APRÈS LA VICTOIRE
Proclamation de Pie IX à ses bien-aimés sujets.— Gommissioa de fçouvernemont à Rome — Belle conduite des soldats français,— Les aumôniers de l*armée.— Le général Oudinot à Gaéte.— Les députés montagnards à Paris.— M. de Falloux à la tribune.— (iOnvoidu comte Pietra-Mellara à Rome. — Agitation démàgogiquç. — Lettre du prince-président à Edgar Ney. — Funeste effet de cette lettre. — Rappel du général Oudinot. — Roslolan désigné pour son successeur. — Entrevues d'Edgar Ney avec Roslolan et Oudinot. — Publication de la lettre présidentielle à Rome.— Démission du général Rostolan. — Âdieiix d*Oudinot aux Romains.— Il va prendre congé de Pie IX à Gaëte.— Pie IX à Portici.— Mo^M proprio dn 12 septembre 1849. — Décret d'amnistie.—Nouvelle agitation des députés montagnards à Pans.— Séances mémorables de TAssemblée nationale, les 18 et 19 octobre.— M. de Montalembert à la tribune.— Nouveau triomphe de la cause catholique.
Aux derniers échos de la fête prolongée du 15 juillet vint se mêler, comme une note harmonieuse,la nouvelle d'une proclamation que Pie IX allait adresser à son peuple. Les nombreux partisans de la Papauté, d'une part, et^ de l'autre, les révolutionnaires qui s'étaient soustraits dans les ténèbres à l'action de la loi, l'attendaient avec une égale impatience, les uns pour y pu iser une nouvelle force, les autres pour y chercher un prétexte à de nouvelles invectives. Datée du 17 jnillet, à
Gaëte, elle parut à Rome le lendemain 18. Elle était conçue en ces termes :
« Pie IX Pape, à nos bien-aimés sujets !
c Dieu a levé son bras dans les hauteurs des cieux ; il a dit à la mer soulevée de Tanarchie et de Timpiété: tu n'iras pas plus loin. Il a guidé les armées catholiques pour soutenir les droits de l'humanité foulée aux pieds, les droits de la foi attaquée, les droits du Saint-Siège et de Noire autorité souveraine. Louange éternelle à Dieu qui, même au milieu des colères, n'oublie pas la miséricorde.
c Bie9*ain)és a^jets, si dans le tourbillon d'affreuses vicissitudes, Notre cœur s'est rassasié d'afflictions à la pensée de tant de maux soufferts par l'Église^ par la reli^^ gion et par vous, il n'a pas pour cela amoindri l'amour avec lequel il vous aima, avec lequel il vous aime toujours.
« Nous hâtons (le nos vœux le jour qui nous ramàiera au milieu de vous, et lorsqu'il sera venu. Nous reviendrons avec le vif désir de vous apporter aideetsecours^et aveo là volonté de travailler de toutes nos forces à votre bonheur, en appliquant à de si grands maux les remèdes difficiles qu'ils réclament et en donnant toutes nos consolations à Nos sujets fidèles qui, s'ils attendent desins-* titutions appropriées à leurs besoins, veulent aussi, comme Nous le voulons, voir garanties l'indépendance et la liberté du Pontificat suprême si nécessaires à la tranquillité du monde catholique.
« Cependant, afin de pourvoir à la réorganisation de la chose publique. Nous allons nommer une commissioQ
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qui, munie de pleins pouvoirs et avec l'aide d'un ministère, réglera le gouvernement de TÉtat.
i La bénédiction du Seigneur que nous avons toujours appelée sur vous, même dans Téloignement, Nous Tappelons aujourd'hui avec plus de ferveur encore, afin qu'elle descende sur vos têtes avec abondance ; et il est bien doux à Notre cœur d'espérer que ceux qui par leur égarement volontaire se sont rendus incapables d'en recevoir le prix, pourront en devenir dignes par une sincère et persévérante conversion.
«Donné à Gaëte, le 17 juillet 1849.
€PiEix, Pape»
Cet élan d'un cœur tout paternel donna une pleine satisfaction aux sujets fidèles et ferma la bouche à ceux qui rouvraient d'avance pour se plaindre.
La commission de gouvernement annoncée par le Saint-Père fut créée immédiatement et investie de pleins pouvoirs administratifs. Elle se composait des trois cardinaux : Délia Genga Sermattei, neveu de Léon XII, Casoni Yannicelli et Âltieri.
. Ces dignes représentants de l'autorité pontificale arrivèrent à Rome, le 31 juillet, avec des pensées de clémence, et dans l'intention d'agir d'après les bases suivantes :
l^ Mesures générales telles que le rappel des anciens employés pontificaux ;
2^ Abolition des lois républicaines ;
S"" Mesures financières, suppression des assignats républicains.
Par une lettre particulière, le comte de Rayneval déclarait au général en chef, que Tadministration desËtats romains appartenait toute entière au Saint-Père ou à ses représentants, cependant il recommandait d*empêcher à tout prix les arrestations arbitraires pour les délits politiques : recommandation bien inutile, puisque le cardinal délia Genga avait dit : oc Je suis décidé à ne pas regarder en arrière et à jeter autant que possible un voile sur le passé. » Ce diplomate reconnaissait également que Tétat de siège devait être maintenu dans sa rigueur primitive. Toutefois, et sauf des cas extraordinaires^ les carabiniers romains devaient seuls élre chargés de faire les arrestations criminelles.
La commission administrative se fixa au Quirinal, dans les appartements du cardinal secrétaire d'État, afin d'être à portée du général commandant en chef de l'armée française et de pouvoir promptement s'entendre avec lui.
Dès le lendemain de son arrivée, elle fit publier et afficher la proclamation suivante :
a La divioe providence, par le bras invincible et glo^ rieux des armées catholiques, vient d'arracher au tour^ billon orageux des plus aveugles et des plus noires passions les peuples de tous les États pontificaux, et d'une manière toute spéciale celui de la ville de Rome, siège et centre de notre très-sainte religion. En conséquence^ le Saint-Père, fidèle à la promesse qu'il annonçait dans son vénéré Motu proprio^ daté de Gaëte le 17 du mois passé, nous envoie parmi vous avec de pleins pouvoirs, afin de réparer, de la manière la plus efficace et le plus tôt qu'il sera possible, les graves dommages qui
ont été le fruit de Tanarchie et du despotisme de quelques-uns.
c Notre premier soin sera que la religion et la morale soient respectées comme base et fondement de tout ordre social ; que la justice ait son cours plein et régulier pour tous indistinctement, et que Tadministratioû de la chose publique reçoive Tassiette et raccroissement dont elle a tant besoin, après que les démagogues aussi dépourvus de sens que de nom» s'en sont indignement affranchis.
a Pour obtenir ces importants résulta ts, nous prendrons le conseil des personnes distinguées par leur intelligence et par leur zèle, non moins que par la confiance universelle dont elles jouissent^ et qui contribue si bien à Theureuse issue des affaires.
a L'ordre régulier des choses demande qu'à la tête des différents ministères il y ait des hommes intègres et versés dans les fonctions auxquelles ils devront se dévouer avec toute l'activité dont ils sont capables. Il en résulte pour nous l'obligation de nommer afant tout des représentants aux affaires intérieures et de la police, à celles de la justice, aux finances, à l'armée, aux travaux publics et au commerce^ les affaires extérieures restant entre les mains de S. Em. le Cardinal pro-secrélaire d'Etat^ qui, pendant son absence, aura à Rome un substitut pour les affaires ordinaires.
« Ainsi renaîtra^ comme nous Tespérons, la confiance dans tous les rangs et dans toutes les conditions, pendant que, au fond de son âme véritablement bienfaisante, le Saint- Père s'occupera de pourvoir aux améliorations
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et aux institutions qui sont compatibles avec sa digiûté» avec la haute puissance du Souverain Pontife, avec la nature de cet Etat« dont la conservation intéresse tout le monde catholique, et avec les besoins réels de sesbienaimés sujets*
c Rome, de notre résidence du palais Quirinal, le r'août 1849.
» 6. Cardinal délia Genga-Sbbmattbi, « L. Cardinal VANNlGELLl-GASOia, a L. Cardinal Altibri. »
Ce manifeste, on le voit, ne faisait aucune mention particulière de l'armée française et se contentait de louer, dans une formule générale, le bras invincible et glo^ vieux des armées catholiques. Cet oubli offensa Tarmée et le gouvernement firançais* Un historien sérieux de Texpédilion de 1849 dit à ce sujet :
« C'était une faute comme toute injustice. Sans doute,, quatre nations catholiques avaient signé à Gaè'te l'engagement de ramener Pie IX dans sa capitale ; sans doute, rAutriche avait rendu à son autorité Bologne et toutes les Légations; TEspagne et Naples avaient mis des troupes sur pied et occupé divers points du territoire pontifical ; mais la France seule avait pris Rome, la France seule s'était imposé plus de sacrifices que les ^rois autres puissances réunies. Pourquoi donc lui refuser une place à part dans la reconnaissance du gouvernement restauré ? Les cardinaux répondaient, il est vrai, que cette place lui avait été faite par le Saint-Père lui-même dans ses lettres au général Oudinol, et qu*ils avaient à piïrler, qijant A eux, non pour la capitale seu- T. \\h lu
1(M HftMtHB 1>B rm IX ET DE SON fÙHTiFïCkT.
lemeM, itmis pour TÉtat pontifical lout entier, dottt ils venaient prendre le gouvernement. La véri^, q«^s n'étaîeat pas lenns de dire, c'est que l'on craignait de oonftniiMr, par on bommage public, une influence dent on croyait avoir à se méfier. Remercier les Autrichiens qui étaient dans les Romagnes, les Napolitains qui étaient rentrés chez eux, et les Espagnols, qui n'avaient Jamais dépassé ^pelète, cela ne risquait pas de compromettre rindépendànce du nouveau pouvoir ; mais exalter les services des Français, maîtres de Rome et hier encore maîtres de Tautorilé lout entière, n'était-ce pas se désarmer par avance en face de leurs prétentions! C*est à ces^sons de politique secondaire que cédaient les trois cat^inaux, peu disposés, comme la plupart des Italiens, à comprendre que la reconnaissance publiquement manifestée pût devenir la meilleure protection des faibles vis-à-vis dès généreux. {Histoire de V Expédition de Rome en 1849, par Léopold de Gaillard, page 292.) >
Le lecteur trouvera, comme nous, cette appréciation du catholique libéral un peu sévère ; car l'omission pou-, vait s'expliquer, l'oubli n'était qu'apparent, et la généralité de la formule employée par les cardinaux trahissait seulement une défiance trop motivée que les faits ne tardèrem pas à justifier.
Leduc de Reggio, qui lui-même avait lieu, pour plus d^trne raison, de craindre les errements du gouvernemefft français vis4-vîs de la cour pontificale, ne put taire TétCHnedtent que lui causa la proclamation cardinsdiee» NéiAimoins, il s'empressa de remettre à la commission gouvernementale les pouvoirs que la victoire lui avait
ujsToaff lut Pi|B a ST 09 s(m ;>PNjiriGAT. t37
^uMhM il ep avertit aussitôt les autoplté? et les populations.
^s/troiscardiuavix composant la nouvelle comnâssîon gouvernemenlalese mirent à relever les ruines faifes par lanévoIulioQ. lis apportèrent dans ce travail tout le soin, toute rintelligence, tout le dévouement dont ils étaient capables, la question de ûuance fut abordée par euy avec justice et fermeté* Après avoir annulé les actes et les lois de la République, ils annulèrent aussi en partie son papier-moAnaie^ ce moyen de banqueroute et d'escroquerie mis en usage par les révolutions.
Les troupes françaises elles-mêmes contribuaient de toutes leurs forces au bonheur et à la prospérité de la population romaine dentelles faisaient radnjtiration. Elles avaient d'ailleurs dans leurs rangs, pour les inspii:er ^t seconder les efforts de leurs chefs, de pieux ecdésias^ tiques français qui s'étaient faits les aumôniers volontaires de Tarmée (1), et à la tête desquels on voyait
(1) La plupart de ces dignes ecclésiastiques, résidante Romt, au moment de l'expédition française, s'étaient dévoués corps et âme au service des combatiants des deux partis.
Dos que l'on connut dans Rome le débarquement des troupes fjrançaiscs ù Civita-Veccbia, Mgr Luquet, évéque d'Hésébon, sachant que l'expédition n'avait pas d'aumôniers, pensa qu'il serait heureux que des prêtres pussent porter les secours de la religion à nos compatriotes venus pour combattre. Il s'adressa à Mazzini, afin d^oblenir pour lui et pour deux prêtres, MM. les abbés Testard du Ck)squer (depuis archevêque de Port-au-Prince), et de l'Isie-Adam, l'autorisation de se rendre aux avant-postes de notre armée. Cette autorisation fut refusée. Mgr Luquet, ne pouvant plus être utile aux Français, écrivit immédiatement au Triuàivir en lui disant que la charité n'avait pas de drapeau, qu'il était tout À tous, et qu'il offrait aux Romains comme ù sescotapatriotes le secours de son ministère.
138 HISTOIRB DE PIB IX BT DB SON PONTiriGAT^
Mgr Luquet, évêque d'Hésébon, et les abbés Testard du Cosquer, de TIsIe-Âdam, Bastide, etc.
Sitôt que le gouvernement pontifical, personnifié dans les trois cardinaux, eut repris son cours régulier, le commandant en chef résolut de partir pour Gaëte, dans
Le 30 ayril, au premier coup de canon, Mgr Luquet revêtit ses insignes d'évéque, et accompagné de Tabbé du Gosquer, il sorUt de Rome pour se rendre sur le champ de bataille. Il s'adjoignit plus tard deux autres ecclésiastiques, dont l'un était M. de Mérode. Tous les quatre» depuis une heure de raprès-midi jusqu'à la nuit, ne cessèrent au milieu Mes marques de respect et d'admiration de tous, de transporter jusqu'aux ambulances les blessés qu'ils allaient chercher sous la mitraille et sous les balles. Le soir M. l'abbé du Cosquer, établi par acclamation chapelain général de San^Pietro^inMontorio^ bivouaquait au milieu des troupes deGaribaldi. Dans les horreurs de l'hôpital, il administrait, consolait avec un zélé indicible ces victimes, parmi lesquelles Dieu voulut bien lui envoyer quelques Françaismorts saintement entre ses bras.
Le lendemain, il s'installait prés des pauvres blessés français qui survivaient dans les salles de la Trinité des Pèlerins; et, pour se faire une juste idée des bons services qu'il n'a cessé de' leur rendre, il eût fallu entendre les noms touchants dont ils l'appelaient.
Quand il devintévident que la mission diplomatique de M. de Lesseps allait finir, et que la guerre allait recommencer, ce futencore M. du Gosquer qui s'adressa au général en chef pour lui offrir le secours de son ministère. Accueilli avec infiniment de bonnes grâces par le général Oudinot, le jeune Breton devint le compagnon des travaux du siège. Suivant Tétat-major du génie et de Tartillerie, ami des officiers et des soldats, dans les tranchées, dans les ambulances, les nuits d'attaque, les jours d'assaut, au milieu des boulets, sur la paille sanglante des hôpitaux, pendant deux mois, on l'a vu infatigable partout où il y avait une soufi'rance ii calmer, un soulagement à porterl M. du Gosquer, dans Rome, s'efforçait de se dérober aux vives démonstrations d'estime et de gratitude de son armée d'amis. Le général en chef, dans une circonstance solennelle, disait au cardinal Gastracane les grands
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le but de présenter au Souverain-Pontife les hommages de l'armée française» et de lui exposer l'urgence de son retour à Rome.
Le voyage s'effectua dans les premiers jours du mois d'août.
Accompagné du général Le Barbier de Tinan, Oudinot se rendit par le Tibre à Fiumicino où l'attendait le contre -pmiral Tréhouarl. Il donna passage sur le La^ brador à plusieurs officiers de terre et de mer, ainsi qu'à plusieurs dames françaises avides de s'incliner devant la majesté du Souverain Pontife exilé.
Le beau ciel de l'Italie méridionale Je calme de la mer, le silence du soir interrompu seulement par Texcellente musique du 36^régii;nent de ligne^ le but du voyage donnaient à cette traversée nocturne un caractère imposant. Plusieurs frégates espagnoles, françaises et napolitaines se tenaient dans la baie de Gaête, prêtes à obéir aux ordres du successeur de Saint-Pierre. La ville était en fête, l'artillerie des forts mêlait ses salves de réjouissance aux joyeuses détonations des bâtiments en rade. Les édifices publics et les maisons particulières, ainsi que les mats et les ponts des vaisseaux, étaient illuminés.
Conduit aussitôt par le comte de Rayneval, au milieu d'une grande partie de la garnison napolitaine sous les armes, le duc de Reggio, accompagné seulement de l'a-
services rendus par lui ; et après le grand Te Deum de Saiot- Pierre, assis à table, le soir, eolre le général Vaillant, commandant legénie, et le général Thiry, commandant l'artillerie, sa modestie ne put échapper à une ovation touchante et à un toast chaleureux porté par les trente officiers composant les deux états-majors.
fiO HISTOIRE DE PIB IX ET DE SON PONTIFICAT.
mirai, fut immédiatement admis en présence d^ Sa Sainteté qui se plut tout d'abord à le qualifier du titre de Libérateur de Borne.
Après une demi-heure dTaudience, Pie IX autorisa le général à lui présenter tous les officiers réunis avec lui à Guête; le saint Pontife les reçut avec une indicible émotion, leur parlant de ses sympathies pour la France et de son admiration pour la valeur et la discipline de nos soldats.
Le général en chef et les officiers qui raccompagnaient se rendirent ensuite chez le roi des Deux-Siciles.
Le lendemain matin, le vainqueur de Rome et ses aides de camp assistèrent avec recueillement au saint sacrifice de la messe que le Souverain Pontife lui-même célébra dans sa chapelle privée. Le général obtint ensuite une seconde audience particulière, où il aborda avec autant de franchise que de respect la question politique. Il déduisit de la situation des choses de puissants arguments pour démontrer à Sa Sainteté la nécessité d'un prompt retour dans ses États, et laissa par écrit son argumentation dans une noie qu'il rédigea chez le ministre secrétaire d'État, le cardiiial Antonelli*
Pie IX, parlant avec. la même franchise, réfuta les arguments du général par des raisons non moins puissantes :
« Comment voulez-vous, lui dit-il, que je m'engage d'une manière positive,lorsque je ne suis pas encore fixé sûr les questions de détail, et surtout lorsque je sais appelé à parler vis-â-vis d'une puissance de premier ordre dont tes exigences ne sont un mystère pour personne ?
Dois^je me coodainner à parsùtre subir rimpressioQ de la force? Si je fais quelque chose de bon, ne fauUil pas que mes actes soient spontanés et aient l'apparence de Tétre? Ne connaissez-vous pas mes inclinations? Ne sont-elles pas rassurantes? N'ai-je pas donné à nés peuples les preuves irrécusables d*un amour et d'un dévouement portés jusqu'au sacrifice? L'ingratitude» les tristesses de l'exil» les angoisses du malheur n'ont point cbnngé mon âme. Je n'ai qu'un seul désir en ce monde comme une seule prière, la prospérité de la reUgion, le bonheur de tous les peuples en général, et en partiou^ lier celui des hommes que la Providence a mis plus spécialement sous ma juridiction.
c Néanmoins, ajouta-t-il, j'ai l'intention de me rendre sous peu de jours dans mes États et de «n'arrêter quelque temps à Castel-Gandolto au milieu de l'araée française. »
Le général Oudinot revint à Rome avec l'assuranoe du retour prochain du Saint-Père*
Mais ce que faisaient craindre les hésitations du joh* vernement français se réalisa. Engagé à l'intérieur dans une lutte redoutable contre la révolution, et tenu en échec par la démagogie française, le cabinet laissai! sans direction réelle^ sans instructions positives» legé^ néral en chef à Rome, et les plénipotentiaires à Gaete.
Soutenant en France celte république sanglante qui avait été obligée d'abandonner la partie à Romet l^e révolutionnaires^ qui puisaient dans les souvenirs de 93 le beau nom de Montagnards^ attaquaient la politique conservatrice par des mouvements oratoires et des efets
de tribune. Les principaux orateurs de la Montagne ravivaient sans cesse, au sein de rAssemblée constituante, la question romaine^ pour ébranler le gouvernement et tâcher de ressaisir le pouvoir.
Leurs attaques passionnées recommencèrent plus vives que jamais dans la séance du 7 août. Cette faction impure qui ne rougissait pas de prêcher un socia* lisme brutal et sauvage, était représentée à TAssemblée par une poignée d'énergumènes qui singeaient les monstres de la terreur, et les saluaient en les appelant avec emphase leurs illustres pères. Ils avaient accepté en masse le titi^e de citoyens de la république romaine. Ils avaient applaudi au guet-apens du 30 avril, et gémi sur la prise de la ville éternelle par Tarmée française.
Les principaux orateurs du parti jacobin montèrent à la tribune, dans la séance en question, et interpellèrent le gouvernement sur les affaires de Rome, attaquant avec violence la grande politique de conservation, qui était en somme, malgré quelques hésitations, celle du pouvoir.
On vit surtout le citoyen Jules Favre, qui avait déjà sa place à la Montagne, occuper la tribune > deux jours de suite, pendant cinq mortelles heures. Ce rhéteur, ce Cicéron de la République^ comme rappelait Proud'hon, oubliant cette fois sa somnolente rhétorique, prononça une catilinaire de sa façon, vomissant des bordées d'outrages au gouvernement, à la Papauté, à la religion. Il osa parler d'honneur. Sa harangue, assaisonnée de gestes appropriés aux paroles, était remplie d*insinuations odieuses contre les consciences les plus pures, è l'imita-
HlbTOlRB DB PIB IX ET DE SON PONTIFICAT. 143
tionde ces insectes malfaisants qui s'attaquent aux plantes les plus précieuses.
Il trouva heureusement son maître dans M. de Falloux, ministre de Tlnstruclion publique et des cultes, orateur catholique et royaliste, qui vengea noblement Thonneur de la France» dans cette grande discussion*
Dès le début de sa réplique, M. de Falloux, doué d'un coup d'oeil aisément prophétique, laissa tomber de ses lèvres sur le futur ami de Laluyé celte brûlante apostrophe :
J'aurai l'honneur de rappeler à l'honorable M. Jules Favre que pour que l'injure porte coup, il faut qu'elle trouve de l'autorité dans l'âge, dans le caractère et dans les antécédents de celui qui la prononce. (Très-bien ! très-bien ! à droite et au centre.) M. Jules Favre ignore peut-être que l'injure subit la loi des corps physiques ; elle n'acquiert de gravité qu'en proportion de la hauteur d'où elle tombe. (Longue et bruyante approbation à droite.)
L'orateur catholique fut sublime, quand, répondant à une accusation de l'avocat démocrate» il s'écria : « On a essayé de nous faire un reproche au nom de ce qu'il y a de plus vibrant dans le sentiment militaire. On a dit que nous avions fait passer l'épée de la France dans les mains de l'Autriche. Non, ce n'est pas cela que nous avons fait. Nous avons refusé l'épée delà France à Mazzini. Nous n'avons pas voulu que l'épée de la France fôt remise aux mains qui avaient tenu ou sanctionné le poignard. »
Plus loin, replaçant les faits sur le terrain delà vérité^
il ajouta : c Je dis que Rome a béni sa délivrance, et je me serais étonné prodigieusement qu'il en eût été autrement. Car voulez-vous me permettre de vous dire la différence qu'il y a entre la situation que vous vouliez lui faire, et la situation que nous lui faisons? Vous vouliez en faire la république romaine, isolée au milieu des populations, ou qui ne l'adoptent pas, ou qui la repoussent formellement.
c Et quel est le rôle que nous lui donnons, nous, et qu'elle a voulu, qu'elle a voulu dans tous les temps? Ce n'est pas celui de République romaine, dont elle connaît bien la chimère, le péril, l'inanité (Rumeurs à gauche), c'est le rôle qu'elle occupe dans le monde depuis dixhuit siècles, et que nous, nous voulons lui restituer, c'est celui de capitale de la République universelle chré^ tienne. (Exclamations à gauche. ^ A droite : Très-bien ! très-bien!) C'est celui d'être la première ville du monde... »
Le triomphe de l'orateur qui, dans le cabinet avait si puissamment contribué à l'expédition française, fut complet ; leis divers ordres du jour de la montagne furent repoussés par 428 voix contre 176.
Ce magnifique succès fut une victoire pour le Saint- Siège. M. de Falloux, par la franchise courageuse et l'élévation admirable de sa parole, avait placé au-dessus de toute contestation la liberté et Tindépendance du Souverain-Pontife. Il avait restitué à la France son vrai, son noble rôle ; il l'avait montrée pleine de courage et pleine de dévouement, arrachant ritalie centrale à la plus violente et à la plus injuste des servitudes, et rtpla-
çant respectueusement le Père commun des fidèles, Tauguste et vénéré Pie IX, dans Texercice de cette souveraineté rt de cette indépendance que les siècles lui ont faite, et qui sont le gage de la liberté des âmes et de la paix du monde !
Ce glorieux triomphe du droit et de la religion était un adoucissement à la tristesse du spectacle qu'olTraient ces montngnards, ces français, ces députés fraternisant avec les égorgeurs de nos soldats, à Rome. Mais leur déchaînement, à Paris, contre le gouvernement français rallumait les audaces et les espérances de leurs frhres et amis restés à Rome; après leur défaite, des listes de proscription s'affichaient à la dérobée sur les murs: les amis des français, les traîtres à la patrie, seraient les pre«* mières victimes delà république romaine restaurée ! La population était sans cesse effrayée par des placards menaçants et des excitations clandestines. Un jour même la démagogie essaya, à la face de l'armée française, une démonstration hostile, à propos d'un service funèbre pour le repos de l'âme du comte Pietra-Mellara, commandant d'un corps bolonais au service de la défunte république, mort en chrétien (1), versant d'abondantes larmes sur sa conduite passée, sur sa révolte contre le
(1) Uq grand nombre de jeunes gens de bonne famille, séduits par le mirage des idées libérales, s'étaient enrôlés dans Tarméede la rétolulion, sans abjurer leurs sentiments religieux. Le bataillon des volontaireB lombards en comptait beaucoup dans ses rangs. Ils reconnurent trop tard qu'on les avait trompés. L'un d'eux, le jeune Ëmilio Dandolo, qui vit tomber son propre frère et plusieurs de ses amis à ses côtés, le 29 juin, sous les murs de Rome, et qui a fait le rédtde cette sanglante journée, dit: « Je sais que le vulgaire applaudit et appelle glcûre de l'Italie cette
meilleur des Pères. Les meneurs des anciens corps-francs employèrent la nuit à préparer le scandale pour le jour du service funèbre. Au moment de la cérémonie, la cocarde rouge reparut, et Ton se disposait à faire TapoIO' gîe de rémeute. Mais le général Roslolan, ayant appris
détermination de gens qui, loin de tout danger, tranquilles sur leurs sièges et muais du sauf-conduit, ne s'exposaient après qu'à partir pour aller reprendre les habitudes de leur riche exil. Et je sais aussi que pour célébrer ceux-là, on oubliera bientôt jusqu'aux noms de ceux qui ont noblement sacrifié leur vie au devoir. • Il raconte ensuite en termes touchants la pieuse mort de plusieurs de ses amis, notamment celle du jeune Manara, blessé mortellement et porté à Tambulance de Santa-Maria délia Scala: c Manara me dit d'envoyer chercher le docteur Augustin Berlani, son ami de Milan. Aux médecins qui l'entouraient, il répondait: « Laissez-moi mourir en paix, ne me touchez pas! » Averti moi-même par eux qu'il avait peu d'heures à vivre, je me penchai vers son oreille : « Pense à Dieu I lui dis-je doucement.— Oh! oui, j'y pen^^e, me rëpondit-il, et de tout cœur!» Alors je lis signe à un capucin qui était là pour distribuer aux braves les secours de la dernière heure. Il s'approcha, et au milieu des signes de la plus touchante contrition du mourant, il lui donna ^ l'absolution. Manara voulut en outre être réconforté par le via- * tique; je m'étudiais de mon mieux à dévorer mes larmes pour le préparer au grand passage. Une suave douceur envahissait mon âme de voir ce pauvre et cher ami affronter la mort aussi chrétiennement. Après avoir communié, il ne parla plus de quelques moments. Puis il me recommanda de nouveau ses enfants: t Elève-les, me dit-il, dans l'amourde la religion et de la patrie! • Il me pria de rapporter son corps en Lombardie avec celui de mon pauvre frère. Me voyant suffoqué par les sanglots, il me dit avec le sourire de la plus douce amitié : t Gela te fait donc beau- . coup de peine que je meure?... »» Son soldat d'ordonnance pleurait à ses côtés, il l'appela et lui demanda pardon s'il lui avait quelquefois trop vivement parlé... Avant de mourir, il tirade son doigt un anneau qui lui était bien cher, le passa au mien, et m'attirant à lui, me dit: t Je saluerai ton frère pour toi, n'estce pas ?... » Il avait vingt-deux ans... (I voluntari ed i bersaglieri hmbardi^ par Emilio Dandolo). »
BISTOIKS DB PIB IX BT DE SON PONTIFICAT. 147
ce qui se passait, envoya le général Sauvan pour y mettre ordre. Celui-ci entra seul dans Téglise, leva les factionnaires, donna ordre aux troupes de se retirer, et d'un geste pria les démagogues de sortir immédiatement. Us s'empressèrent d'obéir ; l'aspect de ce Français les avait glacés de terreur, et, depuis, les Romains se plaisaient à dire que le général Sauvan, à l'exemple du Sauveur, avait chassé les profanateurs du temple.
L'hydre démagogique se trouvait décapitée, à Rome par la force, en France par la raison, et l'Italie, la nation très-chrétienne et TEurope entière avaient applaudi à rœuvre de restauration qui, en couvrant d'honneur les soldats de la France, avait rendu à la chrétienté et à la civilisation le plus signalé des services, celui de délivrer la ville éternelle du joug des factieux cosmopolites, et de restituer au Père commun des fidèles sa liberté, sa souveraineté et son indépendance. Les négociations diplomatiques et internationales se poursuivaient avec succès pour le retour du Saint-Père à Rome ; Pie IX, malgré quelques nuages qu'il voyait encore à l'horizon^ avait annoncé lui- même son prochain départ pour Rome, lorsque tout-à-coup une lettre grosse de tempêtes vint tout compromettre.
Celte lettre écrite et signée par le président de la République française, le prince Louis-Napoléon, contenait tout un programme politique sur les conditions de la restauration du Saint- Père. Elle était adressée pour la forme au lieutenant-colonel Edgar Ney, officier d*ordonnance du prince, chargé d'aller en notifier le contenu à Rome. Elle était ainsi conçue :
146 HISTOIRE DE PIB IX ET DE 80M P0NTtnC4T.
< Paris, IB moût 184t.
c Iffon cher Bdgar,
cLa Républiquefrançaîsen'a pas envoyé une armée i Rome pour y étouffer la liberté italienne, mais au contraire pour la régler, en la prtéfier:vant4;onti)e ses propres excès, et pour lui donner une base solide, en iremettant sur le trône poiitifica^ le Prince qui, le premier^ s'était placé hardiment à la tête de toutes les réforities utiles.
c l'apprends avec peine que les intentions bienveillantes du Saint-Père comme noire propre action restent stériles en présence de passions et d'influences hostiles. On voudrait donner comme baae à la rentrée du Pape la proscription et la tyrannie : dites de ma part au général RobHolan, qu'il ne doit pas permettre qu'à l'ombre du drapeau tricolore, on commette aucun acte qui puisse dénaturer le caractère de notre intervention.
^ Je résume ainsi le pouvoir temporel du pape :
Amimtie générale^ séouhrisatim de Vadministratim, code Napoléon,* et gouvernement libéml.
€ J'ai été personnellement blessé, en lisant la procla^ mation des trois cardinaux, de voir qu'il n'était pas même fait mention du nom de la France ni des souffrances de nos braves soldats. Toute insulte faite à notre drapeau ou à notre uniforme me va droit aa cœur, et je vous prie de bien faire navoir que, si la France ne vend pas ses services, elle exige au moins qu'on lui sache gré de ses sacrifices et de son abnégation.
• Lorsque nos armées firent le tour de l'Europe, elles laissèrent partout, cemme traoeide leur passage, la des^ truction des abus de la féodalité et les germes de laii-
berté. Il ne sera pas dit qu'ea 1849 uoe année française ait pu agir dans ua autre sens et aïoener d'autraa résultats.
c Dites au général de remercier, en mon nom^ l'armée de sa noble conduite. Tai appris avec peine que physiquement même elle n'était pas traitée •eoauae elle de^ vrait rétre. Rien ne doit être négligé pour établir convenablement nos troupes.
c Recevez, mon cher Edgar Ney, l'assurance de ma sincère amitié.
€ LOUIS-NAPOLéON-BONAPARTE. » j
Cette lettre, qui fut insérée quelques jours après dans la partie non officielle du Moniteur^ était faite peur causer partout aux catholiques une douloureuse surprise. Elle contenait, outre les reproches amers, les injonctions les plus graves, les plus explicites et les plus impéralives que le gouvernement eût jamais fait entendre depuis le commencement de l'intervention. La forme de cette lettre était aussi étrange que le fond.-
On récrivait et on la lançait sans en avoir conféré avec le ministère (I), et Ton faisait signifier cette espèce de protocole par un aide de camp.
(1) Quand, dans les premiers jours de septembre, la leUre présideoiieUe eût paru daos le Moniteur, les jouraaux publièrent le Cwimuniqué suivant qui Ogura d'abord daos le journal La Patrie :
c Plusieurs journaux ont prétendu que M. le ministre de Tinstruciion publi(|ue et des cuites avait quitté Paris, en raison d'un désaccord profond qui s'était élevé entre lui et les autres membres du cabinet, à l'occasion de la lettre de M. le Président de la République au colonel Ney. Ces journaux sont mai informés. M. de Falloux assistait, avant son départ, au conseil des ministres au-
La négociation diplomatique était-elle donc épuisée pour qu'on en vint à ce brutal expédient ?
Le contenu de la lettre donna lieu» d'ailleurs» de tous côtés, aux plus sérieuses*préoccupations.
Déclarer que Taction de la France, que les intentions bienveillantes du Saint-Père sont frappées de stérilité par des passions et des influences hostiles, n'est-ce pas
quel M. le Président a communiqué sa lettre; M. de Fallouxa donné t cette lettre la plus entière approbation. {Communiqué.) »
Le lendemain de cette communication, le Moniteur la reproduisait, en 7 ajoutant les lignes suivantes:
a M. le ministre de rinstruction publique nous adresse à ce sujet la rectification suivante :
t La note publiée par la Patrie n'a pas été communiquée à M. de Falloux ; il n'eut pu en autoriser les termes.
• La communication de la lettre de M. le Président de la République avait été purement officieuse et excluait toute idée de publicité. y>
Il résulte de l'article du Moniteur:
lo Que la leUre de M. le Président de la République au lieutenant-colonel Ney n'avait pas été officiellement communiquée au conseil des ministres;
2o Que cette lettre n'était adressée qu'à M. Ney, et que son caractère comme son contenu excluait toute idée de publicité ;
3» Que si quelques ministres en ont reçu communication, cette communication fut purement officieuse comme d'une de ces lettres qu'il plaît au Président de la République d'écrire à ses officiers d'ordonnance» sur lesquelles il ne consulte pas, qui doivent rester confidentielles, et qui, en tout cas, ne compromettent que lui-même.
D'ailleurs, l'en-téte de la letU^ : Mon cher Edgar, était une formule toute familière qui semblait incompatible avec l'idée d'une publicité officielle.
Quand la leUre du président fut devenue publique, M. de Falloux, alors ministre des cultes, le grand promoteur de l'expédition romaine, ofi'rit sa démission, si la politique du gouvernement sortait le moins du monde de la ligne à laquelle 11 avait donné son adtiésion.
énoncer bien hardiment une allégation dont le retentissement peut avoir une conséquence considérable sur l'ensemble même de nos relations extérieures?
Attribuer à ces influences qu'on ne définit pas des projets aussi odieux que la proscription et la tyrannie, n'est-ce pas avancer des imputations qui demandent^à être pesées et justifiées avant d'être produites ? Or» d'après quels renseignements cette situation est-elle connue? L'appréciation rapide d'un officier d'ordonnance est-elle une base suffisante à des accusations de celle nature? Et ne fallait-il pas y regarder de très-près avant d'ajouter foi à des rapports qui ne s'accordaient ni avec ceux du général en chef, ni avec ceux des plénipotentiaires de Gaëte, et qui pouvaient laisser à désirer pour la maturité et l'exactitude?
Que dire ensuite et surtout des quatre conditions r apportées au rétablissement du Saint-Père ?
Une amnistie générale. Le Pape ne doit-il pas en être le seul juge? et est-ce à Pie IX qu'on prétendrait imposer le droit de grâce ? D'ailleurs, oublierait-on les difficultés inséparables du lendemain d'une révolution, Jçs nécessités de Tordre et les lois de la justice? Le pouvoir estil à Rome dans des conditions plus fortes et plus favo- ,rables qu'en France, et une amnistie GÉNÉaiLB y est-elle plus possible et plus nécessaire ?
Sécularisation de V administration. Que ce soit un
vœu, que ce 9oit un conseil, rien de mieux. Mais qui peut
. être le meilleur appréciateur de l'étendue et de la limite
de cette réforme? Etait-ce à TÉlysée ou au Quirinal que
devaient se décider les questions intérieures de l'adini-
nisiration pontificale» la qualité et le caractère des fonctionnaires romains ?
Code Napoléon. Les lois, toutes parfaites qu'on les suppose, ont, avant tout, besoin d'être faites pour les peuples à qui elles s'appliquent. L'importation en cette matière ne réussit pas, surtout quand elle est forcée. De quel droit d'ailleurs imposer à une nation, à un gouvernement, à une société, le Code civil d'une autre nation? Même avec le droit de conquête, cette condition parait exorbitante. Au surplus, c'est à la sagesse du Souverain Pontife, c'est aux conseils dont il s'entourera, qu'il faut laisser le soin et l'honneur de la révision législative. Là autant qu'ailleurs , la souveraineté et l'indépendance sont nécessaires.
Gouvernement libéral. Une telle expression, si vague, si générale, prêtant à des commentaires si différents et si hostiles, devait-elle se trouver sous bette même plume qui allait bientôt décréter la dictature en France? D'ailleurs, n'est-ce pas dans ces matières si délicates et sj épineuses de gouvernement, que, pour le maintien de la paix et de la concorde. Pie IX doit être laissé à la liberté et à la spontanéité de ses inspirations ?
L'action de la France devait être non-seulement stérile, mais désastreuse, le jour où dans les paroles de ses gouvernants, la menace ou la force tenterait de remplacer le conseil, le dévouement et le respect.
Si vous voulez le Pape^ il faut le vouloir libre, mattre et souverain, toute autre alternative est une chimère. L'Église est patiente parce qu'elle est étemelle, patiens quia œtema. Elle vous lassera ; elle peut attendre, elle
attendra longtemps, toujours; et vous, vous vieillirez, vous tomberez. Le temps lui appartient, parce qu'elle ne le compte pas. Vous demandez à l'Église ce qu'elle BQ peut pas, ce qu'elle ne doit pns vous donner : Tabdication. Elle sait que ce que vous lui demandez, si elle le donnait, la mènerait forcément, fatalement, à la sécularisation complète, c'est-à-dire au déplacement du pouvoir, et flnalement à sa propre ruine. Quand l'Empereur se fit sacrer, il prit la couronne des mains du Pape et la mit lui-même sur sa tête. Ce que vous demandez, c'est que* le Pape mette sa propre couronne sur le front de César. Ne l'attendez pas.
L'Église ne vous donnera pas volontairement le pouvoir ; alors voulez-vous le lui prendre? Il y a quelque chose de plus difficile que de prendre Rome, d'enlever d'assaut les bastions, c'est de prendre la Rome invisible et intangible, c'est d'emporter la Cité de Dieu, c'est de lutter avec une ombre, comme Jacob luttait avec l'ange. Retiendrez-vous l'eau qui coule en la pressant dans vos mains? Ce n'est pas par la violence qu'on vous résistera ; oh ! non ; ce sera par l'impassibilité ou par la résignation. La force, on en triomphe : on sait où la prendre; mais la faiblesse^ que fercz-vous contre elle, et où la prcndrez-vous?
Voyez-vous ce Pontife errant dans l'exil, cet homme de Dieu portant sa tête d'asile en asile et de pierre en pierre ! Il n'mtrigue pas lui, il prie. Toutes les forces de la terre ne prévaudront point contre ce qu'il croira son devoir ; le bruit des armes ne dominera point la voix tranquille et le pur murmure de sa conscience. Hélas !
tiM HISTOIRE DE PIB IX ET DE SON PONTIFICAT.
lui aussi avait eu foi dans la liberté. En prenant possession des clefs de saint Pierre, il l'aynit prise par la main, et l'avait introduite dans le monde sous le signe paisible (le la croix. Mais la liberté qu'il avait rêvée, c'était la liberté sans tache et sans souillure, celle qui dit : Paix sûr In terre aux hommes de bonne volonté.
Quand il Ta vue s'échapper de ses mains, échanger sa robe virginale contre la carmagnole, et se jeter en bacchante à travers le monde, quand il a vu les larmes, et le sang, et les ruines qui marquaient son passage, alors il s'est interrogé, alors il a été saisi par les angoisses du doute, et il s'est demandé s'il ne s'était pas trompé. Aujourd'hui sa conscience est alarmée : et, en face de la responsabilité qu'il a devant Dieu, que lui importe celle qu'il peut avoir devant les hommes? Il obéira aux commandements de Dieu, son Seigneur et Maître, et n'en reconnaîtra point d'iautres. S'il faut qu'il reste dans l'exil, il suspendra sa couronne aux saules des fleuves de Babylone, et il dira avec son grand prédécesseur, saint Grégoire VII : c J'ai pratiquée c justice et fui l'iniquité, voilà pourquoi je meurs dans « l'exil. » Il déBe la force des princes et des peuples, parce que la sienne est ailleurs : Hi in curribus^ et hi in equiSf nos autem in nomine Domini Deinostri. (Ps. XIX.)
La boutade irréfléchie du chef du pouvoir exécutif, dont les journaux révolutionnaires firent grand bruit, et qu'ils applaudirent avec un perfide enthousiasme, était donc une faute impardonnable.
Avant l'arrivée à Rome d'Edgar Ney, un autre officier supérieur, envoyé par le ministre de la guerre, avait
annoncé au général duc de Reggio son rappel, motivé sur la réduction prochaine du corps expéditionnaire, qui n'allait plus se trouver en rapport avec sa haute position.
Le général Rostolan était par droit d'ancienneté, appelé à remplacer le général Oudinot. Ce fut chez lui que M. Edgar Ney se rendit d*abord en arrivant à Rome. Le général Rostolan coniprit tout de suite les difficultés que le gouvernement français allait se créer en répudiant si brusquement une conduite empreinte d'autant de fermeté que de conciliation, et qui honorait à la fois son prédécesseur et notre diplomatie, et il ne craigni^ point de blâmer ouvertement la lettre présidentielle.
Le duc de Reggio avait appris indirectement l'arrivée du colonel Ney ; il n'en reçut que le lendemain vers midi la confirmation par la visite de cet officier. Le général en chef lui reprocha* en termes sévères^ un retard qui était à la fois un manque de déférencç et l'oubli d'un devoir militaire. L'envoyé du Président chercha à s'excuser, en disant qu'il croyait avoir été devancé par le courrier chargé des ordres ministériels ; il supposait d'ailleurs que le général était déjà parti de Rome.
Le noble duc ne se faisait pas illusion sur le motif de son remplacement ; mais, fier d'avoir été l'instrument providentiel d'une grande œuvre, il mettait avec raison toute sa confiance dans l'impartialité dp l'Histoire ; et il s'affligeait de voir substituer à des idées généreuses et dignes d'une grande nation, une politique aventureuse, menaçante et oppressive, qui allait peut-être allumer le feu d'une guerre générale ; qui, du moins, remettait tout
enr queslion, alors que les plus graves difficultés semblaient aplanies, que le prompt retour du Saint-Père dans sa capitale était décidé, et que les affaires de Rome, enfin, paraissaient assurées d'une heureuse et prochaine solution.
La seconde entrevue du colonel Edgar Ney avec le général Rostolan fut également grave. N'écoutant que les conseils de sa conscience et ceux de Tintérêt de son pays, le général dit à l'envoyé qu'il ne pouvait décidément pas livrer à la publicité la lettre qu'il lui avait remise de la part du président de la République. < Ce document, ajouta-t-il, ne me présente aucun caractère officiel, il n'a d'autre valeur à mes yeux que celui d'une lettre particulière, intime ; je ne puis et ne dois la rendre publique pour deux raisons ; la première, parce qu'elle ne m'est point remise par une voie constituiionnelle ; la seconde, parce que dans mon âme et conscience je suis certain qu'elle entraverait les négociations diplomatiques, indépendamment des embarras multiples qu'elle susciterait. Croyez-moi, colonel, ne montrez point cette lettre et surtout gardez-vous de lui donner la moindre publicité. ]»
Nullement convaincu par ces paroles, dictées cependant par un sentiment de prudence, le lieutenant-colonel s'abandonnant à un mouvement de vivacité répréhensible au point de vue de la hiérarchie militaire, s'écria qu'il rendait le général responsable des conséquences de son refus et des événements que ce refus pourrait provoquer à Rome aussi bien qu'à Paris.
« Colonel, répliqua avec dignité le général RostoKui,
permettez-moi de vous le rappeler, personne autre que moi ne possède ici \e droit de la menace. Quant aux conséquences de mon refu;^^ elles ne m'elTraient point, je compte sur Je général Ghangarnier pour réprimer rémeute à Paris, comme je compte sur moi pour la vaincre à Rome, sous quelque drapeau qu'elle se présente. »
Vainement le colonel fit de nouvelles instances, le général fut inébranlable dans sa résolution.
bdgar Ney crut devoir passer outre. Un grand nombre de copies faites à la main répandirent la lettre présidentielle dans les cafés et autres lieux publics. Cette lettre produisit une douloureuse émotion à Rome, à Gaête et dans le monde catholique. Les défiances du Saint-Père s'en augmentèrent; MM. de Corcelles et de Rayneval en furent désolés. Ils s'empressèrent d'écrire à leur gouvernement pour le ramener à la politique vraie, lui montrant la situation impossible qui venait de leur être faite vis-à-vis des autres ministres plénipotentiaires, le suppliant d'ouvrir les yeux à la lumière, de conjurer une rupture dont les conséquences désastreuses étaient in* calculables. De son côté, le général Rostolan écrivit dans les mêmes termes au ministre de la guerre, lui donnant en même temps sa démission de général en chef.
Le général Oudinot, rappelé inopinément en France, eut soin, dans Pintérêt de sa patrie et de son honneurT'de prendre les mesures propres à raffermir Tinfluence de la France en Italie, après quoi il fit de touchants adieux à son armée 11 adressa également aux Romains une
proclamation où^ prenant congé d'eux dans les termes les plus aOectueux, il les remerciait des témoignages d'affection et d'estime qu'il avait reçus de la ville de Rome. Ces témoignages étaient nombreux et éclatants. La commission provisoire municipale avait décrété que Rome, pour donner à son libérateur une récompense proportionnée à l'importance de ses services, lui ofirirait une médaille d'honneur, portant son effigie d'un côté, et de l'autre une inscription qui rappelât le rétablissement de la paix et la conservation des monuments historiques. £n outre, elle avait décidé que ce décret serait gravé sur une pierre que Ton placerait au Gapitole, au-dessus de son buste, dans la salle des grands capttaines. Enfin, un troisième décret conférait au général la qualité de citoyen romain, transmissible à sa descendance. — La commission municipale avait décidé que la remise de ces actes serait faite au général d'une manière solennelle par le Sénateur. En conséquence, le 23 août, elle invita le duc deReggio, les généraux qui se trouvaient à Rome, l'état-major et tous les officiers supérieurs à assister, dans la soirée, â l'illumination du Musée Capitolin. Elle convia également à cette solennité les principaux corps littéraires^ scientifiques et artistiques de la ville. Des feux de Bengale de diverses couleurs illuminèrent la façade du palais sénatorial et la haute tour du Gapitole.
C'est au milieu de ces effusions de la gratitude universelle que lé général partit pour rentrer en France. Il fut regretté de la population autant que de l'armée. .Avant de quitter l'Italie, il voulut s'incliner encore
une.fo» devant le Soiiverain-Pontife et se rendit à Gaëte.
— - « Votre nom, général, lui dit le Saint-Père, est désormais intimement lié au mien ! Thistoire n'aura pas assez d'éloges pour glorifier le grand événement que vous avez accompli avec autant de sagesse que d'énergie. Vous achèverez votre œuvre à Paris, et ma paternelle bénédiction s'étendra toujours sur vous ainsi que sur tous les vôtres. »
Pie IX, qui avait remis au général, à son premier voyage, les insignes de son ordre, auquel il avail^ exprès pour lui, ajouté une classe à part {voir 2* vol. p. 278), Tautorisa à lui signaler ceux de ses soldats des armées, de terre et de mer qui s'étaient le plus distingués, afin de leur faire remettre les décorations des ordres de Pie IX et de Saint-Grégoire- le-Grand ; de plus, il promit de faire frapper, pour chaque soldat, une médaille com— mémorative.
Le général Oudinot, soit auprès du Souverain-Pontife, soit auprès du roi de Naples et des diplomates étrangers, s'efforça de pallier l'effet produit parla nouvelle attitude du gouvernement français dans les affaires d'Italie. Une telle conduite n'a rien d'étonnant de la part d'un noble caractère.
Il rentra en France, heureux du bonheur que procure un grand devoir accompli.
Le duc de Reggio reçut en France du chef de l'Étal le b&ton de maréchal , de la ville de Lyon une épée d'honneur, et de tous les catholiques un tribut d'admiration et de Içuanges, et quand, au mois de juillet 1863^11 alla rece-
voir du souverain juge le prix de sa foi et de ses œuvres, réminent cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, écrivant à sa pieuse veuve, put buriner sur son tombeau celéloge funèbre queTHistoire recueille comme l'expression de la vérité : « On ne remplace plus des hommes tels que celui que nous perdons. Il y a encore des âmes généreuses, des cœurs bien faits, des amis éprouvés; mais les êtres privilégiés trempés comme le duc de Regg^o sont devenus rares et menacent de le devenir davantage. En honneur bien compris, en affections constantes et désintéressées, nous sommes à une époque de transition ; et nous nous prendrons plus d'une fois à regretter ces esprits cultivés, ces hommes modestes qui, de leur retraite volontaire où le murmure et Fi m patience ne pénétrèrent jamais, répandaient sur la société la sagesse de leurs conseils, l'exemple de leur résignation, la bonne odeur de leurs vertus. » Beau sujet d'oraison funèbre.
Immédiatement après le départ du duc de Reggio, le général Rostolan prit de fait le commandement de Tarmée française, qui lui revenait pas droit d'ancienneté, indépendammant des services rendus. Il ne dévia point de la ligne de conduite qu'il avait adoptée, d'accord, comme son prédécesseur, avec Tinfatigable M. de Gorcelles s'efforçnnt, h Gaële, de réparer la faute qui venait d'être commise, et qui rendait les communications diplomatiques extrêmement difliciles.
Quelques jours après, le général reçut d'Odilon-Barrot, président du conseil, une lettre par laquelle le ministre refusait d'accepter sa démission, et l'engageait en même temps à publier la lettre du président apportée par Edgar
Ney. Le commandant en chef répondit aussitôt au ministre que les motifs qui Tavaient obligé de se démettre du commandement existant toujours, il persistait à demander son rappel. Pui&abordantloyalemenf, en soldat qui n*a jamais transigé avec Taccomplissement d'un devoir» la question politique, il déclara qu'il ne s'associerait jamais à un acte qui, outre rinconvénient d'être injuste, aurait le danger de mettre le feu aux quatre coins de l'Europe. A son point de vue, la guerre générale se trouvait dans la publication ofTicielle de la lettre du 1 8 août, et la guerre générale ne pouvant qu'être fatale aux idées d'ordre qui commençaient à renaître, il aimait trop son pays pour le jeter dans une carrière d'aventures.
Le commandant en chef avait raison. Du jour où le programme du président delà République française, perdant son caractère privé, aurait voulu dominer la question romaine, il se serait traduit par une guerre inévitable. Le départ de Rome de la commission gouveiUementale en eût été la conséquence immédiate ; la noble et courageuse persistance du général Rostolan, donnant à de meilleures réflexions le temps de prévaloir, a préservé la France et TEuro pe d'événements dont la portée était incalculable : l'Histoire lui en tiendra compte.
Dans de pareilles complications, le Souverain Pontife ne pouvait plus songer à rentrer immédiatement à Rome. Il résolut de quitter Gaëte pour se rendre au château royal de Portici, où le roi des Deux-Siciles, continuant son œuvre de généreuse hospitalité, avait fait préparer des appartements somptueux. Pie IX quitta Gaëte le 4 septembre. (Voir 2* volume, page 285.)
Pie IX avait vécu à Gaëtedaas une modeste résidence, mais libre, indépendant, entouré de^ hommages du monde entier, et des soins respectueux du souverain du pays. Â Portici, tout se passa comme à Gaële, avec la seule différence que le roi Ferdinand rachetait par riiospitalité d'une villa royale, les privations qu'il avait partagées avec son hôte auguste dans Thumble habitation de Gaëte. Le roi venait de temps en temps à Portici rendre hommage au Chef de l'Église, et s'assurer par lui-même si les intentions, les désirs du Saint-Père étaient bien compris, et ses ordres ponctuellement exécutés.
Qu'on se représente Pie IX, installé avec tout le respect dû à sa personne et à son caractère dans le palais de Portici, à deux lieues de Naples, avec son secrétaire d'État et son secrétaire des brefs. Vous eussiez trouvé le Souvevain Pontife, tous les matins, après sa messe, dans son cabinet de travail, causant avec le cardinal Ântonelli des questions à examiner et à décider dans la journée ; lorsque le ministre était parti, le Souverain restait à son travail jusqu'à ce que les visiteurs vinssent l'interrompre, pour reprendre ensuite sa tâche. Près du Pape arrivait journellement son frère aine, le comte Gabriel Mastaï, beau et robuste vieillard, homme du monde, à l'esprit éclairé, au caractère indépendant. Le roi de Naples avait fait disposer pour lui une aile au palais de Portici, mais le frère du Pape avait préféré conserver son modeste appartement à Naples, et tous les jours on le rencontrait avec son fils, sur la route de Portici, allant faire sa visite matinale a l'auguste Pon-
tife. Le temps de la eollatioa était consacré à Fentrevue des deux frères; le Saint^Père réservait cette demi-heure de chaque jour à ses affections de famille ; le reste de son temps ne lui appartenait plus.
Après rinstallation du Pape à Portici» la grande question de son retour à Rome ne chôma point dans les conseils de la diplomatie.
MM. de Corcelles et de Rayneval, près du Saint-Père, aplanissaient avec une patience et un soin dignes des plus grands éloges» les difficultés que quelques ligaes imprudentes avaient jetées sous leurs pas. Ils firent preuve d'une grande habileté et d'une suprême loyauté. Rassuré par eux, Pie IX put, dès les premiers jours de son arrivée à Portici, signer un motu proprio d'une grande importance, à la veille des débats qui allaient se produire à la tribune française sur les affaires de Rome.
Ce nouvel acte de la souveraineté pontificale porte la date du 12 septembre 1849.^ Il contient six articles dont voici la substance ;
« Article premier. Il est institué à Rome un conseil d'État qui donnera son avis sur les projets de loi avant qu'ils soient soumis à la sanction souveraine. Il examinera toutes les questions graves de toutes les branches de l'administration publique sur lesquelles son avis sera réclamé par le gouvernement.
c Art. 2. Il est institué une Consulte d'État pour les finances. Elle sera entendue sur le revenu de l'État, elle en examinera les dépenses, arrêtant aussi le règlement des comptes. Elle donnera son avis sur l'imposition de nouvelles taxes ou la diminution des taxes exis-
tantes, sur Je meilleur mode d'en opérer la réparti' tion, sur les moyens les plus efficaces de faire refleurir le commerce, et en général sur tout ce qui regarde les inlérêls du Trésor public.
c Les membres de la Consulte seront choisis par le Souverain Ponlife sur des listes dressées par les conseils provinciaux.
« Art. 3. L'institution des conseils^ provinciaux est confirmée. Les conseillers seront choisis par le Pape sur des listes présentées par les conseils communaux.
« Ils débattront les intérêts locaux, les dépenses à faire aux frais de la province, et^ avec leur concours, les comptes de recettes et de dépenses de l'administration intérieure. Cette administration sera désormais confiée à une commission administrative^ qui sera choisie par chaque conseil provincial sous sa responsabilité.
a Quelques membres du conseil provincial seront appelés de préférence à faire partie du conseil du chef de la province, pour l'aider dans l'accomplissement de la surveillance qu'il doit exercer sur les communes.
€ Art. 4. La représentation et l'administration municipales jouiront des plus larges franchises compatibles avec les intérêts des communes.
« L'élection des conseillers aura pour base un nombre étendu d'électeurs, en ayant principalement égard à la propriété.
• Les éligibles, outre les qualités intrinsèques nécessaires^ devront payer un cens qui sera fixé par la loi.
« Les chefs des administrations municipales seront
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choisis par le Pape, et les chefs des provinces sur trois présentations faites par les conseils communaux.
c Art. 5.Lesréfornriesetlesaméliorationss'étendront aussi à Tordre judiciaire et à la législation civile, criminelle et administrative. Une commission sera nommée pour s'occuper de cet objet.
« Art. 6. Enfin/le Saint-Père annonce que, toujours porté à l'indulgence et au pardon par son cœur paternel, il va faire publier un nouvel acte de clémence, c'est-àdire, une amnistie. »
Le motu proprio du 12 septembre n'avait pas, dit l'abbé Margotti, les défauts des gouvernements modernes qui, selon Mazzini, ne sont que des transactions bâtardes appuyées sur l'équilibre mensonger de trois éléments dont chacun tend inévitablement à prédominer sur les deux autres, ce qui est une cause de corruption et d'hypocrisie politique; il évitait la centralisation civile et administrative, grand vice des révolutions contemporaines qui, confondant tous les droits, ruinent les États et conduisent au socialisme ; enfin, il assurait au peuple une liberté civile vraie et féconde, laissant d'un côté la souveraineté intacte,, parce que la diviser c'est la détruire ; mais de l'autre, l'écluirant et la sauvegardant contre ses propres excès par tout ce que la nation pos^ sède de mérite et de génie. (Margotti, Victoires de /'£glise.)
Porté à Rome par M. de Corcelles lui-même, l'acte pontifical y fut publié, le 1 9 septembre, par les soins de la commission de gouvernement qui l'accompagna du décret d'amnistie ainsi conçu :