CROISADE D ENFANS
encore l'Allemagne et lltalie, disant qu'ils voulaient délivrer les saints lieux’; les plus âgés. avaient dix-huit ans; vainement leurs parens voulaient-ils les retenir, ils s’échappaient par les portes dérobées, faisaient des trous aux murailles et s’éloignaient du toit paternel avec la même joie que s'ils avaient été appelés dans le castel voisin, au spectacle populaire de quelque grande lice ou d’une cour plénière. On ignore quel fut le mobile:
de cet enthousiasme; quelques-uns content que ces enfans furent ainsi attirés par les marchands de Venise, de Gênes, Pise et de Marseille, qui se livraient alors à l’infâme trafic des jeunes garcons et des jeunes filles destinés au sérail des Sarrasins; ils donnèrent de largent aux clercs pour les engager à séduire cette multitude d’enfans, et à les faire embar . quer dans les ports de la Méditerranée. Le chroniqueur ajoute qu’en effet, parvenu à Marseille et à Gênes, ceux qui avaient survécu
1 Consultez sur cette curieuse croisade Vincent de Beauvais, Specul. hist. 1. xxx, c. 5, Albert de Stade, Ghroniq., fol. 202, Alberic des trois fontaines, Chroniq., p.459, qui entre dans les plus grands détails: