CLERGÉ
Moas avons déjà signalé l'indépendance d^o^ piuion et de manière qui distinguait les populations de là Provence en général; toute nouveauté y était adoptée avec ardeur. C'était sur ce territoire qu'avait pris naissance la grande hérésie des Ariens . elle y avait jeté de profondes racines ; la vive imagination de ces races enjouées les portait vers tout système nouveau avec entraînement; la situation du clergé ca^ tholique dans ces provinces, ses moeurs, ses richesses^ étaient aussi tellanent en opposition avec l'esprit de l'évatngile, avec la haute pureté de là vie pastorale, qu'il n'est pas étonnant que les peuples ne conservassent qu'un »ur les dogmes et ïes enseigneune source si terrestre. On ne le idée de la vie joyeuse de la [pies et des clercs dans la Proen donner un exemple , nous retracerons les gestes du plus puissant des prélats de ces contrées, à cette époque; Tévêque de Toulouse.
Folquet de Marseille, érêque de Toulouse, depuis si célèbre par son fanatisme dans la guerre des Albigeois, était fils d'un marchand
ÊOLQ0ET ÉVÊQUB DE TOULOUSE. 9
de Gènes; les travaux du commerce ue pouvant lui plaire , il préféra le service des graixk et la science gaie des troubadours. Par Fart des chansons, il acquit une douce influence à là cour de Richard d'Angleterre, d'Alphonse d'Aragon, et de Raymond comte de Toulouse; mais il s'attacha particulièrement à Barrai , l'un des cinq sires de la vicomte de Marseille , ou plutôt à Azalaïs de Roquemartine , sa femme, qui devint l'objet de ses adorations' ; il chanta pour eHe amour et merci ^ divinités &vorables aux amaas, et obtint aussi aimable retour de Laure de St.-Julien et de Mobile de Pontevez , bien que , dans un lay plaintif, il prétende que son amour pour ces deux nobles dames n'est que fictif * , et sert de voile pour déguiser la passion réelle qu'il porte à la belle Azalaïs : a Hâte-toi, dit à la noble dame le volage troubadourdepiûsévéque de Toulouse, hàte-toi de me rendre heureux , tandis qu'on
1 Et entenda se en la molher del sien senhor en Barrai et pregara eld'amor. Nostrad. 53.
a En Bairal se avia due serors de gran valor et de gran Bieutat Tane avia non Laara de san Julian lantra Mobilia de Pontevez et Folqaet avia tant damistat ab chasenne que semblar era quel entende chascone per amor. Nostrad. p. 55.
lo Les troubadours contre le clergé.
me croit encore pasûonné pour Laure et Mo* bile ; la circonstance est favorable \ » Lia femme du vicomte Barrai ne se laissa point prendre à ces protestations de fidélité ; jalouse de la dame de Saint-Julien « elle chassa son amant qui vint se consoler dans les bras d'Eudoxe , femme du sire de Montpellier. Un an plus tard le troubadour se couvrait de l'habit de Citeaux, devenait abbé de Toronet, non loin de la cour de la dame de Barrai, sa mie, puis était élevé à Tévéché de Toulouse qu'il remplit de Ixoiible et de désolations '.
Avec un dergé riche, opprimant toutes les classes de la société, insultant par sa pœnpe et ses débauches à la foi du Christ, il n'est pas étonnant que l'esprit de piété ne se fàt point conservé .pur parmi les populations vives et enjouées de la Lan^e-doc, et que le sacerdoce n'inspirât que les sirventes moqueurs des troubadours .
«Pourquoi le clergé veut41 avoir de si beaux habits et vivre dans l'opulence? pourquoi prétend-il à de si beaux chevaux , puisqu'il sait
1 MiUot, hist. des troubadours, t. i , p. 181.
2 Millot; hist. des Troub. , t. a, 3, et Rayaouard , t. 4.