérusalem, Jean de Brienne, une des prodigieuses et chevaleresques fortunes du moyen âge'. Destiné d'abord è l'état ecdésiastîque , Jean avait fui le monastère pour se jeter dans les vaillans jeux delà lance et des batailles. U suivit son frère Gauthier à la conquête de Naples; c'est après la n^rt de ce noble chevalier, et tandis qu'il disputait encore son héritage, qu'il f|it élu pour commander à cet autre royaume qu'il fallait arracher à la donûûation des Sarrasins. Jean de Brienne accepta avec joie ; on attachait à cette époque un immense prix à la royauté même nominale de Jérusal<^m ; mais il ne put remplir tout ce qu'on attendait 4e lui ; l'Europe avait alors de trop

1 Le €ODtiQuatear de Guillaume de Tjr assure que Jean de Brienne fut désigné par les barons de la Palestine eux-mêmes ;. telle n'est pas l'opinion de Sanuti , livre m, p. ii.

LBS MAURES d'eSPAGNE. 669

vives discordes. Jean deBrienne réunit à peine trois cents chevaliers pour le service de la Terre-Sainte * ; Philippe- Auguste lui donna quarante mille livres d'argent; il en emprunta autant sur ses terres à des Juifs et à àe9 Romains. Avec cetecours il ne put tenter que de faibles efforts contre Malek-Adhel, qui avait succédé à la puissance et à la renommée du grand Saladin.

EnEspagne, lespaladins étaient plus heureux dans leurs batailles contre les Maures. Les Sarrauns avaient fait d'immenses progrès. Des palais embaumés de Gordoue et de Grenade s'était élancée une nombreuse chevalerie; l'Afrique avait envoyé ses plus braves combattans; le roi de Castille menacé fit un appel à tout le baronnage chrétien , tandis que le pape Innocent écrivait aux évêques pour qu'ils exhortassent les fidèles à cette grande et patriotique croisade. Deux mille lances passèrent les Pyrénées avec les écuyers et les archers. Les deux armées se rencontrèrent * dans les plaines

1 Jean de Brienne était fils d'Erard , comte de Brienne , et d'Agnès de Montbelliard*

a Chronique de St.-Denls, ad ann. 1208.

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