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RÉSUMÉ, 403 triomphe, hâtent la marche des innovations religieuses.
De semblables usurpations de l'église en Angleterre , à la suite de l'hommage du roi Jean au pape, produisirent encore des fruits amérs. C'était évidemment un pas immense fait par l'autorité pontificale ; elle échangeait son influence spirituelle en une possession de terre, en une véritable suzeraineté féodale. Par ce moyen, le pouvoir moral s’accroissait de toute la force que donne toujours la domination territoriale; et cependant rien ne contribua plus à affaiblir l’église romaine! c'est qu'elle s'était dénaturée et avait échangé son action toute intellectuelle, qui était sa destination unique, en un gouvernement matériel pour lequel elle n’était point faite. Il est dans la condition des institutions religieuses de se perdre partout où elles veulent se mêler aux intérêts terrestres, parce qu'elles luttent avec des faits plus forts qu’elles; et c’est ce qui explique laffablissement et la décadence de lautorité cléricale. Pendant quelques siècles ; les Anglais se sont défendus contre les prétentions des pontifes à la suite
de la donation faite par le roi Jean, jusqu'a jour où ils ont secoué avec violence lesoug qu’on leur avait imposé. Les papes ontsété suzerains temporels de l'Angleterre, et FAngle-. terre a aujourd’hui une église nationale séparée de Rome. Lecon imposante qui semble déjà perdue cependant pour le catholicisme ! - Nous avons examiné les causes et les résultats de la bataille de Bouvine ; mais quel spectacle n’offre pascette grande scène dechevalerie qui explique tout le merveilleux de lArioste et de Boyardo? Faut-il encore s'étonner que les romanciers nous aient fait des hommes à taille de géans; des Roland, des Auger-le-Danois, des Renaud de Montauban, ces paladins de la cour de Charles? Que dire de tant de vaillans chevaliers, du comte de Boulogne, du comte de Flandre, du duc de Bourgogne, du bouillant chevalier des Barres, de ce jeune preux qui, au milieu de la mêlée, s’écrie :
« Souvenez-vous de vos dames. » De ce redoutable évêque de Beauvais, nouveau Turpin, assommant les Anglais pour ne pas répandre du sang, et ne point manquer aux commandemens de l’église; de cette rude bataille de bour-
RÉSUMÉ. 405 acois; de cette chevalerie hautaine de Flandre, qui se laisse rouer de coups, plutôt que de croiser le fer avec des vilains; tout cela a je ne sais quoi de poétique et de grandiose ! Quelle société ! quels hommes !
Dans la période que nous venons de parcourir, nous trouvons peu de personnages célèbres dans les lettres. Quelques rabbins, Salomon Jarclhi, David Kimchi et David Cohen ou le prêtre , firent des commentaires sur la Bible, le Talmud, cercle étroit où se renferme toujours la littérature hébraïque *.
Simon, chanoine de Tournai, est célèbre dans l'histoire littéraire et philosophique , parce que les contemporains le font auteur de cette hardie proposition : « Il y a trois personnages qui subjuguèrent le monde, par leurs dogmes et leurs sectes : Moïse, Jésus et Mahomet; Moïse, le premier, trompa le peuple juif; Jésus, les chrétiens; Mahomet, les Gentils”. » En disant ces’ paroles
1 M. de Pastoret a donné nne notice sur les rabbins du com-
mencement du XIlle siècle dans l'Histoire Litt. de France des Bénédictins , t. xvr, p. 958.
2 Le livre Des Trois Imposteurs à été attribué à une multitude de personnages dans le XIIIe siècle. Oudin et la Monnaye ont
dans la chaire, rapporte un chroniqueur, Si-
mon resta muet, Quoi qu'il en soit du miracle, ceite proposition d'une audace si grande, et qu'on attribue aussi à l’empereur Frédéric, se reproduit plusieurs fois dans le moyen âge, au milieu de cette société dévote et presque cléricale. Simon de Tournai est un philosophe de mérite, pour le temps dans lequel 1l a vécu. Sa Summa theologica, réfutation du système d'Épicure, est un travail qui mérite attention .
Guillaume de Bomes , abbé de Donmartin, n'est connu que par sa relation des miracles de saint Thomas de Cantorbéry, dans laquelle il se complait à abaisser la majesté royale; Alain de Lille, surnommé le docteuruniversel, eut la direction de l’école de Paris, puis il se retira à Citeaux. Îl concut le plan d’une ency-
clopédie morale (c'est-à-dire un exposé de tous.
les moyens donnés à l’homme pour.être heu-
reux }, sous ce titre : Anticlaudianus; 1] est aussi
traité à fond ce sujet, ainsi que je l’ai déjà dit. Voyez Oudin ,
de Scriptorib. ecclesiast. Sœcul. x, p. 66 à 70.
14M. Petit Radel en a donné une notice dans l'Hist, Litt, des Bénédictins , t. xvr , p. 590.
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l'auteur d'un livre sur les gémissemens de la nature envers Dieu; la nature lui apparaît en songe se plaignant des crimes et des maux de l'humanité ; plusieurs autres ouvrages asCétiques nous restent. encore d'Alain dé Lille’. Garnier de Rochefort , évêque de Langres, a laissé quarante sermons sur différentes fêtes de l'année. ® Güillaume, abbé de Paraclet, composa un recueil de lettres admirées par les Bénédictins et les érudits.* Pierre de Poitiers, chancelier de l’église de Paris, a fait un cours de théologie où les allégories se mêlent à la vérité. ? Gilles de Corbeil, médecin et poète, écrivit ses observations médicales en vers dont nous aurons plus tard l’occasion de parler
1 Alain avait laissé une réputation colossale à Citeaux ; bes vers
suivaus étaient sur son tombeau :
Ce grand docte Alanus qui fut tout admirable
Rend ce lieu de Ciîteaux partout plus mémorable ;
Car il y fut berger, convers et serviteur ,
Encore y sert d'exemple, de vertus et d'honneur. Dm. Martène, Voyage Litt.,t.1, p. 214.
2 Gallia Christian. tt, 19, p. 591-834.
3 Bollandist. 5 avril, p. 625.
4 Martène, Thesaur, anecdot., r, col. 563.
d'une manière complète. ' Nevelon. de Cherisi
se fit quelque réputation par ses lettres , vives.
remontrances contre la suprématie. du pape.
« Je suis condamné à chercher des métaux, (de l'argent ) disait le pieux prélat à l’évêque de Soissons , la cour de Rome devient chaque jour plus exigeante, et je m'éloigne de mon diocèse, dans l'impuissance de la satisfaire. » L'évêque de Soissons lui répond : « Je suis moins touché de l’adversité que vous éprouvez, que du scandale général qui afflige toute l'Église, par les voies détournées que met en pratique le successeur de St. Pierre ; pourquoi ne se rend-il pas aux remontrances qu'on lui a faites’ Hélas ! je ne saurais trop déplorer les ruines du peuple, et celle des pasteurs’! Gauthier de Coutances, archevêque de Rouen , que sa longue résistance à Philippe et Richard rendit célèbre , est auteurd’un récit sur le pèlerinage d'outre-mer de ces deux princes rivaux, et d'un livre sur le droit civil *.
1 Mss. du roi, n° 6882 à 6988, 8095.
2 Étienne de Tournay, epist. p. 188 à 215.
3 La Pommeraye, Histoire de l’Église de Rouen , p. 438.
RÉSUMÉ. 409 Amaury de Chartres mérite une mention particulière parce qu'il fut l’auteur d’une secte religieuse condamnée dans le moyen âge. Amaury, né à Bene, village du pays chartrain, étudia dans les écoles de Paris et y fit des progrès si rapides qu'il en devint l’un des professeurs les plus renommés. Il ÿ donnait des lecons de dialectique et des arts libéraux, compris dans le fameux 77ivium et Quadrivium. I expliquait surtout les livres métaphysiques d’Aristote. Ces études mystiques et assidues le jetèrent dans des spéculations hardies ; et il publia un ouvrage , sous le titre de Physion', sur le système des émanations célestes, et par constquent peu en harmonie avec le catholicisme. Ce livre fut condamné par une bulle d’Innocent IE, et l'auteur obligé de se soumettre à la pénitence. Sa rétractation lui causa tant de peine qu’il en mourut. Le concile général de Latran proscrivit les doctrines d’Amaury , et déclara qu'elles étaient encore plus insensées qu'hérétiques *. Les choses se passaient ainsi en France. Il
1 J’analyse ce livre d’Amaury dans mon trente-huitième chapitre qui traite des Progrès de la Philosophie.
nous faut maintenant assister à la chevaleresque expédition du prince Louis et des paladins du. roi Philippe en Angleterre.
1 Labbe , Concilia, t. xr » P. 49 et suiv.