PRÉDICATION DE ST. BERNARD. I
testablement parvenug en occident , et ces doctrines ainsi localisées , nous devons le dire , se retrouvent tout entières dans les sectes des bons-hommes ou Albigeois qui furent l'objet du drame sanglant que nous devons retracer.
Les premiers symptômes d'hérésie dans la Langue-doc, depuis l'arianisme, remontent à 1 147* Un clercdunomdeHcnri, originaired'Italie, enseigna ta science de concert avec un autre clerc, Pierre deBruys, et tous deux très-lettrés, à Poitiers , Bordeaux, en Dauphiné et en Provence. Dans leurs prédications, écoutées avec passion par le peuple, ils rejetaient une grande partie (le l'écriture sainte et tout l'ancien testament ; ils niaient que Dieu eût institué un culte matériel , un sacerdoce visible ; ils ne voulaient point d'Église , point de sacremens ; pas plus le baptême que l'eucharistie. Ces deux hérésiarques fiirent poursuivis par Pierre-le- Vénérable et condamnés au supplice du feu '.
Mais l'hérésie n'en avait pas moins fait d'immenses progrès , si bien qu'à l'instigation du pape Eugène III, saint Bernard quitta sa pieuse solitude de Qairvaux , pour entrepren-
I Mabillon praef. in. S. Bernard, % 6. id, Analecr. , t. 5, p. 3ia. T. m. 2
l8 MOQUERIES SUR ST. BERNARD.
dre la convemon des nouveaux hérétiques. II écrivît au comte (le Toulouse pour lui aunou^ cer son dessein. Le pieux abbé a peint avec toute la pompe de son style religieux le triste état de la foi catholique dans la Langue-doc. ce On y voit des églises sans peuple, un peuple sans prêtre et le prêtre sans miiiistère } on ne célèbre pas les fêtes , les chrétiens meurent sans sacremens et on refuse le baptême aux adultes. Un homme qui enseigne de telles erreurs pe^it* il venir de Dieu ! et Ton dit cependant qu'il a un grand noidbre de serviteurs '! »
En ^et, la prédication de saint Bernard dans la Langue-doc ne fut point heTu*euse; et quoiqu'il prêchât tous les jours publiquement, que les sectateur^ avoués de l'hérésie ne fussent que de simples ouvriers , des tisse^ rands enfin, il ne put persuader personne , et à la fin de sa prédication il dut se convaincre qu'un grand nombre de notables habitans professaient en secret les ddbtrines hérétiques. A Verfeuil * , petite ville à quatre lieues de Toulouse , le défenseur de la foi orthodoxe reçut
1 £t. Bernard. Epistol. p. a4i.
a Viridi-foliam. (Verte feaiBè.)
PR£a>IGATION SANS SUCCÈS. IQ
une triste leçon. ^ y avait cent maisons de chevaliers, tous fauteurs d'hérésie , et saint Bernard voulut porter un coup fatal à Terreur en prêchant au milieu de ces nobles hommes. A peine avait-il commencé sa vive oraison» que tous, chevaliers et bourgeois, quittèrent l'église, et lorsque le saint bomme se présenta sm^ la place publique on se prit à rire et Ton se retira. Le lendemain les hérétiques causèrent tant de bruit que personne ne put plus entendre , et saint Bernard se vit contraint d'abandonner le château de Yerfeuil ' , en secouant la poussièVe de ses sandales, comme J.-G. l'avait recommandé mix apôtres.
Le prédicateur zélé dirigea ensuite ses pas SHT Albi ; tow les habitans avaient embrassé rbérésie; le l^gat du Pape, qui précédait saint Bernard ,^ s'av^ça vers la ville ; mais, spectacle désolant pour les orthodoxes ! les citoyens vinrent au devant de lui montés sur des àpes en signe de moquerie; ils tenaient des propos joyeux, chantaient des chansons populaires conl3:'e les clercs. Le succès de la prédication
1 Gmlh de Poy-Laur. , Ghronû{. e. i.