LES TROUBADOURS CONTRE LE CLERGÉ
loin un cadayre, que les clercs et les prédica-^ leurs sentent un homme riche ; aussitôt ils en font un ami ; et, quand il lui survient une mala^ die, ils lui arrachent une donation qui dépouille ses parens *. Vous les voyez sortir tête levée de mauvais lieux pour aller à Tautel; les rois»
les comtes, les chevaliers avaient coutume de gouverner la terre , mais les clercs ont usurpé sur eux cette autorité. «
«Si Dieu sauve pour bien manger et avoir des femmes blanches de peau, les moines, les templiers et les chanoines auront le paradis; saint Pierre et saint André sont bien dupes d'avoir tant souffert de tourmens pour un par radis qui coûte si peu aux autres. " »
1 Tartarassa ni voutour ,
No sent plus leur carn pudea Com clerc et predicador , Senton ont es lo manen Mantenen son siei privât , Et quand malautia il bat, Fan li far donatio Tal que il paren no y an pro. .
Le troubadour Pierre Cardinal, Raynooard , t. 4» P* ^^S*
a Le troubad. Pierre de Castelnau , Millot, t. 3 , p. 77 , sur le» MSS. Sainte-Palayc.
INCERTITUDE DE LA FOI CATHOLIQUE. l5
• Pour le» moines , »'il y a chez vou« une jolie femme 9 il en naît Inentôt une lignée; conimeut les cheTaliers ne meurent>-ils pas de honte de se laisser fouler aux pieds par de telles gens? Charles-Martel savait bien mieux gouvamer 1^ clercs ; mais aujourd'hui que les gens d'église connaissent la Mblesse des rois , U& nous mènent comme ils teulent. * »
Telles étaient lés opinions contemporaines mr le clergé , et l'on doit bien penser qu'elles n'étaient pas de nature à protéger la ferveur catholique. Les chants des troubadours étalent populaires ; ils se récitaient dans les châteaux , au milieu des cités, et le peuple devait y puiser une licence de propos et de pensée en oppositioii avec les doctrines orthodoxes.
Dans la Langue-doe, d'ailleurs, l'hérésie était ancienne. Sous les Visigoths, la population avait embrassé presqu'unanimement FArianisme , et comme les opinions et les senti-^ mens des multitudes ne s'effacent pas tout d'un coup, il était resté quelque débris des an-
i Le troubadour Pierre G ardîoal; Millot, t. 3, p. 236; Rayaouard, ».4.
r4 oiaeiNB des hérésies.
eiennes croyances. Dans la campagne, chbz lebourgeois et même parmi les nobles, la foi ca-^ iholique n'avait pas conservé toute sa pureté et son orthodoxie, et les hérëiles du XII* siècle trouvèrent d'anciens souvenirs , qui, avec le caractère national, favorisèrent leur propagation. L'arianisme était fondé sur la nonconsubstanûalité du Verbe, la nature toute humaine du Christ; nous retrouverons quelques-unes de ces opinions philosophiques dans les doctrines des hérétiques albigeois.
D'où provinrent ces nouvelles prédications ?
dans quelles sources cel systèmes religieux forent-ils puisés? Quelle fot la succession d'aiseir guemens à travers laquelle ils'arrivèrent jusques dans rOccident barbare, questions graves qui se rattachent à la marche et aux progrès delà philosophie?
Lorsque le christianisme apparut au i^ondie, une certaine masse d'idées religieuses ou cfo^ pinions philosophiques était répandue dans l'univers ancien. La prédication évangéliqve n'était point en elle-même assez sépax^e des enseignemens préexistans pour qu'il y eût incompatibilité complète entre les vieilles doc-
LES MANICHÉENS. — LES PRISGILIBNS. l5
trines et la nouvelle croyance, et presque dès l'origine une fusion naturelle s'opéra entre la religion du Christ et la plupart àet my thologies contemporaines, ou des écoles philosophiques. De là , le premier {nrincipe des hérésies , qui ne furent, à vrai dire, que d'anciens systèmes se revêtant du costume chrétien ' . Si la philosophie de Platon devint la df^€trilie orthodoxe après le concile de Nicée, les mystérieux enseignemens de la cabale et des prêtres de l'Egypte entrèrent dans les opinions des Gnostiques, tandis que la (Ustinction des deux prindpes, des essences diverses avec leur longue hiérarchie d'émanations , fut la source de l'hérésie de Manès ou du manichéisme.
De tous les systèmes répandus dans l'univers chrétien , <ce fut cette dernière hérésie qui domina le plus complètement. £Ue foit d'abord prêchée dans la Perse et dans cette partie de l'Arménie qm touche à ses frontières. Encore âu y^ siècle les lois impériales, les canons des conciles proscrivaient ses sectateurs. Nous la voyons paraître à celte époque en Occident ;
1 Voir sur les systèmes pfailôsophiqaes des hérésiarques des premiers temps du christianisme : Beausobre , hist. du Manichéisme,
l6 PES PAULIClENâ. — LE6 HBNRICIBNS.
réyéque d' Ayiia , Priscilius « répandit en Espagne la doctrine de Manès : les hérétiques prirent de leur chef le nom de Prisciliens \
La secte des Pauliciens fut encore une branche du manichéisme; elle parut sous Jus^ tinieu ^ et fut proscrite par un grand nombre de lois du Digeste et des Basiliques. Les hérétiques, contHiints de fuir de leur patrie, se réfogièrent en Bulgarie, et toujours persécutés, se répandirent sur tous les points de la chrétienté. En Italie , les sociétés secrètes de ces anciens Manicjiéens prirent le noniL de Patiirini; en Allemagne, celui de Cathare; on leur donna aussi le nom de Bulgares, dont les chroniques ont fait ensuite celui de Bolgre ou Bougre \
Des germes de doctrines orientales altérés par leur passage à travers des idées barbares et des mjthologies localesi, étsÀent donc incon*
• I Mosheim, Hist. ecclesiast. t. 2, p. 176; Gibbon, t. 5, et Yolîde ManUé.ani, Manieh» ,p. 947.
s Ducaoge. V». Buigre , Bulgarii. Mqrator, , antiq. ital. medi. œvi. 2 vol. p. i3. — Les Bolgres, Bougres et Albigeois sont entièrement confondus dans les ciironiques. On. trouve dans Tépitaphe d*un vieux baron mort contre les Albigeois :
• U moment cQDtrç les Bolgres et les Albigec is< •
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