‹ Histoire de Photius, patriarche de Constantinople, auteur du schisme des Grecs, d'après les monuments originaux, la plupart encore inconnus, accompagnée d'une introduction, de notes historiques et de pièces justificatives;Chapitre 1 sur 11 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Auc. VATON, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 46, RUE DU BAC.

Photius est un des caractères les plus fiers et un des esprits les plus extraordinaires qui aient figuré dans l’histoire des révolutions religieuses. Neuf papes, cinq conciles ont successivement épuisé toutes les ressources de leur autorité pour arrêter son ambition et dompter son orgueil ; et, malgré leurs efforts réunis, ils n’ont pu le soumettre ni l'empêcher de séparer deux grandes Églises par une scission funeste qui dure encore et qui a été la source de grandes calamités. Cependant 1] n’est pas, comme on le croit communément, le premier fondateur du schisme des Grecs, il n’est que le continuateur de l’œuvre de ses prédécesseurs sur le siége de Constantinople. Malgré son influence, ses talents et ses ruses, il n’aurait pas eu de grands succès, s’il n’avait pas trouvé des dispositions favorables à ses vues, et des esprits préparés pour son œuvre. 1] faut donc remonter plus haut, examiner ce qui s’est passé avant lui sur le siége de Constantinople, et les principes qui y ont été professés. Ces notions, qui font partie intégrante de l'histoire de Photius, nous donneront le secret de ses succès et la clef de son schisme. Je vais les retracer dans cette introduction avec toute la brièveté que comportera la gravité du sujet.

Dès la naissance du christianisme, l’Orient a été divisé en deux patriarcats institués par saint Pierre, qui s'était réservé l'Occident avec lautorité universelle sur toute

l'Église. Le premier siége était donc à Rome, le second à Alexandrie, le troisième à Antioche. Tout venait aboutir à ces trois siéges, dont saint Pierre était le chef. « Les trois « patriarches, dit Grégoire le Grand, sont assis dans une « seule et même chaire apostolique, parce qu'ils ont tous « trois succédé au siége de Pierre et à son Église que J.-C. « a fondée dans lunité, et à qui il a donné un chef unique « pour présider aux trois siéges principaux des trois villes « royales, afin que ces trois siéges, indissolublement unis, « liassent étroitement les autres Églises au chef divine- « ment institué (4). »

Ces trois grandes divisions, qui plaçaient à la tête de cha-

que partie du monde un haut dignitaire de l’Église, se trouvèrent bientôt trop étendues. Le christianisme comprimé pendant la persécution, fit des pas de géant après la conversion des empereurs. Les besoins de l’Église se multiplièrent, et comme les correspondances étaient difficiles, il fallait établir de nouveaux dignitaires. L'Afrique eut donc ses primats, PItalie ses patriarches, l'Espagne et les Gaules leurs vicaires apastoliques et leurs métropolitains. L'Orient fut aussi subdivisé. Déjà du 1° au 1v° siècle, on ne sait pas précisément à quelle époque s'étaient formés trois exarchats, qui sont ceux d’Éphèse, de Césarée en Cappadoce, et d’Héraclée en Thrace. Le concile de Nicée y fait allusion dans son sixième canon, et le premier concile de Constantinople le reconnaît expressément (2).

L’Illyrie orientale, qui comprenait les deux Macédoines, les deux Épires, la Thessalie et l’Achaie, était sous l’autorité d’un vicaire apostolique, qui résidait à Thessalonique, la capitale, et qui avait le même pouvoir que les patriarches

(1) Epist. ad Eulog., L. ΧΙ, 41.

(2) Labb., t. 11, p. 31 et 948.

INTRODUCTION. vi)

et les exarques, avec cette différence que son pouvoir était temporaire et expirait à la mort du Pape, tandis que celui des patriarches et des exarques était attaché à leur siége et n’avait pas besoin d’être renouvelé. Plus tard, ce vicariat fut divisé en deux, et une partie donnée à l’évêque de Justinianée, qui reçut le titre de vicaire apostolique, à la demande de l’empereur Justinien, qui voulait ainsi honorer le lieu de sa naissance (4).

À cette époque, l’évêque de Jérusalem portait aussi le titre de patriarche. Le concile de Nicée avait accordé à ce siége une préséance d'honneur, sans le soustraire pourtant à la juridiction du métropolitain qui était celui de Césarée en Palestine. C'était un titre purement honorifique. Mais les évêques de Jérusalem ayant une fois ce titre, voulurent étendre leur juridiction aux dépens du patriarcat d’Antioche. Juvénal est l’évêque qui a fait valoir le plus vivement ses prétentions. 1] demanda à les faire lépaliser au concile d’Éphèse ; mais saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, quoique ami de Juvénal, s’y opposa fortement et informa le Pape des démarches de Juvénal. Le Pape réprima cette ambition naissante, et renferma l'évêque dans le cercle de ses devoirs. Juvénal, repoussé par le concile et par le Pape, eut recours à l’empereur Théodose le Jeune, qui soumit par un édit impérial au siége de Jérusalem [68 trois Palestines, les deux Phénicies et l'Arabie. Mais cédant bientôt aux réclamations du patriarche d’Antioche, il révoqua son édit, et l’évêque fut, réduit à sa ville de Jérusalem (2). Le concile de Calcédoine, en 454, lui fut plus favorable. Il accepta un concordat fait entre l’évêque de Jérusalem et celui d’Antioche, par lequel les deux Phéni-

(1) Novell. 131, ©. 3. — Labb., t. 1v, p. 1743. (2) Oriens Christ., t. us, p. 113.

vi) INTRODUCTION.

cies restèrent au siége d’Antioche et les troïs Palestines à celui de Jérusalem. Les légats le confirmèrent et les Papes y consentirent, du moins tacitement. Depuis cette époque, l’évéque de Jérusalem fut compté parmi les patriarches (4).

Tous ces grands dignitaires de l’Église, patriarches, exarques, vicaires apostoliques , primats, confirmaient et ordonnaient les évêques de leur province, ou les faisaient ordonner par les métropolitains, après avoir approuvé leur élection (2). Mais leur propre confirmation était réservée au souverain pontife (3), par qui, selon l'expression de l'antiquité chrétienne, toute dignité sacerdotale était fortifiée et affermie (4); et c’est ainsi que s’entretenait et se conservait la grande unité de l’Église.

Le siége de Byzance, qui dépendait originairement de l’exarchat d’Héraclée en Thrace, avait acquis tout à coup une grande importance par la translation du trône impérial à Constantinople. L’évêque, placé près de l’empereur, était devenu un intermédiaire officieux , et bientôt un négocia-

(1) Ap. Ballerini observ. in diss. IX. Quesnel. Oper., S. Leon., t. 1,

ee (2) Ce fait résulte du sixième canon du concile de Nicée (Vales. observat. in Socrat. et Zosom. , lib 111), de la lettre d’Innocent I au patriarche d’Antiuche (Labb., t. 11, p. 1269 ), et de la lettre de saint Léon à l’évêque de Thessalonique, son vicaire (Labb., t. 111, p. 1382).

(3) Quel Pape, demande M. Dupin, a confirmé saint Cyprien, saint Ambroise, saint Augustin (Réfutation des assertions de M. de Montalembert p. 52)? 1] est certain, par les monuments historiques, que jamais évêque n’a été regardé comme légitime, sans avoir été confirmé par le Pape; mais, cette confirmation n’a pas toujours été immédiate comme elle l'est aujourd'hui; elle était donnée au nom du Pape par les patriarches, les vicaires apostoliques, les primats, et même, plus tard, du moins en Occident, par les métropolitains. Mais leur propre confirmation procédait immédiatement du saint-siége : c’est ce qu’a montré, jusqu’à la dernière évidence, M. de Lamennais, frère de l’illustre écrivain, dans son ouvrage intitulé Institution des évéques. 4

(4) Gelas., Epist. 14, ap. Labb., t. 1v, p. 1215.

teur obligé entre l’empereur et les évêques, entre l'Orient et l'Occident, entre le Pape lui-même et le souverain. La plupart des affaires ecclésiastiques qui parvenaient à la cour, lui étaient soumises, de sorte qu’il devenait comme un ministre des affaires ecclésiastiques, et exerçait, lorsqu'il avait le talent de plaire au prince, une très-grande influence.

Mais ce ministre, si haut placé par son crédit et son influence, n’était que simple évêque dans l’ordre hiérarchique, obligé de céder le pas, dans les assemblées publiques, aux patriarches, aux exarques, et même aux métropolitains. Cette alternative d’élévation et d’abaissement ne pouvait lui convenir bien longtemps. Le premier évêque dans l'empire, il voulut être aussi le premier dans l’Église. L’histoire nous laisse ignorer les tentatives qui furent faites depuis Constantin jusqu'au premier concile général de Constantinople. Mais dans ce concile, tenu en 381, sous Nectaire, nouvellement élu pour remplacer saint Grégoire de Nazianze, les Pères, circonvenus par des inspirations et des démarches dont nous ne retrouvons plus les traces, mais qu’il est facile de se figurer, conférèrent, sans l’avis du Pape, à l’évêque de Constantinople un privilége d'honneur qui le plaçait immédiatement après le pontife romain, au-dessus des métropolitains et même au-dessus des patriarches. « Que l’évêque de Constantinople, est-il dit, ait la « primauté d'honneur après l’évêque de Rome, parce que « Constantinople est la nouvelle Rome (4). »

Ce canon portait atteinte à toutes les dispositions précé-

(1) Τὸν μέν τοι Κωνσταντινουπόλεως ἐπίσχοπον ἔχειν τὰ πρεσδεῖα τῆς τιμῆς μετὰ τὸν τῆς Ῥώμης ἐπίσκοπον, διὰ τὸ εἶναι αὐτὴν νέαν Ρώμην. Labb., t. 1, Ὁ. 948. |

dentes, à tous les décrets des Papes, qui assignaient, après eux, le premier rang au patriarche d'Alexandrie et le second à celui d’Antioche. L’évêque de Constantinople marche maintenant le premier après le Pape ou ses délégués. Hâtons-nous cependant de faire observer que ce canon n’accorde aucun droit de juridiction, qu'il ne confère à l’évéque de Constantinople qu’un privilége de préséance en rapport avec sa position dans l'empire : la primauté d'honneur, τὰ πρεσδεῖα τῆς τιμῆς, Je cite le mot grec et j’insiste sur sa valeur ; πρεσδεῖον signifie privilége acquis par l’âge : droit d'aînesse, honneurs, marques de distinction. Il ne peut donic s’agir ici d’une extension d’autorité et de juridiction, Ce qui confirme cefîte interprétation et la met hors de doute , c’est le canon précédent , qui fait mention explicite des deux patriarches et des trois exarques, en confirmant leur juridiction et en leur défendant de l'exercer hors des limites de leur patriarcat ou de leur exarchat (1); et tout cela conformément aux décrets de Nicée. Dans ce canon, nous voyons deux patriarcats, ceux d'Alexandrie et d’Antioche; trois exarchats, ceux d’Éphèse, de Césarée en Cappadoce, et d'Héraclée en Thrace, nominativement désignés, reconnus et conservés dans l'intégralité de leur territoire : les limites sont exactement tracées et elles se touchent, plus de place pour former un diocèse ou plutôt une diocése (2) à l’évêque de Constantinople ; il n’est donc évidemment question dans le canon suivant que d’une simple primauté d'honneur. J’ajouterai, pour terminer ce débat, que le concile de Constantinople n’était pas par

(1) Can. 2, ap. Labh., t. 11, p. 948.

(2j Les dépendances d’un patriarcat ou d’un exarchat sont appelées ἴα

diocèse. La provinee du métropolitain est désignée sous le nom de paroisse.

INTRODUCTION. x]

lai-même un concile œcuménique, puisqu'il n’était composé que d’évêques orientaux ; qu’il n’a obtenu ce caractère que par le consentement des évêques d'Occident, et surtout par l’approbation du souverain pontife ; que celui-ci n’a approuvé que la partie dogmatique de ce concile, le symbole dressé contre les Ariens et contre l'hérétique Macédonius, et non la partie disciplinaire. Je dirai de plus que le canon dont 1] s’agit n’a pas même été proposé à sa sanction; que les Pères du concile, dans leur compte rendu, ne font aucune mention du privilége honorifique décerné à l’évêque de Constantinople, et qu'ils se contentent de dire qu'ils ont renouvelé les décrets du concile de Nicée, relativement à la juridiction des patriarches et des exarques. Ce silence extraordinaire et véritablement inexplicable a fait croire à plusieurs auteurs que ce canon n’est point authentique, qu’il a été fabriqué dans une réunion posthume d’'évêques dévoués au prélat de la cour, après le départ de Timothée, patriarche d'Alexandrie, qui ne l’eût pas souffert (1). Quoi qu'il en soit, il est certain que ce canon ne confère qu’un titre purement honorifique, et que méme, comme tel, il n’a aucune valeur légale, puisqu'il n’a point été soumis à l'approbation romaine. Voilà ce que disent également saint Léon (2) et Grégoire le Grand : « L'Église « romaine, dit ce dernier, n’a jusqu’à présent ni reçu, ni « approuvé les canons de ce concile. Ce qu’elle a approuvé, « ce sont les définitions portées contre Macédonius (5). »

C’est pourtant sur ce canon que vont s'appuyer les évé-

(1) Baron., ann. 381, n. 35 et 36.

(2) Epist. 53, ad Anatol. ap. Labb., t. 1v, p. 845.

(3) Ecclesia Romana eosdem canones, vel gesta illius synodi hactenus non habet nec accipit. In hoc autem eamdem synodum accepit quod est

per eam contra Macedonium definitum, Greg., Epist., lib. vi, 31, ap. Labb., t. v, p. 1277.

xi) ‘INTRODUCTION.

ques de Constantinople pour étendre leur juridiction et pour se faire déclarer plus tard patriarches universels; ils n’en arrivèrent pas là d'emblée, leur marche fut progressive. Il faut l’observér attentivement pour bien comprendre les actes de Photius.

Dès l’année 594, douze ans après le concile, Nectaire eut l’occasion de mettre en pratique la décision du concile. Dans un synode assez nombreux tenu à Constantinople, il jugea un différend élevé entre deux évêques qui se disputaient le siège de Bostre, métropole de l'Arabie, et par conséquent du ressort du patriarche d’Antioche (1). Il présida ce synode, malgré la présence des patriarches d'Alexandrie etd’Antioche ; et, ce qui est à noter, le patriarche d’Alexandrie était ce fameux Théophile, qui va déposer saint Chrysostome et qui, certes, n’était pas d’humeur à céder facilement les honneurs de la préséance. Sur quoi s’appuyait Nectaire pour faire un acte semblable? sur le troisième canon du concile de Constantinople. Mais ce qu’il y a de plus difficile à expliquer, c’est la conduite de saint Chrysostome, qu’on ne peut accuser ni d’ambition ni d’ignorance, et qui étend sa juridiction sur l'Asie et la Thrace : il y dépose et y ordonne plusieurs évêques. Faut-il l’attribuer à une usurpation de pouvoirs? Il est vrai qu'au concile du Chêne, où il a été déposé, on l’accuse, entre autres, d’avoir empiété sur les provinces des autres et d'y avoir ordonné des évêques (2). Ensuite, après l’avoir frappé, on dépose tous les évêques ordonnés par lui : mais c’est là l’œuvre de ses ennemis, inspirée par une aveugle haine, et non une preuve d’abus de pouvoir de la part de ce grand évêque.

(1) Labb., t. n, p. 1151.— Fleury, ν΄. χιχ, ἢ. 5, t. 4, p. 656. (2) Quod invadit alias parochias et episcopos ordinat. Baron. ad an 408, Ὦ, 19.

Innocent I” a examiné tous les griefs allégués contre lui, et les ἃ trouvés insuffisants. Dira-t-on, par contre, que le Pape, en absolvant saint Chrysostome, a consacré ses droits à cette extension de pouvoirs : mais le silence seul ne suffit pas à conférer la juridiction, à sanctionner un droit. Thomassin a trouvé une explication historique plus plausible, Saint Chrysostome, dit-il, dont les vertus et les lumières répandaient un si vif éclat dans les Églises voisines, fut appelé comme arbitre, par les évêques d’Asie, pour terminer de graves difficultés (4). En effet, l’antiquité nous a conservé un décret du clergé d’Éphèse et des évèques voisins , qui conjurent saint Chrysostome de se rendre à Éphèse, de réformer cette Église, si longtemps déchirée par les Ariens et les mauvais catholiques, d’y ordonner un évêque, et de mettre un terme aux intrigues de ceux qui cherchaïent par des voies simoniaques à envahir ce siège (2). Or, lorsque dans une province on ne pouvait pas terminer les affaires, il était permis, par Îles canons, d’appeler un évêque voisin. Le même concile de Constantinople semble l’autoriser en disant : « Les évêques (patriarches ou exar- « ques) ne sortiront pas de leur diocèse, à moins qu’ils «ne soient appelés ailleurs pour des élections ou pour « d’autres affaires ecclésiastiques (5). » Et l’évêque ainsi appelé agissait alors, non en vertu de sa propre autorité, mais en vertu de celle qui lui était déléguée. La conduite de saint Chrysostome s'explique ainsi parfaitement, sans qu’on ait recours au troisième canon; elle ne sort point de l’ancien ordre canonique.

Mais l'exemple étant une fois donné, surtout par un

(1) Thomass., Disc., part. 1, lib. 1, c. 10, ἢ. 5. (2) Fleury, t. v, p. 142. * (3) Can, 2, ap. Labb., t. 11, p. 948.

XIV INTRODUCTION

si grand homme, produira ses effets. Les successeurs de saint Chrysostome s’empresseront de le suivre, et ce sera souvent la seule partie de sa vie qu'ils prendront pour modèle. Attique, le deuxième successeur de saint Chrysostome, étendit sa juridiction sur la Thrace et sur l’Asie, Il ordonna un évêque pour Philippopolis, et trois ans après il le transféra à Troade, ville de la Phrypgie (1). Cependant, dans cette marche d’envahissement, il sentait ses pas incertains, il comprenait toute l’irrégularité de ses actes ; et pour les colorer d’une apparence de droit, il s’adressa à Théodose le Jeune, et obtint de ce faible prince deux lois favorables à ses desseins. L’une défendait d'élire désormais aucun évéque dans les trois exarchats , sans l’agrément et l'autorité du concile de Constantinople (2). L'autre, après avoir ordonné de faire observer dans les provinces de l’Illyrie les anciens canons, défend de terminer, dans ces provinces, aucune affaire douteuse sans en donner connaissance à ’évêque de la ville de Constantinople, qui se glorifie, dit la loi, des priviléges de l’ancienne Rome (5).

Le progrès est très-grand , car la première loi lui conférait le droit de confirmation de tous les évêques de l'Asie (4) ; la seconde soumettait à son tribunal les causes majeures d’un pays qui dépendait du vicariat de Thessalonique et qui relevait du saint-siége. C'était pour ainsi dire donner à l’évêque de Constantinople , sur une partie de l’Orient, les mèmes droits qu'exerçait le Pape sur l’Occident (5). Le motif était que la nouvelle Rome se glorifiait

(1) Thomass., Discipl., part. 1, lib. 1, c. 10, n. 6. (2) Socrat., |. vni, c. 28.

(3) Cod. Theod., lib. xvs, tit. 2, leg. 45, ap. Godefroi, t. vi, p. 99.

(4) Le droit de confirmer les évêques était le plus beau privilége, et par conséquent le plus ambitionné,

F (5) Pagi, ap. Baron, an. 421; ad ἢ, à

INTRODUCTION. XV

des privilèges de l’ancienne. Il n’y a pas, il est vrai, dans cette nouvelle position, plus de droit, mais il y a plus de force. À défaut de la science et de la sainteté, par lesquelles saint Chrysostome étendait son heureuse influence autour de lui, les évêques de la nouvelle Rome s’appuient sur la volonté impériale et s’imposent par inümidation.

Sisinnius et les autres successeurs d’Attique exercent généralement, après lui, la même autorité ; ils étendent leur pouvoir sur les vingt-huit provinces de le Thrace et de , Asie Mineure, jugent les différends, ordonnent des évéques, remplissent en un mot toutes les fonctions de patriarches, non cependant sans élever des murmures, des réclamations, des velléités de résistance; mais la main de l’empereur est cachée derrière celle du prélat constantinopolitain; elle se montre au besoin, et les têtes qui osent s'élever sont forcées de s’abaisser à l'instant. Rome se tait, mais elle se tient en observation.

Jusqu'ici on a attaqué les plus faibles, les évêques des provinces de l'Asie, soumises à l’autorité immédiate de l’empereur. Ces évêques étant une fois soumis, une nouvelle carrière s'ouvre aux prélats de la cour; ils travaillent à abaisser les patriarches des deux grands sièges pour les soumettre également à leur autorité. Déjà, avant le concile de Calcédoine, nous remarquons quelques légers empiétements sur leurs droits. C’est peu de chose en soi, mais c'est beaucoup relativement à la tendance que prend ce slége.

Sous Flavien, un évêque d’Édesse en Syrie, Ibas, est accusé d’hérésie ; on le poursuit, il est vrai, devant le patriarche d’Antioche, mais. on porte en même temps plainte à l’empereur. Celui-ci remet l'examen de la cause à l’évéque de Constantinople, qui nomme des commissaires. Ibas

LA

Xv) INTRODUCTION.

est absous, et le jugement confirmé plus tard, au concile de Calcédoïine, qui mentionne les ordres de Flavien et l’intervention de l’empereur (1).

Sous Anatole, successeur de Flavien, Bérythe étant érigée en métropole par un édit impérial, et le métropolitain de Tyr protestant contre ce changement, l'affaire est déférée au concile de Constantinople. On prononce en faveur de Bérythe, et le patriarche d’Antioche, que cette affaire concernait directement, n’est pas même invité au concile malgré sa présence en ville ; 1] n’en est pas moins obligé, malgré sa répugnance, de confirmer l’arrêt par sa signature (2). Domnus, patriarche d’Antioche, est déposé au conciliabule d’Éphèse, et Maxime nommé à sa place. Anatole consacre celui-ci au mépris des droits réservés aux évêques du patriarcat (5).

Et sur quoi s’appuyaient les évêques de Constantinople, pour se permettre de telles usurpations? Ils ne savaient invoquer que le troisième canon du concile de Constantinople ; c’est sur ce canon qu’ils fondaient toutes leurs prétentions. Nous en avons une preuve bien frappante. Au concile de Calcédoine, deux évêques se disputent le siége d’Éphèse ; le concile les écarte tous deux : alors les évêques de l’exarchat réclament le droit d’élection que leur donnaient les canons ; le clergé de Constantinople s’appuyant sur l'usage et cherchant à l’établir par l’énumération de toutes les élections faites par les évêques de Constantinople, revendique ce privilége pour son évêque. Les Pères du concile répondent qu'il faut s’en tenir aux canons, mais le clergé de

(1) Archiepiscopo Flaviano decernente, piiséimo imperatore disponente. Thomass., Discipl., part. 1, 1.10.1, c. 10, ἢ, 9.

(2) Ibid. n. 10.

(3) Leon., Epist. ad Anatol. ap. Labb., ft. 1v, p. 843 et 844.

INTRODUCTION. xvij

Constantinople s’écrie : Oui, aux canons du premier concile, composé de cent cinquante évêques ; il n’est pas permis de toucher aux priviléges de la ville impériale (1). On voit quel sens donnaient les évêques de Constantinople à ce troisième canon du concile.

Cependant Rome se tait toujours; elle ferme l’œil sur ces envahissements sans faire un signe, sans dire un seul mot. D'où vient ce silence? Il est facile de l’expliquer. D'une part, les exarchats avaient besoin de réforme, et la plupart des évèques qui se sont succédé dans l’espace de soixante et dix ans, entre le premier concile de Constantinople et celui de Calcédoine, de 581 à 451, semblaient, il faut le dire, se diriger, comme saint Chrysostome, plutôt par le zèle de la charité que par des vues d’ambition ; de sorte que les Papes pouvaient ne pas voir d’un trop mauvais œil des empiétements qui tournaient à l'avantage de l’Éplise : d’autre part, dans l’état critique et vacillant où se trouvait l'Église d'Orient, divisée en trois fractions à peu près égales et composées de catholiques, de Nestoriens et d’Eutychiens, de telle manière que le plus léger poids pouvait faire pencher la balance au détriment de la foi, ils avaient à observer envers les empereurs, patrons enthousiastes du siége de Constantinople, et souvent plus occupés des choses de l’Église que de celles de l’État, des ménagements infinis pour les entretenir dans des sentiments favorables à la paix de la catholicité.

Vint un jour cependant, où les évêques de Constantinople, enhardis par ce silence de soixante et dix ans, et par leurs efforts toujours couronnés de succès, se déterminè-

(1) ΕΔ quæ sanctorum patrum centum quinquaginta sunt, teneant : privilegia Constantinopolis ne depereant. Labb, , t. 1v, p. 700.

xvij INTRODUCTION.

rent à franchir toute limite, à briser toute barrière, à vouloir établir en règle ce qui n'avait été que tolérance. Alors les Papes se montrent sur la brèche pour disputer le passage ; alors s’établit entre Rome et Constantinople une longue et terrible lutte, à laquelle Photius a pris une si grande part,

La lutte a commencé longtemps avant Photius, au temps du concile de Calcédoine, sous Anatole, que j'ai déjà eu l’occasion de nommer. Les évêques de Constantinople n’avaient rien à alléguer pour justifier leurs envahissements sur les provinces de l’Asie. Le troisième canon du concile de Constantinople, qui leur donnait le droit de préséance, pe leur accordait aucune juridiction sur ces provinces. Ils ne pouvaient donc s'appuyer que sur des édits impériaux ; mais ces édits étaient radicalement nuls, la dernière loi même de Théodose le Jeune qui donnait à l’évêque de Constantinople certains droits sur l’Illyrie avait été révoquée à la prière d’Honorius, empereur d'Occident et oncle de Théodose. C’est le Pape qui l'avait demandé à Honorius (4). Les évêques de Constantinople n’avaient donc aueun titre légal, ils le sentaient bien ; mais ne voulant pas reculer, ils attendaient avec une anxieuse inquiétude l’occasion de l'obtenir. Cette occasion se présenta au concile général de Calcédoine , tenu en 454. C’est Anatole qui va en profiter. Anatole n’était pas bien vu à Rome, il avait été attaché au parti de Dioscore, et avait assisté au faux concile d'Éphèse, Le pape Léon a hésité pendant deux ans à approuver son élection. Enfin, vivement pressé par lempereur Marcien οἱ la pieuse Pulchérie, il se laissa fléchir quoique à regret, ct plus indulgent que juste, comme il le

(1) Pagi, Crit, ap Baron., an, 421, ad ἢ, 3,

INTRODUCTION. . XIX

dit, il confirma son épiscopat chancelant (1). La suite fera voir que Léon l'avait bien jugé.

Le concile de Calcédoine, réuni pour remédier aux désordres du conciliabule d'Éphèse, et composé de plus de cinq cents évêques, se tenait au milieu d’un concours de circonstances toutes favorables à l’ambition d’Anatole. La dé position de Dioscore avait rendu vacant le siége d’Alexandrie; celui d’Antioche était occupé par Maxime, qui devait son élévation à Anatole: les deux évêques, Bassien et Étienne, qui prétendaient concurremment à celui d’Éphèse, avaient été simultanément écartés par le concile. Ainsi tous lessiéges qui avaient intérêt à s’opposer aux prétentions de l’évêque de Constantinople étaient alors inoccupés ou remplis par des hommes à sa dévotion. D’un autre côté, Juvénal, qui venait de faire sanctionner son arrangement avec Maxime, et d’ériger le siége de Jérusalem en patriarcat, stimulait l’ambition d'Anatole en lui donnant l'espérance d’arriver aw même but. L'occasion était belle, Anatole était trop habile pour n’en point profiter. Aussi manœuvra-t-il si bien qu'il fit porter les canons suivants en faveur de son siége.

Le neuvième dit que « si un évêque ou un clerc a un « différend avec le métropolitain, il s’adressera à l’exarque « de la diocèse ou au siége de la ville impériale de Cons- « tantinople, pour y faire juger sa cause (2). »

Le dix-septième déclare que « si quelqu'un croit avoir à « se plaindre de l’injustice du métropolitain, il peut recou- « rir à l’exarque ou au siége de Constantinople, pour se « faire juger (3). »

Par l’un et l’autre canon l’évêque de Constantinople ac-

(1) Epist. ad Marcian., Labb., t. 1v, p. 847.

(2) Labb., t. 1v, p. 960.

(3) Labb., tbid., p. 764.

XX INTRODUCTION

quiert un droit de juridiction sur les exarchats. Tout clerc, tout évêque peut appeler à son tribunal. Cependant, le recours au siéye de Constantinople n’est que facultatif; l’inculpé a la liberté de choisir ; on lui désigne en premier lieu l’exarque, qui est son chef naturel, et sur sa récusation, l’évêque de Constantinople.

Cet accroissement de pouvoir décrété par tout un concile et sanctionné par les légats dont nous avons les signatures ne satisfit que médiocrement l’ambitieux évêque. 1] voulait avoir un droit plus direct et plus absolu sur les exarcats; il va se le faire adjuger après coup. Tout étant donc réglé dans le concile, dogme et discipline, on s’apprêtait à congédier l’assemblée. Déjà même les légats du Pape , beaucoup d’évêques et les commissaires impériaux s’étaient retirés, lorsque Anatole rassemble, dans une réunion clandestine, les évêques ses partisans, et aux vingtsept canons déjà acceptés, il en ajoute trois autres qu’il fait signer à cent quatre-vingt-quatre évêques.

Le premier, qui est le plus important, mentionnait en termes généraux le troisième canon du concile de Constantinople, afin de légitimer par l’antiquité de la possession le nouveau droit qu’on allait établir, et qui conférait à l’évêque de ce siége le privilége d’ordonner les métropolitains des trois exarchats du Pont, de Asie et de la Thrace, après avoir examiné et confirmé leurs élections, et puis tous les évêques envoyés chez les nations barbares. Voici les termes de ce vingt-huitième canon :

« Suivant en tout les décrets des saints Pères, et recon: « naissant le canon des cent cinquante évêques qui vient « d’être lu (c’est le troisième du concile de Constanti- « nople), nous établissons, nous accordons les mêmes « privilèges à l’Église de Constantinople, la nouvelle

INTRODUCTION. χχὶ « Rome; car les Pères ont accordé avec raison au siége « de l’ancienne Rome, les privilèges dont elle jouit , parce « qu'elle était la ville régnante. Par le même motif, les « cent cinquante évêques (du concile de Constantinople) « ont jugé que la nouvelle Rome, qui a l’honneur de pos- «a séder le siége de l’empire et celui du sénat, doit avoir « les mêmes avantages dans l'ordre ecclésiastique et être « la seconde après elle : en sorte que les métropolitains « des diocèses du Pont, de la Thrace et de l’Asie seulement, et les évêques des diocèses établis chez les Barbares, soient ordonnés par le siége de Constantinople, sur le rapport qui leur sera fait des élections canoniques. Bien entendu que les métropolitains de ces diocèses ordonneront les évêques de leur province avec les évêques comprovinciaux, conformément aux canons; mais les métropolitains, comme il vient d’être dit, seront or- « donnés par l'archevêque de Constantinople, après qu’on « lui aura fait un rapport sur les élections, suivant la « coutume (1). »

Ce canon, combiné avec le neuvième et le dix-septième du même concile, dont il est le complément, érige en droit ce qui avait été toléré, et constitue un patriarcat, qui, d’après le troisième canon du concile de Constantinople , et le sens qu’on y attachait, était placé au premier rang, au-dessus de ceux d'Alexandrie et d’Antioche ; mais ce n’est pas tout, l'exposé des motifs consacre les principes les plus dangereux qui renferment tous les germes du schisme futur.

En effet, les cent quatre-vingt-quatre évêques sem- . blaient dire, et disaient en effet, sans peut-être com-

RER R ἃ 33 ἃ

(1) Labb., 2. gr, p. 769.

xx) DNZRODUCTION. .

prendre toute la portée de leurs paroles, que le siége de Rome tenait ses privilèges, sa primauté, non de saint Pierre, mais des Pères (du concile de Nicée), qui les lui avaient octroyés. De là, on pouvait conclure , comme on ne manquait pas de le faire, que les Pères de Calcédoine avaient le droit d’accorder les mêmes priviléges à l’Église de Constantinople. Mais ce qu’il y avait de plus blâmable et de plus dangereux, c’est le motif qui doit avoir déterminé les Pères de Nicée à accorder ces priviléges à l’ancienne Rome. Ce motif est que Rome était la ville régnante, 60 quod urbs illa imperaret ; διὰ τὸ βασιλεύειν τὴν πόλιν éxelvny (1). Les évêques en concluaient que la ville de Constantinople, qui a l’honneur de posséder le siège de l'empire avec le sénat, devait avoir les mêmes privilèges, c’est-à-dire être la première en Orient, comme l’Église romaine est la première en Occident. Mais en pressant tant soit peu Jes règles de la logique , on arrivait à dire qu’elle devait avoir seule ces priviléges, puisque seule elle était la ville régnante. Les évêques ne tiraient pas cette dernière conclusion, mais elle découle naturellement de leur principe, et Photius saura bien en faire son profit.

Au reste, ces principes étaient complètement faux. Les Pères de Nicée n’ont accordé aucun privilége au siége de Rome, Ces priviléges existaient avant eux et avaient toujours été exercés par les Papes. Les évêques de ce concile le déclarent eux-mêmes dans leur sixième canon, en disant que l’Église romaine a toujours eu la primauté (2). Si ces dernières paroles , omises par la faute des copistes ou effacées à dessein par les Grecs, ne

(1) Labb., ibid.

(2) Ecclesia Romana semper habuit primatun. Labb., t. n, P. 72, note. — Baron., an. 325, n. 124. \

“RPRODUCrION. xx}

sont plus dans le texte, elles se trouvent dans d’anciens manuscrits bien authentiques , et puis, elles sont citées comme faisant partie de ce canon, au concile de Calcédoine (4). Toute la tradition proclame le même principe. « Si l'Église romaine a été préposée aux autres, dit le « Pape Gélase, ce ne fut point par des constitutions syno- « diques. Elle a obtenu la primauté de la bouche du Sei- « gneur, et de notre Sauveur (2). Ces privilèges , dit le Pape « Nicoles 1, sont établis de la propre bouche de Jésus-Christ, « Ce ne sont pas les conciles qui les ont accordés ; ils les ont « seulement honorés et conservés (5). » Ensuite la primauté n’avait pas été attachée à l’Église de Rome, parce que cette ville était le siége de l'empire. Sans doute, saint Pierre s’est établi dans cette ville à cause de son importance. Rome était alors la capitale du monde, [6 centre de toutes les lumières. En fixant son séjour dans cette ville, il lui était plus facile d'établir des communications et . de répandre les lumières de l’Évangile. Mais son autorité de premier apôtre ne fut point attachée au séjour de l’empereur. Les privilèges, dit Innocent I” en parlant du siége d’Antioche, « que lui attribua le concile de Nicée, « ne lui furent point accordés à cause de la grandeur et « de l’importance de la cité, mais parce qu’elle a eu l’a- « vantage de posséder le premier siége du premier « apôtre (4). »

Dès que les légats furent informés de cette assemblée occulte, et du décret qu’elle avait porté , ils rappelèrent

(1) Ἢ Ἐχχλησία Ρώμης πάντοτε ἔσχε τὰ πρωτεῖα. Labb., t. 1v, p. 811.

(2) Sancta Romana Ecclesia nullis synodicis constitutis cæteris Ecclesiis prælata est, sed Evangelica voce Domini et Salvatoris nostri primatum Οὐ» tinuit.

(3) Hist. de Photius, plus bas, p. 117,

(4) Labb., t, 2, p. 1290.

les évêques déjà sur leur départ, tinrent une nouvelle session qui devint la seizième, et là, après s’être fait donner lecture de cet acte subreptice, ils protestèrent contre les dispositions qu’il renfermait, comme contraires aux décrets de Nicée, à ceux du concile général de Constantinople (4), aux intentions du Pape et aux instructions qu’ils en avaient reçues. En effet, Léon qui avait su lire dans le cœur de l’ambitieux Anatole, et prévoir ses intrigues, avait fait à ses légats les recommandations suivantes : « Ne souffrez point que les ordonnances des « Pères soient enfreintes ou reçoivent les moindres atteintes « d’une entreprise quelconque. Défendez sur tous les points « la dignité de notre personne, que vous représentez ; et « si quelques-uns , se confiant à la splendeur de leur ville « (allusion évidente à l’évèque de Constantinople) , veu- « lent s’attribuer quelque privilége, repoussez-les avec la « fermeté convenable (2). »

Les légats donnent lecture de cette instruction et refusent de ratifier le nouveau canon. Mais Anatole avait préparé des défenseurs, en employant la corruption et la violence ; tous les évêques se déclarent en sa faveur et approuvent l'étrange motivé de ce décret. Cent quatrevingt-quatre évêques seulement l'avaient souscrit, maintenant tous en assument la responsabilité et en demandent l'approbation au Pape dans une lettre synodale , se servant des termes les plus humbles et les plus respectueux, et faisant valoir les motifs les plus puissants. A les entendre , ils n’ont fait que sanctionner l’ancienne coutume, en vertu de laquelle les évêques de Constantinople ont toujours ordonné les métropolitains de l’Asie et de la

(1) Labb. “ — 5. 804. (2) La! 109. — Baron., an. 451, ἢ. 139, .

Thrace; ils ont été dirigés, non par l'intérêt du siége de Constantinople, mais par la sollicitude du repos des métropoles qui ont été si souvent troublées et qui ont causé tant d’embarras au saint-siége ; ils rappellent ensuite le privilége d'honneur accordé déjà à l’évêque de Constantitinople ; ils font valoir le vœu de l’empereur , du sénat et de toute la ville impériale, qui, par leur zèle et leur amour de l’union, témoigneront pour un tel bienfait une éternelle reconnaissance. Ils ne dissimulent pas que les légats ont vigoureusement résisté à ce décret, mais que c’était sans doute pour en laisser tout l’honneur au pontife romain. « Daignez répandre, lui disent-ils ensuite, jusque sur « l'Église de Constantinople un rayon de votre primauté « apostolique , car vous avez coutume d’enrichir vos servi- « teurs par la participation de vos biens. Voilà ce que nous « avons jugé convenable, nous vous prions de le confirmer « par vos décrets. » Ils reconnaissent le Pape pour leur chef , leur guide , leur maitre et leur père, ils lui offrent même , au rapport de saint Grégoire (1), le titre d’évèque œcuménique ; enfin , ils ne négligent aucun moyen pour le faire condescendre à leurs désirs (2).

L'empereur Marcien et l’impératrice Pulchérie joignent leurs sollicitations à celles du concile. « Nous avons jugé « nécessaire , dit l'empereur , que tout vous fût commu- « niqué, et nous vous prions d’ordonner qu’on observe « à perpétuité ce qu'a statué le saint concile (3.) »

Léon avait envoyé à Constantinople un apocrisiaire permanent qui devait observer les démarches d’Anatole, toujours suspect au pontile. Anatole était parvenu égale-

(1) Baron., an. 451, n. 150, (2) Labb., t, 1v, p. 833.

(3) Oper. 8, Leon., ἐ, ni, p. 1114, edit, Ball.

xxY) INPAODUCTION.

ment à le gagner à sa cause, et se fait recommander par lui.

A la file de ces solliciteurs, il vient lui-même avec ün air simple et candide , et avec des paroles mielleuses. « Le saint concile, dit-il, vous a envoyé son décret, et « nous l’avons adressé npus-même pour en obtenir lPap- « probation et la confirmation , que nous vous supplions « de nous accorder , afin que le siége de Constantinople , « qui a pour père votre trône apostolique, 8’ÿ unissant « d’une manière plus étroite et plus excellente, chacun « comprenne, par un nouvel effet de votte sollicitude, « qu'il n’a point cessé d’être l’objet de vos soins ét de « votre bienveillance (4). »

Jamais batteries n’avaient été mieux dressées, jamais attaque mieux dirigée. Selon toutes les probabilités humaines , Léon devait céder à un pareil assaut livré sur tous les points à la fois; mais, fidèle gardien de l’antique discipline et mieux avisé que tous, par sa sagesse, sur le vrai but auquel on tendait, ilse montre inflexible, et rend compte de sa conduite, en écrivant à Anatole, à l’empereur, à limpératrice et à son apoctisiaire (2). Il ne permet pas qu’on touche aux canons du concile de Nicée et qu’on bouleverse la discipline ecclésiastique pour satisfaire l’ambition d’un seul homme, à l'égard duquel il a déjà été trop indulgent. Il rejette donc, annule et casse le décret proposé, prescrivant avec un ton sévère, de garder aux patridrches d'Alexandrie et d’Antioche le rang désigné par les canons de Nicée. Le Pape ne manque pas de détruire les fondements sur lesquels on voulait faire reposer ce canon. « La « présence de l’empereur, dit-il, peut faire un séjour

(1) Oper. 8. Leon., t. 11, p. 1134. 1 (2) Labb., t. 17, p. 845-849; {. un, p. 1440.

INTRODUCTION. XxTYi)

« royal, mais elle ne peut pas faire un siége apostolique, « les choses divines ne se règlent pas sur les dispositions « des choses humaines. Toute construction qui est en « dehors de la pierre que Jésus-Christ a placée au fonde- « ment s'écroule. Les priviléges des Églises établis par les « canons des saints Pères et fixés par les décrets de Nicée, « ne peuvent être arrachés par la violence d’un téméraire, « pi subir des modifications par un changement poli- « tique (4). »

Pour le troisième canon du concile de Constantinople, qu'on citait à l’appui, le Pape répond que, « ce canon « n'ayant pas été communiqué au saint-siége , a été dès « le commencement frappé de nullité, et que l’usage «a qu'on veut en faire maintenant était aussi tardif « qu’inutile (2). »

Anatole, repoussé par des déclarations aussi positives, a bien de la peine à se rendre : il remue encore en secret, fait circuler son décret en Illyrie pour obtenir la souscrip. tion des évêques, Le Pape allait user de sévérité, sans l'intervention de l’empereur ; mais du moins, en cédant à ses prières, il entoure l’ambitieux évêque d’une muraille de circonvallation contre toutes ses entreprises ultérieures. Il entretient une correspondance active avec l'empereur , qui arrête enfin les projets d’Anatole, puisque le Pape lui en rend grâces (3).

Anatole se voyant enchaîné, se soumet, et s'excuse auprès du Pape, en rejetant la faute sur le clergé. « Quant « à ce qui a été réglé dans Je concile général de Calcé- « doine en faveur de l'Église de Constantinople, que

(1) Labb., t. 1v, p. 847.

(2) Labb. t. rv, p. 845.

(3) Baron. , an. 454, ἢ, 15.

« Votre Sainteté soit assurée qu’il n’y a pas de ma faute, «et, qu’au contraire , j’aimai toujours à me tenir dans « un état humble, à cause du repos et de la paix que « j'ai chéris dès mon jeune âge. C’est le vénérable clergé « de Constantinople qui a conçu le projet d’élévation, « en quoi il a été unanimement secondé par les très-reli- « gieux pontifes de ces contrées. Mais la confirmation de « ce qui ἃ été fait appartient à Votre Sainteté, et rien « ne peut avoir de force sans son autorité (1). »

Le pontife répond à l’évêque de manière à lui faire comprendre qu'il n’est point dupe de son hypocrisie : il aurait idésiré un repentir plus prompt et plus sincère; mais enfin il reçoit ses promesses , et l'exhorte à ne plus se distinguer que par ses vertus et par l’observation des règles canoniques (2).

Le Pape Léon a remporté la victoire, mais les principes énoncés dans le décret en question continuent de fermenter dans les esprits et se reproduisent dans l’occasion ; c’est ce qui a forcé sans doute les Papes à user de tant de ménagements à l’égard des évêques de Constantinople, car ceux-ci jouissent, depuis le concile de Calcédoine, de certaines prérogatives que les Papes ne leur contestent plus , et auxquelles ils semblent même consentir tacitement. D’abord, prérogatives d'honneur, en vertu desquelles‘ils prennent le premier pas dans les assemblées publiques. Ainsi Anatole a occupé le premier rang, après les légats, au concile de Calcédoïine. Pascasin, présidant ce concile au nom du Pape , avait même reproché à Dioscore d’avoir, au conciliabule d’Éphèse, placé Flavien au cinquième rang , lorsqu'il devait occuper le premier. Le troi-

(1) Oper. 8. Leon., t. 11, p. 1263.

(2) Epist. 71, ap. Labb., t. ur, p. 1361.

sième canon du concile de Constantinople n’était donc rejeté qu’autant qu'on en inférait une primauté de juridiction , et il était reconnu dans l’usage lorsqu'on se contentait d’une préséance d’honneur. Ensuite, prérogatives de pouvoir, vagues, peu définies, fondées sur une simple tolérance , mais cependant réelles, effectives, et se produisant dans l’occasion. Ils continuaient à exercer leur autorité sur les provinces de l'Asie et de la Thrace, dont les évêques , d’après le neuvième et le dix-septième canon de Calcédoine, pouvaient appeler à leur tribunal. Il est à remarquer que saint Léon, en résistant avec tant de vigueur à Anatole , se tait sur les provinces de l’Asie et se retranche à défendre le rang et les droits des autres patriarches. 11 semblait vouloir tolérer la juridiction de Constantinople sur ces provinces, sans pourtant donner un titre légal dont on aurait abusé. C’est pourquoi depuis le concile de Calcédoine, les évêques de Constantinople prennent le titre d’archevêques ou de patriarches, que les Papes ne leur contestent que dans les occasions où ils veulent s'élever trop haut (1).

Anatole eut pour successeur un saint homme, Gennade, qui n’entreprit rien sur les droits d’autrui. Il fut remplacé, à sa mort, par un homme qui ne lui ressemblait guère, c’est Acace, le plus profond des hypocrites, et le plus déterminé des ambitieux; il est le précurseur de Photius. Dès le commencement de son épiscopat, en ATA , il essaya de faire reconnaître la suprématie de son Église sur celles d'Alexandrie , d’Antioche et de Jérusalem. Pour cet effet, il remit en vigueur le décret du concile de Calcédoine , et, ne pouvant plus compter sur une approba-

(1) Thomassin, Discipl., part. 1, lib. 5, 6.10, ἢ. 19.

xxx INTRODUCTION.

tion de Rome, il le fit confirmer par un édit impérial (1). Mais un légat du saint-siége, et probablement un légat permanent qui avait sans doute des instructions positives et spéciales, Probus, évêque de Canuse , lui résista avec fermeté en présence de l’empereur Léon (2). Acace semble se rendre , il prend même l’air d’un zélé apôtre, il résiste à l’empereur Basilisque qui favorise les Euthychiens , et après sa chute , il fait chasser de concert avec Zénon , des siéges d'Alexandrie et d'Antioche, les évêques schismatiques, Timothée Élure et Pierre le Foulon, que Basilisque y avait placés, et qui avaient été condamnés par le saint-siége. Pierre Monge, choisi par les schismatiques pour succéder à Timothée Élure, sur le siége d’Alexandrie, eut le même sort. Le Pape Simplice comble Acace d’éloges, le regarde comme le sauveur de la religion en Orient , et lui accorde toute sa confiance (3).

Mais Acace avait dans le cœur tous les principes du vingt-huitième canon de Calcédoine, et toute ambition pour les mettre en pratique. Déjà, il avait étendu son autorité sur les provinces de l’Asie. Ces églises, il est vrai, s'étaient affranchies un moment, pendant le court règne de Basilisque , qui , dans sa célèbre encyclique, avait rejeté le goncile de Calcédoine (4); mais elles furent restituées au siége de Constantinople, sous le même empereur, et puis sous Zénon qui favorisait les entreprises d’Acace(5). Non content de ces succès, Acace veut se rendre maître des patriarcats d'Alexandrie et d’Antioche, et les gouverner à son gré, à l'exclusion des droits du Pape. Il veut être le

(1) Baron., an. 472, n. 2, 3.

(2) Gelas. ap. Labb., t. 1v, p. 1207. — Baron., an, 472, ἢ, G. (3) Labb., t. 1v, p. 1073.

(4) Evagr., Nb. ni, 6. 4. .

(9) Evagr., lib. 1, ὁ. 7 et 9,

INTRODUCTION. χχχὶ

chef de l’Orient, comme le Pape l’est de l'Occident, faisant découler ses droits du vingt-huitième canon de Calcédoine. Les événements politiques venaient au secours de son raisonnement. L'empire d'Occident s'était éteint dans la personne d’'Augustule, dernier empereur d'Occident, dépossédé par Odoacre , roi des Hérules. Rome n’était plus ville régnante ; elle n’était qu’une vassale du grand empire. L’évêque de la ville régnante était celui de Constantinople ; la primauté devait donc lui appartenir, d'après le vingthuitième canon de Calcédoine, Acace, il est vrai, ne tirait pas encore toute cette conclusion, comme l’a fait Photius ; il ne prétendait pas, comme lui, à l'empire universel de l’Église : le temps n’était pas encore venu; mais il voulait être maître de PÉglise d'Orient, Il y marcha progressivement sous le manteau impérial. En 479, Étienne, patriarche d’Antioche , est tué dans son église par le parti du schismatique Pierre le Foulon ; son corps, trainé à travers la ville, est jeté dans l’Oronte. L'empereur nomme à sa place Étienne le Jeune, et Acace, muni d’un ordre impérial, donne au nouvel élu l’ordination qui appartenait de droit aux évêques du patriarcat. On réserve cependant encore au Pape une de ses principales attributions : on lui demande la confirmation d’Étienne. Le Pape, tout en se plaignant de lirrégularité de cette ordination, la confirme à condition qu’on n'en tirera pas de conséquences pour l'avenir (4).

Mais Acace n’en tient aucun compte. Après la mort d’Étienne, il ordonne Calendion patriarche d’Antioche, sans même consulter les évêques du patriarcat. Le Pape s’en plaint, lorsqu'on lui en demande la confirmation ;

(1) Epist, Simplicii ad Zenon, Labb., t 1v, p. 1044.

mais cédant à la force des circonstances, il accepte les excuses qu’on apporte sur la nécessité de pourvoir promptement à ce siége, et confirme l’ordination , ne pouvant , ditil, imputer à crime ce qui n'avait pas été volontaire (1). Les complaisances du saint-siége ne pouvaient aller plus loin. Le patriarche d’Antioche, Timothée Solofaciole , meurt; les évêques du patriarcat, suivant les règles canoniques, procèdent à l’élection, et choisissent Jean Talaïa, parent du patriarche défunt. Sa confirmation est demandée au Pape. Celui-ci veut l’accorder ; mais sa main est arrêtée par un message de l’empereur qui lui demande Pierre Monge, euthychien déclaré, élu précédemment par les schismatiques. Le Pape retient la confirmation déjà écrite de Jean Talaïa, mais s'oppose formellement à l’installation de Pierre Monge, condamné par le saint-siége (2). L’empereur, irrité de ce refus, donne ordre au gouverneur d'Égypte de chasser Jean Talaïa et d'introniser Pierre Monge : ce ‘qui fut fait. Acace lui donne l’absolution, en admettant à sa communion. On lance ensuite le célèbre formulaire, connu sous le nom d’hénotique, assemblage monstrueux de vérité et d'erreur, qu'on tenait depuis longtemps en réserve. Acace, en publiant cette pièce, dont il avait été le rédacteur, s’érigeait en juge souverain de la doctrine, et entrait ainsi à pleines voiles dans le schisme. Sur ces entrefaites, le Pape Simplice meurt; Félix ΠῚ, son successeur, assemble un concile à Rome, et immédiatement, de son avis, deux légats, Vital et Misène, partent pour Constantinople, avec la commission de faire chasser Pierre Monge, et d’ordonner à Acace de venir à Rome,

(1) Simplicii Epist. 16, ad Acac., Labb., t. 1v, p. 1073. (2) Zbid., Epist. 17, Labb., t. rv, p. 1036.

: INTRODUCTION. XXxii]

pour rendre compte de sa conduite (4). Mais les lépats, arrivés sur les terres de l’empire, sont arrêtés, emprisonnés, et menacés de mort, s’ils ne communiquent point avec Acace et Pierre Monge. Ils résistent d’abord ; ensuite ils cèdent (2). Le Pape apprenant leur défection , convoque tous les évêques de l'Italie, dépose les légats de l'épiscopat, prononce une sentente d’excommunication contre Acace, et l'envoie à Constantinople (5). On sait que, ne voulant pas la recevoir, un moine eut le courage de l’attacher à son manteau, un dimanche, au moment où il allait à la grande église, et le peuple, assemblé pour l'office divin, put la lire sur son dos. Le moine paya de la vie cette hardiesse (4). Mais Acace ne tient aucun compte de la sentence du Pape, il l’excommunie à son tour, en cffaçant son nom des dyptiques sacrés. Le schisme est consommé. Acace ne se contente plus des provinces de l'Asie, il se déclare maitre souverain des autres patriarcats, et, en cette qualité, il dépose et ordonne un grand nombre d’évêques; il chasse Calendion deson siège d’Antioche, et met à sa place Pierre le Foulon (5). Les trois grands siéges sont occupés par des schismatiques. La voix du pontife de Rome est méconnue. La séparation est faite; elle découlait du vingt-huitième canon de Calcédoine, dont Acace avait tiré une des derpières conséquences.

Cependant on trouvait qu’il était allé trop loin, non en exerçant des droits sur les patriarches, mais en rompant avec le saint-siése, dont l’autorité sur l’Église de Constanti-

(1) Evagr., lib. mt, 6. 18. — Fleury, t. τὶ, p. 621. (2) Felic. P., Vita ap. Labb., t. 1v, p. 1046. | (3) Labb., t. 1v, p. 1073.

(4) Baron., an. 484, n. 34.

(5) Baron., an. 484, n. 35-39.

xxxiv INTRODUCTION.

nople était toujours reconnue. C’est pourquoi Flavila, ou Flavita, successeur d'Acace, en 489, ne veut pas être intronisé avant d’avoir reçu la confirmation du Pape (1). Il la demande avec l'empereur Zénon (2). Mais, tout en donnant cet acte d’obéissance filiale, il se met en rapport avec Pierre Monge, et l'admet à sa communion : c'était légitimer les actes d’Acace. Le Pape, en recevant les envoyés, leur demande avant tout, si leur patriarche avait rejeté la communion de Pierre Monge, et effacé des sacrés dyptiques le nom d'Acace. Sur leur réponse évasive, le Pape écrit à Flavita, et après l'avoir félicité de s’être adressé, selon la règle, au siége apostolique, qui est chargé, conformément à l’ordre établi par Jésus-Christ, d'affermir tous les évêques dans leur dignité, il lui dit qu'il est obligé de différer sa confrmation jusqu'à ce qu'il sache, d'une manière positive, s’il a renoncé à la communion de Pierre Monge, et fait disparaitre des diptyques le nom d’Acace. C’est une condition essentielle qu'il lui impose {5°. Flavita meurt savant d’avoir reçu la lettre du Pape. 1] n'était point disposé à remplir la condition imposée. Les idées du vingt-huitième canon de Calcédoine avaient fait des progrès et étaient partagées par les hommes les plus éclairés et les plus orthodoxes. Constantinople était la nouvelle Rome, la ville régnante; elle devait donc être la preinière, avoir en Orient les mêmes avantages que la vieille Rome en Occident, On ne s'écartait plus de ces principes.

(1) Les patriarches, les exarques et les primats, et en général tous ceux qui avaient une diocèse, étant une fois élus et ordonnés, entraient imnédiatement en fonctions, avant d'avoir reçu la confirmation du Pape, qu'on demandait ordinairement par une ambassade solennelle. C'était en vertu d'une dispense accordée aux grands sièges à cause du besoin des Églises. Flavita n'a pas voulu user de cette faculté.

. (2) Libert, Breviar., ©. 18, ap. Labb., t. v, p. 771. (3) Epist. 13, ap. Labb., t. rv, p. 1089.

IRTRODUCTION. XXXV

Etphémius, successeur de Flavita, les soutint avec une opiniätreté qu’il serait difficile de comprendre , si l’on ne savait pas qu’il obéissait à l’impulsion de son siége. Euphémius était un prêtre savant, vertueux, et sincèrement attaché à la doctrine catholique. Il fit acte de courage au commencement de son épiscopat. Il rétablit dans les dyptiques le nom du Pape effacé par Acace, y fit disparaitre celui de Pierre Monge, et renonça à sa communion. Après la mort de l’empereur Zénon, en 491, il résiste 4 Anastase, et exige de lui, avant son couronnement, une profession de foi conforme à la doctrine du concile de Calcédoine , et la promesse par écrit de ne rien innover dans les choses de la religion. Il voulait en finir avec le schisme comme avec l’hérésie. C'est pourquoi il s’empressa d'écrire à Rome , pour demander au pape Félix IT la confirmation de son épiscopat. Le Pape fit une distinction : il l’admit à sa communion comme orthodoxe, mais ne le reconnut pas pour évêque, parce qu’il ne voulait point consentir à ôter des dyptiques les noms d’Acace et de Flavita, son prédécesseur, mort hors de la communion du saint-siége (1). ΠῚ remplit cependant bientôt en partie les vœux du Pape: il effaça le nom de Flavita, dont il n’est plus question dans la suite de l’histoire (2) ; mais il maintint celui d’Acace, parce que, quoique opposé à sa doctrine hétérodoxe ,il a tous ses principes relativement à la primauté du siége de Constantinople. Le pape Félix IT reste ferme à son égard , défend aux évêques et aux moines de communiquer avec lui, et ne le reconnaît pas pour évêque (3). Le Pape Félix meurt. Euphémius s’adresse à son successeur, le Pape Gé-

(1) Baron. , an. 489, n. 1.

(2) Baron. ibid., n. 3.

(3) Labb., t. 1v, p. 1092,

XXXV) INTRODUCTION

lase; il lui écrit une première et puis une seconde lettre. Le Pape rompt le silence; mais maintient les décisions de son prédécesseur, lui refusant la confirmation du saintsiége, jusqu’à ce qu’il ait effacé le nom d'Acace. Euphémius insiste ; il s’excuse, en disant qu’il ne pourrait effacer le nom d’Acace, sans soulever le peuple contre lui ; il prie le Pape de pardonner à Acace, prière assez singulière, comme le fait observer le Pape, puisqu'il s'agissait de pardonner à un mort. Le Pape réfute ces vains prétextes d’une manière aussi touchante que solide (1). Euphémius, en alléguant ces prétextes, n’était pas sincère. Ce qui le gènait, ce n'était pas le peuple, mais ses propres principes. La conduite d’Acace ne lui offrait rien de répréhensible; les droits qu’il avait exercés sur les autres patriarcats lui paraissaient très-légitimes , et attachés à son siége, comme celui de la ville impériale. Acace , en qualité d’évêque de la nouvelle Rome, devait jouir des mêmes prérogatives que celui de l’ancienne; il pouvait donc chasser d'Alexandrie Jean Talaïa , instituer et absoudre Pierre Monge, chasser et déposer Calendion d’Antioche. Rome n’avait pas le droit de s’y opposer, et, s’il y avait quelque chose de répréhensible dans sa conduite, il devait , selon lui, être jugé, non par le Pape seul dont l’autorité était insuffisante , mais par un concile général. C’était assimiler l'évêque de Constantinople au Pape, qui, selon la théologie catholique, ne peut être jugé que par toute l’Église ensemble. C’est ainsi que raisonpait Euphémius, et c’est dans ce sens qu’il écrivait au Pape, et qu’il répondait à ses envoyés. Ces idées, qui découlent des principes du vingt-huitième canon de Calcédoine , ne sont pas seulement les siennes , elles sont parta-

(1) Epist. 1, ap. Labb., à, 15, p. 1101,

INTRODUCTION. XXX vi)

gées par Îles Grecs répandus dans la Dardanie, tellement que l’évêque de Thessalonique, le vicaire apostolique du Pape, se refuse également à Ôôter des dyptiques le nom d’Acace. |

Le Pape voyant aussitôt à quel dangereux ennemi il avait : affaire, ne prend plus de repos; il frappe de déposition l’évêque de Thessalonique, qui dépendait plus immédiatement du saint-siége, il adresse des circulaires aux autres évêques, et parvient à les désabuser (4). Pour les autres Grecs, cela était plus difficile; mais le Pape remplit son devoir : 1l leur envoie une longue suite d’écrits, aussi solides en sciénce que forts en raisonnements, où, s’élevant aux plus hautes considérations, il défend avec vigueur les priviléges du saint-siége, et détruit toutes les vaines prétentions des Grecs. Je regrette de ne pouvoir qu’indiquer ces admirables écrits; je vais en extraire seulement quelques passages relatifs à mon sujet. « Je suis étonné d'Euphémius , dit le Pape, qui ne s'aperçoit pas de son ignorance, lorsqu'il dit qu’Acace n’a pu étre condamné par un seul. Comment ne voit-il pas qu’Acace a été condamné en vertu du concile de Calcédoine, et que mon prédécesseur n’a fait qu’exécuter un ancien décret, sans rien prononcer de nouveau? Il n’a fait que ce pouvait faire tout autre évêque. Acace n’a pas inventé une nouvelle erreur; il ne fallait donc pas un nouveau concile pour le condamner. On ose invoquer les canons, et pour sa part on les foule aux pieds ; car les canons ordonnent de porter au siége de Rome les appellations de toutes les Églises ; ils défendent d'appeler de ses jugements... Timothée Élure , Pierre d’Antioche, Pierre, Paul, Jean, ont été déposés par la seule autorité

(1) Labb., t. 1v, p. 163-1167.

xxx vi) INTRODUCTION.

du saint-siège ; Acace en a reconnu la sentence, et l’a fait exécuter. On n’a fait que lui appliquer la règle qu’il avait approuvée lui-même. On voudrait un concile pour le juger. Mais, par l’autorité de quel concile a-t-il chassé de son église Jean Talaïa, sans jugement? En vertu de quel concile a-t-il déposé et chassé Calendion d’Antioche ? Sans concile, on dépossède les évêques du deuxième et du troisième siège, et, pour l’évêque de Constantinople, à qui les canons n’accordent aucun rang supérieur, On ne veut pas, lorsqu’il est entré dans la communion des hérétiques, qu'il soit déposé sans concile (4). »

Voici ce qu’il dit relativement à l’absolution-donnée par Acace à Pierre Monge, frappé d’excommunication à Rome. « On ne montrera jamais que son absolution , qui n’a point «été prononcée dans une forme régulière, soit légitime; «car l’évêque du second siége n'a pu ni dû déposer ou « rétablir qui que ce soit, sans le consentement du premier «siége, à moins peut-être, que tout ordre étant renversé, « on ne reconnaisse plus la distinction consacrée par les an- « tiques statuts de nos pères , entre le premier, le second «et le troisième siége, et que le corps étant privé de son «chef, tous les membres ne se livrent un mutuel combat, “et qu’il n'arrive ce qui est écrit du peuple d'Israël : En «ce temps-là, il n'y avait point de chef en Israël, et « chacun faisait ce qui lui semblait bon. Par quelle raison, «en effet, et sur quel fondement se croirait-on obligé de « déférer aux autres siéges, si l'on s’affranchit de l'an- «cienne révérence due au siége de Pierre, à ce premier « siège par qui toute dignité sacer dotale a toujours été for- “tifiée et affermie, et dont l’antique honneur a été dé-

(1) Labb., L 1v, p. 1168.

INTRODUCTION. XXXIX

« fendu par l’unanime et invincible jugement de trois cent « dix-huit Pères, qui se rappelaient sans doute ces paroles « du Seigneur, Tu es Pierre... (1). »

Le Pape, à l'exemple de saint Lêon, ne manque pas de détruire le fondement sur lequel on basait toutes ces prétentions. Il le fait avec une force de logique qui ne laissait aucune réplique aux Grecs. « Nous avons ri, dit-il, de la « prérogative qu'on veut attribuer à Acace, parce qu’il a été « évêque de la ville impériale. L'empereur n’a-t-il pas résidé « longtemps à Ravenne, à Milan, à Sirmium , à Trèves, et « les évêques de ces villes sont-ils, pour cela , sortis des li- « mites que l’antiquité leur avait fixées? S’il s’agit de la di- -«gnité des villes, les évêques du second et du troisième «siége ont plus de dignité que l’évêque d’une ville qui n’a « pas même le droit de métropole. Autre chose est la puis- «sance de l’empire séculier, autre chose la distribution des -« dignités ecclésiastiques. Quelque petite qde soit une ville, «elle ne diminue pas la grandeur du prince qui y réside : «mais aussi la présence de l’empereur ne change point « l’ordre de la hiérarchie ; et cette ville doit plutôt profiter « d’un tel avantage pour donner à la religion plus de soli- « dité, de liberté et de latitude, en restant tranquillement « dans ses bornes. Si, se flattant de la présence de l’empe- «reur, ils en tirent avantage pour agrandir la personne de « l’évêque de cette ville, qu'ils écoutent l'empereur Marcien, « qui, n'ayant pu rien obtenir pour l’élévation de l’évêque « de Constantinople, donna de grandes louanges au Pape « Léon, de sainte mémoire, parce qu'il n’avait pas permis « de violer les règles canoniques. Qu’ils écoutent l’évêque « Anatole, qui disait que cette entreprise venait plutôt du

(1) Tract. Gelas., ap. Labb., t. 1v, p. 1215.

xl INTRONUCTION.

« clergé et du peuple de Constantinople que de lui, et que « le Pape en était le seul maître. Qu'ils écoutent Léon lui- «même qui, ayant confirmé les -décrets concernant la foi «et la communion catholique, pour lesquels le concile de « Calcédoine était assemblé, cassa tout ce qui s’y était fait « de nouveau contre les canons de Nicée, et outre le pou- « voir donné à ses légats. La même prétention s’est produite « sous le Pape Simplice ; mais le légat du saint-siége soutint « en présence de l’empereur Léon qu’elle était mal fondée «et qu’il ne pouvait y consentir. Qu'ils ne regardent donc «pas à l'importance de la ville, mais qu'ils observent « l’ordre hiérarchique tel qu’il a été fixé par les Pères {).»

La papauté avait triomphé dans cette nouvelle lutte par la raison, l'Écriture et la tradition, comme elle triomphera toujours lorsqu'elle se trouvera aux prises avec les évêques ambitieux de Constantinople. Mais les Grecs s’obstinent dans leurs idées, rien ne peut plus guérir leur esprit nalade. Euphémius resta attaché à ses principes, défendit jusqu’au bout la mémoire d’Acace, et mourut séparé de la communion du saint-siége. Ses successeurs ont les mêmes prétentions et profitent de toutes les circonstances pour les faire valoir. Les Papes leur résistent et maintiennent le rang et les priviléges des autres patriarches, par lesquels ils sont en général peu secondés, parce que, imbus des mêmes principes, ils trouvaient fort naturel que l’évêque de Constantinople eût le premier rang. Cependant les Papes ne peuvent pas toujours agir avec la même sévérité ; ils sont souvent obligés de fermer les veux pour le bien de la paix, et de tolérer certaines entreprises, dans le but de faire ôter les hérétiques des sièges patriarcaux. Ainsi, en

(1) Labb., t. 1°, p. 1207.

INTRODUCTION. xl;

538, Paul Tabennesita est élu patriarche d'Alexandrie et ordonné par Mennas, évêque de Constantinople, pour succéder à l’hérétique Théodose, chassé par l’empereur. L’ordination se fit à Constantinople, en présence de Pélage, légat du saint-siége, qui n’éleva aucune réclamation (1). Mais toute tolérance de la part des Papes réchauffe l’ambition des évêques de Constantinople. Les empereurs la favorisent, voulant donner plus d’éclat à la capitale. Ainsi Justinien, sans faire attention à la résistance précédente des Papes, donne à l'évêque de Constantinople, en 544, le second rang après l’évêque de Rome, selon les définitions, comme on le prétendait, des conciles (2). C’est toujours la même marche. Lorsqu'on ne peut rien obtenir du Pape, on s'adresse à l’empereur.

Après avoir fait sanctionner leurs prétentions par une loi de l'empire, il ne leur fallait plus qu’un titre qui les exprimât toutes. Car, pour une idée nouvelle, il faut une nouvelle expression. Les patriarches de Constantinople ne tarderont pas à la trouver. Maïs ce qui est bien surprenant, c’est un homme vertueux, plein de piété, austère pour luimême, et charitable pour les pauvres, qui l’invente.

Cet homme, c’est Jean le Jeüneur, appelé ainsi à cause de l’austérité de sa vie. En 589, il exerce un acte de haute suprématie, tel qu'on n’en avait pas encore vu depuis le célèbre canon de Calcédoine. Agissant de concert avec l’empereur, il appelle à son tribunal l'affaire de Grégoire, patriarche d’Antioche, accusé par jalousie de divers crimes. Après l’avoir fait acquitter, il prend un titre répondant à

(1) Oriens christ., t. 1, p. 64.

(2) Sancimus secundum earum (svnodorum ) definitiones sanctissimum senioris Romæ Papam, primum esse omnium sacerdotem : beatissimum antem archiepiscopum Constantinopoleos novæ Romæ , secundum habere locum post sanctam apostolicam senioris Romæ sedem. (Novel. 431.)

xlij INTRODUCTION.

Ja haute autorité qu'il venait d’exercer : ce titre est celui de patriarche universel (1). Le Pape Pélage IT, instruit de ce nouvel attentat et de ce fastueux titre si injurieux à l'autorité du saint-siége et à la dignité des autres patriarches, s’élève contre Jean le Jeüneur, et lui fait les plus paternelles remontrances (2). Mais le patriarche, attaché aux principes de ses prédécesseurs, reste sourd à la voix du chef de l'Église. Grégoire le Grand, qui succède à Pélage, reprend la discussion avec une grande vigueur ; il exhorte, il presse, il menace (5). Le patriarche est inflexible, il continue de porter ce titre, et le prend même avec une sorte d'affectation dans les réponses qu’il fait au Pape. Grégoire en est profondément affligé, mais il n’ose pas frapper, arrêté d'un cô‘é par les vertus de Jean, qu’il connaissait personnellement, et de l'autre par l’autorité de l'empereur Maurice, qui soutenait son évêque. Mais il veut du moins lui donner l'exemple de l’humilité, en prenant le titre de serviteur des serviteurs de Dieu, servus servorum Dei, titre qu’il fait contraster avec celui du patriarche. Celui-ei pe se laisse toucher par aucun exemple ni par aucune remontrance, et désormais tous les patriarches ambitieux de Constantinople prendront ce titre, tandis que les Papes continueront de porter celui de serviteur des serviteurs de Dieu, si conforme à cette expression sublime de l’Évangile : Si quelqu'un veut être le plus grand parmi vous, qu'il soit le serviteur de tous.

Le titre de patriarche universel, qui était une nouvelle témérité, ne renfermait pourtant rien de nouveau. Il était tout simplement l’expression des droits que s’attribuaient

(t) Labb., t. v, p. 995.

(2) Epist. 8, ap. Labb.,t. v, p.948. ἢ (3) Lib. iv, epist. 32, 34, 36, 38, ap. Labh., L. v, p. 1181-1194.

INTRODUCTION. xlij

depuis langtemps les évêques de Constantinople. Leurs prétentions vont toujours en se fortifiant, tellement que le concile in Trullo, en 692, entièrement composé de Grecs, renouvelant le canon du concile de Constantinople et celui de Calcédoine , accurde au siége de Constantinople les mêmes privilèges que possède l’ancienne Rome, lui assigne le second rang, donnant le troisième à Alexandrie, le quatrième à Antioche et le cinquième à Jérusalem (1). Plus d’équivoque, l’évêque de Constantinople est placé à la tête des patriarches ; c’est là que tendaient tous leurs efforts ; car, comme le dit le livre synodique qui eontient les actes de l’Église de Constantinople : Cette reine des villes voulait avoir en tout les mêmes privilèges que l’ancienne Rome, et de là se rendre aussi puissante dans les affaires ecclésiastiques qu’elle l'était dans les affaires civiles (2).

Les Papes, dans la crainte d’un plus grand mal, furent obligés de tolérer ce nouveau décret , comme ils ont toléré l'atteinte portée dans le même concile à la lai du célibat. Je m'’arrête, croyant avoir assez dit, pour faire voir la triste tendance , l'ambition graduée, et les usurpations successives des évêques de Constantinople. On pouvait s'attendre à une rupture ouverte. Les Papes la prévoyaient depuis longtemps, c’est pourquoi tant d'efforts d'un côté et tant de ménagements de l’autre. Les orientaux euxmêmes en avaient le pressentiment. « Voyant, dit le livre « synodique, que l’Église de Constantinople s’enflait « d'orgueil, parce qu’elle était toujours avec les empe-

(1) Labb., t. vi, p. 1160.

(2) Διὰ τὸ θέλειν τὴν βασιλενομένην τῶν πόλεων τῶν ἴσων ἀπολαύειν ἐν ἅπασι πρεσδείων τῇ πρεσδυτέρᾳ ἹΡώμῃ, κἀντεῦθεν παντοίως μεγολύνεσθαν.. ὥσπερ ἐν τοῖς πολιτιχοῖς, οὕτω xai ἐν τοῖς ἐκκλησιαστικοῖς πράγνασι. ϑῃλὰleg. Roman. ab Ang. May., £. vii, præf. χχιχ.

Far , [Ὶ

xliv INTRODUCTION.

« reurs et les princes , ils craignaient qu'avec le temps elle « n'entreprit quelque chose d’inattendu (1). »

En effet , tous les principes étaient posés, il ne s’agissait plus que d’en tirer la dernière conséquence. Les Grecs, il est vrai, reculaient encore. Le siége de Rome était toujours le premier dans leurs lois, dans leurs décrets, dans leur esprit et dans leurs habitudes. Constantinople ne prétendait qu’au second rang; mais comme ce second rang avait pour base [6 séjour de l’empereur, et la brillante position de l’évêque, il n’y avait plus qu'un pas à faire pour arriver au premier. Il suffisait d’avoir un peu de logique et de témérité. Photius aura l’un et l'autre, comme le va montrer son histoire. |

Je ne dirai qu’un mot sur- cette histoire. Je n’ai rien donné à l'imagination, car on décrit l’histoire et on ne la fait pas. Je m'en suis tenu scrupuleusement aux monuments historiques , que j'ai examinés avec soin, reproduits avec fidélité, et indiqués avec exactitude(2). Mais comme Photius, pour établir et soutenir son schisme, s’est livré à la controverse, j'ai cru devoir reproduire les pièces importantes du procès. Elles ont l'inconvénient de couper quelquefois la narration ; mais le lecteur studieux les lira , je crois, avec plaisir, d'autant plus qu’elles paraissent pour la première fois, et qu’elles font connaître plus exactement l’auteur du schisme.

(1) Τῷ ἐπὶ μέγα τιμῆς βλέπειν τὸ Κωνσταντινουπόλεως ἐπαιρόμενον, ἐχ τοῦ συνεῖναι τοῖς βασιλεῦσι χαὶ μεγιστᾶσιν ἀεὶ, ἐδεδοίχεισαν μὴ τῷ χρόνῳ Tolunθῇ τὶ τῶν ἀδοχήτων. Spicileg. Ἀοιηϑη., ibid.

(2) Les auteurs modernes n’ont point été négligés. Le P. Faucher, malgré ses exagératiouns, sa confusion chronologique et ses jugements parfois trop légèrement prononcés, m'a offert des pages fort bien traduites. Je les

ai adoptées, en y faisant quelques légers changements pour les rendre plus confurmes au texte original.

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