INVASION DES ANGLAIS EN FRANCE
avoir détruit avec leur hache d'arme le bel arbre dont 1 épais feuillage avait abrité d'odieux rivaux, partirent en toute hâte avec leur suzerain.
Henri d'Angleterre convoqua ses guerriers, et leur dit : « Compagnons , Philippe veut nous mettre sous les pieds; ce roi , à la vérité , est mon seigneur ; mais si la raison et la justice commandent de respecter son seigneur , fau^ dra-t-ilse laisser humilier? Assez de riches campagnes et de cités sont devant nous ; nous pouvons les ravager en nous avançant d'une marche rapide. »
— « Tu as raison, dit le prince Richard à son père, voilà que nous avons des milliers de combattans ; nous avons en outre trois mille chevaliers , parmi lesquels je me rangé, dont la dextre et le glaive ont faits leurs preuves. Il n'est point absent ce Geoffroy de Lusignan, qui suffit à la guerre pour tenir tété à cent Français; et pourquoi passerais-je sous silence le comte d' Arondel ou ce Raoul que Chester a envoyé, ou ce Jean dont Leicester est glorieux, et ces deux frères qu'a nourris la terre de Pradelle. et cet Albermale, doué d'une si grande
5o8 BRAVADES DE RICHARD.
force, et qui ne le cède à personne en valeur lorsqu'il est revêtu de ses armes : parlerai-je des Paganel et de ces deux lions, frères et enfans de la Bretagne , Hervey et Gui de Marque, dont la protection fait la force de la généreuse Léonie. Celui-ci dernièrement a brisé devant nous d'un coup de poingt la tête d'un cheval; pareillement il a fait succomber à la mort le majordome de son père, devant lui, en le frappant de son gantelet , quoique cet homme fût d'une taille élevée et d'une corpulence monstrueuse : tels nous sommes , tels nous marcherons à la guerre. * *
— « Oui , dit l'^évèque de Chester , mais les barons de France sont plus nombreux et non moins invincibles. »
— « Evêque , tu ne peux juger en de telles choses; les circonstances nous protègent, formons no^- lances, courons assiéger Mantes; le comte de Garlande , qui la défend , n a qu'un petit nombre de chevaliers ; le comte de Flandre a quitté le roi et s'est retiré à Arras; le comte «Henri de Champagne a revu Troye et Bar; la joyeuse Bourgogne a reçu son duc Eudes; Thibaut est déjà retourné dans les
3lO RÉSISTANCE DES BOURGEOIS DE MANTES.
« Ouvrant leurs portes, ils s'avancent dans la plaine ; le comte de Garlande s'associe à la commune , et avec les bourgeois marche à la rencontre des Anglais. O commune ! de quelle louange digne de toi pourrais -je t'exalter?
quels éloges suffiront à te célébrer? quel glorieux courage te porta ainsi à suivre la marche du roi des Anglais? La commune s'avançait en effet en bataillon serré, elle était parvenue au sommet de la colline de Pougebœuf ; cinq mille bourgeois légèrement armés se disposaient à combattre contre les barons et les chevaliers bardés de, fer , lorsqu'on vit arriver dans la plaine une nuée de chevaux et de bannières; les cris de Montjoie et de France annoncèrent bientôt que le roi Philippe venait apporter aide \
« Infatigable , et pressant sans cesse de l'éperon les flancs de son cheval , le visage tout couvert de poussière, les cheveux mêlés et soulevés par le vent qui lui souffle en face, les joues inondées d'un fleuve de sueur, le roi dirige sa marche rapide à travers les deux portes de Mantes, et ne s'arrête que lorsqu'il est par-
i Philip , chant 3.