LES ROIS CORROMPENT LEURS VASSAUX
féodale du royaume de Jérusalem \ Cependant Conrad , marquis de Monferrat, le vaillant défenseur de Tyr , et le sauveur des colonies chrétiennes d'Orient f était parvenu à faire prononcer le divorce d'Isabelle et d'Honfroi de Thoron. L'évêque de Beauvais l'avait uni à l'héritière de la ville sainte , et à la suite de ce mariage, Conrad prit immédiatement le titre de roi de Jérusalem. Ainsi, trois prétendans bataillaient pour une souveraineté qui était alors au pouvoir des infidèles. Les querelles ne devinrent animées, cependant, qu'à l'égard du marquis de Tyr et de Guy de Lusignan. Philippe prit le parti de Conrad ; et Richard celui de Lusignan , dont la famille , en Guyenne , lui était unie par les liens de la féauté. Le siège dePtolémaïs fut quelque temps suspendu pendant ces vifs débats.
Les rois se plaignaient aussi l'un envers l'autre , de ce que sans respect pour les lois de la féodalité , ils s'enlevaient leurs vassaux et leurs hommes. Philippe donnait troispiècesd'or par mois aux chevaliers anglais qui voulaient suivre ses étendards , Richard en offrait quatre
i Hoveden et Benoit Peteiborough. ad aan. 1191»
LEC ,e DE CHAMPAGNE FAIT HOMMAGE A RICHARD. l±l 1
à ceux qui abandonnaient les bannières de son compagnon de bataille. Attirés par les conditions plus avantageuses de Richard, plusieurs barons français passèrent sous les gonfanons d'Angleterre '. Le comte de Champagne , proche parent de Philippe, et qui de tout temps avait relevé de la couronne de France , vint faire hommage au rival de son suzerain , et lui prêter le serment d'homme lige. Ces hostilités secrètes des deux monarque» remplissaient le camp de haine et de jalousie ; les Français et les Anglais étaient toujours en lutte. Malgré les lois sévères qui défendaient les combats singuliers , il ne se passait pas de jour que les baillis n'eussent à juger quelques chevaliers que les excommunications des prélats et les ordres des monarques n'avaient pu retenir dans le repos. Les Sarrasins avaient profité des discordes des Chrétiens pour réparer les fortifications de Ptolémaïs. L'armée de Saladin, toujours campée sur la montagne de Carouba , attaquait sans relâche le camp des chevaliers , et protégeait la résistance des Musulmans renfermés dans la
i La chronique de St.-Denis n'appelle plus, depuis celte époque, le roi d'Angleterre du nom de Richard, mais de Trichard, ann. 1 191.
4l 2 COUTUMES DE BATAILLES DES SARRASINS.
ville. « Les combats ne discontinuaient pas, dit Boha-eddin : à mesure que la garnison se voyait attaquée , on frappait du tambour , et les nôtres y répondaient, c'était le signal de Tassaut ; les fidèles montaient aussitôt à cheval, et faisaient diversion. Le 19 de gioumadi premier 1 nous forçâmes les retranchemens des Chrétiens, ce qui procura quelque repos aux assiégés. Il se livra en cette occasion un combat terrible , qui dura jusqu'à midi , et les deux armées ne se retirèrent que par lassitude. En ce moment le soleil était si ardent, et la chaleur si forte, que plusieurs en eurent le vertige.
» Le 23 nous entendîmes de nouveau le bruit du tambour; les soldats prirent les armes, et se précipitèrent sur le camp des Chrétiens.
Aussitôt les Francs revinrent défendre leurs tentes , en poussant de grands cris , et surprirent quelques Musulmans. Ce fat en cette occasion que périt un homme d'une grande naissance , qui était venu du fond du Mazanderan , près des bords de la mer Caspienne , pour avoir part aux mérites de la guerre sacrée. Il arriva au moment même qu'on se bat-
1 Ce mois répond à juillet.
PTOLEMA1S DEMANDE A CAPITULER.
tait , et demandant sur-le-champ la permis à Saladin de courir au combat , il souffrit rieusement le martyre. Cesfc alors que l'eni s'avança sur nous comme un seul homjni Les Francs, en effet , étaient déjà parve; s'emparer de la Tour Maudite , l'une des rc tables fortifications de la ville; une parti : murailles s'était écroulée avec fracas ; la fai i triste faim commençait à presser de sesang< > les Sarrasins de Ptolémaïs. Dans cette fâcl situation les cadis et les imans résolure] livrer la cité aux Chrétiens. Sayf-Eddin M i toub , l'émir qui commandait dans Ptolé :
se présenta devant le roi de France , e prosternant , lui dit : « Tu sais que la p] i des villes du pays que nous occupons tic i lavons conquises sur les tiens ; nous les | sions de toutes nos forces , mais dès q i habitans demandaient la vie , nous la le i cordions ; donne-nous à notre tour les r \ conditions , et nous t'abandonnerons I. :
— Le roi répondit : a Ceux dont; tu me \ i aussi bien que toi , êtes mes esclaves ; coi i cez par vous rendre , puis je verrai. »— « >
i Extrait des Hist. Arabes. Ibid,
4l4 REFUS D'ACCEPTER LA CAPITULATION.
nous ne te remeltronspas la ville, roideFrance; et tu n'y entreras pas que nous soyons tous tués ; et aucun de nous ne périra qu'il n'ait frappé cinquante des vôtres. » En disant ces paroles , il secoua sa robe et se retira \
Le siège recommença dès-lors avec une vigueur nouvelle. Un nageur apporta à Saladin la lettre suivante de M aschtoub : « Sultan , nous avons tous juré de mourir; ils n'entreront pas tant que nous serons en vie ; seulement , fais diversion , et empêche les Chrétiens de nous attaquer. Telle est notre résolution ; garde-toi de céder ; pour nous , notre parti est pris \ » Ce courage inspiré par le désespoir ne donna qu'une ardeur passagère aux Musulmans. Bientôt ils retombèrent dans l'abattement. Saladin avait promis des secours/ mais l'armée innombrable des Chrétiens l'entourait comme le cil entoure l'œil , et les pigeons n'annonçaient que de tristes nouvelles. Des négociations forent encore ouvertes; elles donnèrent lieu à des bruits incroyables. On racontait que Philippe et Richard avaient reçu
i Boha-eddin, Extrait des Hist. arabes, §58, an de l'hégire 587, juillet 1191. — 2 Ibidem.