DONS AUX ÉGLISES
blable donation fut faite à l'église d'Autun, sauf Cependant la garde, chevauchée ou service militaire, auxquels elle ne cesserait pas d'être soumise '; l’évêque d'Auxerre en fut exempté, mais seulement durant sa vie, et bien entendu qu'il enverrait ses hommes aux batailles sur la demande du suzerain comme le commun des barons * ; Manassé, évêque d’Orléans, demeurait tenu d'aller personnellement en guerre *‘.
Quelquefois le roi donnait des usages dans ses bois, ses forêts, et ses rivières; il concéda aux moines de Sainte-Marie de Bon-Port qu’ils pourraient moudre leurs blés sans aucune exaction séculitre dans le moulin du pont de l'Arche ‘; souvent aussi la charte ne constituait qu'un simple échange. Philippe fait savoir dans un de ses diplômes qu'il a cédé à l'évêque de Paris onze deniers de cens sur sa maison de Notre-Dame-des-Champs, contre pareille somme de onze deniers que l’é-
1 Labbe Biblioth. MSS.,t. 11, p. 484.
Lebœuf, Hist. d'Auxerre, tt, p: 58.
Gall, Christian., édit. » ,t. virr, col: 196, Neustria pia, 806.
CONFIRMATION DES CHARTES DES BARONS. 387 vêque possède sur Saint-Thomas du Louvre :.
Le roi confirmait aussi les dons que ses vassaux multipliaient souvent en faveur des églises. Un de ses diplômes approuve la charte par laqueile Mathieu, sire de Montmorency, dote l’église de Sainte-Marie du Val, d'une mesure de froment destinée à faire des hosties *; un autre acte royal ratifie la donation de Jean , sire de Montmirail, et de sa femme Helvide, à la maison de Dieu de Paris, d’un partie de bois mort pour chauffer les pauvres, et d’une autre portion pour construirc des cellules *. Enfin le roi sanctionne la concession faite par Hubert de Coulomier à l'église de Saint-Quentin des poules et des œuls de la ferme quil possède ‘près de cette église ‘.
Tous ces diplômes isolés qui peignent bien l'esprit d’un temps, n’offrent aucun de ces caractères généraux qu'il est possible d'analyser et de définir. Ils concourent avec les faits con-
1 Sauval, Ant. de Paris, t. 15, p. 55.
2 Généalog. Montmorency, preuv., 77-
3 Hist. de l'abbaye de Long-Pont, p. 164.
# August.-Viromand , p. 195, fragment
388 SOULÈVEMENT DE PASTOURELS.
temporains à reproduire les opinions de cette époque merveilleuse.
Tout mouvement populaire dans le moyen âge a de l'importance, parce qu’il est un symptôme de vie et de liberté ; la malheureuse condition du serf et de l'habitant des campagnes, les excitait souvent à se soulever contre leurs oppresseurs. Les paysans ou pastourels quittaient la glèbe, s’armaient de bâtons, de fourches et de tous les instrumens destinés à leurs travaux, puis Couraient contre les églises et Les manoirs qu'ils réduisaient en cendre; ils n'épargnaient ni les sires châtelains, ni les clercs oppresseurs . et leur liberté farouche et indisciplinée troublait même les paisibles monastères ; dans les premières années du XII siècle, tandis que les chevaliers étaient absens de leurs castels pour l'expédition de Bouvine , une grande jacquerie ou soulèvement de pastourels se manifesta dans les provinces centrales du royaume féodal ; les serfs vêtus de bure grossière brisèrent les portes de fer des églises, s'emparèrent des châsses bénites; ils parcoururent amsitout le Berry , et malheur au manoir dontles hommes d'armes ne hissaient
CROISADE D'ENFANS.' 389 pas le pont-levis, et ne garnissaient pas d’archers les hautes tourelles. Comme l'esprit de liberté se mélait toujours alors à l’hérésie, les pastourels annoncaient l'avénement d’un nouveau règne du Saint-Esprit et l'égalité pour tous; ils se donnaient la mission de prêcher la parole de Dieu dans leur langage rustique , et d'imposer les mains à leurs nouveaux adeptes ; ces malheureux furent poursuivis et atteints par les chevaliers bardés de fer, et l’on en fit un grand carnage; plus tard ces tentatives de pastourels se renouvelèrent et furent quelquefois plus heureuses. |
Les croisades imprimaient au fond de la société, je ne sais quel principe d'activité; toutes les classes subissaient , lune après l’autre, l’esprit de ces expéditions lointaines , d'abord les barons et les chevaliers, puis les bourgeois, et plus d’un-citoyen quitta sa paisible cité pour suivre ces périlleuses fortunes dans la terre d'outre-mer; mais le plus étonnant phénomène que produisit l’espritaventureux et voyageur, ce fut une croisade d’enfans : plusieurs milliers de jeunesfilles etde jeunesgarcons abandonnèrent en l'année 1212, non-seulementla France, mais