ARRIVÉE DES BRETONS
femmes et homines forent brûlés en présence èe Tarméé agenouillée et chantant un Te Deum d'action de grâce '.
En ce temps il|arriya dé nouveaux croisés ; ils étaient de race bretonne^t au nombre de huit cents. Les évéques de Glîartres, de BeauTais^ les comtes de Dreux et de Ponthieu se trouvaient parmi eux ; a mais^rien de grand ni d'honorable ne fui opéré avec leur aide*. » On attaqua le c-hâteau de Thermes où s'étaient encore «*é* fiigiés maints hérétiques fameux ' ; Guillaume^ archidiacre de Paris , qui servait non-seulement de la parole et du glaive « mais encore avec une activité et une intelligence peu conununes, s'y fit remarquer. Il allait dans les forêts faire couper du bois pour les machines de guerre, construisait de ses mains pierriers et arbalètes ; il était considéré comme le plus habile en toutes ces choses qu'on jugeait profitables au succès du siège.
1 Pierre de Vaalx-Cernay, chap. 53.
a Uid.i chap. io,
3 Llibtorien proTençal du comte de Toulouse, dit qu'une grande maladie régnait dans le château des Thermes : Sy met une grande et terrible malaudia dont tôt les fors y morian gen sao| fin. Col. 38.
lOO MISÈRE DE MOHTFORT.
Ce qui faisait la force et la lichesse clés seigueurs féodaux, c'étaient les services militaires, les redevances des fiefs , et les produits de la terre. La situation de Moutfort se trouvait sous ce rapport très-misérable. Jeté dans un pays de conquête, sans aucun lien ni ayec ses supérieurs dans Tordre féodal, ni avec ses infér^urs, il n'avait point de ressources ; le comte était même dans une telle pauvreté que le pain Tenait souvent à lui manquer , « ainsi que nous l'avons appris de toute certitude, dit un chroniqueur; et le noble homme s'absaitait tout exprès, et n'osait, par vergogne, retoiurner à son pavillon, parce qu'il était heure de man* ger , et qu'il n'avait pas de pain \^
Le siège étant ])resque achevé , les évêques de Chartres, de Beau vais, le comte de Ponthieu dirent qu'ils voulaient s'en aller dans leur pays, car il n'y avait rien à gagner.
Montfort eut beau se jeter à leurs pieds^ lea supplier avec larmes abondantes de rester quelque temps au siège; tils refusèrent tout net. » Après le départ des barons francs, Si-
1 Ibid,f chap. 4i*
CQNFÉBEHCES POUR LA PAU. lOI
mon se Toyant presque seul et tout désolé* tomba en grand ennui et anxiété d'esprit. « De vrai, il ne savait que faire ; il ne voulait point lever le siège , il ne pouvait davantage y rester; car il avait de nombreuic ennemis souslesarmes, peu d'auxiliaires, et dans ce petit nombre la plupart bien mal disposés. D'un autre côté le château des Thermes était très-fort « et Ton ne croyait pas qu'il pût être pris à moins d'avoir sous la main de nombreux hommes d armes. Pendant qu'il avait ces inquiétudes* voilà qu'il arrive des troupes de lance du côté de Lorraine couvertes de fer. a Grand miracle ! ce château, que l'on croyait imprenable, se rend tout & coup à de pauvres pèlerins. ' » Vivant au nûlieu d'une population enne* mie , le sire de Montfort ne pouvait se conso» lider que par des alliances avec les seigneurs naturels du pays. La conquête ne suffisait pas, car, opérée par des forces accidentelles et étrangères, elle ne pouvait rien donner, rien affermir. Aussi les légats cherchèrent-ils à rap*
I Pierre de Vaulx-Geniay , \W, ii. L'historien dn comte de Toulonse dit eocore que les hérétiques furent brftlés : et aqueU arsen et brûlants les heretges, sans raarci n^pietats. — Col. 39.
1 09 lOMMAGE DE MOfTTFORT .
procher ttutr'eux les Vieux et les réoens postesseurs du sol*
Des confiérences fiireot encore indiquées à Narbonue; le roi d'Aragon, les comtes de Toulouse, et de Foix, s'y rendirent, et Ton discuta les droits respectifs en présence des légats; Il y fut d'abord question des moyens die rétonciliér Raymond ûvec TÉglise ;; on lui offiît la pai^ble possession de ses dj6maines et des redeyances qu'il avait sur 1^ terres des châtelains hérétiques, s'il voulait les chasser de ses états; il devait avoir, en outre, le cinquième ou le quart dé toutes les confiscations. Raymond relusa toutes ces offres qui l'auraiefit enrichi aul dépens ^e ses vassa nx .
Leoomte deFoix fut réconcilié avecTÉglise.
On lui fit prêter serment qu'il ne combattrait pbisAfontfopi, et, à cette condition, celui-ci lui nraMiittoutessesterres.Leroi d'Aragon, comme seigneur suzerain da comté de Foix, arbora son gonfsÉion dans une partie des châteaux; mais la fidélité du noble o<^mte dura bien peu
de temps ; à quelques mois de là il était déjà à la
i Epis^ d'Innocei>t, liv. xui, ^. 188. Pieçre deVanU-OerrMiyT rh. 43. Aot. concil. Vaur. t. 2, p.. 766. édit. Baluze.
GONPiélUCS DE TCWLOVSE. Io3
tête de ses fidèles vassaux pour combattre les fi^DCs. On redoubla d'instances auprès du roi d'Aragon afin qu'il consentit à recCToir rboinmagede Simon de Mont^rt pour Garcassonne* a Je ne le |mis, rëpôndit-il, car il n'en est pas le droit possesseur.» Les légatsreTinrent avec tant de persévérance, lui firent de si larges promessa^ , qu'enfin il cons^tit à le reconnaître comme son bon vassal \ C'était uncommenc^nent d'ordre régulier dans la conquête. Une alliance de fionillefut aussi vivemait sollicitée par le comte de Montfort afin de s'attacher tout à faitau sol ; il offrit de donner sa fille en mariage au jeunefibdu roi d'Aragon. La proposition fut agréée \ C'est ainsi que le comte firanc cher« chaità vaincre les répugnances desProvencaux. Il avait pour auxiliaire ardent et dévoué le clei^é romain que l'hérésie des Albigeois menaçait dans ses domaines et dans son existence ; il cherchait à rattacher au comteSimon la populat;ion catholique. Le plus agissant de toute cette bande d'é vêques et de clercs était le troubadour Folquet , dont' nous avons déjà parlé, et alors
1 Act. concU. Vaur. t. a. p. 766.
2 Pierre de Va'ulx-Cernay , chap. 45.
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Io4 ^ SIÈGE DE LAVAim.
évêque de Toulouse. U était le violent ennemi du comte Raymond ^ et avait osé former au sein de sa capitale mêtne une confrérie catholique dont le but était l'extermination des hérétiques. Elle s'intitulait C^n^r^rfe blanche^ avait ses prévôts* ses tnaltres, choisis parmi le petit nombre de chevaliers et bourgeois qui trahissaient la cause de la Provence; les notables habitans fiu*ent obligés de se retirer dans la ville haute et les bourgs pour éviter la fureur de ces nouveaux confrères et pénitens» Ils formèrent à leur tour une confédération sous le titre de Confrérie noirej et dès lors la division fut dans la ville : on se battait là pour le comte ; id pour l'évèque.
Au siège de Lavaur on vit arriver trois mille Toulousains de la confrérie blanche' qui se placèrent sous la bannière du comte deMontfort»
Ils chantaient tous une sirvente» oeuvre de leur évéque troubadour, et dans laquelle il disait : c( A l'égard du comte de Toulouse, nous vous conseillons avec l'apôtre d'employer toujours la ruse. Vous commencerez par faire la guerre aux autres hérétiques , de peur que s'ils étaient
I Guill. de Pny-Laurcnt , chap^ 1 5 et 17.
LE COMTE RAYMOND ET l'ÉTÊQVE FOLQUBT. Io5
tous réunis, il ne fiât pas si fààle de les vaincre; ensuite tous attaq[uerez le Comte lorsqu'il se trouvera setd et hors d'état de recevoir aucun secours *. »
Au siège de Lavaur survinrent encore des.
geos de France : les évéques de Bayeux, de Lisieux, suivis d'une grande foison de chevalierSt qui marchaient au secours dés catholiques. A ee moment , Raymond , noblement conseillé par le comte de Comminges, cherchait à se rendre digne de sa race, et tirait l'épée contre Montfort : six mille l^mces allemandes tout récemment arrivées poiur la croisade forent dis- {)ersées dans une valeureuse attaque du comtede Foix qui ne s'était soumis un moment que pour reprendre utilement les armes; Raymond chassa» lui-même de Toulouse le turbident évêque ¥oh quet. Le prélat eut beau chanter que ce n'était pas le comte qui l'avait élu , qu'il aimait mieux mourir des mains du tyran accompagné de se»
satellites * , que d'abandonner la ville. Toute» ces imprécations habituelles aux clercs n'arrêtèrent point le comte ; Folquet fot obligé de
1 Millot hifit. des Troabad. t. i ^p. 19a»
a Millot hist. des TrouLad. t. 1. pag 196.
I06 PÉNITENCES POUR LES PROVBNÇAtïX.
quitter Toulouse. On sent que de telles mesures pouvaient réveiller l'esprit national.
Ce qui arait contribué à rendre qudque énergie au comte Raymond , c'était Fexcommunication nourelle qui Tenait d'être prononcée sans raison contre lui par le légat. Ce prélat turbulent avait voulu imposer au comte àe» articles de pénitence tout4i-fidt honteux afin de le réconciler avec l'Église ; on ne devait plus lui servir dans ses châteaux et à sa table, autrefois si abondante et si joyeuse, que de deux espèces de viandes ; les babitans de se» domaines ne devaient porter que des chappes noires et grossières; aucun chevalier ne devait désormais habiter les cités , mais seulement la oampagne, et tontes les fortifications des cas* tels devaient être rasées. Enfin Raymond devait se revêtir de la robe de templi^ et partir pour la Palestine. Lorsque le comte montra au roi d'Aragon ces conditions si hunûliantes pour un noble et jovial baron , celui-ci se prit i rire et lui dit : «En vérité, on vous le fiiit payer un peu trop cher *.» Raymond comprit le reproche et tira dès lors l'épée contre les Francs.
l Chroniq. provençale du comte de Toulouse , col. .^o.
PROGftÈS DES FRAMGS. I07
CependaptLavaarsuooonifeajj; sons le comte de M ontfort ; quatre çenls parfait» hérétiques iurent liyrés au bûcher par les croisés avec '.me jûieecetrime; on letur offrit là TÎe Vils Youlaient renoncer à leurs opinions religieuses. Tous préfiirèrent la mort ; le butin servit a payer un mardhsind deCahors, qui ayait prêté quelque somme d'argent au comte Simon , d^s le besoin \ Après. cette expédition, les Fi^n çais qui Tenaient d'arriver an camp sous Enguerand de Goucy , voyant qu'il n'y avait pas graiMl'chose à ^gna:* sous les bannières du comte , témoignèrent le désir de s'en retmirner, et en effet ils partû^ent quoiqu'on cherchât à les retenir par promesses et monitions*
La guerre se troura^ déclarée par le fait en tre le comte de Toulouse et Simon de Mon tfort ; car leurs opinions et leu>:' intérêt étaient trèsnlifférena; Raymond oe pouvait rester long-temps croisé contre ses propres, vassaui et Simon ne devaitpoint tolérer un seigneur de la racedu soi , qui réunissait autour de lui quand il les appelait tous les vassaux de la Langue-^doc. U fallait nécessairement que la seigneurie nouvelle cf-
1 Pierre de Vautx-Cernay, cliap. ^5.