‹ Histoire de Philippe-AugusteChapitre 159 sur 248 · ARRIVÉE DU ROI. 3 II · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DU ROI. 3 II

venu *ur la colline de Pougebœuf ; là fl revêt ses membre» d'une armure de fer. La vue du roi fait tressaillir les gens de la commune; Philippe de son côté leur rend grâces de les trou- Ver aussi bien armés hors de leur porte et disposés à se défendre \ »

L'arrivée subite du roi et des barons de France força Henri et les Anglais à se retirer pour le moment, afin de ne point éprouver le premier élan de la valeur française. Richard et le comte de Leicester furent placés, à Farrière-garde, pour protéger la retraite. Il était presque nuit, et Philippe-Auguste fit sonner le cor pour prendre du repos. Il y avait parmi les chevaliers qui accompagnaient le roi, le femeux Guillaume des Barres , le plus accompli des paladins de France. Tandis que les chevaliers se disposaient à prendra durejios, il sort du groupe qui entoure le roi , prend des mains de son écuyer son bouclier et sa lance : « Qui viendra avec moi ? s'écrie-t-il , voilà que Richard nous provoque , je reconnais sur son bouclier lés dents de lions; il est là en place tel qu'une tour de fer; il est là, et de sa boiï-

i Philip., chant 5.

3l2 LE CHEVALIER DES BARRES.

che insolente il blasphème le nom des Français ; il a oublié de fuir ; il se livre à tout son orgueil ; et s'il ne trouve pas à combattre» il s'en ira avec une mauvaise opinion de nous. Je vais voir cet homme de plus près. » 11 dit , et s'élance au milieu delà plaine. A sa suite marchent le héros de Mellot et Hugues , sous la seigneurie duquel , ô Maçon ! s'accrut in* finiment ta gloire, et par qui ta renommée fut célébrée dans le monde; et de plus Baudouin et Girard de Tournival. Ces hommes et un, petit nombre ^autres, excités par l'amour de la gloire , s'avancent à la suite de la bannière du chevalier des Barres, tous accomr pagnes de leurs écuyers qui ne pouvaient manquera leur seigneur, et d'une bande deribauds, lesquels» quoiqu'ils n'aient point d'armes, n'hésitent jamais à. se jeter au milieu des périls* quels qu'ils soient., Ainsi jadis , Jonathas , à l'insu de son père et suivi de son écuyer , parvint , en grimpant au sommet d'une montagne escarpée ; et ayant massacré de sa main vingt Philistins , seul il força des milliers d'hommes à prendre la fuite devant lui. »

ce Aussitôt qu'il vit près de lui Guillaume bran-

COMBAT A LA LANGE ET A l'ÉPÉE. 5l5

dissant sa lance, le comte d'Arondel , plus rapide que l'oiseau qui lui donne son surnom 1 , et dont il porte l'image siîr son bouclier , s'élance du milieu des rangs et plonge sa lance vigoureuse, k la pointe bien effilée, dans le bouclier resplendissant que Guillaume portait de son bras gauche en avant de son corps.

Volant avec une pareille légèreté , le comte de Chichester brandissant sa lance , veut essayer aussi dans le même moment de renverser Guillaume. Mais de même que ni le souffle impétueux de Borée ne renverse le mont Rhodope , et qu'aucun torrent débordé n'ébranle le mont Hémus, quoiqu'ils soient livrés à toute la violence de ce redoutable choc , de même le chevalier des Barres ne tombe point sous les doubles coups qui lui sont portés de près , et son corps ne fléchit sous aucune de ces attaques 1 . Au contraire, dès le premier effort ssa lance remporte un succès , et enveloppe dans une même chute et le comte et son cheviaî; puis dans sa fureur il frappe l'autre chevalier du revers de sa lance et le précipite par terre à la renverse. Brisantles liens qui le retenaient,

i L'hirondelle. — ? Philip, de G illaume le Breton, chant 5.

5l4 «COMBATS SINGULIERS.

le cheval , rendu à la liberté , s'enfuit à travers les champs, pour devenir la proie d'un ennemi quelconque. Il se fait un grand fracas, dont le retentissement se prolonge dans la colline voisine, lorsque tombent à la fois et le cheval et les deux comtes et leurs armes 1 .

« Un troisième combattant se présente alors; c'est Richard le héros de Poitiers, filsdu roi, qui deviendra bientôt roi lui-même. Guillaume Fa reconnu , sa lance est demeurée toute entière; il se réjouit et ne cache point la joie qu'il éprouve d'avoir rencontré son pareil et de pouvoir combattre à armes égales. Néanmoins il ne l'attend point et marche vers lui la visière baissée. Rassemblant toutes ses forces , il frappe de sa lance de frêne le bouton qui fait saillie au milieu dû bouclier de son adversaire, et lui-même est atteint d'un coup tout aussi vigoureux , dont Richard le frappe à sa droite. Ainsi l'une et l'autre lance vont à travers les boucliers chercher le corps qui

i Cette description a quelque chose qui se rapproche des prétiques inspirations de TArioste ; il n'est pas douteux que l'admirable auteur de VOriantfo furioso ait emprunté la plupart de ses tableaux aux chroniques rimées du moyen âge.

' RICHARD ET LE CHEV. DBS BARRES. 5l

en est couvert ; dans leur audace , elles pe cent le. premier plastron et font sauter e i éclats une triple cuirasse. Ardentes à se port» en avant i à peine sont-elles arrêtées par m nouvelle cuirasse fabriquée en fer cuit dei i fois , dont chacun des combattans avait < la précaution de recouvrir sa poitrine, hî les deux lances , ne pouvant supporter tai de résistance , se brisent et rendent un se clair et retentissant. Les tronçons , cepei dant, ne tombent point des mains des coi i battans , et ils s'en servent l'un et l'autre pour se porter des coups redoublés autour d tempes. Mais enfin , les débris de leurs lance i s étant aussi usés , et n'ayant pu résister à d : armes trop dures, les deux ennemis s'^ttaquei i plus vivement avec leurs épées , se frappai tour à tour et cherchant l'un et l'autre la mor Ils n'ont point à feindre la colère ; leur dexti montre à découvert la hainç qui remplit lei cœur ; le secret de leur pensée perce à fcn i vers les traits de leur visage , et le glaive ( chacun d'eux cherche quelque moyen de do ner la mort à son adversaire.

« Alors le comte , irrité de ne pouvoir trioir

3l6 RICHARD ET LE CHEV. DES BARRES*

pher de Guillaume à force ouverte, médite une ruse et enfonce son épée jusqu'à la garde dans le flanc du cheval de son ennemi. Celui-ci s en aperçoit , et sentant son cheval chanceler sous ses genoux tremblans , il s'élance aussitôt à terre et se tenant ferme sur ses pieds et debout, il frappe le comte d'un coup si vigoureux qu'il le renverse sur le sable de tout le poids de son corps ; et tout aussitôt , afin de lui faire plus de mal, il frappe et tue son coursier d'un autre coup de son glaive , et fait rouler le cheval sur le cavalier. Pourquoi cela ? parce qu'il ne pouvait emmener le comte prisonnier , le dépouiller de ses armes -, ou le frapper de mort après l'avoir vaincu, se trouvant lui-même seul , enveloppé de tous côtés d'une foule d'ennemis, qui ne cessaient de l'accabler de traits et de pierres , et de faire pleuvoir sur lui et de loin une grêle de flèches , car aucun {Teux n'osait se rapprocher davantage , en venir aux mains avec lui , ni se hasarder dans un nouveau combat. Lr.i, cependant était là , ferme comme une barre , opposant son bras à cet essaim d'ennemis, tour* nant légèrement dans son cercle, et ren-

DES BARRES EST DÉSARÇONNÉ. ' 5lJ

versant tantôt les uns , tantôt les autres. Tel un sanglier , entouré de chiens aboyans, se voyant enveloppé de toutes parts , ne trouvant aucune sûreté dans la fuite, et ne pouvant s'approcher d'aucun de ses ennemis pour se livrer aux transports de sa fureur , tantôt renverse sa tête sur ses reins, tantôt se retourne à droite ou à gauche , et transperce de sa dent recourbée ceux de ses ennemis qu'il peut atteindre.

« Cependant les compagnons du comte accourent, et le trouvant renversé dans la poussière , se hâtent de le relever. Il était couché sur le dos , tout meurtri de la chute de son cheval, accablé Au poids énorme de ses armes et du corps qui l'accablait ; il se relève , cependant , sans délai , avec l'assistance de ses amis empressés. Alors il se dresse sur ses pieds , remonte sur un cheval tout frais, et s'excite de nouveau à attaquer le chevalier des Barres , afin de l'emmener vivant ou de le laisser mort sur la place. Celui-ci, tout couvert de sang, peut à peine se tenir sur ses pieds ; son bouclier , tout brisé et percé sur mille points, est horriblement hérissé de traits qui le rendent

5l8 HUGUES ATTAQUE RICHARD.

semblable à un hérisson : nul , cependant , n'essaie encore de s'approcher de lui, sans être aussitôt frappé de mort. Alors le comte s'écrie: Nous avons rompu Barre; réjouissefr-vous guerriers ; Barres est enfin en nos mains ; nulle petite barrière ne peut désormais nous enlever la Barre \

« Tandis qu'il se vantait ainsi , Hugues de Maçon , le frappe sous l'oreille gauche de sa lance , qu'il brandit d'un bras vigoureux. Le comte se tourne sur la droite, la lance se brise sans porter de coup et sans, faire tomber ni blesser celui qu'elle attaque, Hugues s'écrie alors : « Si tu as cru pouvoir triompher de l'invincible seigneur des Barres, voici, quoiqu'un peu tard , nous arrivons à temps encore pour porter secours à Barres fatigué ; que ta bouche s'abstienne de pareilles bravades : et pourquoi te les permettrais - tu ? Nous te connais sons ; souviens- toi de ta chaste mère ; désormais ne blasphème plus contre lès enÊtns invincibles de la France, et sache qu'on ne peut leur résister.

i On s'apperçoit ici que le poète joue sur le mot Barre ; c'est une habitude asses fréquente chez les chrbniquenrt .

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