PREMIERS ACTES DIT JEUNE ROI
sa table, où chaque jour dix de ses nombreux vassaux s'asseyaient pourviderla coupe joyeuse. Le troubadour Pierre Raymond, qui vécut longtemps à la cour du comte de Toulouse son seigneur , déclare qu'il n'avait jamais vu châtelaine résister à un baron aussi magnifique, et que les maris trouvaient toujours leur place chaude lorsqu'il» s'absentaient du lit conjugal. Le comte de Toulouse pouvait lever de nombreux hommes d'armes» À sa voix les bourt geois de cinquante villes et desoixantes bourgs dëpendans de sa comté se réunissaient sous son gonfanon , et mêlaient leur bannière communale , où se voyaient peintes les images de Jésus et de la Vierge, aux penonceaux mi-partis de cent-dix châtelains* dont les fiefs relevaient du noble comte 1 .
Tels étaient les souverains et les principaux baronsavec lesquels Philippe allait se trouver en rapport; plus ou moins puissans , tous avaient une plus longue expérience de la guerre, et ce qui était plus à craindre encore pour le nouveau prince , c'est que par une longue habitude
i Dom Vaissète, Hist. du Languedoc , t. u, qui en donne uns notice exacte aux pièces justificative».
RIVALITÉ DBS C le \ DK FLANDR. ET DE CHAMP. 121
il s'était formé entre eux et leurs arrière-vassaux un échange de services etde protection qui ne permettait plus de diviser leur force coùime l'avaient fait Louis-le-Gros et Louis Vit pour les dominer plus facilement. Dans tous les rangs inférieurs, les liens de la féodalité étaient en pleine vigueur, et par cela seul la suzeraineté supérieure des rois de France était plus immédiatement menacée.
L'âge du jeune prince le plaçait sinon sous la tutelle. légale, au moins sous l'influence naturelle d'une des maisons puissantes qui lui étaient attachées ou par les liens de la parenté, ou par. le souvenir des services. A la mort de Louis Vil, la cour du suzerain se trouva comme divisée en deux grandes factions; les . comtes de Champagne , alliés au roi défunt par leur sœur, la reine-mère, exerçaient un immense ascendant sur tous les vassaux habitués à l'ancienne cour ; le parti du comte de Flandres se fondait sur des liaisons plus récentes d'amitié et de chevalerie. Le comte avait été le parrain du Roi, et à ce titre , sacré dans les moeurs pieuses du moyen âge, se joignait une sorte de patronage chevaleresque sur les pre-