TOME I
réunies par la conquête , maintenues dans les liens de l'obéissance par l'action d'un système administratif habilement conçu , avaient repris leur situation naturelle après le partage entre les trois fils de Louis -le-Débonnaire. Le territoire qui échut à Charles-le-Ghauve forma le royaume de France proprement dit \ Il s'étendait depuis les rives océaniques de la Gaule jusqu'à la Meuse, la Saône et le Rhône. Il touchait au midi les Pyrénées et ces peuplades guerrières de Wascons ou Gascons , dont les paladins de Charlemagne avaient éprouvé les invincibles coups dans les gorges de Ronce vaux. Cette vaste fraction de l'ancien empire n'était pas couverte d'une seule population» Elle formait elle-même comme un composé de nations diverses avec leurs coutumes , leurs lois, tous les caractères inaltérables dune origine différente, et jusqu'à leurs traditions mythologiques que le christianisme avait à peine effacées; chacune s'était assise sous la forme de gouvernement qui lui était propre , sans qu'un lien commun, des institutions publiques et
i Francùi guœdicUar nova. — Le moine de St.-Gall. Script. ,wr. Francic, t. v. Nithard. — ibid. t. vii. p. 3o.
LBS FRANCS fcT LA RAGE GAULOISE* 3
générales , un esprit de nation les unit entre elles.
Sur toute la surface de ce territoire vivaient encore quelques débris de la race gauloise; dépossédés de presque toutes les terres par la conquête, quelques-uns des indigènes avaient cultivé, comme serfs-colons, les propriétés de leurs maîtres, quelques autres s'étaient livrés aux arts grossiers et à l'industrie dans les villes ; un grand nombre avait embrassé l'état ecclésiastique , et cherché à reconquérir par ce moyen l'influence que la force avait arrachée à leurs aïeux. Le passage de deux dynasties n'avait presque point altéré les caractères divers des conquérans , et des vieux possesseurs du sol. Au X e siècle , lors de la proclamation de Hugues-Capet , la population des villes, sauf quelques inévitables confusions, était toute v d'origine gauloise. Elle se distinguait des Francs par des vêtemens particuliers assez semblables à la toge des Romains , par le caractère de ses noms propres , par ses manières moins rudes et ses traits moins fortement empreints de germanisme. Les ressentimens qui , dans le principe , avaient séparé les deux peuples, s'étaient •*•■■ (0
4 *TAT DE LA SpCIÉTÉ.
changés pour les uns en l'orgueil d'une domination superbe, pour les autres en un vif sentiment de l'oppression qui , plus tard , se fhanU festa par les jacqueries et les communes. Le Franc, couvert de fer, campait dans son donjon la terreur de la contrée ; il ne sortait que pour la bataille ou pour dépouiller quelques malheureux voyageurs qui traversaient ses domaines. Toiites les dignités , toutes les terre* féodales étaient son exclusif partage ; les capitulaires des deux races , les premières ordonnances sous la troisième n'indiquent que des noms d'origine francque. Le Gaulois tissait le Hn dans les manoirs , fournissait au luxe grossier des barons et des châtelaines ; distingué sous le nom de Vithin, souvent taillable à volonté, de rares alliances relevaient jusqu'à la race des Francs ; cette répugnance était encore invincible même au treizième siècle \
i Pans un fabliau , un châtelain de noble race veut donner à sa fille un vilain qui moult riche était. La jeune fille le repousse avec fierté.
OteMe moi ce vilain là ,
Se plus li vol je morrai jà ;
Doit bien avoir le vilain honte,
Qui requiert fille à chastelain.
J 'aime mieux moitr pucetle qu'avoir
Mauvais mari à recevoir ».
î Fabliau de la chastelaîne et du vilain. HS. Biblioth. roy., u. 71 18. Il tai imprimé daot BarbaMo.