CONQUÊTE DE CHYPRE
armes et les hommes qu'Isaac retenait dans ses mains. L'empereur refusa avec fierté. — « Armez-vous , mes fidèles , s'écria le roi dans sa colère , et vengez nos injures. Ne les craignez pas ces misérables ; ils sont sans force et sans ame ; ayons confiance en saint Thomas de Cantorbéry ; il nous donnera la victoire sur ce prince de la déloyauté et sur sa nation 1 . »
Les galères s'approchent du rivage t où une multitude, armée de lances , d'épées et de bâtons t semblait attendre les Anglais ; mais l'aspect des barons et des chevaliers suffit pour dissiper cette populace , affaiblie par la débauche et les douceurs d'une île où les poëtes avaient placé l'empire des amours. Limisso tomba le soir même au pouvoir de Richard. La flotte anglaise et le vaisseau qui portait Jeanne et Bérengère entrèrent à pleine voile dans le port. Quelques jours suffirent pour la soumission entière de Chypre ; l'empereur et ses trésors tombèrent dans les mains des chevaliers anglais a v Ce fut à Limisso que Richard célébra ^
1 Hovcden Chronique ad ann. 1191. — 2 Tous ces événement sont racontés avec beaucoup plus de détails dans Péterborough , ad ann. 1191.
RENCONTRE D'UN NAVIRE SARRASIN. ?>Cyj
publiquement son mariage avec Bércngère, en présence des barons et des évêques. La veille de la Pentecôte il abandonna ces rivages , laissant la garde des cités à Richard de Camville et à Robert de Durnham. La flotte , qui s'était accrue de plusieurs navires , portait alors , avec la femme et la sœur de Richardr, la jeune fille du roi de Chypre , que celui-ci regardait tendrement , et avec laquelle il jouait seul des heures entières, comme le remarquaient avec peine les prélats et les clercs. On ne voyait que banderoUes, écussons de guerre de toutes les couleurs ; les navires, poussés par un vent favorable, voguaient à pleine voile dans la direction de Tyr , lorsque le comte de Leicester vint dire à Richard qu'il apercevait dans le lointain un grand bâtiment qui portait les armes du roi de France. — Qu'on aille le reconnaître, dit le prince anglais. Aussitôt deux héraults s'embarquent dans un petit navire génois , et s'approchent du vaisseau. — Qui étes-vous ? s'écrièrent-ils d'une voix forte. — Nous sommes les hommes de Philippe, nous venons d'Antioche , nous allons à Acre. Les héraults ne reconnurent aucune des couleurs
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de France sur les écus; et pleins de doute, ils revinrent auprès de Richard lui raconter en détail ce qu'ils avaient vu. Ils en ont menti sur leur tête , s'écria le roi , les Français n'ont jamais eu de navires de cette forme, et puisqu'ils disent qu'ils sont les hommes liges de Philippe , qu'ils viennent me parler, et nous verrpns. Lorsque les messagers s'approchèrent pour la seconde fois, ils aperçurent le navire prêt à se défendre , et une multitude de Sarrasins , rangés sur le pont , leur lancèrent des flèches et du feu grégeois. Les mesr sagers retournèrent en toute hâte vers la galère royale : — Beau sire , ce sont les Sarrasinois. — Tant mieux , nous pourrons combattre ; allons, allons, mes fidèles , poursuivons-les en toute hâte ; si vous les laissez échapper , vous perdrez mon affection et mon estime ; si vous les saisissez, je vous donnerai tout ce que vous pourrez demander par vœu de chevalerie; foi de suzerain , vous aurez les dépouilles. » Ces paroles animèrent les chevaliers d'une ardeur impétueuse ; ils attaquent le navire sarrasin , qu'ils enfoncent avec les proues àe$ galères. Alors les infidèles lancent le feu gré-