SAC DE BÉZIERS
Les Ribauds courent en toute hâte vers les murailles en criant France ! France ! Les habitans de Béziers ne résistèrent que trois heures. à la race du Nord plus guerrière, moins efféminée; les Ribauds escaladent les tours, se précipitent dans la ville, n'épargnent personne, ni les femmes n1 les enfans. Une population éperdue s'était réfugiée dans l’église Sainte-Magdeleme, elle fut poursuivie; on frappa jusques au pied des autels *; en moins de dix heures, l'antique ville de Béziers ne fut plus qu'un monceau de ruines. Le nombre des habitans qui périrent dans cette déplorable journée est infini; l'abbé de Citeaux, dans la relation toute vaniteuse qu'il envoya au pape, déclare qu'on tua bien quinze mille âmes; des chroniques portent ce nombre jusqu'à soixante mille’; l’abbé de Vaulx-de- Cernay, qui suivait les croisés, après avoir décrit avec satisfaction cette grande hécatombe , s'écrie dans son fanatisme raisonneur : « Et fut
à Tot fut passés per lo trinchet de l’Espasa, et nal fat per far tirar la campanas quant tot le monde fut mort. (Hist. anony. du comte de Toulonse, Dom Vaissète, hist. du Languedoc, Preuve, p. 13. ) 2 Guillaume-le-Breton porte ce nombre à 60,000 ; un autre chra
niqueur à 100,000.
mA EFFROI DES PROVENÇAUX.
ladite ville prise le jour de la fête de sante Marie-Magdeleine, laquelle les hérétiques disaient avoir été la concubine du Christ. C’est juste donc, s'ils furent pris et exterminés le jour de la fête de celle dont ils avaient tenu tant de propos indécens. »
Le bruit de cetie catastrophe jeta l’épouvante dans toute la Langue-doc. Les Croisés virent arriver dans leur camp une députation de la ville de Narbonne qui, suppliante, venait faire sa soumission. On lui imposa de dures conditions : « Les habitans devaient prêter foi et hommage à l’armée des croisés ; lui payer dix deniers pour livre de tous leurs biens, excepté de leurs livres, meubles et ustensiles; abandonner tous les hérétiques à la discrétion des comtes et des évêques francs, et délaisser à ceux-ci tous les biens des juifs, sous la condition que les comtes protègeraient la ville. » Ces lois acceptées, les confédérés épargnèrent Narbonne :.
Plus de cent petits’ castels se soumirent à de semblables conditions. La Langue-doc en était
1 Catel, mém. sur les comtes de Toulouse, p. 597 et 791.