IDÉE D'UNE GUERRE RELIGIEUSE
Dès que la thiare eut touché la tête d’Innocent II, son génie vaste et hardi comprit le danger qui menacait la suprématie romaine. Toutes ses pensées seportèrent sur l’hérésie de laLangue-doc. Il déléguafrère Régnier, pour visiter la province; en° même temps une lettre circulaire fut adressée aux princes de la chrétienté. «Nous ordonnons, disait le pontife impérieux, aux princes, comtes, et à tous les barons, nous leur enjoignons pour la rémission de leurs péchés de traiter favorablement notre légat, de l’assister de toutes les forces temporelles contre les hérétiques , de poursuivre ceux que frère Régnier aura excommuniés , de confisquer leurs biens, et d’user envers eux d’une plus grande rigueur encore sils persistent à demeurer dans le pays. Nous avons donné à notre légat plein pouvoir d'agir de la sorte, soit par l’excommunication , soit en jetant l’interdit sur les terres. Nous prescrivons aussi à tous les peuples de s’armer contre les hérétiques, lorsque frère Régnier jugera à propos de le leur ordonner, ét nous accordons à ceux qui prendront part 4 cette expédition pour la conservation de la foi.
ESCLARMONDE DE FOIX SE FAIT HÉRÉTIQUE. 31 les mêmes indulgences qu'aux pèlerins qui visitent l'église de Saint-Pierre de Rome et de Saint-Jacques". » |
Ce n’était point encore la prédication d'une croisade ; mais un pas était fait vers la guerre religieuse. Le pape adjoignit à frère Régnier, son légat, Pierre de Castelnau, archidiacre de Maguelonne, pour le seconder dans la haute mission qui lui avait été confiée. Tous deux se rendirent dans la Langue-doc*.
L’hérésie y devenait une mode. Tout le pays retentissait des prédications d’un sectaire du nom de Guillabert de Castres; Esclarmonde, sœur du comte de Foix, et cinq dames de sa cour vinrent se jeter à ses pieds pour lui demander l'imposition des mains; elle fut faite par un /ils mnajeur de l’églse de Foulouse assisté des autres hérétiques qui consolèrent cesnoblespénitenies, «lesquelles se rendirent à Dieu et à l’évangile, et promirent de ne plus manger à l'avenir ni chair, ni œufs, ni fromage, mais de vivre seulement d'huile et de poisson. » Elles s’engagèrent aussi
1 Epist. Innoc. LIT, liv. 1. ep. 94.
2 Epist. Innoc. III, iv. 2, ep. 222.