‹ Histoire de Philippe-AugusteChapitre 153 sur 248 · Q2 PRIVILÈGES DES CROISÉS · texte numérisé non relu

Q2 PRIVILÈGES DES CROISÉS

colère divine peuvent cesser d'éclater. Dieu suscite de temps en temps des Macchabées pour le salut de son peuple. La vierge Notre- Dame peut appaiser le courroux de son fils.

Faisons pénitence , et armons-nous du glaive : il vaut mieux mourir dans les combats, que de laisser les nations impies maltresses du saint héritage ; ne craignez donc pas de donner quelques biens passagers et terrestres pour une grande gloire à venir : nous promettons la vie éternelle et une entière indulgence à tous ceux qui, d'un esprit humble et d'un cœur contrit, entreprendront les fatigues et les périls du saint voyage, soit qu'ils y meurent, soit qu'ils survivent. Nous voulons que les biens de ceux qui prendront la croix soient sous la protection de l'église romaine, des archevêques et des évêques. Nous voulons qu'on ne puisse pas les poursuivre en justice. S'ils doivent une usure, nous la suspendons pendant tout le voyage. Mais il faut que les pèlerins renoncent à un vain luxe, qu'ils se dépouillent de leurs habits précieux, qu'ils n'emmènent pas avec eux leur chien de chasse et leur épervier , pas même l'oiseau chéri que le baron porte sur

BULLE POUR RECOMM. LES ABSTINENCES. 2g3

son poing dans les délassemens dû château. ' »

A la suite de cette épitre , était une bulle adressée à toute la chrétienté, « Il n'y a rien qui plaise plus à Dieu , y disait encore le pontife, que ce qui mortifie les désirs de la chair. Puisque les grands malheurs qui ont accablé la Terre-Sainte sont indubitablement venus de nos péchés , nous statuons que?d'ici à cinq ans, on jeûnera jusqu'à nonnes, et qu'on s'abstiendra de manger de la chair depuis l'Avent jusqu'à la naissance du Christ , à moins de maladie ou d'une juste cause*.»

La publication de ces actes , les paroles de l'archevêque de Tyr produisirent une grande exaltation dans l'assemblée déjà préparée à ces impressions religieuses. Le souverain pon-^ tife semblait s'être adressé à tous les senti-, mens et à tous les intérêts des barons. Pro-* mettre à une chevalerie religieuse et prodigue la rémission de ses péchés et la suspension de ses dettes , c'était parler à toutes se$ émotions comme à tous ses besoins, Aussi , un seul cri se fit entendre : «La croix! la croix! »

i Baronitts, annal. cccli:*, ad ann. 1188. — 2 Baronius, ibid*

2g4 f PRISE DE LA CROIX.

Henri se précipite le premier aux genoux de l'archevêque d'Albano pour solliciter le signe des pèlerins. Les barons de France murmurèrent d'abord de ce qu'il avait ainsi précédé son suzerain, a Ah ! Ah! s'écrièrent -ils , les couleurs des Plantagenets devancent encore celles des Francs? » Plusieurs combats singuliers allaient s'engager, lorsqu'on fit remarquer que ce n'était point le désir d'une préséance injurieuse qui animait Henri , mais le seul zèle pour Jésus - Christ et le saint tombeau. Philippe prit ensuite la croix, et après lui Richard , duc de Guyenne ; Philippe , comte de Flandres; Hugues , duc de Bourgogne ; Henri, comte de Champagne ; Thibaut , comte de Blois ; Rotrou , comte du Perche ; les comtes de Soissons, de Nevers, de Bar, de Narbonne, les deux frères JousseUn et Mathieu de Montmorency. Les croix lurent de couleurs différentes , comme pour distinguer les princes et les suzerains. Elles étaient de gueule (rouge) pour la chevalerie de France , <X hermine pour celle d'Angleterre , et de synope (vert) pour celle de Flandres. Revêtus des signes du pèlerinage, les deux rois s'embrassèrent en jurant de

ÉTABLISSEMENT DE LA DÎMÈ SALADINE. 2J

respecter mutuellement leurs fiefs héréditaire Le lieu où cette assemblée s'était réunie pi le hOtti de Chanip-Sacrê ; on y fit bâtir une cli pelle comme un pieux témoignage du serme des chevaliers \

Les rois et les barons se séparèrent dans I premiers jours de mars. Philippe se ren:

immédiatement à Paris pour se préparer à * i voyage dâbs la Palestine, « Au mois de Pâqu i à la mi-quâraîitaitie , le roi fit assembler t< ■ les prélats de son rôjraume en la cité de Paris tous les princes et barons. Là se croiser !

multitude de chevaliers et de gens à pié; n ! pour ce que le roi avait grand désir et boi : Volonté d'accomplir le voyage qu'il avait ju il resquit des prélats la dixième partie des venu , tant seulement. » Voici l'acte fait de c i cert avec les barons, qui prescrit la levée d' dîme pout tes besoins de la croisade, elle :

le nom de èalàdhïe , à cause des conquête* < Sâlahedin qui l'avaient nécessitée.

<c Au nom de là sainte et inviolable Trir ; il a été airêté par ordre de Philippe, roi I Français , et par le conseil dès barons , de i

i Rigord. bis t. Philipp.-Aug., ad ann. 1188.

2QÔ LEVEE DE LA DIME SALADINE.

chevêqûes et évêques du royaume, que tous peux qui ne prendront pas la croix, quels qu'ils soient, donneront au moins la dixième partie de tous leurs biens. Sont exempts de cette obligation les moines de l'ordre des Char-r treux, deCiteaux, de Fontevrault, et les maladre ries de lépreux. Que personne ne puisse imposer une commune, si ce n'est le seigneur suzerain. Celui qui aura la haute justice sur une terre en recevra la dixme, et qu'on sache que cette dixme sera recueillie sur tous les biens , meubles , revenus , et que les clercs comme les laïques y seront astreints, sous peine d'excommunication. Le chevalier qui n'a pas pris la croix donnera à son seigneur croisé dont il est l'homme lige la dixme tant des meubles de son château que de ses fiefs ; et s'il n'a point de fief, il payera la dixme de tout ce qu'il possède au seigneur dans la maison duquel il demeure, Le chevalier croisé , fils , gendre, héritier légitime d'un non croisé aura la dixme de son manoir. Les archevêques , évêques pourront seuls mettre la main sur les biens des églises et chapitres qui sont dans leurs juridictions. Celui qui doit donner la dixme

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