PRONOSTICS DES MAGICIENS
Ce n'était partout qu'enthousiasme pour cette grande croisade contre la France; les villes de Flandre offraient des hommes, des chevaliers, de l'argent , des étoffes et des armes, les dames, brodaient des écharpes pour leurs chevaliers et distribuaient leurs couleurs. La vieille comtesse Mathilde animait tout de sa haine. Elle détestait particulièrement le roi Philippe Auguste qui l'avait forcée de se séparer de son second mari, le duc de Bourgogne, qu'elle aimait éperduement. Lorsqu'elle vit sa vengeance se préparer par tout cet appareil militaire, elle courut consulter un nécromancier renommé à sa cour. «Eh bien ! maître, lui dit-elle, quel sera l'événement de cette guerre ?» Après maintes conjurations , le magicien répondit : « Il y aura sanglante bataille ; le roi de France sera foulé sous les pieds des chevaux ; il ne sera point enseveli', ct après la victoire, le comte Ferrand entrera en triomphe dans Paris. » La vieille Mathilde fut remplie de joie : « Dieu soit loué, maître Ra-
1 » L’en si combattra si sera li roi abatusen la bataille et marchiez et défoulés des piés des chevaux; et si n’aura pas sepouture et Ferrand sera reçu à Paris en grand procession après la bataille, chroniq. de St-Denis, ibid. t. xvu, p. 414.
CRAINTES DU ROI PHILIPPE. 215 phaël, nous viendrons donc à bout de ce maudit Philippe. »
Le maudit Philippe n’était pas, enelfet, sans crainte ; - cette puissante confédération leffrayait; car loin de rencontrer de l'enthousiasme chez les barons et châtelains pour la défense de sa cause, il n’y avait que découragement; on savait même qu'il existait des rapports secrets entre eux et les princes coalisés.
Le baronage de France n’était pas content de la marche ascendante du pouvoir absolu qui caractérisait l'administration de Philippe. L'organisation féodale était un régime de distinction et de privilège : le prince qui les blessait ne devait trouver qu’une foi mcertaine.
Aussi, l'invasion du territoire n’était point 1mpopulaire ; elle ne trouvait d'opposans énergiques que parmi les fidèles du roi qui s'étaient déjà habitués au joug de sa cour, et surtont parmi les bourgeois auxquels le nouveau système assurait une existénce dans l'état, et qui avaient un intérêt commun avec la royaulé à lutter contre le pouvoir féodal.
Cependant la chevalerie de France, qui allait combattre l’armée d’Othon et des confédérés,