‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 4)Chapitre 41 sur 129 · PETIT NOMBRE DES CHEVALIERS FRANCE · texte numérisé non relu

PETIT NOMBRE DES CHEVALIERS FRANCE

quasi désespéré. U n'avait plus sous son gonfanon que trente chevaliers de Franee; aucun Provençal ne voulait le suivre* Cependant avec ce petit nombre d'hommes il s'empara encore de Mirepoix, réceptacle d'hérétiques, et de Saverdun dont les bourgeois lui firent pleine et entière soumission ' .

« En s'en retournant voilà que les chevaliers de Lombers vinrent demander à Montfort d'entrer dans leur château, mais ce n'était qu'une ruse; ils voulaient l'y attirer pour le sacrifier. <c Allons, allons, dit le comte, je ne m'y laisserai point prendre '.n

U restait donc ,1e noble sire , presque seul d'entre les Francs , au milieu de la terre de ces maudits Provençaux ; il songeait toujours à se faire admettre à l'honmiage pour les vicomtes de Béziers et de Carcassonne, et à régulariser ainsi sa possession, d'après les lois féodales.^ En guerre avec lé comte de Toulouse, il ne pouvait le requérir d'agréer sa féauté '. Que faire ? U chercha donc à légitimer pour le

1 Pierre de Yaulx-Gernay , chap. a3.

2 Ibid,

3 L'historien provençal des comtes de Toulouse , dit oepen-^^

BÉYBUL 0£S PROVEHÇAUX.* 89

moins la seigneurie de Garcassonne, et demanda à faire l'hommage au roi d'Aragon.

Pierre s'excusa de ne pouvoir l'admettre; mais lassé de ses pressantes sollicitations , il lui donna rend^^ous à Narbonne. Us se virent en effet; mais , pendant quinze jours que durèrent les conférences, Simon ne put persuader le roi de recevoir^sa foi fléodale ; le suzerain éloignait cette formalité sous divers prétextes. On disait même que des hommes sûrs parcouraient tous les arrière-fiefs des vicomtes de Béziers et de Carcassonne et répétaknt aux feudataires^: Il Ne faites qu'un hommage simulé à Montfort ; ce n'est pas un homme de notre race, un baron lé^time ; en quelque temps vous aurez du secours.» Ces feudatairçs tinrent compte de cet avis, car aucun d'eux ne remplit ses devoirs de féauté, si Ion en excepte quelques abbés ou évêques possesseurs de terres.

C'était un attachement véritable que celui

dant qae Montfort fit quelques démarches auprès du comte de Toaloase pour en obtenir «a permission d'hommage. « Et de fait par le coDseil del dit léguât mandet sas lettras al conte Ramon à Tolosa et aussi als habitans d'aquela persaber se an se volien accordar. » P. ai.

I Fieri'e de Vaulx-Gernay, chap. 33.

go PITEUX ÉTAT DB LA COUR DE MONTFORT.

de» peuples du midi pour leurs seigneurs nationaux ; Simon de Montfort put s'en conyaincre lors de là mo>rt du vicomte de Béliers , dont il avait pris les terres ^ et qui expira subitement dans les fers que la trahison lui avait imposés, (c Tous les habitans de Carcassonne vinrent sous la tente , pour voir leur seigneur et lui rendre leé derniers honneurs que chacun lui devait. C'était une chose triste à considérer que cette douleur du peuple , d'autant plus qu'on ne savait pas quand le vicomte était mort en prison , et par quelle cause \3>

La cour de Montfort ûe se composait que d'hommes de la race Franque; ses confîdens et ses ofIi€iers n'appartenaient point à la^ terre de la Langue-doe; son maréchal était Guy dé Levis; Pierre dé Richebourg feisait les fonc^^ tions de sénéchal et Robert de Pâsài celles de bouteillier. Rien de national n'entourait donc cette récente conquête.

Aussi dès que les corps de lances » les

1 Son vengut de alentour per veser lûr dit'senhor mort et per U far honor que l'y eran tengu chascun far, la quala causa fut fort lamentosa et pietosa a veyre la dolor qui lodit pobla mené va, non sabia perlo dit visconte quant ora mort ainsi en priso, ni en aquela forme que mortera. p. 19»

VOYAGE DE RAYMOND A LA COUR DE FRANGE. Ql

hommes d'armes du comte de Nevers et du duc de Bourgogne se fiirent éloignés, un mouvement général s'opéra dans la Languedoc contre la domination du comte de Montfort. On n'y coniprenait ni la langue , ni les moeurs, ni l'austérité dévote des cbaraipions de la sainte église. La plupart des chevaliers et des châtelains des diocèses de Béziers, Gircassonne et Albi se déclarèrent contre le comte , leur nouveau seigneur. Ceux du Minervois avaient aussi pris les anpes. C'était un cri général contre la domination des hommes de France*.

En même temps le comte de Toulouse s'était rendu auprès du roi Philippe , son seigneur suzerain , pour demander justice des menaces et attaques à main armée d'Amauri de Montfort. D'après le droit féodal c'était* à la cour des barons à prononcer sur les droits respectifs des vassaux > de l^r couronne. Le duc de Bom*gogne^ le comte de Nevers et la comtesse de Champagne assistèrent à cette cour plénière; ces deux hauts barons qui revenaient de la croisade contre les Albigeois purent exposer la »

1 Pierre de Vaulx-Cwnay, chap. 27.

93 YOYAGB A ROME.

déloyale et barbare conduite de Montfprt dont il6 avaient été témoins dan» la Liaogue-doc; la comtesse de Champagne surtout prit vivement les intérêts de Raymond ' ; de son côté, le comte de Toulouse fit entendre les plus vives plaintes contre le légat ; les barons promirent justice et lui confièrent plusieurs chartes adre»> sées au pape , afin que le souverain pontife put mettre un terme aux y^^^tions de toute espèce auxquelles était exposé un g^nd vassal de la couronne.

Le comte de Toulouse se décida à Aire le voyage de Rome; mais avant de quitter la cour de Philippe, il fit son testament car le pèlerinage était long : ce Moi Raymond, comte de Toulouse, étant en la cour des barons de France, j'écris mes dernières volontés : Je lègue aux templiers et hospitaliers tout le blé et le vin que j'aurai recueilli dans l'année. Les premiers auront mon cheval de bataille, mes armes, ma cuirasse ; les autres prendront soin de mon plus jeune palefi^i. Mon fils Raymond sera mon héritier. Mais je donne à Éléonore

1 Les touts ensemble feguen bon accueil al dit cont Ramon et a sa compagnie spécialement la comtesse de Gampaoa. p. ao.

TESTAMENT DU COMTE DB TOULOUSE. gi

d'Aragon « ma femme, tout ce que je lui ai constitué en dot ; à Bertrand , mon bâtard , les d^teauic de Gaylus et de Bruniquel en Querci; à GuiUaumette, ma fille, tout ce que je possède à Montlaur et à Saint-Georges. Je mets enfin tous mes domaines sous la protection de Philippe roi de France, mon connu, et sous celle d'Otfaon empereur des Romains.

Au cas où ma lignée masculine viendrait à défaillir, j'a{^lie à mon héritage, pour toutes les terres sises daos le royaume de France, Philippe mon suzerain , et pour toutes celles^aurddà du Rhône l'empereur Othon \ »

Ce testament fut déposé dans les archives de Tabbaye de Sain^Denis, et notre comte s'adiemina vers Rome. Des lettres fulminantes du légat l'y avaient précédé. & Seigneur pape, disait-il, nous nous sommes assemblés en con- <^e pour décider la grande affaire du comte de Toulouse, et nous l'avons excommunié parce qu'il n'a pas rétabli dans leurs domaines les évéques de Carpentras et de Vaison ; parce

1 L'original qui était aux archives de Saint-Denis se trouve textuellement dans Did. Yaissète, PreuTes de l'hist. du Laeguedoc, t. 3, p. 23.

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