MAXIMES SUR L'AUTORITÉ ROYALE
plaisans pour exalter l'autorité royale, et la placer au-dessus de toutes les autres. Car en ce temps, maître Alexandre , théologien , monta dans la chaire de la cathédrale de Londres et dit : «Ce qui advient à ce royaume, provient des sujets et non du roi ; les rois sont la verge des fureurs de Dieu ; ils sont institués afin de frapper les sujets qui doivent ployer comme les ceps de vigne; ils ont mission de fouler les grands sous les pieds et de mettre les fers aux mains à tous les nobles. L'autorité de l’Église est toute spirituelle. Le pape n'a rien à faire avec la puissance toute laïque des rois et des autres potentats *.» La prédication de telles doctrines plut singulièrement à Jean qui combla le prédicateur de bénéfices confisqués.
Le roi méprisait chaque jour davantage l’interdit, etune victoire qu'il venait de remporter dans le pays de Galles enflait son orgueil, fortifiait son espérance de dompter les clercs rebelles. Plusieurs fois on avait voulu le ramener aux lois de l’église romaine, les légats
1 Virgam furoris Dei, 3 Ad papam non pertinere de regum sive de quorum libet potentum laïcà possessione. Ibid.
LES ANGLAIS DÉLIÉS DU SERMENT DE FÉAUTÉ. 1/1 y avaient perdu leurs paroles; dès qu’il s’agissait de restituer de l'argent, Jean ne voulait plus rien entendre; il repoussait toutes les propositions. ÿ
Ce fut alors que le pape lança toutes ses foudres. « Il déchargea les sujets de tout serment de féauté, défendit sous peine d’excommunication aux barons, chevaliers, clercs ou gens du menu - peuple, de se rapprocher du roi, de manger à sa table, de s'asseoir à ses côtés’. » Une multitude de nobles de race normande se retirèrent de la cour à la suite de linterdit; quelques-un$ ‘restèrent cependant avec les Poitevins. On remarquait alors parmi les plus fidèles conseillers les comtes de Sarisbury , d'Oxford et le grandjusticier d'Angleterre, le chancelier, le grandforestier, le protonotaire, le garde des cinq ports et presque généralement tous les chevaliers de race poitevine , et quelques barons normands qui n'étaient aucunement effrayés des foudres de Rome.
Jean était cependant inquiet de son avenir.
1 Epist. Innocent 3, apud Math. Paris, ibid.