‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 5)Chapitre 29 sur 336 · JEAN DANS LE POITOU · texte numérisé non relu

JEAN DANS LE POITOU

de France, et qu'ils trouvaient déjà pesans ‘. L'armée des chevaliers du roi Jean fut donc bien accueillie à sonarrivée dans le Poitou ; elle offrait une grande foison de lances ; quelques places de la Guyenne avaient été prises par l'armée de France, elles rentrèrent immédiatement sous la domination de Jean; ses chevaliers se répandirent ensuite dans l’intérieur des terres où ils furent recus avec acclamations. Philippe était alors dans cette province, mais l’enthousiasme des barons du Poitou et de Bretagne pour Jean, et une cause qu'ils considéraient comme nationale, ne lui permit pas de s'opposer au débarquement des Anglais. Les troubadours avaient excité les châtelains à prendre les armes. Depuis deux années ils ne cessaient de blâmer la honte du roi anglais qui s'était laissé dépouiller tout vivant; une occasion se présentait pour reconquérir la gloire, et il n’était pas petit possesseur de terre qui n'eût repris volontairement la lance et l'épée. « Quel honneur vous allez acquérir! disait le noble fils de Bertrand de Born, de ce troubadour turbulent qui avait si souvent excité la

x Guillaum,. le Breton, chant x.

Gi

JEAN DANS LA BRETAGNÉ. 4 chevalerie de Guyenne et du Poitou aux arimes ; pour moi on m'offrirait une couronne que j'aurais honte deme détacher de cette glorieuse ligue de chevalerie. »

Philippe crut donc prudent de se retirer du Poitou, et de laisser ses hommes d’armes dispersés dans les points fortifiés et dans tous les châteaux susceptibles d’une longue défense.

Le roi anglais et sa brillante armée marchèrent sur Poitiers dont on forma le siège ; puis ils se répandirent dans l’Anjou. Angers fut pris sans résistance, et le roi Jean traita d’ingrate la cité, origine de sa noble race, et qui s'était si facilement soumise à son rival, le roi de France. Il démolit ses hautes murailles et une partie de ses maisons. De l’Anjou, les hommes d'Angleterre vinrentsoumettre les cités de Bretagne qui ténaient encore pour les Francs. Ils prirent Dol dont on fit une position militaire, et le promontoire de Garplic où s’éleva bientôt une vaste tour garnie d’archers, afin de favoriser le débarquement des Anglais toutes les fois qu'une invasion de la Bretagne pourrait être nécessaire ‘.

à Mathieu Paris, ann, 1205.

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