LÉS JUIFS
U y" 1 avait déjà long - temps que lès Juif* habitaient le territoire féodal de la France. Répandus dans les villes et les campagnes, ils s'étaient emparés de toutes les industries, et maîtres des transactions commerciales, ils avaient acquis d'immenses richesses. C'était alors une chose curieuse que f existence d f un Juif dans une seigneurie, ou même dan» une commune de bourgeois. Existait-il un péage, une perception de droits, d'impôts , de revenus , c'était presque toujours lui qui en avait la ferme.
Voulait-on faire un emprunt, acheter quelques petits objets de luxe, on allait encore trouver le Juif. Il recevait en gage dans sa maison, éloignée de toute* les autres habitations,, le calice de l'église, les ornemens du baron , l'esçarboucle que le chevalier avait rapportée de la Palestine , et la charrue du laboureur. Le baron le rencontrait-il sur la route, il lui crachait au visage, l'appelait ckxm de mécréant i , et le lendemain venait lui engager son fief ou son cheval de bataille.
Dans presque toutes les villes* ils étaient soumis a*rx coutumes les plus bizarres et les plus humiliantes. A Toulouse, ils devaient rece-
a5o LE8 JUIFS A PARIS.
voir un soufflet le vendredi saint; à Béziers, on leur courait sus une fois dans Tannée; dans les états du comte de Blois, on les soumettait à un commun péage avec les pourceaux; en un mot, partout ils étaient méprisés , mais partout on avait besoin d eux. Quand ils avaient acquis beaucoup de richesses, on les dépouillait « on les chassait. Mais la grossière prodigalité des barons ne pouvait longtemps se priver des ressources faciles que lui offrait le Juif du voisinage ; alors on les. rappelait moyennant rançon f et ceux-ci à leur tour recommençaient leur trafic jusqu'à ce qu'on les chassât encore \
« En icelui temps du bon roi Philippe, habitaient Juifs à Paris et partout, en trop grande multitude; li plus sages et li plus grands en la loi de Moïse étaient venusen le pays de France et principalement à Paris. En la cité demeurèrent si longuement , ils s'enrichirent si bien qu'ils achetèrent près de la moitié de Paris. Il*
i L'Institut de France couronna en i8a3 un de mes mémoires sur la question importante de l'état des Juifs dans le moyen âge. Des renseignemens que j'ai dû demander aux consuls et agens diplomatiques à l'étranger ,* sur la situation de l'histoire des Israélites» en ont retardé jusqu'à présent la publication.