‹ Histoire de Philippe-Auguste (volume 5)Chapitre 292 sur 336 · SOLLICITATION DU PAPE POUR INGERBURGE · texte numérisé non relu

SOLLICITATION DU PAPE POUR INGERBURGE

Loin de répondre à ces pressantes prières, le pape l’exhortait à rompre enfin la répugnance sans raison qu'il avait conçue pour sa femme, et déclarait que l'Église verrait comme un acte de véritable piété qu'il se rapprochât d’Ingerburge*. Plus tard il lui enjoignait de traiter au moins avec douceur celle qui, loin de son époux, était macérée par une continuelle contmence*. Le pontife, par la plus smgulière inquisition, pénétrait encore plus avant dans les mystères du mariage; 1l écrivit à Guarin, évêque de Senlis, ministre et confesseur duroi, pour que, dansles prescriptionsde la pénitence,ilexigeât expressément de Philippe qu'il connût sa femme selon l'œuvre de la chair au moins deux fois par semaine”, Toutes ces petites enquêtes domestiques, comme on le sent, devaient fort ennuyer le roi qui prenait ses joyeux ébats avec nobles dames ét châtelaines. Cependant les injonctions du pape étaient si impérieuses, qu'il recut en grâce cette femme qu'il avait si long temps. détestée.«Moulteult li peuple grant joie de cette

1 Epist. d’Innocent IT , t. 2, p. 313,

Ibid. ,t. mn, p. 658.

3 fbid., ibid.

Le

FAMILLE DU ROï. 359

chose, dit le chroniqueur de Saint-Denis, car en la personne du roi n’y eut plus vice ni chose qui fust à blâmer for seulement que il soustroyait à la Roine la débite selon la chair, mais il lui faisait administrer très-largement et honorablement toutes ses nécessités, et tous furent aises de cette conjonction. »

Quoi qu'en dise le moine de Saint-Denis, toujours un peu courtisan pour le prince, Philppe-Auguste éprouva quelque peine de l’arrivée d’Ingerburge; 1l la relégua encore presqu'aussitôt à Étampes, d'où elle ne fut rappelée que lorsque, accablé par la maladie, le roi se sentit près de sa fin; ses ennuis domestiques furent consolés par la naissance d’un petit-fils issu du prince Louis’, ce qui assurait l’ordre d’hérédité dans sa race, et permettait d'accomplir ses desseins monarchiques. L’enfant fut présenté aux barons comme le successeur de la couronne et salué par eux à ce titre; il n'accomplii pas sa destinée et mourut ee ; mais un second petit-fils naquit plus tard, et ce

1 Chroniq. de St.-Denis, ad ann. 1217, Dm. Brial, collect. des. Historiens de France , t. xvu, p. 400.

2 En 1209.

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