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CHAPITRE XII

PU IX BT LIS APPÀIRES DB 8UI88B, DB BADK, D'BSPAGIIB BT DE PORTUGAL.

Suisse. Sa sitaatioQ religiease ea 1850. — Mgr Harilley. — Persécution. — Scèoe sauvage à Ghéae-ThoDex. — Retour de Mgr Marilley.

Haut-Rhin et Bade. Persécution. — Mémoire des évéques. ^ Situation religieuse du grand-duché de Bade. — Guerre au catbolicisme. — Mgr de Vicari. — Négociations stériles avec le Saint-Siège — Persécution ouverte. — Emprisonnement de i'évéque de Fribourg. — Sa fermeté. — Pie IX le félicite et le console. — Héroïque dévouement des catholiques badois. — Intervention de TAutriche. -— Rétablissement de la paix.

Espagne. Le catholicisme en Espagne. — Invasion des idées révolutionnaires. ~ Isabelle sur le trône. — Concordat de 1851. — Persécution religieuse. — Esparlero et O'Donneli. — Lois spoliatrices. — Résistance d'Isabelle. — Le nonce quitte l'Espagne. — Belle conduite de Tépiscopat espagnol. — Allocution consistoriale do Pie IX. — Avènement de Narvaes. — Rétablissement du concordat de 1851.

Portugal Lutte dynastique dans ce pays. — Don Pedro et Dona Maria. — Schisme de 6oa. — Saldanha persécuteur. — Courageuses démonstrations des catholiques porluguais. — Négociations avec Rome. — Pacification de 1857.

Dans la race humaine, comme dans la race canine, et dans les États comme chez les individus, les petits se montrent volontiers /uir^netu; contre les grands^ et surtout contre TÉglise.

Un vent de persécution soufflait avec une violence

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particulière dans les montagnes de la Suisse. Les catholiques, pour la défense de leurs droits et de leur liberté, avaient courageusement Terme la ligue du Sonderbund^ qui moissonna Thonneur sur le même champ où le despotisme récolta la honte avec la victoire. Après le désastre de cette noble entreprise^ en 1848, la tyrannie du parti hérétique, qui était au pouvoir, devint plus intolérante que jamais.

UObservateur de Genève résumait ainsi, en 1850, la situation du catholicisme en Suisse :

« La liberté de la chaire (catholique anéantie on gênée dans les cantons de Fribourg, des Grisons, de Yaud et de Saint-Gall.

< La liberté du ministère ecclésiastique détruite ou molestée dans les cantons de Fribourg, de Yaud, de Lucerne, de Saint-Gall, des Grisons, par les plus énormes des envahissements de TÊtat sur rÉglise.

< Le mariage civil ou mixte sanctionné par les lois fédérales, et apportant dans Tordre de la famille chrétienne un élément destructeur de la foi des époux et de l'éducation des enfants.

<c La presse anticatholique dépassant toutes les limites du droit de publicité et de discussion, déversant chaque jour d'odieuses calomnies contre le sacerdoce et les doctrines catholiques.

€ La sainteté du serment profanée, dégradée par des prescriptions liberticides et antireligieuses.

« L'éducatioù de la jeunesse entièrement sécularisée; la famille, la commune, la religion dépouillées de leurs droits, et Tenseignemekit dirigé, sous Tinspiration de

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doctrines aAlichrétiennes et antisociales^ par des régents, hoauntô polidques^ hommes gouvernementaux, hommes des sociétés secrètes.

« Les biens de 1 Église, arrachés à ses possesseurs légitimes par rintrodùction du communisme gouverne* mental, en attendant son invasion dans le domaine de la propriété privée*

€ Le droit de pétition des catholiques méconnu, moqué, traqué

<c Le Saint-Bernard spolié.

« Bl dans le canton de Fribourg, Tévêque proscrit, le séminaire fermé, les curés destitués ou exilés, les biens ecclésiastiques vendus, les fêtes sécularisées, la chaire bâillonnée, les religieux chassés, leurs biens di-

Âinsi^ dans la patrie de Guillaume Tell^ le catholi* cisme se vit opprimé par une majorité haineuse et re* muante, composée des protestants et des radicaux ligués contre TÉglise;

En Suisse comme en Sardaigne,un évêque catholique fut le bouc émissaire de la révolution. Mgr Marilley, évêque de Lausanne et de Genève, courageux défenseur des libertés de l'Église, fut exilé. Le Snint-Siége intervint par son représentant à Lucerne, Mgr Bovieri ; mais les réclamations vinrent toujours échouer devant le mauvais vouloir du Conseil d'État. Aussi, l'exil de Mgr Marilley, réfugié au château de Divonne, en France (Ain), dura-t-il huit longues années. Arraché violemment de son palais épiscopaU en octobre 1848^ il ne put rentrer dans son diocèse que le 18 décembre 1856.

Une scène sauvage qui se passa, peu avant son retour* peindra toute la rage de la secte anticatholique contre ce vénérable prélat. Elle avait juré, à Genève, que jamais Tevêque Marilley ne retneltrail le pied dans cette ville. Or, le 1 1 avril 1 856^ vers onze heures du nnatin, une voiture à deux chevaux dépose au presbytère de Chêne- Thonex, près de Genève, trois personnes également honorables, M. Tabbé Mermillod, le docteur Dufresne et Tun des vicaires de Chêne-Thonex. Le bruit se répand aussitôt que Tévêque Marilley est descendu à la cure. A rinslant, une multitude furieuse, armée de bâtons et de pierres j arrive en courant sous les fenêtres de la cure, en assiège toutes les issues et demande à grands cris que le damné prélat, le mangeur, V entêté Marilley leur soit

livré sur-le-champ Ils menacent, si on leur oppose

un refus, d'enfoncer les portes et de s'en emparer euxmêmes Ils font entendre des cris de fureur sauvage,

on aurait dit une troupe de cannibales cherchant une proie. Une grêle de pierres lancées de toutes parts tombent sur les vitres de la maison, les brisent et pénètrent dans les appartements. M. Tabbé Mermillod, de Genève, est atteint d'un projectile (un énorme morceau

de verre cassé) à la tète On remporte aussitôt dans

une pièce voisine, où il reçoit les soins empressés du docteur Dufresne. Au dehors, la populace en fureur ne se dissipa qu'après l'arrivée de vingt-neuf gendarmes accompagnés de plusieurs agents de police.

Mgr Mermillod, aujourd'hui évêque d'Hébron, vicaire ^ apostolique de Genève et exilé, faillit donc déjà, dans cette circonstance, être victime du fanatisme et de l'in-

tolérance protestante. C'était pour lui comme l'inauguration de cette longue série de persécutions qui font, depuis vingt ans, de Tillustre successeur de Mgr Marilley, un nouveau martyr des libertés de rÉglise.-

Ces stupides vengeances du protestantisme genevois rendirent plus triomphant le retour de Mgr Marilley dans la ville de Fribourg. La population catholique, au comble de ses vœux, reçut son évê]ue bien-aimé avec un enthousiasme inexprimable. Un immense concours d'habitants le salua par des vivats multipliés, et les cloches annoncèrent à toute la ville Theureux événement qui comblait d'allégresse tous les Fribourgeois.

Gomme la peste se communique de proche en proche, ainsi la persécution contre TÊgiise semblait douée d'une propriété contagieuse. Ce qui se passait à Fribourg en Suisse se répétait à Fribourg en Brisgau, dans le grandduché de Bade, et dans les diocèses de la province ecclésiastique du Haut-Rhin, savoir, du Wurtemberg, de Hesse-Darmsta(Jt,de Hesse électorale et du duché de Nas« sau. Les gouvernements de ces divers pays prirent, au commencement de 1853, des mesures propres à détruire, dans son essence, la juridiction apostolique des évêques. Ils s'arrogèrent le droit de suprématie sur l'autorité épiscopale. Ils soumirent au bon plaisir ministériel les examens des clercs, la mission des prêtres, leur changement d'une cure à une autre, 4es peines disciplinaires contre les délinquants ecclésiastiques.

Les évêques de ces dilTérents pays publièrent, à la date du 18 juin 1853, un Mémoire où ils exposaient avec' beaucoup de force et de raison les droits, les intérêts et

les justes réclamations de rÉglise. Ce manifesid ëtait signé de rarcbevêque de Fribourg» et des cvêques de Limbourg, de RoUembourg, de Fulde et de Mayence.

Le grand -duché de Bade fut, de tous ces pays^ celui où les didicultés furent plus graves, plus difQciles et plus retentissantes, puisqu'elles allèrent jusqu'à la per* sécution ouverte, comme nous Talions voir.

Cet État possédait une famille régnante et un gouver* nement protestant, bien que les trois quarts de st po-» pulation fissent profession de la religion catholique.

Depuis cinquante ans, tous les artifices de la puissance temporelle avaient été déployés pour faire du clergé badois l'instrument docile du pouvoir. Après divers succès, il espérait^ par l'emploi de la force, réussir à triompher de toute résistance.

Le gouvernement badois s'attribuaitune sorte de droit de suzeraineté sur rÉglise. Aux réclamations deTarcbevêque de Fribourg, le ministre répondait : N'examinonê pas le droit existant, mais contentons -nous de juger toutes choses au point de vue du bien de VÊtat et de V Église.

Interprétée par l'État protestant et joséphisle> l'utilité de VÊlat et de V Église fut entendue et définie de telle manière que l'État, sous prétexte d'une nécessaire tutelle, s'ingérait dans tout, s'occupait de tout, et réduisait littéralement l'Église en servitude. Cette pression dura jusqu'au moment où TÉglise, nouvelle Rachel, inconsolable de la perle de ses enfants, laissa éclater le cri de ses angoisses malernellef , et demanda compte à tes oppresseurs de ses droits outragés. C'est du cœur d'un illustre vieillard, d'un zélé et saint Pontife^ que sortit

la plainte douloureuse et Taccent delà protestation.

M^r. de Vicariy archevêque de Fribourg, malgré ses quatrevingt-^deux bdsi lutta avec IMotrépidité d'un véritable Alh^nase contre te gouvernement badois.

La guerre ouverte commença à In mort du grand duc Léopold, en mai 1852.

Le ministre Marschall, avec sa prétention de commander partout, même dans les choses religieuses^ ordonna aux catholiques la célébration d'une messe de mort pour le repos de Tâme du Grand-Duc. Or, on sait que les lois ecclésiastiques défendent Toblation du saint sacrifice pour celui qui est mort dans Théresie. L'archevêque de Fribourg adressa en conséquence une circulaire A son clergé, par laquelle il prescrivait seulement des prières pour le défunt. Les protestants eux-mêmes n'en usent pas autrement à regard de leurs coreligionnaires décéJés. La presâe protestante et gouvernementale se permit, à ce propos, les outrages les plus violents, les plus grossières injures, contre le pontife octogénaire qui n'avait fait que remplir un devoir sacré. Et quelle inconséquence ! Celte messe que les protestants reprochent à Tarchevêque de n'avoir point fait célébrer, ils la InUenl de pratique impie et digne du culte de BaaU Quelques prêtres ayant poussé le Baeriiége jusqu'à obéir à Tordre du gouvernement, plutôt qu'à leur chef hiérarchique, celui-ci publia une lettre pastorale par laquelle il imposait pour pénitence aux réfractaires, d'as^ sister à une retraite spirituelle. Le gouvernement Grand* Ducal de Bade, se posant en hostilité ouverte avec rfiglise, promit sa protection à ceux qui désobéiraient

à leur archevêque, menaçant des derniers châtiments ceux qui, au contraire, se soumettraient. Mais la Providence veillait sur son troupeau. Pas un seul des réfrac— taires ne manqua à Tappel du premier pasteur; deux ou trois seulement ne se rendirent pas au lien indiqué, mais firent valoir de légitimes excuses. Cette soumission sacerdotale à leur digne et vénérable pasteur^ de prêtres dont on avait cru pouvoir se faire des instruments contre TÉglise, aurait dû rappeler les hommes politiques du gouvernement de Carlsruhe à l'honneur et à la justice ; mais ils aimèrent mieux s'abandonner aux plus indignes violences contre les catholiques.

Le 7 novembre 1853 parut une ordonnance qui porta sur un terrain précis la lutte entre Tarchevêque et le gouvernement. L'objet de cette ordonnance était déplacer sous l'autorité d'un fonctionnaire extraordinaire de l'État, dit commissaire spécial^ tout l'ensemble des actes de Tadministration épiscopale, avec plein pouvoir de répression contre ceux qui violeraient ses décisions. Le gouvernement badois se flattait sérieusement de pouvoir ainsi^ par un coup énergique, rendre impossible, dès le principe, une résistance quelconque du clergé. Son illusion ne tarda pas à se dissiper.

A l'ordonnance du 7 novembre répondit immédiatement un acte de vigueur. L'héroïque vieillard, élevant le drapeau immortel de la justice et du droit contre celui de l'arbitraire et de la violence, fulmine un décret d'excommunication contre les membres du conseil ecclésiastique catholique supérieur.

Gecoup inattendu frappa de stupeur les hommes d'État

de Carlsruhe. Ils ne soupçonnaient pas tant de force dans rame de ce prélat octogénaire. Au lieu de la résignation silencieuse de l'agneau, ils rencontraient Tindoinptable énergie du lion. Le monde venait de voir une fois de plus ce que c'est qu'un évêiue.

Les prêlres qui aiïrontèrent les menaces du pouvoir temporel pour obéir à leur chef spirituel furent accablés d'amendes, privés de leurs revenus, traînés à h prison de guerre. Les laïques tinrent à honneur de partager leurs périls.

Les coups tombés sur la tête des pasteurs eurent un douloureux retentissent dans le cœur des fidèles. Tout ce qui avait conservé encore quelque reste d'indépendance se groupa avec dévouement autour de Tarchevêque.

Les adresses de sympathie arrivèrent de tous côtés à Mgr deVicari. L'Allemagne catholique tout entière s'associa pour venir au secours des victimes de la persécution. La France joignit sa prolestation à celle des catholiques allemands. Des souscriptions s'ouvrirent partout, et jusque dans le Nouveau-Monde, pour grossir le denier de la fraternité chrétienne. Tous lesévéques de la catholicité écrivirent au vénérable confesseur des lettres touchantes de condoléance et d'admiration. Des prières se firent partout pour l'Église opprimée de Fribourg.

L'évêque de Umbourg, Mgr Blum, fut, de son côté, traduit en justice comme un criminel.

Les gouvernements persécuteurs purent aisément mesurer rimmense force morale contre laquelle ils s'étaient mis en lutte. Mais tel était Taveuglement du ministère badois qu'il essaya de poursuivre cette bataille sacrilège.

500 HISTOIRB DB PIB IX BT DB SON PœtlSPULiT.

Mgr de Yicari erivoya à Bome, à la date 4u t9iio^ vembre 1853, un «xposé de la situation des chosM. Le 19 déeeR)bre suivant, le Saint-Père, dans une allaeotîon prononcée en consistoire, fit entendre sa voix souveraine et proclama son jugeaient dans la cause du oiétropolitain de Fribourg. Ce jugement suprême fut celui qu'un attendait. La conduite de Téioiiient prélat fut bo«norde des éloges du Chef de TÉglise, qui déclara légitimes et glorieux 1^ actes de résistance et de feivieta épiscopales du confesseur de la foi.

Sa Sainteté voulut donner un eneouragement plus direct au vaillant champion des libertés de rÉgllM. Pour le complimenter, le consoler et le fortifier, il kiî adressa, presque coup sur coup, deux lettres tQuctutttes, datées. Tune du 9 janvier, Tautre du 27 février 1864. Dans ces lettres s'épanche toute la tendresse palerneUe de Pie IX. Son cœur compatit, sa parole eneourage, sa main panse les plaies, son zèle annonce qu'il ae négligera rien pour apporter remède aux maux de TÉglise dans ce pays agité. Voici quelques lignes de la seconde de ces lettres, datée du 27 février 1854 :

€ Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.

d Nous avons reçu avec un grand plaisir vos deux lettres, la première du mois de janvier, la seconde du 5 de ce mois ; nous y avons admiré derechef et de plus en plus cette remarquable persévérance épiscopale, qui nous était connue depuis si looglomps, avec laquolle vous défendez la cause et les droits 4e rËglis» calbu^ liqtte ; Mous y avons aussi admiré cette vertu qui vous donne la Corée de supporter tant de travaux^ de tour*

ments et d'épreuves : qualités qui vous ont ac<|«is legilûnement Noire sympathie et au plus haut degré l'ad^ fBÎration de tout l'univers eathoKque. La lettre que Nous vous avons adressée le 9 janvier de cette année vous a»ra montré. Vénérable Frère, que les persécutions infligées dans vos contrées à TÉglise catholique Nous ont aussi rempli de douleur et d'arfliction ; que Nous Nous sommes empressé d'octroyer la louange méritée à la sublioie fermeté que vous et les autres Êvêqoes de cette province ecclésiastique avez manifestée dans la défense des droits de TÉglise, et que Nous n'avons rien plus à cœur que d'apporter tous Nos soins à écarter les grands dangers qui menacent celte Église, comme l'exige le devoir de Notre charge apostolique... *

Pie IX fait ensuite un éloge mérité du chanoine Hirscher^ doyen de la métropole de Fribourg, auteur d'un Kvre publié, dans ce temps de crise, pour la défense des droits de l'Église catholique. '

Le gouvernement grand-ducal manifesta la velléité d*entamer des négociations avec Tarchevéque de Fribourg. Le vénérable prélat se montra conciliant et empressé. Des pourparlers s'ouvrirent entre Mgr de Kette- Icr, évêque dcMayence (1), et le midistère badois.

(1) Mgr Guillaume-EmmaDuel de Ketteler, d'une ancienne famille de Westpliatie, homme de foi, de science el de zèle, mourut en juillet 1877, au couvealdee BR. PP. Capucins de Burghauseo, dans la flaule-Baviére. 11 revenait de Rome où il avait asâisté à la cinquantaine épiscopale de Pie IX. Il comptait plus de 27 ans d*épiscopat, digne pontife de cette ville de Mayenoe justement aPpeUe : Auna BÊ^gw/ttia $anctm rosMiia Bcclwm v^ra specialis fUia {Mayenee, ville d'or, vraie fUle privilégiée de la samte Église romaine.)

La base d'arrangement proposée par Tévêque de Moyence fut d'.ibord, qu'en attendant la décision papale, les choses fussent mises sur Je pied où elles étaient en Prusse. Celait aussi habile que juste et sage. On sauvait ainsi à la fois l'honneur du gouvernement et les droits épiscopanx, et l'on s'acheminait à la solution définitive du conflit. La proposition eût été acceptée avec empressement par un gouvernement intelligent et qui eût voulu sérieusement obtenir le résultat pour lequel on né.gociait. Celui de Bade n'eut ni assez de bon sens ni assez de justice pour en finir. La proposition fut rejetée, et^ dès lors, on put prévoir l'issue de toutes les nouvelles tentatives d'accommodement. Pour s'entendre, il fallait une base commune^ et le cabinet n'en voulait pas d'autre que le statu gwo, c'est- h-dire l'esclavage de l'Église.

Après le rejet de sa première proposition, Mgr de Kelteler demanda que le gouvernement badois révoquât du moins son ordonnance persécutrice du 7 novembre 1853, en annulât tous les effets, suspendit les fonctions du Conseil supérieur ecclésiastique, et reconnût provi^ soirement les nominations et collations d'emplois et de euros faites par l'archevêque. Celui-pi s'était engagé, en retour, à ne plus faire d'acte de collation définitive avant la décision suprême du Pape. L'éminent négociateur demandait d'ailleurs que les pourparlers avec le Saint- Siège fussent commencés sans délai, et que le gouvernement s'obligeât, de son côté^ d'avance^ aussi bien que l'archevêque^ à accepter complètement et sincèrement la solution que donnerait la Cour de Rome. Le cabinet rejeta cette nouvelle proposition, et formula une conlre-

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proposition absolument macoepiable et impliquant Toubli le plus complet de la dignité et des devoffs d'un archevêque. La réponse du prélat fut telle qu'on devait Tattendre de sa fermeté. Il démontra au gouvernement qu'il ne pouvait accepter de pareilles conditions sans trahir ses devoirs et outrepasser ses droits. Le chef du ministère, Wechmar, se rappelant alors qu^un bureaucrate est omnipotent, fil entendre la menace au vénérable octogénaire.

L'arcbevéquCt de concert avec son chapitre^ s'adressa alors directement au prince rëgent. Celui-ci rapporta, il est vrai, l'ordonnance du 7 novembre, et la Gaxette de Carl$ruhe/]ournB\ olfieieU annonça le prochain départ pour Rome du général comte de Leiningen, chargé de négocier un accommodement avec le Saint-Père ; mais cette même feuille, rendant compte d«i retrait de Tordonnanee précitée, et parlant officiellement, afibctait la même irrévérence et les mêmes prétentions.

Tropcertain de la dnpiicitédu ministère, Tarchevêque résolut de rentrer efficacement dans l'exercice de ses droits. Au commencement de mai, il revendique^ dans un mandement, la libre administration des biens ecclésiastiques, injustement usurpée par le pouvoir temporel. Et pour commencer la mise en pratique de la liberté religieuse, il ordonne la réouverture du séminaire de Friboui^.

Le ministère enjoint aussitôt à la 'police d'occuper rétablissement. L'évêque donne ordre de refuser les clefs. Des ouvriers sont requis pour crocheter

les serrures, et des gendarmes^ installés dans les T. m. u

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salles, refusent l'entrée de la maison aux séminaristes. „ Évidemment les dépositaires du pouvoir avaient l'intention de pousser jusqu*au bout la violence. Us firent arrêter plusieurs laïques influents. Le baron d'Andlaw^ un des catholiques les plus considérables du granddaehé^ est frappé d'une amende pécuniaire. Il refuse de subir cette injuste condamnation, préférant attendre les rigueurs d'une saisie. Ses chevaux sont vendus â l'encan. Des femmes sont arrachées â leurs enfants et jetées en prison. Des prêtres, des laïques, des vieillards, et j[usqu'â des malades sont inquiétés, vexés,ehargés de fer. C^ctait le règne de la terreur. Mais le point de mire du gouvernement, c'était principalement l'archevêque luiipême. Traîner en justice comme un malfaiteur ce prélat qu'on n'avait pu ni séduire, ni tromper, ni intimider, voilà le triomphe qu'il faut obtenir! Le mandement que Mgr de Vicari vient de publier est le prétexte d'une ordonnance décrétant des poursuites contre l'intrépide vieillard.

En conséquence, le 1 9 mai, â neuf heures du matin, le bailli municipal Senger envahit le palais archiépiscopal, y passe la journée presque entière, inflige au vénérable prélat un insolent interrogatoire, et soumet les appartements, le cabinet et jusqu'aux tiroirs du pontife à une perquisition minutieuse. Le chapitre, qui se présente ea eeite circonstance au palais, est congédié par les sbires. Le courageux doyen H.rscher ne peut que faire entendre à haute voix sa plainte douloureuse et, sa protestation indignée. .

. Dè^ le lendemain, l'archevêque de Fribourg adressa

HISTOIBB DE PIB IX BT OB SON PONTIFICAT. SOS

au gouvernement badois une protestation aussi ferme que concise et sans réplique. Mais la tyrannie cesserait de mériter son nom si elle rentrait dans la légalité.

Dans la nuit du 22 au 23, Mgr de Yicari est fait prisonnier dans son palais, surveillé par des soldats de police, et triûté avec aussi peu d'égards que le dernier des scélérats. Il tombe malade à la suite de ces mauvais traitements. Fidèle imitateur du divin Maître, il n'oppose aux brutalités de ses ennemis qu'une angélique patience et une dignité toute apostolique.

Quant au peuple badois, il se montra d'un dévouement admirable envers le magnanime métropolitain. La consternation et l'indignation, après avoir fermenté dans les esprits, se traduisirent en une sombre et anxieuse agitation qui envahit toute la cité. Des milliers de personnes parcouraient les rues dans tous les sens. L'autorité, inquiète^ mit sur pied la troupe. Le commissaire de police, l'épée à la main, fit évacuer les rues et les places publiques. On fit plusieurs arrestations.

La foi des catholiques donna d'héroïques exemples. Un membre du Conseil de fondation, sommé, comme ses collègues, d'obtempérer aux prescriptions ministérielles, répondit noblement : « On pourra me destituer, mais je ne veux point charger mon âme du poids d'une excommunication. Dans les choses humaines, j'obéis à mon prince ; mais en matière spirituelle, c'est à mon Église et à mon archevêque. •

Dans la province, les populations les plus dévouées à leur pasteur furent, accablées de vexations et obligées, de subir une occupation militaire haiaeuse, uniquement

bOt HI8T0IMI DE PIB IX BT DE SON PÔlfTIPIGAT.

parce qu'elles ne voulaient pas désobéir aux wàtt^ de l6ur Pasteur.

L'histoire, en imprimant une flétrissure indëlébfle au front des oppresseurs, doit enregistrer fidèlement le glorieux souvenir de ces catholiques vraiment dignes de ce nom. Réduits à l'impuissance par Toccupalion militaire, ils adressaient lettres sur lettres à Tarchevéque pour protester de leur obéissance et de leur dévoue— ment.

L'effervescence générale n>e laissait pas que d'insptt^r au gouvernement de sérieuses inquiétudes. Sous la pression de l'opinion publique, poussé par fe crainte et peut-^re aussi un peu par la hoqie, il rendit à Finvincible prélat sa liberté, et déclara, dans le journal ottciel, n'avoir pris aucune part à l'atleiitat de son oinf^oonement, qui n'était )e fait que des tribunaux, indépendants dans la sphère de leur compétence. C'était un men* songe manifeste.

L'archevê<|ue publia un nooveau mandement pour expliquer et justifier sa conduite. On retrouve dans eet admirable document l'éloquence du docteur, le counige du confesseur ^t l'autorité du poniifo. En le lisant, les catholiques éprouvèrent en même temps les douces émotions de l'attendrissement» du nspeet et de l'amour«

Mous n'en voulons détacher que ce touchant passage:

c Dans ces temps malheureux ûùl rafQictioa et l'amertume semblent devoir être notre partage, je me sens rafiermi^ je sens se ranimer mon ooiM>age ao sottvenir de Dieu mourant pour nous. N'y a-tnl pis lieu de nous

HItTOiRB DE PIE IX BT DE SON VONTinCAT. 507

réjouir, en effet, mes Irès-chers frères, àe ce que nous avons été jugés dignes de souffrir aveo lésus-€hnst, de partager ses humiliations et ses opprobres ?

c Cest â genoux devant iMmage du divin Crucifié qu€ je vous écris cette lettre pastorale^ pour vous remer* cier de la part que vous avez prise à mes tribulations, et de tous les témoignages de dévouement que j*ai reçus de vous dans ma captivité. Oui, mes très-cbers frères et bien-ainés diocésains, je vous remercie de toutes les consolations que votre amour, vos larmes et vos prières ont apportées à mon cœur.

€ L*âge a épuisé mes forces ; vieillard de quatre-vingt* deux ans, je touche au seuil de Téternité, et n*espèiy plus qu'en Jésus-Christ, le souverain Pasteur des âmes, qui m*a choisi, tout indigne que j*en étais, pour gouverner cette portion du troupeau racheté par lui au prix de tout son sang, et qui va bientôt m'appeler devant son tribunal pour me demander un compte sévère des actes de mon épiseopïit. Qui pourrait penser que, dans de semblables circonstances, je ne dusse pas méditer sérieusement sur les redoutables obligations de mon ministère, et qu'une autre considération que celle de mon devoir fût capable d'entraîner ma conscience?... »

Cette lettre pastorale porte la date du 3 juin, veille de la Pentecôte.

Mgr de Yicari se trouva bientôt dans la nécessité de faire on nouvel acte d'autorité contre les envahisseurs des droitsde l'Église. Vers la fin du même mois de juin, il lança Texcommumcation majeure contre le grand bailli Maximilien Ruth et le bourgmestre Michel Steimm,

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pour les atrocités commises par eux contre des eeclé-* siastiques* Il excommunia également le prêtre Ignace Hoerter.

Ce dernier, vicaire à Eirrlach, en 1849» n*avait pas craint de courir par les villes et les villages» affublé des insignes révolutionnaires, grand sabre traînant et ceinture écarlate. Interdit, il était resté à Eirrlach, où le gouvernement le maintenait par la force. Le curé légitime, Tabbé Singer, ne pouvait aucunement remplir les fonctions de son ministère^ tant la population était terrifiée par les menaces et la violence. Le doyen du cha— pitre, envoyé par Tarchevêque pour instruire les fidèles de leurs devoirs, fut arrêté par la police et ne put accomplir sa mission.

Les persécutions dont Tarchevêque de Fribourg, le clergé et les fidèles étaient les innocentes victimes produisirent une vive sensation à Vienne» et déterminèrent l'empereur d'Autriche à faire expédier à Garlsruhe une note énergique qui amena une modification dans la condiute du gouvernement grand-ducal.

Les négociations avec le Sainl-Siége prirent une tournure plus sérieuse. Le général de Leiuingen avait été remplacé à Rome par le conseiller d'État Brunner.

Au commencement du mois d*août, une convention pro\isoire intervint entre le gouvernement de Bade et le Siint Siège, sur les bases suivantes :

c L'archevêque sera pleinement rétabli dans ses droits. — Plus de nouvelles mesures de répression, en ce qui touche Tobjet du conflit : la procédaré contre rarchevéque sera annulée, et toutes les poursuites contre

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les ecclésiastiques ou les laïques seront suspenflnés. — Les postes vacants seront pourvus par Tarchevêque d'administrateurs auxquels le gouvernement paiera le revenu attaché à leur charge. — * L'Ëtat fera de même un traitement aux prêtres que l'archevêque a nommés précédemment à la direction de différentes paroisses. — « L'administration des fondations ecclésiastiques aura lieu comme avant le conQit, et le curé sera le président du conseil administratif. »

Telles étaient en substance, les dispositions de Vinte^ rim. Le président du ministère de l'intérieur adressa^ à a date du 8 août, une lettre à Tarchevêque, dans laquelle il lui annonçait Tacceplalion de ces préliminaires ^ ainsi que la cessation des poursuites contre sa personne et les ecclésiastiques qui lui avaient obéi.

Une circulaire ministérielle notifia aux fonctionnaires les articles de la convention intérimaire conclue avec le Saint-Siège. Les autorités locales furent chargées en outre de rétablir dans les conseils de fabrique les membres qui en étaient sortis par suite du conflit, et d'en faire sortir ceux qui les avaient remplacés.

De son côté, l'archevêque adressa aux doyens archiépiscopaux du grand-duché, une circulaire pour les informer de l'accord intervenu entre le Saint-Siége et le gouvernement de Bade. Cette circulaire est du mois de décembre 1854.

C'était une victoire de l'Église remportée par le vieil et intrépide archevè|ue, avec Taide du sage et ferme gouvernement de Sa Sainteté Pie IX.

Ce sera pour tous les siècles un sujet d'admii^tionque

510 HISTOIBR DE PIB IX ET DE 80K PONTFICA^T.

le souvenir de ee vénérable Pontife qui, parvenu à Tâge ou la vieilleôse paralyse la force et la volonté, combat avec me fermeté inébranlable pour la libertéet lei^ 4foits immortels de Tépouse de Jésus-Christ ; puis, semblable à un général victorieux, s'ouUiant lui-même, après la bataille, il ne soi^e qu'à remercier ses soldats de la victoire obtenue, et adresse une magnifique lettre aux évêques qui Tont soutenu dans sa lutte héroî^ue^ L'illustre confesseur de la foi épanche sa grande ftme dans le sein de ses vénérables collègues* Les annales de la religion possèdent peu d'actes plus touchants et plus beaux. C'est un éloquent tableau, tracé par la plume vigoureuse de ce noble vieillard, des circonstances dans lesquelles il s'est levé, du bord de sa tombe, pour enga« ger un immortel combat. Son langage est un nouvel hommage rendu par l'athlète octogénaire à la force du Dieu^qui Tanime, et qui couronnera par un succès définitif tant d'efforts et de vertus. Nous ne pouvons nous défendre de consigner ici, pour l'édification du lecteur, quelqups-uns de ces sublimes accents :

c Ce n'étaient point les périls de la lutte qui m'occupaient, dit ce modèle des pontifes, mais la justice de Dieu, mais la ruine imminente de rÉglise, le compte qu'au bord de la tombe j'aurai bieatôt à rendre au juge terrible pour les âmes confiies à mes soins, enfin l'assurance de la victoire et la glorification de TÉglise.

« Il fallait tirer des ruines où ils gisaient ensevelis les préceptes du droit divin ; il fallait les replacer dans tout leur éclat sur les autels purifiés du Soigneur, d'où une main profane les avait arrachés; au milieu des

HJSTOIRB DK PIB IX BT DB SON PONTinCAT. Stt

malédictions du rationalisme qui avait dévasté ma patrie» il fallait triompher de la lassitude que les blessures de l'indilTérenlisme avaient fait contracter aux consciences, afin de relever le sanctuaire de Tunique et véritable religion : les soldats du Christ devaient ceindi*e leurs armes pour sauver TÉglise, et par elle ses propres dé^ tracteurs. Il fallait détruire cette opinion presque générale que cette noble Germanie* arrosée du sang précieux de saint Boniface et <le tant de martyrs, à qui le Saint-Siège, depuis dix siècles, avait confié la charge d'avocate do TEglise, comme à lapluschàre partie de rhérilage divin, était déchue de sa vocation et de son antique piété. Il fallait prouver que, toute déchirée, toute brisée qu'elle était depuis trois siècles par les malheurs de la division religieuse, jusqu'au point de voir son ancienne gloire obscurcie, ma patrie n'en reste pas moins pour la foi catholique un rempart inexpugnable et un invincible boulevard... »

Reposons^nous des affaires de Bade sur ces mémorables paroles.

Ce fut encore l'épiscopat qui sauva la liberté de l'Église en Espagne.

c L'Espagne, dit Balmès, est le coin de la terre où se € rencontrent aujourd'hui les éléments les plussolides du < bien.]»Gette parole est vraie.La révolution a sans doute, en Espagne comme partout, marqué son passage par des catastrophes et des bouleversements toujours en fermen* tation ; sans doute elle y a promené ses fureurs et semé partout son langage de licence, d*égoïsme et de corruption ; chaque matin, elle élève la voix pour battre en

brèche ce qui reste debout de rédifice religieux et«ociat. Mms,si profond que soit le mal, il n'a pas encore atteint la sève de cet arbre si puissamment enraciné dans rame de la nation.

Saint-Jacques le Majeur, apôtre de la péninsule, avait évangélisé les provinces du nord. Il se trouvait un jour en prière à Saragosse, conjurant le Seigneur de bénir l'œuvre de Tapostolat et de donner à ce champ arrose de tant de sueurs la fécondité de la vie chrétienne. Une vénérable et pieuse tradition veut que Marie lui soit apparue à ce moment, debout sur une colonne, image de rinvariabilito de la foi plantée en Espagne, et l'ait assuré que jamais cette terre ne renierait le Sauveur qui venait à elle, pour se jeter dans les bras de Terreur ou dans les hontes de Tapostasie: promesse consolante dont une superbe basilique, élevée sous Tinvocalion de Notre-Dame du Pilier, a immortalisé le Souvenir; ce monument existe encore et forme Tune des deux cathédrales de Saragosse. Les Espagnols ne permettent pas que le miracle soit révoqué en doute, et la critique de Noël-Alexandre n'a diminué en rien la croyance qu'ils lui accordent.

Cette prophétie s'est du moins jusqu'ici réalisée à travers les siècles.

Il y eut, pendant longtemps, dans la péninsule, deux^ Espagnes, la musulmane et la chrétienne. La première, étendue,. forie, opulente, recevant de ses conquérants réclat des arts, le goût des lettres, la culture des sciences, les jouissances. du luxe. La seconde, petite, pauvre, héroïque^ passant tour à tour d'une défensive

opiniâtre â une valeureuse offensive, rétrécissant chaque jour la domination étrangère, et couronnant sept siècles .d'efforis par rentier affranchissement de la patrie.

Cette situation qui créa la résistance de Tesprit indigène et chrétien fut une des grandes causes de Toriginalilé du peuple espa<^nol.

Au moment où le protestantisme déchirait Tunité de la religion catholique, TEspagne sortait à peine des rigueurs qu'elle avait été forcée de déployer contre les Maures et les Juifs. Certains germes de protestantisme furent de même étouffés dans la péninsule par des moyens énergiques. Les nouveautés prêchées par Luther n*étaient pas dans le génie de la nation espagnole, et néanmoins elles y trouvèrent un moment des sectateurs. La sévérité de Philippe II, ce grand prince tant calomnié par la révolution, dompta les premières révoltes, en prévint d'autres, et pas un dissident ne troubla plus Tunifé catholique de l'Espagne.

La lutte chrétienne paraît faire partie des destinées de ce beau pays. Lorsqu'au dernier siècle le philosophisme antireligieui vint demander insolemment à Dieu ses titres pour gouverner le monde, les doctrines nouvelles qu'il semait de tous côtés passèrent les Pyrénées et ren* contrèrent en Espagne de trop dociles adeptes. Cependant Tinquisition arrêta longtemps, avec une salutaire vigilance, le débordement fatal. Quelques grands seigneurs qui avaient voyagé en France et en Allemagne furent les premiers infectés du venin et le répandirent, à leur retour, dans un cercle nécessairement très-restreint, mais influent et tout prêt à agir. Le voltai nanisme plaisait

614 mSTOIBB DE PIB IZ ET DE SON PONTIFICAT.

à la noblesse M flattant ses passions, et en la débarrassant du joug de la conscience. La génération d'alors se laissa trop fasciner par Tesprit qui soufflait de France,, cet esprit de décomposition, d'incrédulité et d'erreur qui, à certaines époques, s'abat sur un pays comme un mauvais génie échippé de Tenfer. Le signal précurseur de la révolution fut donné, en Espagne comme en France, comme en Portugal, comme à Naples, par rexpdsion des Jésuites. C'est donc au règne de Cbaries III (1769-1789) qu'il faut remonter pour trouver le commencement du dépérissement de la foi en Espagne.

Les excès de la révolution française épouvantèrent l'Espagne ; elle se replia sur elle-même, et, peu d'an-nées après, elle trouva Foccasion de se montrer digne de sa vieille gloire, dans l'injuste entreprise qi^e tmta contre elle l'empereur Napoléon. Sans blesser en rien l'bonneurdes armes françaises, on peut dire que l'inique oppression de 1808 réveilla, chez ce peuple généreux, ses anciennes vertus qui sommeillaient.

L'invasion napoléonienne rassembla un instant toutes les volontés dans un commun eflbrt de patriotisme ; on avait besoin de parler aux sentiments catholiques du peuple contre des hommes que leur malheureuse situation et leur renommée plus malheureuse encore posaient en représentants de l'impiété moderne : on le fit frdn* chement, hautement, avec succès. Les villes conquises s'attachèrent plus élroitement à la foi en voyant nos soldats convertir les églises en écuries après les avoir dépouillées, et changer les monastères en casernes. Stre irréligieux dans ce moment, c'eût été apparte

HISTOIHB D« PIE II Et OB SON PONTlFfCAT. 515

air â reimemi ; on Ait plné^ ohrétien par patriotisme.

Le voltahîanisiw qui se «loima une si Ubre cftirière, m France^ sous h resHiuratioD, fit en même temps de nouveaux prosélytes dans la p^nsule ibérique. 11 osa d'assez d'Muence et d'artifice pour amener le faible et malheureux Ferdinand Vil à signer (1833) cet acte insensé qui, donnant le trône à sa tilie Isabelle, allunaa en Espagne une guerre civile opiniâtre, longue et infiniment désastreuse pour les intérêts matériels, sociaux et religieux du pays.

C'est à la faveur des troubles occasionnés par cette lu4te formnfeble que commença, sous la régence de Marie-Ghristine, et par la violence de Taffrcox Mendizabal, la suppression des cou vents et cette longue série de décrets tyranniques qui révoltèrent l'Europe et bouleversèrent de fond en comble la catholique Espagne.

Tje générai Espartero termina la guerre civile en I S39, et reçut de la régente Marie Christine le titre de dm de la Yictmre. Cet homme^ qui présentait im singulier mélange de bretalité et d'indécision, trancha du dictatenr, et partout persécuta h religion dans la personne des évêques> des prêtres et des moines. Après sa chute, le gouvernement devint plus modéré, et en 1854 un accord intervint, sous le nom de concordat, entre le gouvernement de la reine Isabelle et le Saint-Sioge.

La conclusion d'un concordat avec le&int-Siége était une mesure absolament nécessaire. Dopois vingt ans, l'Église avait été spoliée, ses ministres étaient réduits à la nnsère, ses religieux dispersés ; et, tandis que les habitants des grandes métropoles regrettaient les pompe»

du culte et ia vie que répandaient autour d'eux de riches et puissants chapitres, le paysan voyait avec douleur tomber en ruine la petite église où se concentraient ses plus chères affections. Quelles qu'aient été d'ailleurs les intentions des différents ministères qui ont succédé aux spoliateurs, la nation faisait retomber sûr le gouvernement nouveau la solidarité de cette grande iniquité.

Les populations encore profondément catholiques, malgré l'activité des agents de propagande qui les travaillaient, n'avaient vu qu'avec inquiétude et douleur les rapports de l'Espagne avec Rome longtemps interrompus, et renoués ensuite sans que la situation eût changé ; les acquéreurs des biens ecclésiastiques, mal vus presque partout^ n'étaient pas tranquilles sur l'avenir d'une propriété dont, malgré les illusions de l'intérêt, la conscience ne pouvait méconnaître le vice originel. Il y avait là une plaie profonde, toujours douloureuse, qu'il fallait crcatriser sous peine d'en faire un foyer permanent d'irritation.

Les négociations pour arriver à une entente commune duraient depuis plusieurs années. Tous les articles furent soumis à l'examen et à la discussion ; les évêques espagnols Turent consultés, et le Saint-Siège, selon son habitude, ne procéda, dans cette affaire, qu'avec beaucoup de maturité.

Le premier article qui sert de base à tous les autres est ainsi conçu :

c La religion catholique, apostolique, romaine, qui continue à être Tunique religion de la nation espagnole, à l'exclusion de toute autre, se conservera toujours dans les domaincsde Sa Majesté catholique avectous les droits

HISTOIRE DE PIB IX ET DE SON PONTIFICAT. 5t7

et prérogatives dont elle doit jouir selon la loi de Dieu et les dispositions des saints canons. »

Celte déclaration n'est-elle pas plus franche et plus noble que celle qui, chez nous, glisse furtivement la religion catholique dans une phrase timide pour dire quelle est celle de la majorité des Français? Elle est digne de ses rieos hombres qui, à tous leurs titres de noblesse, préféraient celui de vieux chrétiens.

11 n'y a, dans celte déclaration^ aucune atteinte à la liberté de conscience; chacun peut se façonner une croyance à sa guise ; mais TÉlat se refuse à faire un monstrueux assemblage de l'erreur et de la vérité, en les protégeant avec un égal amour ou une égale imJifTérence. Un État, pas plus qu'un homme, n'a le droit de se soustraire aux obligations qu'impose la religion. L'athéisme gouvernemental, si prôné aujourd'hui, est une monstruosité.

Il est statué dans ce concordat que l'enseignement dans les universités, les collèges et les séminaires sera sous la surveillance des évêqnes ; que ceux-ci jouiront d'une pleine liberté dans l'exercice de leur ministère pastoral, et que tous les magistrats du royaume veilleront à ce qu'on rende à l'épiscopat le respect et l'obéissance qui lui sont dus. Le concordat réprime aussi les tentatives de ceux qui voudraient se servir de la voie de la presse pour pervertir les populations ; il fait une nouvelle répartition des diocèses, et annule les lois et décrets promulgués autrefois contre la constitution de l'Église ; enfin, il reconnaît le droit qu'a TEglise de posséder, et le gouvernement espagnol s'engage à réparer du mieux

51S HISrOlftB BE PIB IX BT 0B 60N PONTIFICAT.

possible les Tolsconoiis contre la propviëe ecotésiash' tique. Tous les biens qui n'oat pas été aliénés seront imaiédialement rendus à Ffiglise; mais vu Tétat où ils se trouvent, le Saint-Père cornent à ce que le capital en soit converti en rentes 3 pour Y^ inaliénables. Ces rentes, déclarées propriété ecclésiastique, seront adiiii<> oistrées par le clergé, qui d'ailleurs recevra de l'Etat une dotation convenable.

Le concordat porte la date du 16 mars 1851. Sa mise à exécution, qui devait avoir lieu immédialement, en ce qui concernnit la restitution des biens ecclésiastiques, souiïrit des délais, comnoe s'il eôt été signé à regret par les modérés^ toujours libérauXf qui étaient à la tête du gouvernement d'Isabelle.

Moins d'un an après la conclusion de ce concordat, le 2 février 1852, la jeune reine, que l'affibition mater— nelle avait jetée dans le tourbillon révolutionn^re, failKt périr soQS le poignard d'un assassin. Ce misérable, qui était prêtre, portait le nom âeMerino. Il avait déposé tonte foi avant de se faire régicide. Il frappa la reine au mo*ment où elle se rendait à I église d'Atoeha. Il fut dégradé avant son exécution qui eut lieu en public, le 7 février suivant. Ce forcené, qui donna au dernier moment, contme phis tard Yei^er, des marques de repentir qu'on aime à croire sincères, subit le supplice du garrot (1).

La blessure, quoique profonde, n'était pas mortelle,

1. Mode àe strangElaltoo usité en Espagne et en Portugal. On fait meUre le patient sur une banquette attachée à un poteau ; on lui passe au cou un collier de fer qui lient au poteau et que l'on serre au moyen d*une vis et ë'OQ tourniquet.

HISTOIRE DB PtB IX ET DE SON PONTIFICAT. 519

en peu de temps la reine se trouva rétablie. Son règne avait commencé dans la tempête, il continua dans Ta* gitation. Au mois de juillet 1854, une nouvelle insurrection ramène au po\x\o\TV^mh\i\e\x\ducdelaVictoirey et met en fuite la reine mère qui se réfugie en France. Isabelle consent à garder le trôneloin de sa mère, à qui elle doit tout, et se livre à la révolution. Plus tard, son fils gardera le trône loin dVlle, en subissant le même joug. L'histoire offre de ces exemples. Kn France, qui n'a remarqué la similitude des journées de février 1848 avec celle de juillet 1830? L'usurpation orléaniste eut en tout point le sort qu'elle avait infligé à la royauté légitime. Loi providentielle du talion !

Le 29 juillet, Espartero rentre triomphalement à Madrid pour reprendre possession du pouvoir.

Le Régent de 1841, celui qui avait décrété une première spoliation, qui avait poursuivi et exilé Télite du clergé, aboli les ordres religieux et détruit les monastères, celui qui avait attiré sur sa têlè les anathêmes (lu Souverain Pontife, celui contre qui le vénérable Grégoire XVI avait demandé les prières de l'Église uni* verselle, redevenu dictateur, n'avait déposé ni ses vieilles rancunes, ni ses anciens principes politiques. Du premier jour, on s'aperçut que rien n'était changé dans l'esprit et les idées du duc de la Victoire^ et le choix des ministres qui successivement obtinrent de luife portefeuille de grâce et de justice ne réveilla que trop toutes les alarmes. Manifestement, et malgré des assurances dépourvuesde sincérité, les droits de TÉglise devaient êire bientôt méconnus, les stipulations du Concordat de 1851 T. m. 34

abrogées, et, grâce à la pénurie du trésor et à Tavidité des gouvernants^ les débris de la propriété ecclésias-r tique convoités, envahis, et enfin confisqués. Ce n'était là qu'un prélude.

La tyrannie se développa sur une plus vaste échelle. Rien n'est plus douloureux que la situation que présenta TÉglise en Espagne ; mais en même temps, rien de plus digne d'admiration, rien tie plus consolant que le courage et le zèle déployés parles évoques, par le clergé et les simples fidèles, dans cette redoutable crise.

La persécution eut trois caractères. Elle s'attaqua à la propriété ecclésiastique qu'une loi inique livra à la rapacité des publicains de l'époque; aux droits de l'épisoopat et à l'exercice du pouvoir spirituel, jusqu'à défendre de conférer les saints ordres; enfin, aux personnes, ne s'arrêtant pas plus devant la msgesté de la vertu, l'autorité du savoir et la dignité de l'âge^ que devant la grandeur des services rendus et le prestige du caractère sacré.

Espartero pressa activement l'exécution des décréta révolutionnaires. Lesévêques^ il est vrai, ne tinrent aucun compte des mesures despotiques par lesquelles on prétendait limiter leurs attributions spirituelles, et protestèrent avec fermeté. Il n'y eut pas un seul point de {a citadelle sacrée, d'où ces sentinelles vigilantes ne fissent entendre le cri d'alarme^ et ne se levassent pour repousser les coups de l'ennemi. Une telle constance ne se soutint qu'au prix de grands^ sacrifices, et attira sur les héroïques défenseurs de la foi, de la discipline et de l'autorité spirituelle, les injures, la rigueur et les violences^

A Madrid, un religieux, universellement vénéré, le

P. Fidel» recteur de TOratoire, est emprisonné oomme sttspecl. A Teruel, plusieurs chanoines et curés sent condamnés à Texil. A Barcelone» D. Bonfile est déporté aux îles Baléares. A Tolède, radminislration fait fermer le séminaire. Dans la province de Tarragone, le gonver* neur civil interne tous les curés dans leur» propres paroisses.

Le pouvoir porte la main sur les évoques eux-mêmes. L'évêque d'Osma est embarqué pour les iles Canaries. L'évêque de Barcelone est également banni. L'évéque d'Urgel, mandé à Barcelone, est placé entre deix baies de baïonnettes, conduit au fort Monjuich, et, de là, transporté aux iles Baléares. Des suppliques à la reiAe sollicitent en vain le rappel des évéques.

Isabelle n'avait plus qu'une ombre d'autorité. Toutefois, quand on présenta à sa signature la loi spoliatrice votée en avril ISù^ par les cortès, sa conscience se révolta. Les ministres, pour obtenir la sanction royale, furent obligés de recourir à d'indignes procédés.yoici, d'après M. Marchai de Bussy, le récit dramatique de ce qui se passa en celte mémorable circonstance.

Le 28 avril 1855, le maréchal Ësparlero se rend à Aranjuez, auprès de la reine, à laquelle il déclare, en . présence du roi, qu'il est bien résolu de ne pas retourner à Madrid sans avoir obtenu la sanction royale. La reine ayant répondu par un refus, le président du conseil s'emporte en grossières menaces : — « Madame, dit-il» je dois vous déclarer que votre refus aura les pkis funestes conséquences pour la paix et pwr votre per^ soKme / »

522 HISTOIBE DK PlE IX ET DE SON PONTIFICAT.

Lâche soldai menaçant une femme! 11 ajoute : — ^ « Vous savez avec quelle facilité on peut faire dresser des barricades dans les rues de Madrid... ou rendre la population mécontente, irritée I... Prenez garde ! Bientôt elle se portera aux dernières extrémités^ et rassemblée, croyez-moi, n*hésitera pas à prendre /«s résolutions les plus énergiques I »

La reine lui répond: — «Je me reproche d'avoir consenti à la présenlalion de cette loi qui trouble ma cons* cience, car c'est une violation d'un traité que fai fait avec le Pape^ et je suis résolue à ne pas lui donner ma sanction, parce çM^j^ suis convaincue qu'il en résultera de^ grands malheurs pour V Espagne. 2>

Et malgré l'insistance d*£spartero, la reine persiste dans sa résolution : — « Je ne veux pas, dit-elle, signer cette grande iniquité / >

-^ A son retour à Madrid, Espartero convoque ses coltè— gues,etil est décidé dans la réunion que,le lendemain, la démission collective du ministère sera remise à la reine, si ^lle n'accorde pas sa sanction à la loi spoliatrice et impie.

Le lendemain, en effet, tous les ministres sont réunis dès le matin àAranjuez, et le maréchal O'Donnell, ayant été le premier introduit chez la reine, lui adressa ces paroles de menace et de sang :

• <E Vous vous faites illusion. Madame; si vous persistez dans votre refus, l'Assemblée se constituera en convMtiçn nationale l Elle prononcera la déchéance et vous chassera de VEspv^gûeypire peut-être /....>

Puis s'échauffanl et s'enhardissant, le brave I devant

cette femme faible^ devant cette puissance désarmée, trahie, débordée, vaincue, il ajoute :

— «Si vous nous y poussez, nous renoncerons à cette royauté constitutionnelle pour laquelle nous avons fait tant de sacrifices, et tums proclamerons la Répu^ blique. L'Espagne n'en sera pas plus malheureuse. >

En effet, TEspagne ne pouvait guère être plus malheureuse qu'elle ne l'était au moment où parlait ce général insurgé.

Il ajoute cruellement, «-* dernier coup de poignard dans le cœur d'une mère : — <c Mais nous retiendrons votre fille, qui pourra servir d'otage contre vous ! >

Ce langnge atroce jette le trouble dans l'esprit de la reine, qui s'écrie, les forces épuisées et suffoquée par les larmes : — c Ma fille ! ah ! je ferai, pour qu'on ne la tue pas, ce que je n'aurais pas fait pour sauver ma vie ! Ma fille ! Monsieur, je signerai, je signerai, si vous promettez de ne pas me l'enlever.... de ne pas la. faire mourir! .. >

— « Mais je proteste de toute nwn âme contre vos violences^ et j'espère que Dieu fera retomber sur votre tête et sur celle de vos collègues et de vos amis la responsabilité de ma faiblesse. »

Une porte s'ouvrit au même instant. La petite prin* cesse des Asturies entra. Elle courut se jeter dans les bras de sa mère qui la couvrit de larmes et de baisers»

O'Donnell, qui, pendant tout ce temps, est resté là, la main sur son sabre, prêt à emprisonner, à frapper peut-être, s'écrie d'une voix impatiente et haute, semblable à celle de Simon, geôlier du Temple, parlant à

llftne*Antoine(te : — c AlUms^ je m$ lasse ! hfttez-vous, madame ; voici vos ministres qui se fatiguent d'attendre; ailms ! *

Et il accompagne ce dernier mot d'un geâte ignoble à faire ^nvie aax Marats modernes.

Les ministres entrent, accompagnés des députés formant le bureau des C!orlès. Ils sont heureux, ils jouissent de venir humilier dans son palais cette royauté qu'ils ont jadis adulée. Humilier une reine, une femme, une mèrelO volupté des révolutionnaires!

Cependant, un des ministres s'approche de la reine d'Espagne avec une brutalité sombre et chargée de me-^ naces, et lui mec violemment une plume dans la main.

C'est ainsi que la loi criminelle, impie, est sanctionnée I

Glorieuse lutte trop mollement terminée! Les concessions relardent la chute d'un pouvoir^ et les capitulations en prolongent l'agonie. Bientôt Isabelle en fournira une nouvelle preuve.

La loi fut promulguée sans délai, le 3 mai suivant. Des ordres sont aussitôt expédiés dans les provinces pour la saisie des biens ecclésiastiques (1). Partout des agents doivent s'emparer des registres et des titres de propriété. Les curés sont mis en demeure de délivrer l'état des

(1) Les pablicistes, interprètes de ce qu'on est convena d'ap-peler les idées modernes, proclament hànlement que la sécularisation des biens du clergé, c'est-à-dire leur confiscation au profit dt5 i*État, est aujourd'hui un principe acquis à la rérolotion. Cette aflBrmation n'est que trop véridique, mais elle constate^saos pudeur, que la révolution, c'est avant tout le vol et le brigandage.

biens de leurs églises. Les évêques, consultés par leur clergé, répondent que les canons sont formels, que les peines spirituelles les plus gravessont réservées à tout détenteur ou complice de la violation des propriétés sacrées; que le clergé ne peut en rien contribuer à des faits qui entraîneraient cette violation, qu'il ne peut, en conséquence, donner ni états, ni rapports, ni titres, ni exposé de ses rentes et revenus. Seulement, si Tautorité s'empare des biens violemment, le clergé n'a point à opposer la force à la force. Telles furent les instructions données spécialement par les vénérables évêques de Plasencia, de Badajoz, de Saragosse, etc. Ainsi, Tatlilude de Tépiscopat espagnol fut pleine de dignité et de courage.

La Providence d'ailleurs fournit aux habitants des villes et des campagnes l'occasion de comparer le dévouement des fonctionnaires publies avec celui des ministres de la religion. En ces années 1854 et 1855, le fléau du choléra s'abattit cruellement sur l'Europe et particulièrement sur l'Espagne. Pendant les plus grands ravages de la maladie, quand la terreur troublait tous les esprits, quand d'indignes employés et des autotorités peu jalouses de leur honneur abandonnaient leurs postes, quand des médecins mêmes fuyaient le danger dans certaines localités, les curés de paroisse donnaient, de tous côtés, des preuves de courage et de résignation, et en même temps de hauts exemples de charité et de zèle religieux. C'est ainsi qu'on les a vus se prodiguer pour donner les secours de la religion aux moribonds qui ne pouvaient attendre, qu'on les a vus

pénétrer avec calme dans les maisons visitées par le fléau et partager entre les malades les dons de la charité ; qu'on les a vus partout relever l'esprit public, implorer la pitié du Très-Haut, se sacrifier à l'accomplissement de leurs devoirs spirituels, et semontrer, enfin, dignes de la mission sacrée qui leur a été confiée par TÉglise, sans qu'un seul d'entre eux ait déserté ce poste d'honneur et plein de danger.

Jamais le réveil de la foi n'avait été plus vif et plus sincère.

Le gouvernement révolutionnaire d'Isabelle était sourd à toutes les voix du ciel et de la terre. Ni la main de Dieu qui multipliait le châtiment, ni les réclamations du peuple, ni les plaintes du clergé, ni les protestations du Saint-Siège n'arrêtaient sa marche envahissante.

Mais l'union de ces forces combinées contre Tusurpation n'en était pas moins redoutable aux usurpateurs, et jamais un Louvre insurgé contre le Vatican n'a pu rendre un État paisible et heureux. Or le pro-nonce apostolique à Madrid, Mgr Franchi (1), après avoir multiplié les réclamations, au nom du Concordat, au nom du droit, au nom de la justice, persuadé enfin qu'il lui faudrait en venir à une rupture, voulut néanmoins, conformément aux instructions de la cour pontificale, tenter tous les moyens de conciliation avant d'en venir à cette extrémité, et prouver au monde, avant de se retirer, qu'il avait poussé la longanimité jusqu'à ses dernières limites. Mais enfm^ voyant les griefs accumulés,

(f ) Mort secrétaire d'Étal, à Rome, le 31 juillet 1878.

le concordat audacieusement foulé aux pieds, les offenses contre la religion se multiplier, il demanda ses passeports.

Cette rupture produisit un immense effet en Espagne. Le ministère lui*même n'en avait pas mesuré la portée; ce fut un deuil public pour TÉpiscopat, pour les catholiques. Toutes les feuilles dévouées A la défense de TËglise témoignèrent une indignation profonde, et les journaux purement politiques accusèrent hautement le cabinet. Dans Taudience de congé, accordée au nonce, Isabelle ouvrit son cœur au représentant de Sa Sainteté. C'était la veille de la fête du Carmel. La Reine avait demandé à Mgr Franchi de célébrer la messe à TEscurial. Quand Son Excellence se présenta au palais, elle lui exprima, avec ses sentiments pleins de respect pour le Saint-Père, une douleur amère de la déplorable situation où l'Espagne était réduite.

Mgr Franchi emportait des regrets universels. Il partit le 17 juillet 1855.

Dans le consistoire du 26 du même mois, le Saint- Père prononça une solennelle allocution sur les affaires d*Espagne. Il rappela le Concordat de 1851, Tespoir qu'il avait fondé sur cet acte important pour la prospérité de la religion catholique en Espagne, Tindigne violation que venait d'en faire le gouvernement lui-même.

Et, après avoir notifié au sacré-collége le rappel du nonce apostolique en Espagne, Pie IX ajoute :

c Nous ressentons la plus vive douleur de voir cette illustre nation espagnole, qui nous est si chère, à cause de son zèle ardent pour la foi et de son dévouement

pour l'Église et le Saint-Siège, exposée à de nouveaux périls pour sa religion, par suite de cette perturbation dans les affaires ecclésiastiques. Mais comme le devoir de Notre ministère apostolique exige que Nous défendions de toutes Nos forces la c;)U8e de l'Église que Dieu Nous a confiée. Nous ne pouvons Nous empêcher de faire connaître publiquement et solennellement Nos ré-* clamations et Nos plaintes*

c C'est pourquoi, dans cette assemblée, nous élevons Notre voix» et nous réclamons hautement contre tout ce qu'a fait récemment le pouvoir laïque en Espagne, et ce qu'il fait encore contre l'Église, contre sa liberté et ses droits, contre Notre autorité et celle du Saint-Siège, et surtout Nous déplorons amèrement que Notre solennelle convention ait été violée, contre le droit des gens ; que l'autorité des évêques dans l'exercice de leur ministère ait été entravée,* que la violence ait été employée contre ces mêmes évêques, et qu'enfin le patrimoine de l'Église ait été usurpé contre tous les droits divins et humains.

« De plus> en vertu de Notre autorité apostolique. Nous réprouvons et abrogeons les lois et décrets précités. Nous les déclarons nuls et de nulle valeur. Nous avertissons. Nous exhortons. Nous supplions, avec toute l'ardeur dont Nous sommes capable, les auteurs de ces actes dé considérer attentivement que ceux qui ne craignent point d'affliger et de tourmenter la sainte Église ne pourront échapper à la main vengeresse de Dieu. •

Le saint Pontife loue ensuite les évêques, le clergé et

les pieux laïques espagnols qui ont défondu avec une énergique persévérance la cause de la Religion.

La parole pontificale,ce(te parole qui porte la foudre, passant à travers les kistitutions, ressemble parfois à ce vent brûlant, qui arrête la sève des plus forts végétaux, quemadmodum olera herbarum citd décident (Ps. 36) . Ce Pilate, cet Hérode que la guerre à TÉglise a réunis momentanément dans Tétreinte d'une fausse amitié, Espartero et O'Donnell sentirent bientôt le pouvoir leur échapper des mains.

Le 12 octobre 1856, ils faisaient place à des ministres moins hostiles aux droits de TÉglise et du Saint- Siège. Le maréchal Narvaez, duc de Valence, remonte au pouvoir en qualité de président du conseil. C'était lui qui, avec le marquis de Pidal, nouveau ministre des affaires étrangères, avait préparé le Concordat de 1851 . Ln reine put faire entendre sa voix au conseil. Dès le lendemain de son entrée au pouvoir, le nouveau cabinet publie un décret qui remet en vigueur le Concordat de 1851 . Ce décret, signé de la reine, est ainsi conçu:

Décret Royal, c Considérant les raisons que m'a exposées mon conseil des ministres, j'ai décrété ce qui suit :

Art. 1. Sontetdeoieurent sans effet toutes les dispositions de quelque nature que ce soit, abrogeant d'une manière quelconque, altérant ou modifiant ce qui a été convenu dans le Concordat conclu avec le Saint-Siège, du 16 mars 1851

Art. 2. Les ministres me proposeront immédiatement les mesures qu'il appartiendra, à cette fin que le pré-

sent décret sorte immédintement son plein et entier effet.

« Donné au palais Je 13 octobre 1856.

€ Si^n^ Là Reine.

Contresigné j ddc de Valence. >

L'assemblée des Certes avait forfait au droit des gens en brisant le Concordat. Rien de plus despotique et de plus brutal que la force collective des assemblées omnipotentes. La tyrannie d'un seul est dix fois moins dangereuse que celle d'une multitude. Ln collectivité cède toujours à la passion, non à la raison. Or, quand Tiniquité d'une loi est flagrante, nul ne peut en conscience s'en faire l'exécuteur. La théorie constitutionnelle qui contredit un principe si élémentaire est radicalement fausse et odieuse. Isabelle en rétablissant le Concordat fit donc en même temps un acte de justice et de vigueur qui rendit son prestige au pouvoir royal. Un pouvoir se sauve et sauve un pays en luttant contre l'iniquité dont le triomphe ne peut durer toujours. Mais Isabelle, portée au trône par l'intrigue et couronnée parla révolte, n'avait assez de force ni dans le cœur ni dans le bras ; elle se livra fatalement, ne pouvant mieux faire, sans doute, aux héros de fortune^ c'est-à-^dire aux intrigants et aux ambitieux. Ce fut le malheur de l'Espagne, pendant et après la guerre civile. Les intérêts sacrés de la patrie et de la religion, partout inséparables^ trouvèrent toutefois en Espagne de zélés défenseurs. Nous ne quitterons point ce sujet sans faire une mention spéciale du vertueux et infatigable Balmès dont la plume défendit

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surtout avec ardeur les biens de TÉglise, et de Donoso Certes trop tard admis aux conseils de la Reine, trop tôt enlevé à la cause sacrée de la religion. Ces deux noms vivent daiis les annales catholiques de TEspagne.

Le Portugal ne pouvait échapper aux influences du vent destructeur qui soufflait sur sa frontière. Après 1830, un débordement de doctrines dissolvantes s'était aussi abattu sur ce malheureux pays.

En 1833, don Pedro, chassé du Brésil, et voulant assurer le trône de Portugal à sa fille dona Maria contre son frère don Miguel, s*appuie sur la révolution. Nommé régent du royaume, il décrète une suite de mesures attentatoires aux droits de l'Église.

Ce n*est pas ici le lieu d'exposer la longue série d'actes odieux et abusifs qui s'accomplirent dans le Portugal, à cette époque. On eût dit que le pape de Moscou siégeait sur le trône de Lisbonne.

En 1834, lorsque la ruine définitive du parti de don Miguel eut affermi dona Maria sur le trône, la tyrannie du régent ne connut plus de bornes.

La législation concernant les choses religieuses devint comme une honteuse mosaïque de tout ce que Thérésie et l'impiété peuvent produire de plus injuste et de plus hardi. L'Église de Portugal se trouva dès lors dans les conditions les plus lamentables. Les ordres religieux sont abolis^ leurs biens confisqués. Les diocèses se voient privés de leurs évoques qui fuient devant la persécution. Un grand nombre de paroisses sont également dénuées de pasteurs. Le gouvernement, considérant les sièges

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oomme vacants, enjoint aux chapitres de nomaier des vicaires eapitulaires. El quels hommes que ces prétendus ticaires eapitulaires ! Ce sont des ecclésiastiques, ou placés sous le coup de quelques censuras de leun évêques, ou interdits, ou décriés dans l'opinion pu— blique. Nommés par des chapitres d'où Ton a en s«in d'exclure les membres les plus énergiques, ces intarua bouleversent les paroisses, en écartent les pi^eurs légitimes et les remplacent par des loups ou des mercenaires.

La mort de don Pedro, arrivée Tannée même où il était devenu maître du pouvoir, ne met pas fin à ce déplorable schisme qui dure six années entières.

En 1840, les relations se rétablirent heureusement entre la cour de Portugal et le Saint-Siège. La paix fut rendue à rÉglise, dans ce pays, et les maux ne tardèrent pas à être réparés» dans la mesure du possible. Les évêchés vacants sont pourvus ; les anciens évêqoes retournent à leurs sièges ; les églises voient bientôt à leur Icte de nouveaux pasteurs, et toute Tadministralion ecclésiastique se trouve réorganisée. Mais Tesprit révolutionnaire, quand il a pris pied dans im pays, a beau être comprimé, il en reste un germe qui fermente sourdement au fond de quelques têtes. Les plantes nuisibles ne sont jamais complètement déracinées.

Ces préliminaires étaient nécessaires pour donner la clef des événements qui devaient se passer en Portugal^ vingt ans plus tard, et que nous avons à raconter.

L'oit;anisation religieuse des colonies fut la cause des nouvelles difficultés qui surgirent, en 1854, Mtre le gouvernement portugais et le Saint-Siège. .

La couroDoe de Portugal jouissait depuis des siècles d'un magnifique privilège qui lui avait été accordé par les Souverains-Pontifes, en reconnaissance des services que la nation trè$'fidèle avait rendus à TÉglise. On le sait, ce sont les missionnaires et les navigateurs portugais qui ont porté dans les lointaines contrées de l'Orient le flambeau de la foi, ranimé dans les Indes les chrétientés évaogélisées dès l'origine par l'apôtre saint Barthélémy, et étendu Jusque dans la Chine et le Japon les conquêtes du catholicisme. E.n retour de cette gloire, le Saint-Siège avait concédé au Portugal un droit de patronat qui embrassait toutes ces régions et qui était exercé par l'archevêque de Goa, lequel prenait le titre de Primat d'Orient. Les devoirs de ce patronat étaient remplis par les prêtres et les religieux que 1» mèrepatrie et les colonies portugaises envoyaient dans les Église^ asiatiques^ C'étaient surtout les couvents qui fournissaient la pieuse milice dont le zèle et le dévouement donna à l'Église de nombreux confesseurs.

Jusques et y compris le règne de D. Miguel, les privilèges de ce patronat furent soigneusement conservés, et les obligations qui s'y rattachaient accomplies religieusement.

Mais après la révolution de 1 834, qui mit sur le trône Doua Maria, la suppression des monastères en Portugal ne permit plus d'envoyer des religieux aux colonies. La mort enleva peu à peu ceux qui exerçaient le saint ministère au delà des mers. Les chrétientés, privées de secours spirituels, restaient en souffrance. Elles s'adressèrent au gouvernement de Lisbonne, et multi-

plièrent vainement leurs réclamations et leurs instances.

Cet abandon, cette désertion des devoirs les plus sacrés devait naturellement éveiller la sollicitude du Siège apostolique. Le Souverain Pontife^ ne voulant pas larsser sans ressource des populations si fidèles et si intéressantes, pourvut directement à leurs besoins, et la Propagande leur donna des pasteurs.

Le gouvernement de Dona Maria, auteur des mesures qui paralysaient sa propre influence et détruisaient ses privilèges, ne s'en crut 4)as moins lésé par les actes si légitimes de celui à qui est dévolu le soin de toutes les Églises. Il se plaignit que la Cour romaine osât empiéter sur ses droits, résista et encouragea les oppositions locales contre les résolutions du Souverain Pontife.

L'évêque de Macao, Mariano Antonio Genres, se disant vicaire-général de Tarchevêque de Goa, dans le district de Bombay, et les prêtres, Gabriel de Silva^ Bra% Fetmandez et José de MellOy donnèrent le signal d'une hostilité directe et d'une résistance coupable.

Ainsi, révêque de Macao^ qui aumit dû donner l'exemple de la soumission aux ordres du Chef visible de VÉrglise, ne recula pas devant la violation des lois canoniques, en administrant la confirmation et en conférant les ordres, dans des contrées soumises à la juridiction des vicaires apostoliques. Par deux fois, le Saint-Siège écrivit à ce prélat égaré, pour lui représenter tout ce que ses actes avaient de répréhensible, lui rappelant les peines canoniques qu'il encourait par ses usurpations, et le conjurant de faire cesser le scandale que donnait sa conduite. Inutiles efforts! A l'exemple de tous les

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schismatiques et hérétiques, les chefs de la révolte, au lieu de se soumettre, commencèrent à balbutier de misérables arguties. Ils essayèrent d'établir une distinction entre le Pape et la Sainte Congrégation de la Propagande ; ensuite ils en appelèrent au bras séculier, prétendant qu'ils ne faisaient que défendre les droits de la couronne de Portugal. En présence de cette obstination de sectaires, le Souverain-Pontife dut se résoudre à user de sévérité. Il adressa donc aux évoques, aux vicaires apostoliques et à tous les fidèles chrétiens des Indes orientales, un Bref où, après avoir rappelé les actes coupables que nous venons de mentionner, ainsi que les avertissements pleins de mansuétude du Saint-Siège, Pie IX nomme par leurs noms Tévêque et les prêtres cités plus haut, et il ajoute :

c Nous déclaronset dénonçons aux peuples fidèles que ces quatre prêtres ont encourules peines canoniques et les censures de TEglise, et doivent être considérés comme suspendus des fonctions divines, comme schismatiques, et séparés de Tunité catholique, si dans le délai de deux mois, à partir de la publication de nos Lettres, ils ne sont pas rentrés dans la bonne voie. i>

Le Souverain Pontife renouvelle ensuite Tinjonction faite à tout fidèle d'obéir aux pasteurs légitimes, à savoir, aux vicaires apostoliques établis par le Saint-Siège. Enfin, Sa Sainteté rappelle que les décisions émanées de la S. Congrégation de la Propagande sont prises de l'avis et de l'autorité du ^successeur de saint Pierre, du Pontife romain, et il condamne la doctrine qui exige leplacet ou l'agrément des pouvoirs humains, en ce qui touche T. m. 35

836 HISTOIRE DB PIB IZ «T OB SON POMTIFfOAT.

las droits du Siège apostolique et le gowernement de l'Église, confié par Notre-Seigneur Jésus-Christ à son Yi^ Caire sur la terre.

Ce bref important est du 9 mai 1853.

A cet acte d'autorité spirituelle, les politiques de Lisbonne répondent par une nouvelle provocation. L'as« semblée des Certes, dans sa séance du 20 juillet suivant, vote une double proposition, déclarant, d'une part, qu'elle approuve complètement la conduite du minis* tère, et, d'autre part, que l'évêque de Macao et les vicaires généraux de l'archevêque de Goa, dom Silva, Fernandez et de Mello ont bien mérité de la patrie.

Ce qui donnait à ces ordres du jour un caractère doublement odieux, c'est que non-seulement des négociations étaient pendantes, dans ce même moment, entre le gouvernement portugais et la cour de Rome, mais que le nonce du Saint-Siège étant présent à la séance, c'était un soufflet appliqué sur sa joue et sur celle du Souverain Pontife. Il le sentit si bien qu'il demanda ses passeports. Aussitôt, le ministre, voyant l'émotion de l'internonçe, et redoutant la suite d'une rupture^ mit tout en œuvre pour le rassurer, et lui proposa d'ouvrir immédiatement une conférence entre lui, et le ministre des affaires ecclésiastiques.

La situation était d'une extrême gravité.

Disons-le, à l'honneur de la presse portugaise, à l'honneur de la nation entière, les plus courageuses et les plus énergiques protestations s'élevèrent contre la déclaration de la Chambre. L'indignation générale en fi( promptement justice. Un admirable élan des cœurs vers

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le Saint-Siège ëclata de toutes parts. Les provinces ne cessèrent d'envoyer des adhésions à la protestation publiée par le journal A Naçao, et les colonnes de cette feuille, vouée à la défense de la religion, ne suffisaient pas à enregistrer les noms de tous ceux qui tenaient à honneur de figurer sur cette hsle de la fidélité et de rattachement aux droits du Chef de TÉglise.

Le gouvernement essaya de s'opposer à cette démonstration de l'opinion, si écrasante pour sa majorité parlementaire. Des intendants de province ne craignirent paa de menacer et de suspendre des employés qui avaient signé. On s'efforça d'extorquer des rétractations. On entreprit même, en certains endroits, de rédiger et de pu-! blier des contre-protestations. L'odieux des actes de persécution exercés par le pouvoir excita une profonde indignation et retomba sur ceux qui n'avaient pas hésité à les commettre. Il en résulta une ardeur plus grande à signer la protestation. Dès qu'une adhésion devenait une preuve d^'indépendance et un témoignage de foi, la juste fierté des catholiques et la sincérité de leurs convictions les engageaient à se mettre en avant, et ils répondirent partout à ce noble sentiment.

Les essais de contre-protestation échouèrent complètement, tant était énergique et universelle l'explosion du sentiment religieux. Le Portugal tint à honneur, dans cette circonstance, de se montrer digne de son titre glorieux de nation très-^fidèle.

Si le cœur de Pie ÏK. avait été douloureusement affecté par les résolutions d'une chambre où dominait l'esprit révolutionnaire, il trouva une douce compensation dans.

ces témoignages de filiale soumission et de généreux dévouement de la nation entière.

Averti par cette éclatante manifestation de l'opinion publique, et intimidé par la ferme attitude du représentant du Saint-Siège, le ministère se hâta de renier toute solidarité avec le vote de la chambre. Une note respectueuse, une sorte d'amende honorable servit de contrepoids aux décisions du parlement, et permit de continuer les négociations. Le Saint-Père lui-même ne voulut pas rendre In nation responsable des nudaces de la faction révolutionnaire.

Le 15 novembre de cette même année 1853, la reine Doaa Maria meurt en couches. Gomme son père, elle sembla frappée d*un coup parti du Ciel, au sein de la tempête religieuse. Le Roi des rois ne souscrit ni à Tirresponsabilité ni à Tinviolabilité de souverains constitutionnels. Le fils aîné de la défunte^ don Pedro d'AIcnntara, âgé de seize ans, lui succéda sous le nom de don Pedro Y. La régence fut confiée au père du jeune roi, au prince Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha.

La présidence du ministère resta entre les mains de Saldanha que le flot révolutionnaire avait porté au pouvoir (1). La situation resta la même et les négociations avec la cour de Rome se traînèrent péniblement, à travers les injustes récriminations contre le Saint-Siège, qui ne cessèrent de retentir à la tribune et dans les conseils du gouvernement. Toutefois Thorizon s'éclaircit peu à peu,

(1) Le duc de Saldanha, né en 1780, était le digne petit-fils de Taffreux Garyalho, marquis de Pombal, qui avait été, au dixhuitième siècle, en Portugal, le fléau de sa paule et de l'Église.

et au mois de février 1857 les négociations purent abou« tir à un concordat pacifique sur le protectorat des Indes.

En principe^ le Saint-Siège était loin de vouloir Tabolition du protectorat gouvernemental sur les affaires religieuses des colonies portugaises. Mais il était de toute nécessité qu'un droit de protection qui devait servir aux intérêts de la religion ne leur fut pas contraire. Malheureusement, depuis que la révolution a fait invasion dans les cabinets del'Europe^les gouvernemenfs qui affectent de se dire les protecteurs de TEglise, en sont trop souvent, en réalif é, les redoutables fléaux.

L'Eglise toutefois ne demande pas mieux que de re- ^ venir aux anciennes coutumes, quand les pouvoirs humains font paraître de meilleures dispositions.

C'est pourquoi la cour de Rome n'hésita plus à restituer au gouvernement portugais ses anciens privilèges^ lorsqu'elle put croire à sa sincérité.

Les plénipotentiaires chargés de discuter de part et d'autre les bases d'un concordat, furent pour le Saint- Siège le cardinal di Pietro, et pour la couronne de Portugal da Fonseca Magalhaens. Après de longues délibérations, les négociateurs tombèrent d'accord sur un projet en 1 7 articles.

Par cette convention, le patronat suit son cours, les limites en sont tracées avec précision ; il est approprié à la situation actuelle, aux intérêts religieux des différentes chrétientés et au développement de l'apostolat. Les droits anciens sont respectés et réservés; l'exercice des juridiction? épiscopales est assuré ; nul prétexte ne demeure plus à la division ni à la révolte.

Le nouveau coQCordat fut signé à Lisbonne, te 21 février 1857.

Ce tardif rapprochement fîit un triomphe pour les deux parties contractantes, puisqu'il assurait en même temps la paix de TEglise et la tranquillité du royaume.

Le génie révolutionnaire, conspirateur cosmopolite, s'en va frappant à la porte de tous les États, et quand il a obtenu droit de cité dans un pays, il ne tarde pas à en chasser les Maîtres. Le nouveau monde comme Tancien est hanté dans toutes ses parties par ce génie malfaisant. La Nouvelle-Grenade en a fourni un triste exemple àrépoque dont nous nous occupons.

Les Souverains Pontifes avaient pour cette nation une bienveillance toute particulière. De toutes les républiques de ces contrées, celle de la Nouvelle- Grenade fut la première reconnue par Grégoire XYL La première aussi elle répondit au bienfait par l'ingratitude. En 1845 parurent les premières lois contre l'Église. Bientôt le code des usurpations s'enrichit de mesures législatives contre les ordres religieux, le for ecclésiastique, la nomination aux cures, la propriété ecclésias* tique, etc. Tel est partout le mot d'ordre de la Révolution. Dans le consistoire secret du 27 septembre 1852, Pie IX laissa échapper de son cœur, dans une éloquente protestation, le cri de sa douleur.

Au sommet de la hiérarchie, dans ce pays catholique, était placé un illustre prélat, Mgr Emmanuel de Mosquera, archevêque de Santa-Fé-de-Bogota. Il opposa une invincible résistance à la tyrannie gouvernementale. La confiscation et l'exil furent le prix de son dévouement

à ses devoirs. On vit dans le clergé et dans le peuple, à côté de quelques défections, les plus beaux exemple; de fidélité à rËglise. Pic IX s'en réjouit hautement dans le consistoire indiqué ci-dessus.

Quant au vénérable archevêque^ condamné, malgré son état maladif, à un bannissement perpétuel, il passa aux États-Unis, puis en Europe. Paris le vit, à la fin de 1853, et prouva, par les témoignages de son respect et de son admiration, que la France catholique sait honorer le courage épiscopal déployé à Bogota comme à Turin, à Genève et à Fribourg. Appelé par le Saint- Père, Mgr Mosquera partit pour Rome au mois de décembre de cette même année, mais épuisé de fatigues et de tribulations, il mourut à Marseille avant de pouvoir s'embarquer. Sa mémoire est en bénédiction à Rome, en France et dans sa patrie.

Avant rnéme le décès de l'héroïque confesseur, son persécuteur, le générai Lopez, était tombé du pouvoir. Le représentant du Saint-Siège^ Mgr Barili, put rester à Bogota, et les plaies de l'Église commencèrent à se cicatriser dans ce pays.

Les empiétements sans cesse renouvelés des Etats sur l'Eglise nuisent assurément à la. société religieuse, mais ils nuisent encore plus à la société civile ; car, celle-ci n'a pas les mêmes promesses d'immortalité que celle-là, et ses brèches sont moins facilement réparables.

Les hommes vraiment politiques, même ceux qui raisonnent avec les seules données de l'bislqire, comprennent cette vérité. Thiers, dont le témoignage ne peut paraître aux ennemis de l'Église ni hasardé ni sus-

pecty en était profondément convaincu. Au mois de mai 1873, rillustre homme d'Etat, alors Président de la République française, s'entretenant avec M. d'Âmim, ambassadeur d'Allemagne à Paris^ de la persécution religieuse en Allemagne, lui adressa ces mémorables paroles : « M. de Bismarck est un homme remarquable, mais je ne pourrai jamais comprendre à aucun point de vue sa politique religieuse. Ecrivez-lui de ma part qu'il s'est engagé sur une mauvaise route. A ce propos, je veux vous raconter une anecdote. Le soir de Waterloo, si fatal à nos armes, Napoléon était désespéré, et dans un état de prostration telle que nul n'osait lui dire un seul mot. Quelqu'un cependant voulut risquer une consolation, et s'approchant de l'empereur : Sire^ les Anglais ont fait de grandes pertes! lui dit-il. — Oui, répondit l'empereur avec amertume, eux ont perdu des hommes, mais moi j'ai perdu la bâtai Ile, et c'est ma dernière. C'est là^ ajouta Thiers, le cas de votre chancelier et de tous ceux qui font la guerre à l'Église catholique. Un jour ne manque jamais de venir où il leur faut répondre : L'Église a fait des pertes immenses; mais moi j'ai perdu la dernière bataille (tiré de la dernier 6 brochure de M. d'Arnim).

Déplus, ajouterons-nous, chaque persécution ajoute un nouveau rayon de gloire au diadème de rEglise, tandis qu'elle flétrit à jamais la mémoire des persécuteurs.

FIN DU TROISliME VOLUME,

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