ARRIVÉE DE LA FLOTTE À DAM. Ï
port teUement vaste et si bien abrité , qu'il pottvMt contenir dans son enceinte tous nos navires. Là, est uoe belle cité baignée par des eaux qui coulent doucement * fière d'un sol fertile et du voisinage de la mer , et de l'agrément de sa situation', n
(cOn trouvaà Damdes richesses apportées par des navires de toutes les parties du monde, des masses d'argent non encore travaillées, et de ce métal qui brille de rouge, les tissus des Phéniciens^ des Sères ( Chinois ) et de ceux que les Ciclades produisent*; des pelleteries variées qu'envoie la Hongrie, de véritables grains destinés à la teinture en ccarlate, des radeaux chargés des vins que fournissent la Gascogne , ou La Rochelle , des fers ou des métaux , des draperies et d'aiitres marchandises que l'Angleterre ainsi que la Flandre avaient déposées en ces lieux pour les envoyer de là dans les diverses terres. L'avide piraté Savari , et les hommes qui formaient sa troupe brutale , secondés en tout point par le routier Eudoc et
1 Guill. le Breton , chant iz.
a Stamina Pliœnicum, Sérum, Cicladainque laboret.
Ibié.
178 PRiPAKATIF^ D£ ^A f|X)TT« IXCLAtÉA*
par ses compagaons , enlèvent toutes ces richesses aux ha^itans de qes fieux, sans égard pour la conTention conclue avec eux • ne craigiiant point de violer la foi promise et de méconnaître leur seiment ; ces péchés amenèrent sans doute h désastre de notre flotte. »
Ce ne furent point les péchés des Fn^çais , mais les traités d'alliances entre le comte de Flandre et Iç roi d'Angleterre, qui préparèrent 1^ destruction des barques sur le rivage. Dès que Jean eut appris que les yassaux de Philippe avaient gagné la mer et qu'ils se dirigeaient vers le nord , il fit hâter les préparatifs pour le départ de ses hommes réunis à Portsmouth ' • Les barons furent sommés de rester ions les ai «mes, et comme la plupart des causes de dissentions iptérîeures étalç^t nt^omeat^nément ap* paisées par l'hommage à la cow d^ Rome , les possesseurs de fie& t l^s chevaliers et lennfiarins des cinq ports ne firent ai^cnne diiSficulfeé poi;ir se mettre en mer; le roi Jean fit v^^sûr auprès de lui le comte de Sarisbury , et lui confia
1 Math. Paris, aoD. iii5.
iTAT D£ LA MARINE DBS ANGLAIS. 1 yg
la ccmduite de sa flotte qui ne se composait que de cinq ceiits navires et de septcenIS chevaliers', sans j comprendre les écu jers et varlets d'armes. Le comte cingla vers 4es rivages de la Flandre , afin de joindre les Français.
La navigation en Angleterre avait fait plus depro^ès que sur le continent ; des flottes nombreuses parcouraient non-seulement l'Océan^ mais passaient le détroit, et coupaient en tou^ SOIS la Méditerranée; ainsi, durant la croisade , Philippe fut obligé de traverser l'Italie et de louer des barques à Gènes , tandis que des vaisseau:^ aurais partirent de Portsmouth et devaient prendre Richard à Marseille ; pliis de vingt mille ouvriers «l'occupaient dans les cinq ports de la construction des navires , de leurs manœuvres, du transport des marchandises; en France on ne voyait que quelaues pécheurs ]^<mger dans la Seine et les pirsmss qui habitai^it et désolaient les rochers de la Neustrie et de laBretagne.
11 ne ftlt point difficile aux Anglais desuivrie les traces de Farmée navale de Philippe. Ce
1 Gam navibus quingentis et militibui septingcntis. Mathieu Paris, ad. ann. 12 15.
l80 DESTRUCTION DB LA FLOTTE DE FftANCB.
ptince était déjà débarqué , et sa flotte s'abri* tait dans le ^rt de Dam ou sur les rivages qui Tavoisinent. Au moment où le goufanou an^ glais fut aperçu, un grand nombre de matelots et de chevaliers étaient descendus k terre et se livraient au pillage et à la débauche dans la ville. Le comte de Sarisbury commanda la bataille, et ses habiles marins jetant des câbles avec adresse , se rendirent maîtres de trois cents navires français chargés de vin , de blé et d'armes; plus de cent autres , qui s'étaienf échoués sur le rivage^ furent brûlés après qu'on leur eut enlevé tout ce qu'ils transportaienff . Dans ce désastre , Philippe- Auguste et ses barons perdirent leurs brillans et joyeux équipages*.
Le roi était alors entré dans les terres de Flandre, et ses troupes se dispersaient de tout côté dans laCampagne c( semblables aux sauterelles qui sechargentde dépouilleset seplaisent
1 II paraît qae U multitude des navires français avait arrêté UD moment le courage des Anglais : Ubi tantam navium multitadinem stupefacti intuenfes Math. Parîs« laiS.
3 Et in brevi, nantis subjugatis , funibus navium prsescissis, rre« centas ex eis^ fmmcnto , vino , fariné, armis a« rébus aliis onustas ▼•nus Angliam Neptuno committunt.
CONQUÊTE DES VILLES DE FLANDRE. l8l
àailever le butin'». Cassel fortiBé et comme suspendu sur la crête d'une montagne, s'était rendu au gonfanon de France; Ypres avait suivi cet exemple* L'armée royale dirigea sa course jusqu'à Bruges , qui se soumit ainsi que les villages qui tout autour l'environnent.
a Le roi faisait le siège de Gand , peuplé de bourgeois orgueilleux de leurs privil^es ; déjà les machines de guerre étaient prépai'ées et allaient bientôt^ de leurs' coups redoublés, abattreleshautestoursetlesmurailles^lorsqu'un messager tout haletant s'approche et lui dit : a Sire roi , le comte de Sarisbury et le comte de Boulogne arrivent d'Angleterre sur de longs radeaux etde fortes galères\IIs sont tout-à-coup débarqués près de nous, au point où les flots de la mer viennent se briser sur le rivage de Dam. Les habitans du pays se sont réunis à eux et à Ferrand, leur droit sire, et tous ensemble seiTcnt de près nos navires imprudemment disposés sur une trop vaste plage,
1 iV^ore locustarum ', quae ^ terrae plana tegentes.
GuiD.-le-Brcion , «haat n.
. Subito ratibuf longisque galeii .
1 82 LE ROI APPREND LA BBSTRtTGT. DE SA FLOTTE.
et qu'il aurait été plus prudent d'abriter dan» le port. »
ce Us ne m'échapperont pas ^ » dit Philippe en faisant sonner les trompettes; » mais voici venir un nouveau messager. « Qu'avez-vous de nouveau , maître Pierre? » celui-ci pouvait à peine trouver une parole, tantla course l'availéptiisé; puis il s'écrie : ce II n'est plus d'espoir ! le comte de Sarisbury ' s'est emparé de quatre cents navires, et aucune iswie n'est ouverte pour que le reste de nbtre flotte puisse échapper si elle voulait s'avancer en pleine mer. t / o Qu'est devenu le vaisseau royal? »
a Hélas! il n'est point en sûreté, car au milieu des autres il manque de défenseur , et pourra être facilement enlevé.»
ce Et mes tonneaux d'argent !»
«Guillaume-le-Petit n'a aucun moyen de les protéger. Les Poitevins qui combattent sous nos banni^es mettent plus- de soin- à piller le port de Dam qu'à garder tes vaisseaux*. Le seul homme qui se comporte vaillamment
» Jam quadringentas sibi suble^êre carénas. Ibid.
Qu» modo Damitis rapaeitiot fœdere frac^.
Cur& noajon tua quàm et navalia tervant. Ibld,
LES CHEY. DE FRANCE CONTRE LES ANGLAIS. l83
est le braye Robert de Poissy , qui, arec une pc»gnëe d'hommes d'armes , défend les portés de la TÎUe. Ske roi , bientôt même ils seront forcés de tout abandonner « n tu ne te hâtes de Y^xûré»
En achevant ces paroles, le messager re« met au roi des chartes scdlées de Robert de Poissy où tous les faits se trouyaient coin* plètement confirmés par le témoignée des cbeTaliers.
«Que tousles saints de France damnent cette pauvre chevalerie, dit Philipge, car elle a couru au pillage quand il y avait quelque gloire à acquérir. Allons donc empêcher nos affaires de tomber en désordre. Je ne tiens pas tellement à triompher des Gantois , que j'expose, pour continuer ce sîége, mes compagnons sur le rivage.
» Comment faire ? U n'est pas facile de traverser la Flandre en toute hàteavec mes chevaliers bardés defbr; qui véui donc conduire les archers et les honuties d'armes vêtus à la légère?
»Moi, sire roi, dit Pierre Mauclerc, duc de Bretagne^ et j'accepte cette entreprise comme un beau {N^ésent \ n
% Guillaume le Bretoa , chant, ii.
l84 LE SIRE DE BOULOGNE.
Le comte prend cinq cents nobles hommes, et, niarcbant nuit et jour, arrive au «ecoursîdes marins de la flotte et des chevaliers en-* fermés dans le port de Dam.
A la tête des barons anglais ^etcommeleur plus noble soutien , se trouvait alors le sire de Boulogne. Renaud de Dammartiii , qui portait ce titre, avait été un des feudataires de la cour de France le plus attaché à Philippe- Auguste. On le voyait sans cesse à ses côtés dans les cours plénières, à la chasse, dans les tournois; pauvre de fortune, mais riche de vaillance, il avait épousé Ide de Flandre , comtesse de Boulogne , et avait ainsi acquis de nombreuse)»
possessions féodales. Le comte était devenu un grand réjoui et dépenseur d'argent , de sorte que ses revenus ne suffisaient pas au luxe de sa cour. Ide sa femme était un peu vieille et fanée, et le sire comte prenait ses ébats avec quatre ou cinq jei^nes damoiselles qu'il avait réunies selon les us des Sarrasin* dans sou' beau çastel de Boulogne.
La comtesse avait porté ses plainte» au roi contre les infidélités de son mari, et Phi-
LE SIRE DE BOULOGNE. l85
Vppe avait hasardé quelque remontrance fort mal reçue'.
Un soir^ il advint que la fille de Renaud ayant atteint sa douzième année, le roi dit : a Beau cousin , je voudrais marier monsieur Philippe , mon fils , avec votre fille , et le comté de Boulogne viendra à leurs enfans. » Ah ! sire roi , répondit le comte , vous voulez encore manger ce comté et le transmettre en votre lignage. «Cette réponse déplut singulièrement au suzerain.
Voici quelle fut la cause de la rupture *• Le
1 On peut Toir le portrait que fait du comte Renaud la chronique de St.-Deois : «Et volonticrB grevait les églises , de quoi il advenait qu'il était presque tojours excommunié ; les orphelins et les veuves mettait à pauvreté , tojours estait en haine vers ses nobles voisins , et leur destruisait leur maison et leur forteresse et bien qu'il eût nobleidame espousée parcui il tenait la comté de Boulogne , il ne se tenait oncqueàelle; ainsi menait après lui concubines apertement. Chroniq St.-Denis daqs Dm. Brial, recueil des historiens de France, t. XVII , p. 399.
à Pour toute cette époque et surtout pour la bataille de Bouvine nous n'allons plus trouver que Guillaume le Breton , la chronique deSt.-Denb et^athieu Paris.On m'a reproché d'avoir trop souvent emprunté mes récits au poëte biographe du roi ; cette observation suppose qu'on ne connaît pas toute l'importance historique de ce poëme; Guillaume le Breton est plein de détails très - précieoz sur les événemens qu'il 'raconte ; il suivait le roi et fut présent à toutes les guerres entreprises. Ego WilUmu$ naiione ArmoricuSf
l86 LE SIRB DE BOULOGNE ET l'ÉV. DE BBAUVJlfS.
comte yenaît encore de succéder au «îre de Dammartin son père, k ses domaines et à ses serfs, déserte qu'il était devenu Tun des plus opulens barons de la cour, ce qui avait ajouté à set hautaines prétentions; il lui survint alors un différent avec Tévéque de Beauvais, le grand ferraiUeur d'estoc et de taille^ L'évéque avait fait élever un château fort , garni de hautes toureUes qui menaçaient les fiefs de la comtesses de Clermont'; or, cette dame était
offieio prebyster, qui pro maxima parie non iotitm his sed et prœcedeMibut ejusdem regU operibàs inierfui et ea pivptUs àculU aipeœi, ( GoilI.-le-Breton préface des hist. de France de Dm. BriaUt. xtii, pag. S ). On affirmé que Gaillauiné lé Brétbo n'H point dé couleurs locales pàreé ^ull emploie soUvéhi leâ formes et léé mots de là poësie Ifeèqtie et latiAé ; mais Wé images empftâitées k Virgile, tes comparaisons faites arec léS sôiiVeiiits d'&oinère se ressuient ▼iveméut des imptéSnoné d*ùU témoiu oculaire, et né sOnt que de légers placages i travers lesquels pérCènt toujours lés émotions contemporaines; une foule de détails dé mttursCheyfllèrésf^ués ne se trouvent même que dans ce poëtc ; je préfèi^e souvent lé faire parler lui-même que de défigurer ce témoignage tout vivadt. Ses récits nous font connaître tantôt une tradition populaire , tantôt une opinion physic^ue , tantôt une cotttume , une loi , un fait important de la vie militaire ou privée des barons , et l'on voudrait négliger de tels documens !
1 Reginaldus 6omès Bolon^ae dirait quandam fortericiam novam quam Pliilippus Belvacénsis episc* erexefat in agro Belvacensi pro c«) quéd videbatur possé damna facere comitissimae Glarimonti*