‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 5)Chapitre 291 sur 336 · LUXE DE LA COUR · texte numérisé non relu

LUXE DE LA COUR

de la cour du Suzerain. Maintenant qu’elles sont résolues , revenons aux scènes non moins intéressantes de la vie privée et de l’administration féodale.

Depuis l’année 1204, où s’opéra la réunion dela Normandie et des fiefs anglais au domaine, le palais de Philippe-Auguste avait pris une splendeur nouvelle, et, depuis le règne de Charlemagne , tout-à-fait inconnue aux chefs militaires des baronsde France: les revenusroyaux s'étaient considérablement augmentés d’un grand nombre de terres et de cités bourgeoises où maintenant s’exerçait la justice du roi. Le luxe s’en était accru à ce point que les robes de soie, les riches vêtemens écarlates, étaient aussi communs parmi les officiers du suzerain , que la bure noire et les capes chez les bourgeois et les vilains. Cette magnificence des habits, et surtout les longues queues, excitaient la vive indignation des vieux barons et des clercs. Un des ardens moralistes de l’époque regrette le temps des vêtemens courts et serrés qui épargnaient l’étoffe, et il aperçoit une grande corruption dans Îles manches amples et les robes traînantes : « Sachez, mes bonnes dames, que

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si, pour remplir l'objet de vôtre destination, vousaviez besoin delongues queues, la nature y eût pourvu par quelque chose d’approchant”. » La reine Ingerburge était révenueàla cour de Poissi, ét sa présence jetait Philippe dansle plus mortelennui. avait subi la sentence du pape, qui le forcait à lareprendreetàlatraiter comme sa femme ; mais il la repoussait de son lit et de sa noble compagnie , et bien qu'il eüt recu une très-bonne dot en argent dont le divorce entraînait le remboursement, il aurait consenti à la tripler pourvu qu'on le séparât d’elle’. La princesse délaissée s'était livrée à la plus extrême dévotion , sans doute pour consoler ses chagrins domestiques; elle se faisait affilier aux priéres des monasteres et au fervent acétisme des moines. Il nous reste une lettre de Gervais, abbé des Prémontrés, adressée à

1 Sermons de Pierre, chantre de l’église cathédrale de Paris, chap. 82 à 85. J’emprunte la traduction du naïf et savant bénédictin dom Brial, Hist. littéraire de France, in-4., t. xv, p. 294, article Pierre-le-Chantre.

2 ‘Toutes ces relations entre le Danemarck et la France par rapport au mariage d’Ingerburge et du roi , sont très-bien racontées dans les! lettres de Guy , abbé du Paraclet, publiées par Langebeck , Rerum Danicar. script., t. vr.

INGERBURGE, SES FEMMES ETLES MOINES. 357

la reine, et dans laquelle il la rend participante des oraisons de ses cinq cents moines.

Ingerburge ne se contentait pas de ces correspondances par lettres; elle visitait les couvens d'hommes et y couchait même avec ses femmes.

C’est ainsi qu’elle vint à l’abbaye de Ponthivi, et 1l paraît que les religieux ne se tinrent pas dans les bornes strictes de la continence, car il existe un décret de l’ordre de Citeaux, qui condamne l’abhé de ce monastère à rester pendant un certain temps hors des cellules pour avoir recu la reine de France et une multitude de ses suivantes dans l’abbaye * ; elles avaient dormi pendant deux nuits dans le dortoir.

Quoi qu'il en soit, le roin'en persistait pas moins dans son idée de divorce ; il écrivait des lettres pressantes au pape. En 1 208 il lui disait : « Seigneur , donnez à votre légat l'autorité suffisante pour rompre mon mariage avec la reine, soit à cause des maléfices, soit pour la faire entrer dans la vie religieuse, et en lui faisant accomplir des vœux *. »

Sacræ antiquitat. monument, {. 1, p. 49.

Martène , thesaurus anecdot., t. 111, col. 1245.

CAADELTS

Ibid. Amplissim. collec., t. 1, col. 1079.

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