‹ Histoire de Philippe-AugusteChapitre 54 sur 248 · LE PAPE ALEXANDRE III · texte numérisé non relu

LE PAPE ALEXANDRE III

précipitait sur son concurrent et lui arrachait devant l'autel, la chappe, Fétole et la tiare, insignes de sa nouvelle dignité. Vaincu par un rivaUieureux, Alexandre fat obligé de quitter l'Italie; il résida long-temps en France dans le monastère de Maguelone, à Sens et à Paris, où les rois de France et d'Angleterre avaient reconnu son autorité pontificale , en même temps que l'empereur Frédéric saluait l'élévation de Victor. Une succession d'antipapes avait longtemps disputé au vieil Alexandre le pouvoir pontifical, et ce n'était que depuis une année que Frédéric et les villes de Sicile s'étaient déterminés à le reconnaître \ Au milieu de ses abaissemens , le pontife avait conservé toutes les prétentions de son prédécesseur Grégoire VII, et lorsqu'il n'avait plus pour demeure que l'enceinte d'un monastère, il rêvait encore la souveraineté du monde. Henri II l'avait comblé de biens; cependant il s'était empressé de canonniser Thomas Becket, comme pour humilier l'autorité royale. Aux victoires et

i Baronius et le père'Sagi, Anaai. Ecclésiastiques 1171*1184. Art de vérifier les dates. T. 1, p. 4o3 , in-4*.

LEMPEREUR FRÉDÉRIC I er . I O7

aux conquêtes de Frédéric» il avait répondu par des excommunications, et au moment où Philippe-Auguste prenait le sceptre , Alexandre faisait déclarer dans le troisième concile de Latran , que la tiare était au-dessus de toutes les couronnes de la terre.

Frédéric 1", qui gouvernait alors l'empire, était ce prince surnommé Barberousse , que ses lumières et ses opinions plaçaient bien au-dessus de ses contemporains ; à peine affermi sur le trône , il s'était livré à tous les rêves de la puissance etdel'ambition ; etplein des souvenirs de l'ancienne Rome, il tentait de faire renaître au milieu des morceUemeiis infinis du système féodal l'empire et le pouvoir des Augustes. Ses armées passaient les Alpes presque toutes lesannées, pour dompter l'esprit de liberté qui s'était réveillé avec énergie dans les confédérations de* viUesdeLombardieetdansRomemême.L'empereur, plusieurs fois excommunié , ne professait aucune croyance religieuse; il se mocquait de l'autorité pontificale , qu'il s'était efforcé d'avilir en multipliant les antipapes qu'il élevait et renversait à son gré. Ses contemporains lui attribuaient même le livre ou au moins l'idée pre-

io8 l'empereur manuel comnène.

mièreduKvredes Trois Imposteur s\ Moïse, le Christ et Mahomet ,' qui est devenu dans le dernier siècle l'objet d'un plus long, développement. L'empire avait alors peu derapport avec la France féodale. Frédéric cependant venait de se faire couronner roi d'Arles ; mais il soutenait que cette principauté, quoique placée dans le territoire naturel du royaume des Francs, était indépendante de la hiérarchie des fiefe, et n'avait de seigneur supérieur que l'empire. Alors finissait son règne sur un autre empire, celui d'orient, ce Manuel Comnène, que les croisés avaient appelé le fil* du diable, à Cause de sa perfidie* ; les barons et les chevaliers l'accusaient d'avoir livré à Kilidge Arslan r sultan d'Iconium, l'armée chrétienne marchant pour la croisade sous les bannières de Louis. VII et de Conrad. Cette circonstance avait beaucoup contribué à nourrir la haine et les mépris

i On a attribué successivement ce livre à Frédéric Barberousse, à Frédéric II, à Pierre Desvignes, à Àverroës, à Simon de Tournay, et à Pierre} Arétin. ( Voyez la Dissertation spéciale de Menaginna, t T. iv, p. a83 à 3 12 ; dans la collée toia des Scriptor. rtrum tclesûut. tœeuL xiii , p. 66 à 79.) «— a Chronic d'Odon-de-Deuil, sur la croi. sade do Louis VII , en la comparant avec l'historien grec Nicétas » qui lui sert comme de critique et de commentaire.

HENRI II, MI D'ANGLETERRE. IOg

des loyaux baron* de l'Occident, pour les moeurs de la cour de Byzance; cependant le nom des Césars et les pompes impériales exerçaient encore un puissant ascendant sur les imaginations grossières des châtelains. Plusieurs alliances unirent les princes féodaux aux courtisans deConstantinople, et plus tard, Agnès de France devint la fiancée du César Alexis.

L'empire d'Orient marchait à grands pas vers sa décadence; les révolutions du palais s'y succédaient, et les trouvères de la France et de l'Angleterre «'étaient souvent élevés « contre la déloyauté des hommes liges des empereurs, qui abandonnaient méchamment leur droit sire et les vartets ( les Césars ) de Constantinople \ » L'empire d'Orient n'avait quelque importance pour l'Europe que comme lieu de passage pour les expéditions nombreuses de chrétiens qui se dirigeaient vers la Palestine.

Le vieux Henri II régnait depuis trente ans sur cette Angleterre qu'une ancienne rivalité divisait déjà de la couronne de France. Henri, vassal de Philippe, devait naturellementdevçnir

1 Vilhardouin, Conquête de Constantinople par les Francs, n'emploie jamnis que cette désignation.

Page 1