‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 2 sur 129 · MONTPELLIER · texte numérisé non relu

MONTPELLIER

lités territoriales , et était alors dans les mains de Raymond Roger Y ; il héritait de Roger Bernard IV , surnommé le Gros , son père \

Le comté de Montpellier venait d'écheoir aux rois d'Aragon. Quoique la ville relevât directement de Téglise de Maguelone , dont elle était fief, Guillaume IV la possédait comme seigneur, en 1180, ainsi que Tortose dans la Catalogne. U avait épousé Eu* doxe, nièce de Manuel, empereur de Constantinople, dont il n avait qu'une fille- nommée Marie ^ mais le sire comte subitement amou<^ reux d'une jeune Espagnole , dona Agnès , quitta sa femme pour l'épouser : il en eut cinq enfans, dont les deux aînés, quoique déclarés adultérins dans une bulle du pape , furent destinés par son testament, Tun à posséder la seigneurie de Montpellier , l'autre celle de Tortose; Marie, fille du pre* mier lit , mariée à douze ans au sire de Barrai, vicomte de Marseille, puis l'épouse du comte de Cominges , fut préfërëe^ par les notables habitans de Montpellier , et reconnue pour leur dame dans la place publique au son

I Marca Hispanica , p. ia85.

QUERCT. RHODEZ. — PROYENCE. 5

de toutes les cloches; alors elle fit annuler son mariage avec le comte de Cominges, devenu son époux du vivant de deux femmes légitimes qu'il avait , et donna son cœur et sa seigneurie au roi d'Aragon, qui fut ainsi vicomte de Montpellier*.

Le cinquième fief du grand domaine de Toulouse comprenait les comtés de Quercy et de Rhodez. Richard, roi d'Angleterre, qui avait toujours prétendu la suzeraineté sur ces terres, conune duc de Guyenne, les avait conquises autrefois sur Raymond Y , comte de Toulouse; puis il les donna eu dot à Jeanne sa sœur , en l'unissant à Raymond YI. Le fils qui était né de ce mariage , portait Icl titre de comte de Quercy et de Rhodez * .

Le marquisat et comté de Provence , quoique disputés entre la maison d'Aragou et celle de Raymond de Toulouse, étaient considérés comme une annexe de la Langue-doc, avec la-

1 Sar les révoltes fréquentes des bourgeois de Montpellier, il faut consulter Murator. Script, rer. Italicar. , t. 6, p. 961. Les Génois intervinrent plusieurs fois dans ces querelles.

1 Roger de Hoveden, p. 436. Guill. de Puy-Laurens, chup. S^t- Ghroniq. anonym. apud Gatel, p. 160»

6 LÉS BOURGEOIS DE liA LANGtJE-ï)OC.

quelle on lavait souvent confondu ; le« popu* lations étaient les mêmes ;^ un esprit commun de liberté et d'indépendance animait les habitans des cites et les barons féodaux , et ce que l'on doit remarquer pour constater de plus en plus la différence des races qui habitaient le territoire des Gaules, c'est qu'il existait plus de rapports entre les seigneurs de la Languedoc et les vieux chrétiens dispersés parmi les Maures d'Espagne r qu'entre les barons francs , et ceux de la Provence. L'esprit de ces populations, la forme de leur gouvernement t portaient comme une empreinte particulière. Dès le XIP siècle, les droits de la bourgeoisie se trouvaient aussi nettement établis et reconnus , que ceux des barons et du clergé. Dans une cbartede 1 107 ', on voit un corps de bourgeois à Carcassonne \ en II i5, on délibère en la maison commune de Montpellier * ; en 1 1 2 1 , à Béziers ; des consuls jugent et décident les causes municipales à Nimes, Narbonne, Castres; le commun con-

1 éhartes du chftt. de Foiz , caisse i5. Dm. Valssete, t. 3 aux preuves.

Archires de Montpellier , 2« part. p. 94. Dm. Vaissete, ibid.

LIBERTÉ D OPimOKS. \ 7

seil de Toulouse est aussi indiqué à cette même époque*.

Le pouvoir de ces magisti^ts bourgeois était bien plus large que celui des maires et écheyins des cités de France, Ils le tenaient des lois romaines, et des vieilles municipes gauloises , que la domination successive des Yisigoths et des princes francs sous Charlemagne, n'avait point effacées. Les magistrats bourgeois assistaient aux plaids du comte, et formaient sou- Vent sa cour; c'était à eux d'adnûnistrer la justice, et défaire la police de la cité; le commun conseil concluait des traités comme les barons ; des conventions d'alliance unissaient la plupart des cités commerçantes de la Langue-doc et de la Provence avec les républiques d'Italie ; leurs babitansformaient une milice particulière, avec lem*s lois prc^res et des chefs élus par eux. Delà résultait cettehautepuissancedes bourgeois, qui décidaient des droits héréditaires de leur comte ou seigneur ; admettaient de préférence tel de ses fils au préjudice de l'autre , se prononçaient quelquefois même à main armée contre les acte» de leur sire.

1 Ibid. col. 591.

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