‹ Histoire de Pie IXChapitre 19 sur 32 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

m IX BT LB nÉMONT RÈTOLUTIORRAIRB.

Menées de Maxsini, — Emprunt réTolatioantire. -^ Ânxilîajres du parti. — Victor-ËmmaDael. Son portrait. -^Beauté an régime parlementaire. — Mission de Sclopis, de TabbéRosmiDi. — Premier exil deMgrFransoni. — Gooftscations direrses. — Svp* pression de plusieurs communautés. — Lois tyraiiniqves. — Missions de César Balbo, de Siccardi, à Gaëte. — Cayour. -^ Notice sur ce personnage. — Abolition du for ecclésiastique. — Lettre de Pie IX au roi. — Ferùieté de Mgr Fransoni. — Sa condamnation. — Mission Plnelli à Rome. — Lettre pontificale ù l'éYÔque de Verceil. - Funérailles de Santa-Anna. — Emprisonnement de Mgr Fransoni. — Son exil. — Allocution de Pie .IX en consistoire. — Série de mesures oppressiyes contre TEglise. — Unanimité courageuse des évéques piémontais. — Le professeur Nuytz. » Le projet de loi sur le mariage dyil. — Réduction du nombre des fêtes religieuses. — Rataui. ^ Nouvelles yiolences. — Le roi finppé dans sa famille, ^ Abolition des ordres religieux. ^ Protestation de Pie IX. — Défenseurs de l'Eglise en Piémont.

Nous avons vu que les ennemis de TÉglise, vaincus à Rome, n'avaient désarmé qu'en apparence. Mazzini, rentré dans son repaire, n'était pas rentré dans Tinaction.

De concert avec le Comité national italien^ il décrète un emprunt de 10 millions. L'émission de cet emprunt porte la date du 11 septembre 1850. Le but avoué qu'on se propose, c'est l'indépendance et la liberté de lltalie,

ce qai veut dire le renversement des gouvernements de la péninsule, et psrticulièreinent de celui du Pape.

Il fallait à la Révolution une fière audace pour oser étaler au grand jour cet appel au crédit public. N'était-ce pas demander à l'Europe de l'argent pour troubler de nouveau le monde?

Le comité mazzinien, se défiant de la générosité des ffèrM et ami$t ne craignit pas d'intéresser à Temprunt It cupidité elle-même. Ces ennemis du capital s'agenouillent devant les capitalistes pour leur persuader d'ouvrir leurs caisses. On va disant à Toreille des banquiers et des gros marchands» à Livoume, àGênes, etc. : « Prêtez, ce sera pour vous une garantie, au jour de nos grandeurs! » Jusqu'ici, on se faisait assurer contre la grêle, l'incendie^ la mortalité; maintenant il y a un nouveau cas de sinistre : le triomphe de la démagogie! L'Europe entière est tombée dans la situation de l'italie, au temps de Fra Diavolo où l'on payait trois doublons d'Espagne un sauf-conduit pour traverser les Abruzzes^ sans avoir à redouter les exploits du héros.

Malgré tout le zèle déployé, l'emprunt n'amena dans

coffres de la Révolution qu'un peu moins de 2 millions. L'Angleterre y contribua pour 141 mille francs. Le clergé anglican lui-même ne fut pas indifférent à l'œuvre de Mazzini. Les archevêques et évêques. de la 6rande-> Bretagne, ces aristocrates à 3 et 400,000 francs de revenu, contribuèrent pour 56,807 francs au triomphe de la démagogie italienne.

Les fonds recueillis, insuffisants pour organiser des préparatifs de guerre, offraient des ressources abon-

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4anle^. pour en (retenir Tesprit de révolte dan? les 'villes italiennes, et préparer partout des soulèvements. .

L'éducation insurrectionnelle avait fait, en ilalie, depuis 1848, de rapides progrès. Les idées révolutionnaires bouillonnaient dans les entrailles de la populaee des cités. Comme toujours, l'ngitation avait eufunlé des héros de circonstance. Cha<|ue province adorait son idole : Venise, son Munin ; Milan, son Cattaneo; la Toscane, son Montanelii ; Naples, son Poerio ; la Sicile, son Ruggiero. Ces personnages avaient été le mens agitât tnolem dans ces différents États.

L'atmosphère continuait d'être partout chargée. Il suffisait d'un peu d*or lancé par Mazzini pour réveiller partout Torage assoupi.Ce Jupiter tonnant de la révolutioa avait dans le vieux révolutionnaire Palmerston sonÉole dévoué qui) du fond de la nuageuse Angleterre, dé-^ chaînait tous les vents sur la péninsule italique ; et Gladstone, par des déclamations haineusios, rassemblait des amas de poudre, espérant qu'un éclair suffirait pour allumer un jour ou l'autre un vaste incendie.

Mais ces éléments révolutionnaires ne pouvaient seuls réussir à fonder en Italie un état de choses aèceptable pour TEarope. Les habiles du parti sentaient la nécessité de trouver un homme portant le sceptre qui consentît à s'inslaller'sur le char tout équipé de ta révolution, pour en être le cocher (idèle.

Cet homme précieux, la révolution l'avait justement sous la main. Le lecteur a nommé Yictor-Bmmanuelf roi de Piémont* Nous l'avons vu prendre les rênes du pouvoir sur le champ de bataille de Novare ; mais il est à

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propos de ihire une plus ample connaissance avec cette tête couronnée pour comprendre le rôle qu^elIe a joué dans les affaires de la révolution.

Le fils (le Charles-Albert avait reçu, à Tabri d^une discipline sévère, une éducation chrétienne ; mais, nature rebelle aux exercices de Tintelligence, il s'était affranchi le plus possible des ennuis de Télude. L'équifation et l'escrime étaient son passe-temps favori. Chez lui. Tesprit resta presque sans culture, mais les focultés physiques prirent tout leur développement.

La gloire du jeune paladin était d'escalader bravement réchine d'un étalon indompté. Crrâce à la rusticité dé ses goûts, il rencontra mille occasions de s'avilir, et il en profita. Facile aux pièges que tendaient les courtisans à cet autre Louis XV, il donna tête baissée dans le dérèglement des mœurs. Paris, témoin de ses aventures, en 1867, s'amusa du spectacle d'un roi avili. Ce ir^e^ ton d'une race sainte ne voulut pourtant point rompre avec les habitudes pieuses. Il eût rougi de paraître un disciple de la philosophie incrédule. A l'entendre, à le voir, il n'était nullement un mauvais chrétien. Il avait ses jours de dévotion et de ferveur. (1 tirait vanité des saints nombreux qu'il comptait dans sa lignéeillustre.Mais,che2lui, la crainte de Dieu était subordonnée à la peur du diable. Il se pâmait d'aise à l'idée que Pie IXTaimait. Le SainU Père, en effet, disait de lui : t Victor n'est pas méchant, il est faible, vaniteux ; je le plains, et je ne puis oublier que tous les siens ont aimé l'Église ; votis verrez qu'il s'ea souviendra un jour. » H s'en souvint, en effet, &

deux reprises différentes, en face du tombeau. La pre^ T. ui. 30

nûère fois, quand le përil fut éloigné, le souvenir disparut ; la seconde fois, le souvenir força la garde postée au Quirinal, et Victor n*eut pas le temps de s*en débarrasser, ni peut-être le loisir d*en profiter. Mais respectons le mystère de cetfe mort.J

Une qualité qu'on ne peut refuser à ce prince, c'est la bravoure militaire. Mais^ par malheur, la vanité et Fégoïsme déteignent sur tous les traits de son courage. M. d'ideville qui le connaissait de visu dit de lui : < Sans crainte d'être contredit, on peut aflQrmer que Sa Majesté sarde est fanfaronne, peu amie de la vérité et, de plus, fort indiscrète. A toute occasion^ Victor-Emmanuel parle de ses vingt blessures et fait volontiers le récit fabuleux des dangers qu'il ^ courus, soit à la guerre, soit à la chasse. >

Altéré d'une vaine popularité, il la recherchait par tous les moyens. A cette idole il immolait jusqu'à sa dignité royale. Ce n'était pas déroger, pour lui, que de s'esquiver nuitamment, bohème déguisé, pour aller savourer, autour d'un foyer rustique, le parfum de la nicotine ou le fumet d'une poularde au Was, son mets de prédilection. Plus dénué que le légendaire Juif-Errant, il n'avait pastoujourscinqbaïoquespour payer ses menus plaisirs. Il empruntait alors à ses amis, et par l'oubli de ces petites créances s'essayait à forfaire à de plus solennels engagements.

- L'ambition précipita ce rejeton d'une glorieuse dynastie dans les bras de la révolution. Il en vint à convoiter la couronne d'Italie, avec Rome pour capitale ! Mais par «A reste de pudeur native, il eût préféré laisser à son

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fils, moins scrupuleux encore, ce comble d'honneur ou cet excès d'infamie. Mais la révolution tenant son captif lui criait : Marche ! Marche ! on le voyait, pour se distraire des ennuyeuses préoccupations, tantôt courir avec une blouse de chasse à travers les bois et les montagnes, tantôt tuer le temps et user sa vie dans les plus basses voluptés. Mollement appuyé sur le Statut de Charles-Albert comme sur un moelleux coussin, il laissait le char courir à la dérive, sous la main des suppôts de Mazzini, arrivés aux fauteuils ministériels.

Ce système trompeur qu'on décore avec emphase du nom ée régime parlementaire renouvelle, sous une nouvelle forme, le règne abhorré des rois fainéants. Ironie de ce siècle I Le subalterne, souvent inepte, qui passe au pouvoir comme Tédair, est celui qui peut tout» qui fait tout. Quanta l'homme qui demeure, qui laissera son nom gravé sur le marbre ou cloué au pilori, cet homme, ce forçat qu'on salue : Majesté! est le seul qui n'a pu rien empêcher ni rien accomplir ! Ce rôle pourtant est recherché ! invention de la sottise révolutionnaire ! insanité de Torgueil humain !

Fn vain, l'héritier de la maison de Savoie s^abrita sous ce rôle, en signant les forfaits que nous verrons. La loi morale n'admet pas de complicité innocente. Le non possumus est le cri de toute conscience honnête.

Les coryphées de la révolution s'empressèrent de tirer tout le parti possible du personnage que nous venons de peindre. Nous ne saurions sans nous égarer dans un champ sans limites, suivre le dédale de leurs ténébreuses ejfitreprises. Nous nous contenterons de signa-

4W HnrofRE de pib tx bt db son pONTincAi*.

k^ à grands traits les étapes de h destroctibn antirà^ Ngîeuse et antisociale poursuivie par ces infatigables démolisseurs.

Le Statut ou charte constitutîonBeHe, pfMiulgvée par Charles^Âlbert, le 4 avril 1848, changearvt de fond *n comble les conditions politiques du Piémont. Mais les droits de l'Eglise ne peuvent être altérés ni mddHiéa par les changements qui surviennent dans la constitution des Etats. D*ailieurs le fameux statut de 1 848 proclamait la religion catholique seule religion offidelie dan» la royaume de Sardaigne.

Les ministres révolutionnaire^ ^^ se donna successivement Victor-Emmanuel ne tinrent aucun compte de la situation et des droits acquis.

L'Eglise eut d'abord à se plaindre de la législatioB sur la presse qui ouvrait toutes les portes au pabKoations impies, et qui soumettait au contrôle de Tadministratioa les publications épiscopales.

Une autre loi appliquait à toutes les previsiens de de Rome Vexequatur reyoL .

Cependant le gouvernement hypocrite envoyait des représentante à Rome sous prétexte de conclure de nouveaux traités. Pendant six ans^ 1^ négociations se poursuivirent sans aucun résultat. C'était une comédie que jouaient ces hommes à double visage, pouK donner le change aux populations catholiques^ Pendant qu'on négociait à Rome, les attentats se multipliaient à Turin.

La lutte ouverte eut pour premier objet la question des immunités ecclésiastiques.

- Dès le printemps de 1848, le compte Sclopis, alors

mûiistre^ It ju^iice, commiiiiiii)tta au Saifi|«Si^ un projet de cooeordat^ dettiné A remplacer celui ide Benoit XIV, et contenant le principe de TégaUté parfaite des ecclésiastiques et des laïques devant la loi pénale. La cour de Rome ne se refusa pas à entrer en négocia <* tion à ce sujet ; mais dès les premières entrevues 4es fondés de pouvoir» il fut évident que les prétentions du gouvernement subalpin rendraient tout accord impossible.

L'abbé Antoine Rosmini, ministre du Piémont à RomCi déclara lui<*inême qu'il lui était impossible de soutenir les exigences de son gouvernement.

Quand le Saint^Père dut quitter Rome pour se réfugier à Gaëte, les négociations furent interrompues.

D'ailleurs Tère des violences avait déj i commencé en Piémont. Dès le mdis de mars de cette année 1848, Mgr Fransoni, archevêque de Turin* s'était vu conirtint de quitter son diocèse, après avoir opposé la phis courageuse résistance aux prétentions de radmioîstration. En même temps, les Pères de la compagnie de Jésus étaient obligés de fermer tous leurs établissements et collèges situés dans les domaines du roi. Les dame.i du Sacré-Cœur elles-mêmes étaient expulsées ; et tous les biens tant meubles qu'immeubles appartenant à c^ religieux et à ces dames étaient par décret royal attribués au trésor public.

Les catholiques avaient chaque jour à gémir des excès d'une presse impie et licencieuse, et des outrages sans cesse renouvelés contre les personnes les plus considérées, laïcs et ecclésiastiques^ et contre Je

Vicaire de Jésus-Christ lui-même. Ces maux furent accrus par une loi promulguée le 4 octobre de cette même année 1848» loi qui méconnaissait le droit de surveillance des pasteurs sur l'université et sur toutes les écoles tant publiques que privées, remettant cette surveillance à des fonctionnaires de Tinstruction publique dont la juridiction s'étendait jusque sur le catéchisme, et jusque sur les maîtres et directeurs spirituels ; et même, le 8 décembre suivant, une circulaire^ du président du conseil universitaire interdisait de soumettre à l'avenir aux évêques les thèses à soutenir aux examens publics. La conséquence naturelle et prompte de celte mesure fut l'apparition d'une nuée de thèses entachées d'erreurs qui furent soutenues dans les examens publics et répandues à profusion.

Les réclamations qu'éleva Tépiscopat piémontais contre ces mesures révolutionnaires ne furent nullement écoutée^ et se perdirent dans le bruit de la tempête.

Quoique toute négociation fût interrompue de fait, les relations apparentes du gouvernement avec le Saint- Siège n'étaient pas suspendues. Loin de là, elles étaient continuées extérieurement avec un zèle affecté. Et tandis que les droits les plus sacrés de TÉglise étaient foulés aux pieds, non-seulement les ministres plénipotentiaires étaient maintenus, mais le gouvernement députait des envoyés extraordinaires en mission auprès du Sou* vérairi Pontife. C'est ainsi qu'arrivèrent à Gaële, avec ce caractère, le comte César Balbo et le comte Siccardi. lis vinrent à Portici, en octobre 1849, dans le double but de renouer les négociations interrompues et d'obtenir,.

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incroyable hardiesse ! de nouvelles provisions pour le remplacement des évéques de Turin et d'Asti, dont ils prétendaient exiger la démission. Leur campagne dans ce but fut inutile. Les motifs exigés par les saints canons manquaient totalement, et le Souverain Pontife ne put ni ne voulut inviter cescourageux évêques à résigner leurs sièges. Déconcertés par la fermeté du Pape, les négocia* teurs piémontais partirent de Portici, à la fin de novembre.

Victor Emmanuel manifesta quelques velléités de donner satisfaction au Chef de l'Église, mais le sort des souverains constitutionnels sera de capituler toujours.

Le 25 février 1850, le comte Siccardi, ministre garde des sceaux, brisant hardiment avec les concordats, avec les droits du Saint-Siège, avec les intérêts de l'Église, avec l'autorité ecclésiastique, osa proposer aux Chambres législatives de Turin la solution des questions concernant le for ecclésiastique, l'immunité locale et l'observance de certaines fêles, c'est-à-dire qu'il proposa au pouvoir laïc de prononcer seul la suppression des juridictions ecclésiastiques, l'abolition du droH d'asile et la réduction du nombre des fêtes d'obligation. Seulement le ministre des affaires étrangères, marquis d'Azeglio, eut la politesse rogue de communiquer le projet de loi au Saint- Siège^ en déclarant que la résolution du gouvernement était irrévocable (1).

1. En 1855, dans sa lettre aux électeurs, d'Azeglio a?aitla franchise de dépeindre en quelques mots le régime, ou plutôt, selon son expression, le jeu conetÛutUmnel. £n sobslance, c'est an jeu,

La proteatation de Pie IX ne se fit pas attendre ; mais le projet de loi n'en fut pas moins présenté à la Chambre des députés. Cest alors que fit ses premières armes, dans la guerre déclarée à rËglise, Thomme fameux que nous verrons bientôt prendre la tête du mouvement, et entraîner le Piémont dans la voie des usurpations sacrilèges. Gomme un météore funeste, le comte de Gavour apparaissait alors dans le firmament orageux du royaume subalpin.

Camille Benso, comte de Cavour, naquit â Turin en 1810. Un de ses ancêtres, capitaine dans l'armée de Frédéric Barberousse, avait déjà pu étudier^ à bonne école, la stratégie du combat contre TÉglise. En 1 7ôO, Charles-Emmanuel, second roi de Sardaigne, décora de la couronne de marquis le blason de la famille Cavour.

Caractère insoumis, et rebelle à Tautorité comme au travail, Camille enfant commença par (aire le désespoir de sa mère. Madame Cavour, vanité ou présage, habillait de rouge le petit mutin.

Dans la famille maternelle, alliée au protestantisme, Cavour put, dès sa jeunesse, flairer rhéréiîie, c'est— è— dire, la révolte contre la foi. Agé de dix ans, il entre à recelé militaire, et bientôt devient page à la cour. Mais, impatient de toute contrainte, il jette au vent ses oripeaux de laquais, dans lesquelles grimaçait son orgueil. Aiguillonné par l'ambition, il se lance enfin au galojp dans la carrière des études. A seize ans un brillant exa-

disait-il, dont l'ayantage revient à qui tient la banque, et te tont est de parvenir à la saisir et à la conserver.

mm kii vmU p«r dispeiMe 4'ige, les épaulâttes de sou&- Ueutenint du génie. Dans tous les postée militaires, il se fit BBUtl noter pour ses escapades. Dénocrâte et lihrepenseur, ir poursuivait de ses ricanements la piété de Charles-Albert, c Que peut devenir Tltalie^ disait-il, avec un prince bigot, un jésuite couronné? 9 Aussi, qitand ie pèi^ de Yiotor-Emmanuel fut monté surle trône, Gavour s'ewevelît, muet et boudeur, dans les travaux cbam* pétres. Démostbènes au petit pied, il s^étudiait^ en lace des guérets ondulants, an rôle de charlatan politique^ En même temps, il OMÛssonnait de Ter pour ses projets révoiulioBûaires. L'obscurité lui pesa vite. Abandonnant sa retraite, avec un portefeuille bien garai, il va se frotter aux hommes du jo«r, en France et en Angleterre. U en revient tout de feu pour lestmmor/^Is primeipei de 89.

H s'empresse de cacher dans les statuts d'une Société agraire^ puis dans la Sociélé du Whist^ ses batteries contre rÉg.ise et contre le gouveroeoient d'alors.

Les chefs de parti se contentent ordinairement d'un seul rôle: Us sont ou spadassins de la plume, comme Mazzini, en pourfendeors d'estoc, comme Garibaidi. Cavouf s'empara des deux rôles à la fois. Il était de ceux pour qui la fin justifie les moyens. La vie 4e «cet homme a été tout entière une comédie montée pour un dénouement tragique. U a dispara au second acte, mais la représentation put contiiHier, après lui, jusqu'à la catastrophe prévue. U commença, dans son jonrnsd II Risar' gimemtOy à creuser le touibeau de toute justice sociale. De sa plume sortaient des raisonnements capables d'épouvanter Machiavel et Malthus. Il appliqua a friori le

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nouvel axiome de morale: /a force prime le droit.Kûtbm de cet astre évoluaient comme de fidèles satellites les d*Azeg1io, les Buoncompagni, les Siccardi, les Ratazzi, etc. Cependant, brutal et capricieux comme un enfaut, on le voyait subitement jeter bas un ami, du piédestal quMI avait dressé lui-même.

La discussion de la loi contre l'immunité des clercs lui fournit Toccasion d'apparattre dans la crudité de sa nature féline. C'est le 6 mars que Tordre du jour amena cette discussion. Dès le lendemain, Cavour débute à la tribune. Il était député seulement depuis le mois de décembre précédent. Son discours en cette circonstance fut l'inauguration de cette odieuse politique d'hypocrisie qui consiste à couvrir de fleurs la victime qu'elle veut immoler.

« Je suis loin. Messieurs, dit-il, d'oublier le

respect dû au Saint-Siège, et si je désapprouve sa politique, je vénère hautement le Chef de la hiérarchie catholique

c Des hommes d'une grande autorité ont établi et^ selon moi, prouvé que ces réformes ne peuvent être qu'avantngeuses au catholicisme et à l'influence légitime que nous souhaitons le voir exercer. Le catholicisme a toujours eu le grand mérite de s'adapter au temps^ de savoir, dans ce qu'il a de changeant, s'accommoder des principes dominants dans ce monde. Le député Buon-* compagni a dit fort bien qu'i^ l'époque où la société reposait sur les privilèges, l'Église sut se faire donner sa part, et une large part de privilèges : aujourd'hui que les sociétés reposent sur l'égalité et le droit commun.

je croîs que le clergé catholique saura fort bien en prendre son parti, et qu'ainsi il gagnera en influence.

{Bravo !) Quelques bouderies momentanées, quelque

irritation légère n'empêcheront pas l'immense majorité des ecclésiastiques de nous tendre la main ; et nous la leur serrerons avec plaisir^ car nous avons la conviction que le progrès des sociétés modernes a besoin des deux puissances morales les plus fortes aujourd'hui

dans le monde, la religion et la liberté > Parler

ainsi, n'est-ce pas pratiquer en maître l'art d'enlacer ceux qu'on veut étrangler. Brillant début de l'homme aux futures annexions I

Le député BroOerio, organe furibond du parti démocratique, déroula longuement à la tribune toutes les vieilles rapsodies inventées contre le clergé, dont tant de fois déjà le bon sens a fait justice.

Le 9 mars, le for ecclésiastique était aboli par 130 voix contre 26. Le triomphe était complet. Le gouvernement qui voulait encore paraître modéré essaya, mais en vain, d'obtenir l'adhésion des évêques à la nouvelle loi. Tous protestèrent contre la violation du concordat.

Le Chef de l'Église, n'espérant plus rien de la représentation nationale, fit appel aux sentiments religieux du roi. La protestation de Pie IX, adressée à Victor-Emmanuel, se termine ainsi : c Mu par la conscience de ses propres devoirs, il (le Pape) proteste hautement devant Dieu et devant les hommes contre les blessures que l'on veut faire à l'autorité de l'Église, contre toute innovation contraire à ses droits et aux droits du Saint-Siège,

IS6 HlSTOtlIB DE FI£ IZ BT DB SON fONTIFIGAT.

ei contre toute infraction mx traités dont il réclame Tobservation. Sa Smntelé ne laisse pas cepeadani de ee confier à la religion de Sa Mijeslé et d*espérer qs^mhtant la piété de ses ancelr^, elle aura la volonté de protéger TÉglise avec fi^melé, de s'opposer aux périls qui ia menacent, de soutenir Tépiscopat et le clergé^ et de promouvoir la cause 4e la religion, cause inséparable (Je la félicité des peuples et de la sécurité de la société, qui est aujourd'hui secouée et menacée de tant de manières. »

Le roi fut sourd à la voix du Pontife. La loi fut également votée par le sénat, le 8 avril, signée par Sa Majesté sarde, et promulguée dès le lendemain.

L'archevêque de Turin, Mgr Fransoni, qui, malgré les insultes de la démagogie, était rentré dans sa ville archiépiscopale, adressa aux curés de son diocèse une circulaire pour leur tracer la conduite.à suivre relative* ment à ia nouvelle loi.

Le courageux prélat enjoint à son clergé de ne point comparaître devant un tribunal laïque, sans rautorisntion de rOrdinaire, et, dans le cas où le recours à l'uutorité ecclésiastique serait impossible, d'arguer de l'incompétence du tribunal et de protester contre la violation de l'immunité personnelle. Les mêmes protestations auront lieu toutes les fois qu'il sera commis quelque acte contre l'immunité locale.

Après ces recommandations, l'archevêque ajoutait : c Je ne doute en aucune façon que, comprenant l'im** portance de cette affaire, vous ne déployiez tout votre zèle pour l'exacte observation de ces dispositions ; je

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erois donc inutile d'ajouter des recommandations spé-^ eiales ; je dirai seulement que si fvelqu'iin tenait à y maaqûer, je dé^re en être ansitôt informé. »

Cette circulaire porte la date du 18 avril.

Elle raviva dans Turin les manifestations antireli^ gieuses que la loi avait provoquées contre le dei^, et surtout contre Témineat archevêque. VArmonia, pour l'avoir publiée, fut persécutée dans ce prétendu pays de liberté.

Mgr Fransoni fat cité pour sa circulaire devaat le juge d'iastruotion. C'était procéder sans retard à l'applicaiion de la loi. Suivant la règle de conduite qu'il a tracée lui* même à ses prêtresi il refuse de comparaître. Le 23 mai, la Cour d'appel, présidée par le chevalier Massa de Satinées, le condamne à un mois de prison et 500 francs d*a* mende.

Le Saint-Père qui avait protesté de nouveau ax^e la loi, après sa promulgation^ rappelle des États sardes Sun représentant, et charge le cardinal secrétaire d*Élat de protester contre la condamnation de rarchevêque de Turin. Ea même temps, il s'empresse d'adresser au confesseur de la foi une de ces lettres affectueuses que lui dictait son cœur de père pour consoler ses fils per* sécutés.

Après avoir épanché la douleur dont son âme est atteinte, Pie IX ajoute : c Vénérable frère, nous tenions surtout A vous écrire cette lettre afin de pouvoir vous exprimer les sentiments d'affection singulière avec lesquels, à si bon droit, nous vous embrassons dans le Seigneur. Votre haute vertu épiscopale, votre fermeté.

voire constance sont dignes des plus grandes louanges et de Tadmiration universelle ; c'est pourquoi nous vous félicitons de tout notre cœur, vénérable firère, d'avoir, d'un cœur intrépide et invincible, souffert celte persécution pour la justice, et procuré ainsi à l'Église de Dieu, et particulièrement à l'Ordre des sacrés pontifes, un titre nouveau d*honneur et de gloire.

c Dans l'affection la plus intime de notre cœur, nous vous encourageons dans le Seigneur, afin que, ne perdant jamais courage au sein de cette tempête, vous mettiez de plus en plus toute votre confiance en Dieu qui, votre sagesse le sait bien, présent au combat soutenu pour sa cause, élève, fortifie, anime les combattants et les défenseurs de son Église, et qui, veillant sur nous, constitués pour la défense de son nom, approuve notre bonne volonté, nous aide dans la bataille, nous couronne après la victoire*. .. »

De toutes parts l'archevêque de Turin reçut des témoignages de sympathie, des lettres de félicitation et de religieuse condoléance. Des souscriptions s'ouvrirent pour lui offrir des présents d'honneur. Les catholiques de France, par une délicate attention, lui envoyèrent la croix pectorale de Mgr Affre, l'archevêque martyr ; elle lui fut portée par M. Louis Yeuillot, rédacteur en chef de VVnivers.

D'autres cvêques subirent la persécution. MgrVarecini archevêque de Sassari, fut arrêté pour s'être refusé à l'exécution de la loi Siccardi. Mais pour ne point trop irriter l'opinion, on se contenta de le tenir prisonnier dans son palais. L'archevêque de Gagliari fut persécuté

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i son tour, pour avoir soutenu les droits de son Eglise.

U faut dire que tous ces attentats avaient excité un frémissement d'indignation parmi les fidèles du royaume, et récho en retentit à la tribune du sénat de Turin.

Le gouvernement sentit le besoin d'atténuer de son mieux le scandale occasionné par sa conduite, et il députa auprès du Saint-Père un nouvel envoyé, le chevalier Pinelli, précédemment président de la Chambre des députés, avec une mission extraordinaire. Pinelli arriva dans la ville éternelle vers le milieu du mois d'août 1 850. Le gouvernement pontifical se refusa à toute négociation officielle, tant que rarchevêque de Turin ne serait pas mis en liberté. Mais par égard pour l'envoyé du roi, le cardinal pro-secrétaire d'Etat se prêta à des conférences privées. C'est alors qu'éclata toute la mauvaise foi du gouvernement subalpin. Pinelli soutint résolument les maximes émises par le ministère piémontais contre l'inviolabilité des concordats, contre l'immunité ecclésiastique, et osa même parler encore de la nécessité d'ôter ses pouvoirs à l'archevêque de Turin et de lui donner un successeur. Évidemment la mission du chevalier Pinelli était un leurre, et n'avait pour but que de donner le change à l'opinion, en affectant un simulacre de rapprochement avec la cour de Rome. La réconciliation que l'on voulait, c'était l'enregistrement pur et simple parle Saint- Siège des faits accomplis. Pinelli revint sans avoir rien conclu. Mais le gouvernement put se vanter d'avoir tenté quelque chose.

Ce gouvernement hypocrite, pour ménager l'opiaion, tQUi en poursuivant son. œuvre sacrilège, faisait ac-

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croire aa public que les négociations étaient en borné Toie, à Rome, et qoe des traités importants allaient éire signés ; ces braits avaient pris tant de consistance ^e les évéques de la province ecclésiastique de Verceil furent d*avis d^en écrire au Saint-Père. Pour rétablir la vérité et éclairer Topinion, Sa Sainteté, dam une teCtre en date du 6 septembre àrarcbevéquedeYercpit^expose les raisons qui ont fait échouer la mission Pineiff. 0» y remarque ces paroles significatives : c Quelle foi ce Siège apostolique pouvait-il ajoutera une convention nouvelle, quand une autre convention solennelle a été complètement méprisée et foulée aux pieds, acte odieox dont ce gouvernement de veut pas même qu'il soit fait mentiim. Nous vous faisons connaître toutes ces choses, dans la pies amère douleur de notre âme, vé« nérable frère, afin que vous comprenies q&e nos désirs les plus ardents ont échoué par Voravre de ce même gouvernement avec lequel nous eusuons vouhr noas entendre. Et il est certain que nous ne pourriom y parvenir sans admettre des choses auxquelledDOus ne saurions acquiescer, sans un grave détriment et pour ce Siège apostolique et pour notre propre conscience. »

Les actes, réitérés des ministres de Turin ne justifiaient que trop les paroles du Sâint-Père.

Le ministre du commerce, Santa-Anni^, un des complices de la violation des droits de l'Église, vint à mourir, sur ces entrefaites, sans avoir rétracté ses erreurs. Le curé de la paroisse des Servîtes de Marie, cogfeniiément aux ordres de son arehev^èque^ avait dû refuser au pécheur non repentant les secours de la religion. Dans

sa colère, le gouvernement, se faisant théologien, punit sons pitié ce refus des choses saintes à un indigne, en expufsant le curé et les religieux de leur couvent, dont il confia Tadministration à Téconomat royal apostolique.

Mgr Fransoni, de son côté, paya la peine des ordres quil avait donnés en cette circonstance. Il fut jeté dans la forteresse de Fénestrelie. Le souvenir du cardinal Pacca, enfermé jadis dans le même lieu, fut une consolation puissante pour l'illustre prisonnier. Le palais de Tarchevéque, soumis à une visite domiciliaire, fut violé, malgré les protestationsdu secrétaire et de Téconome de la mense épiscopale.

La persécution, poussée à outrance,. ne laissa pas de repos au vénérable prélat. Le 25 septembre, la Cour d'appel de Turin, statuant par voie d'appel comme d'abus, condamnait Mgr Fransoni au bannissement et mettait entre les mains du gouvernement les revenus de Tarchevêché. Ce jugement inique fut rendu à huis clos, sans les formalités tutélaires dont les débats sont entourés chez tous les peuples civilisés. Puis, après lui avoir appliqué une peine arbitraire, en dehors du Gode pénal, on lui signifie la sentence et on Texécute immédiatement, sans lui laisser les délais accordés par la loi pour le pourvoi en cassation. C'est ainsi qu'ils éri-' goaient leurs passions en loi^ ou plntôt en tyrannie, ces hommes, ces tartures de liberté, qui déclamaient avec une feinte colère contre le despotisme des anciens rois de Piémont.

Leur victime vint demander asile à la France. La T. m. M

ftileainée de TEglise ouvrit avec empressement ses bras au confesseur de la foi, qui fixa sa résidence à. Lyon. Son voyage fut une marche triomphale. Ln foule courait sur son passage pour contempler les traits du martyr et recevoir sa béncdiclion. Ses affectionnés diocésains s'écriaient par Torgane de VArmonia : c Les persécutions et les condamnations peuvent bien éloigner de nous sa personne, mais aucune puissance humaine ne pourra ' séparer nos cœurs du cœur de Mgr Fransoni. Il est toujours notre père, nous sommes toujours ses fils. L*éIoignement ne fait qu'augmenter notre amour. » Napoléon, en voyant jadis les catholiques prodiguer à Pie VII les témoignages de leur vénération, ne pouvait se défendre d'un sentiment d'envie : Je commande à des soldats^ disait:il, il commande aiix consciences et aux cœurs! Les ministres piémonlais, despotes comme l'empereur, sans rien avoir qui ressemblât à son génie^ furent insensibles à la leçon que leur donnaient les catholiques.

Le rocit des honneurs qni accompagnèrent partout le glorieux proscrit remplirait seul tout un volume. Les fidèles enfants de TÉgiise sont loujours ce qu'ils étaient aux temps des Ignace , des Athaaase , des flilaire , des Chrysostôme.

Sa Sainteté crut nécessaire de manifester encore solennellement au monde catholique l'angoisse qui débordait de son cœur. Dans ce but, Elle réunit un consistoire, le 1^' novembre^ et |)rononça la mémorable allocution In consistoriali aUocutione, dans laquelle, après avoir rappelé les actes attentatoires aux libertés et aux droits de TÉglise^ commis par le gouvernement subalpin.

depuis 1848 jusqu'à cette heure, et avoir exposé daos tout leur jour les phases^ les plus importantes de cette lameulable histoire, il proteste, de sa voix apostolique, contre toutes les injures faites à PÉglise et les dom* mages cnusosà la religion dans les États de S. M. sarde; et il ajoule cette solennelle déclaration :

« Nous élevons aujourd'hui notre voix apostolique pour réclamer de plus en plus contre les choses dont nous venons de parler, et contre toutes celles qui, soit sur le continent, soit dans les contrées maritimes soumises au prince qui règne à Turin, ont été faites ou tentées, de quelque manière que ce soit, contre le droit de TËglise ou au préjudice de la religion, et nous sommons énergiquement tous ceux auxquels il appartient, d'avoir à se désister de toute vexation envers les Pasteurs de rÊglise et les ministres de la religion, et d'avoir à réparer promptement les injures que la chose sacrée a souffertes. »

Le mouvement anticatholique continua en Pién^.ont^ au mépris des paternelles protestations du Sainl-Père.

Le I" janvier 1851, les séminaristes d'Ivréese rendant à la cathédrale pour la grand'messe, le chef de poste du château fait feu sur ces paisibles et pieux jeunes gens, sans aucune provocation de leur part, sans que rien put expliquer ce sauvage attentat, conforme aux mœurs révorulionnaires.

Abrités sous la protection du gouvernement qui donnait Texemple, les plus horribles excès se domiaient libre carrière.

Pour inaugurer dignement rannée 18^1, le gouver-

Ggogle

474 HISTOIRE DB PIB IX BT DB SON PONTIHCAT.

nement,qui se jouait en même temps de la religion et de la justice, refusa l'offrande solennelle d'un calice^ et d'une patène d'or que les princes de Savoie devaient au Saint'Sirge, en vertu des traités. Ce refus provoqua une nouvelle protestation du Chef de TÉglise.

L'ordre équestre des SS. Maurice-et-Lazare, institué par i'autoi ité des Pontires romains, doté en grande partie par eux, et. reconnu par l'autorité royale comme un ordre religieux, est, dans le cours de cette même année, déclaré, par lettres patentes du roi, une institution purement civile, et en conséquence accessible à ceux mêmes qui ne professent point la religion catholique.

Un projet de loi sur Tabolition des dîmes ecclésiastiques, dans rile de Sardaigne, est présenté aux chambres législatives, discuté, voté et entin, le 15 avril, muni de la sanction royale.

Le 13 mai suivant, une circulaire du ministre de Tins, iruction publique invite les évêques du royaume à obliger !es professeurs de la faculté de théologie, dans leurs séminaires, à suivre le programme de TUniversité et à soumettre leurs propres écoles de théologie à Tinspection des délégués du gouvernement, sous peine de payer eux-mêmes ces professeurs.

Le 25 du même mois^ un décret royal établit une taxe de 4 p. 7o» c'est-à-dire tout à fait exigérée, sur les biens de main-morlej applicable même aux 'biens ecclésiastiques de l'île de Sardaigne, déjà grevés de lourds impôts, et sur lesquels les rois n'avaient pas le droit d'en lever davantage.

Les ministres piémontais ne reculaient pas même de-

vant 4a rapine. C'est ainsi qu'ils volèrent la milre (jueles Génois envoyaient à Mgr Fransoni, avec le calice et la croix pectorale que lui offraient les catholiques de Parme et de Lucques, tandis qu'ils laissaient une souscription publique s'ouvrir en l'honneur de Garibaldi.

L'habit ecclésiastique était bafoué impunément dans les rues de Turin. On traquait les prédicateurs jusque dans la chaire chrétienne. Le P. Ceva, religieux capucin, arrêté par 1rs sbires de la police, après une instruction de carême, est jeté en prison. Les seuls témoins appelés à déposer contre lui sont ceux qui n'ont pas assisté au sermon.

Les acteurs, en plein théâtre, prodiguent l'insulte aux ministres du culte, à Tépiscopat, à l'Évèque de Rome lui-même.

Au milieu de tant de tribulations, les évêques du royaume de Sardaigne furent admirables de foi, de fermeté et de zèle. Ils protestèrent avec énergie contre les actes du gouvernement. Tous, dignes lieutenants de Pie IX, demeurèrent sur la brèche pour tenir tête à la révolution triomphante. Ils résistèrent vigoureusement, en toute occasion, de toute manière, au péril de leur liberté, de leur vie même, aux entreprises schismatiques de ces tyranneaux.

Depuis dix-huit siècles, dans les crises que traversèrent tour à tour les États catholiques, c'est la fidélité de Tépiscopat qui sauva TÉglise. Partout où la foi des évêques à sombré, l'Église à péri, sous les coups de la persécution. L'histoire à la main, on pourrait aisément vérifier ce phénomène lamentable. Le fait est d*a-

bord facilement explicable, au double point de vue de la foi et de la nature des choses. La force watërielle qui abuse d'elie-même au point d'enlamer une lutte contre la force morale, peut enlever des ëclats à ce roc inébran— lable ; mais elle s'use en raison même de ses prétendues victoires. Toute violence se brise à la fln contre la force inerte. De plus, par In grâce de Dieu, dMS 4es choses de TÉglise, la victime tue le bourreau, et le persécuteur trouve un linceul dans son trophée.

L*accord unanime des évê|ues du Piémont se manifesta avec un nouvel éclat dans la question du mariage

Le mariage est d'institution divine, et un acte essentiellenrient religieux. Depuis rétablissement du chris* tianisme, il est un sacrement, et le sacrement est, par la volonté de Jésus-Christ, de Tessence même du contrat ; de sorte que Tunion matri noniale, en dehors du sacrement, est un pur concubinage. Cest pourquoi TÉglise a une juridiction absolue sur le mariage ; elle a le droit d'établir des empêcl)ements qui le rendent nul^ et de lever ces empêchements quand il y a lieu par des dispenses. Telle est la doctrine du concile de Trente, et l'attaquer c'est encourir le crime d'hérésie.

Il résulte delà qu'une autorité humaine qui prétend régler, en dehors des lois de TÉglise, la vaditité ou Tinvalidité des mariages, et qui suppose le contrat séparable du sacrement, contredit la doctrine catholique, usurpe ses droits inaliénables, met sur la même ligne le concubinage et le mariage lui-même, et quand l'abus va jusqu'à vouloir que le mariage civil prime le mariage

religiefox, c'est de plus une monstrueuse tyrannie* La révolution, qui s'est donné la tâche herculéenne d'anéantir l'œuvre de Jésus-Christ, ne pouvait manquer de diriger ses batteries contre le maringe religieux, une des principales forteresses de la société chrétienne. Elle commençf), le 3 septembre 1791, par décréter le mariage civil.

Pour réussir à bouleverser, dans ses habitudes séculaires, la société chrétienne, il faut ou un cataclysme précipité, comme celui de 89, ou un dogmatisme longtemps préparateur. C'est ce dernier moyen qu'employa la révolution dans le royaume dj Sirdaigne.On rencontre partout des hommos prêts à vendre leur plume et à prostituer leurs talents à cette besogne satanique. Le gouvernement piémontais trouva son homme dans le docteurJenn Népomucène Nuytz, professeur de droit canon à Tuniversilé royale de Turin. Cet universitaire trouva dans le programme même de son cours l'occasion de débiter, dans ses leçons, toute la théorie des doctrines révolutionnaires contre les enseignements de l'Église.

Il osa donc enseigner, par la parole et la plume : c que l'Église n'a point dé puissance coactive, ni aucun pouvoir temporel, soit direct, soit indirect ; qu'outre la puissance attachée à l'épiscopat, le» évêques en ont une autre qu'ils tiennent de l'État, et révocable, par conséquent^ au gré de ce dernier; que TÉtat, même quand il est gouverné par un infidèle, jouit d'un pouvoir direct et négatif sur les choses sacrées; que dans les conflits entre les deux puissances^ l'Étal prévaut; que la compatibilité du pouvoir

temporel et du pouvoir spirituel est une question controversée entre les fils de l'Église catholique. »

A ces audacieuses affirmations s'en joignaient beaucoup d'autres. Sur la question particulière du mariage, le nouveau Launoy enseignait :

f Qu'on ne peut démontrer par aucune raison que Jésus-Christ a élevé le mariage à la dignité de sacrement; que le sacrement de marioge est un pur accessoire au contrat, dont il est conséi]uemment séparable ; que le lien matrimonial n'est pas indissoluble de droit naturel; que TË^Iise n'a pas le droit d'introduire des empêchements dirimants, mais que ce droit appartient à i'Eiat qui seul peut aussi lever les empêchements existants ; que les causes matrimoniales ressorlissent de leur nature au for civil ; que les canons du Concile de Trente sur ce sujet ou ne sont pas dogmatiques ou doivent être entendus dans le sens d'un droit conféré par TÉtat. Bien plus, il ajoute que la forme définie par le Concile de Trente n'oblige point, sous peine de nullité, quand l'État en pre crit une autre. »

Ces propositions et d'autres non moins condamnables révélaient dans le professeur Nuytz l'hypocrisie du sectaire qui, en renouvelant les erreurs du protestantisme, du jansénisme et de la secte entêtée des légistes rationalistes, prétendait rester un docteur catholique.

Heureusement, le juge suprême de la foi avait l'œil ouvert sur ce qui se faisait ou s'enseignait à Turin. Le 22 août 1851, Pie IX lança une bulle de condamnation, contre les deux ouvrages du célèbre docteur où sont contenues ces doctrines, savoir : iMtitutions du droit

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ecclésiastique^ Traité de droit ecclésiastique uniterseU Les propositions en question sont condamnées comme respectivement fausses, témérairest scandaleuses, erronées, injurieuses pour le Saint-Siège, contemptrices de ses droits, subversives du gouvernement de TÉglise et de sa constitution divine^ schismaliques, hérétiques, contraires aux canons du concile de Trente, etc., avec menace d*excommunication contre les imprimeurs, vendeurs, lecteurs, détenteurs des livres condamnés.. Mais l'enseignement de la doctrine susdite était la conséquence d'un plan concerté enfre le gouvernement et le professeur. Aussi, le coupable ne voulut ni se rétracter, ni se soumettre, et, malgré les réclamations de l'épiscopat, le gouvernement lui laissa l'enseignement ofliciei de la jeunesse.

• Le ministère se démasqua enfui complètement, quand, le 12 juin 1852, il présenta à la Chambre des députes un projet de loi sur le mariage civil, auquel le ministre Buoncompagni attacha son nom. Ce projet fut voté le 5 juillet, à la majorité imposante de 99 voix contre 29. Les évêques du royaume s'empressèrent de rédiger et signer une adresse pleine de raison et de fermeté au sénat de Turin, pour le conjurer de refuser sa sanction à une loi attentatoire aux droits de TÊglise. Ils eurent soin qu'elle fut répandue le plus possible dans les campagnes pour éclairer le peuple sur la portée de la loi relative au mariage. De plus, les évêques de la province de Turin signèrent une Instruction pastorale collective où étaient rappelés les enseignements de l'Église sur la matière. Cette instruction fut lue en chaire, un dimanche.

Le gemverneiitentirritéy donna des ordres secrets à des agentspour sévir contre les distributeurs des écrits épis* copaux. Les catholiques du Piémont, donnèrent en celle circonstîince, un a Imirable exemple de courage, d^. foi et de piété. Dans un noble élan de confianceet de prière, la population presque entière, on peut le dire, s'adressa à la Reine des Cieux, à celle qui a terrassé toutes les hérésies, et se plaçant sous la protection de sainte Marie de la consolation, renouvela à ses pieds son serment de fidélité à TÉglise dans le vœu suivant : < Nous soussignés, nous nous glorifions d*être nés catholiques» et nous voulons demeurer tels ; nous protestons de notre obéissance au Souverain-Poniife et à répi.-copat ; nous sommes prêls à tout souiïrir plutôt que d'abandonner notre foi. Nous prions la Sainle Vierge de nous aflennir dans cette résolution, et nous lui offrons le témoignagede notre dévotion et de notre amour, » Chaque jour des ii)illiers de signatures vinrent s'apposer au bas de cette profession de foi.

L'archevêque de Turin, qui souffrait toujours les rigueurs de l'exil, s'empressa d'approuver etd'cncourager cette manirestation catholi(iue> dans une lettre i l'intrépide directeur de VArmonia.

Enfii), le Souverain Pontife, qui avait déjà tant de fois réclame contre lesal)us de pouvoir de ce gouvernement ennemi de l'Eglise^ prit encore la défense du mariage religieux. C'est au roi lui-même qu'il résolut d'écrire. Sa lettre est un de ces documents mémorables dans lesquels le Siège apostolique rappelle aux puissants delà terre les lois sacrées de l'Église, et l'obligation pour eux

de les respecter et de les faire respecter dans leurs Etats.

Le Sainl-Père expose brièvement la doctrine de FÉglise sur le mariage, réfute l'exemple des pays voisins sur lequel s'appuyait le gouvernement pour proposer sa loi, venge le clergé de l'accusation d'exciter les peuples à la révolte, et termine sa lettre par ces solennels avertissemeuts :

« Majesté 1 c'est au nom de Jè^ds-Christ, dont, malgré Noire inrlignité, Nous sommes le Vica'»re, que Nous vous parlons, et Nous vous disons en son nom s:icré de ne pas donner votre sanction à cette loi, qui sera la source de mille désordres.

« Nous prions aussi Votre Majesté de vouloir bien ordonner qu'un frein soit mis à la presse, qui regorge continuellement de blas; hèmes et d*immoralilés. Ah ! de grâce I par pitié, mon Dieu I que ces péchés ne retombent point sur celui qui, en ayant la puissance, ne voudrait pas mettre obstacle à la cause qui les produit !

t Votre Majesté se plaint du clergé ; mais ce clergé a été, dans ces dernières années, persévéramment outragé moqué, calomnié, livré à l'opprobre et à la dérision par presque tous les journaux qui s'impriment dans le Piémont: on ne saurait redire toutes les infamies^ toutes les invectives haineuses répandues contre lui. Et maintenant, parce quil défend la pureté de la foi et les principes de la vertu, doit-il encourir la disgrâce de Votre Majesté? Nous ne pouvons le croire, et nous nous abandonnons de tout cœur à l'espérance de voir Votre Majesté soutenir les droits, protéger les ministres de l'Église,

et délivrer son peuple du joug de ces lois qui attestent la décadence de la religion et de la moralité dans les Etats qui ont à les subir. »

La voix du Père commun des fidèles, les instructions de répiscopat et les prières du peuple catholique furent entendues. La loi sur le mariage, portée à la tribune du sénat, au mois de décembre, fut rejetée par trente-neuf voix contre trente-sept. La discussion avait été vive et animée; mais rien n'égale l'énergie, la logique et la rigoureuse argumentation de Tévcque de Casai, qui foudroya les haineux sophismes du sénateur Siccardi, et remporta les honneurs de la journée.

Le ministère se vengea de cet échec par de nouvelles mesures 'vexatoires. Il permit Touverture des temples protestants, encouragea scandaleusement la propagande hérétique, exerça d'atroces violences contre les Sœurs delà Compas^/on de Contamine-sur-Arve(l), fit voter, le 23 mai 1853, une loi sur Fenrôlement des clercs et des religieux, etc.

Malgré les sujets de plainte trop nombreux et trop légitimes qu'avait le Saint-Siège contre le gouvernement piémontais, Sa Sainteté, pour donner au roi de Sardaigiie un témoignage de son désir de conciliation, dans la mesure du possible, consentit, sur la demande de Sa Majesté, à diminuer le nombre des fêtes d'obligation. C'est pourquoi, en vertu d'un bref en date du 6 septembre 1353, le nombre desdites fêtes fut réduit à dix pour le royaume de Sardaigne, savoir :

(1) Paroisse de Savoie devenue aujourd'hui française.

^oël, rAscension, rAssomption^ la Toussaint, comme en France ; et de plus, TÉpiphanie, Tlmmaculée Conception, la Nativité de la Sainte Vierge, la Fête-Dieu, celle des Apôtres saint Pierre et saint Paul, et la Fête patronoie.

Le gouvernement n*en poursuivit pas moins avec frénésie son plan de guerre contre rÉglise. L'assaut fut livré à une autre forteresse de la société chrétienne^ les .communautés religieuses. Cette nouvelle campagne eut pour chef Tintime allié de Cavour dans la guerre au catholicisme, Tavocat démocrate Urbain Ratazzi. Cet homme, qui avait lancé Charles-Albert sous le canon de Novare, ne craignit point de pousser le fils de ce noble vaincu sons les foudres du Vatican. Elevé à Turin même, il était sorti tout armé de Toificine de la démocratie universitaire. De bonne heure il convoita le pouvoir. La souplesse et la culture de son esprit, son urbanité de commande, sa feinte modestie, son ambition mal dissimulée, furent autant de flots onduleux qui portèrent cet homme de liège au sommet de la fortune. Pour exterminer un ennemi, toute arme allait à ce patriote belliqueux, Taudace, l'ironie, l'astuce. M. d'Ideville qui put l'observer de près, l'appelle une figure de renard. Le nom de Ratazzi est un de ceux qui ont été le plus mêlés aux actes sacrilèges, aux manœuvres impies du parti révolutionnaire. La violence fut son arme favorite contre les communautés religieuses. L'abus de la force contre un adversaire sans défense, c'est le signe de la lâcheté. Ce fut le propre de Ratazzi. Ses entreprises contre les couvents peuvent, sans exagération, être qualifiées de bri-

gaudage officiel. Il marqua pour la destruction teJles et toiles institutions religieuses, comme, dans une forêt, le bûcheron eslampe à coup de marteau les arbres que la cognée doit abattre.

L'académie ecclésiastique de la Superga, fondée par Charles* Albcrt^rétablissement des Chartreux de ColUgno, autre fondation de la maison de Savoie, les monastères des OblaUf des Dominicains^ des religieuses Capucine» de Turin, la maison des sœui*s de Sainta-CVotx, à elles appartenant, tout fut confisqué tour à tour. Pour donner une idée de la brutalité qui présidait à ces exécutions sacrilèges, nous ne citerons que la manière dont furent expulsées les sœurs de Sainte-Croix.

La prise de possession avait été fixée au matin du 4 août (1854). La veille, au lieu desemettreaulil, lesreligieuses passèrent la nuit à la chapelle. A deux heures, le jour convenu, une troupe de gens armrs se présente aux portes du couvent. Sur le refus de la supérieure d'ouvrir la porte, on passe derrière le couvent, on bat la muraille à coups redoublés pour pratiquer une brèche, et le mur résistant, on apporte des échelles et on monte à Tassant. On trouve la supérieure qui attendait avec calme les assaillants; on s'empare des clefs qu'elle tenait à la main, et Ton ouvre la porte. L'abbesse proteste avec dignité contre la violence. L'ordre est aussitôt donné aux agents de la force publique d'aller chercher les religieuses quj étaient en prière dans la chapelle, et de les conduire aux quinze voitures que le gouvernement avait fait préparer pour les emmener. Les unes pleuraient, les autres tombaient évanouies ; d'autres enfin s'attachaient aux

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iDarches de Tautel, aux stalles du chœur, en déclarant qu'elles ne quiUeraient pas Tasile de leur solitude ; elles appelaient à leur se ours Notre -Seigneur et la Sainte Vierge. La résistance des religieuses ne servit qu'à irriter lesexécuteurs de ces hautes œuvres. Saisies parles carabiniers et les huissiers^ elles sont en traînées hors de leur maison, sans le moindre égard pour les souiïrances de quelques-unes d'entre elles qui étaient atteintes d'infirmités.

Heureusement une femme pieuse, madame la marquise deBarolo, mil à la disposition des religieuses une maison de campagne où ces infortunées trouvèrent un refuge.

L'archevêque de Turin, par une lettre vigoureuse^ en date du 25 août, protesta contre ces actes barbares et sacrilèges. Mais toute barrière était impuissante contre un torrent qui, après avoir ravagé les institutions religieuses de la capitale, porta la dévastation jusque dans les provinces. Gènes en particulier s'efforça d'imiter Turin.

Victor-Emmanuel, ce roi au cœur léger, signait servilement tous ces actes de tâche impieté. Cependant la Provi lence n'épargna rien pour le faire sortir de cette odieuse insouciance. Elle frappa coup sur coup son oreille de solennels avertissements, et son cœur de coups douloureux. Au commencement de 1 855, il perdit successivement à quelque jours d'intervalle, sa femme, sa mère, et son frère, le duc de Gênes. L'cvêiue de Saluées, à Toccasion de la mort de la pieuse reine Marie- Adélaïde, put dire, avec autant de fermeté que de vérité : « Au milieu de l'obscurité de i'abime dans lequel nous sommes tombés, nous ne pouvons nous empêcher

de voir la main terrible de ia justice divine qui s'appesantit sur une nation poupable... Qu'y a-t-il d'étonnant si le Seigneur, en retirant ainsi du milieu de Piniquilé les créatures les plus pures et les plus saintes, nous laisse craindre de voir Tinnocence, la vertu, la foi chrétienne quitter une ten*e souillée et s'enfuir loin de nous. >

Ces graves leçons que le Ciel donnait au monarque et à son gouvernement ne suspendirent pas même un seul jour l'œuvre d'iniquité. Les trois personnes royales étaient à peine dans le tombeau, que la Chambre des députés, le 2 mars 1835, votait, à la majorité de 116 voix contre 36, la suppression entière des couvents et Vincaméraliotif c'est-à-dire le rjpt des biens ecclésiastiques.

Les catholiques comptaient sur le Sénat pour le rejet de la loi. Vain espoir ! Le Sénat piémontais, s'attelant, cette fois, au chapr de l'Etat révolutionnaire, adopta par 47 voix contre 45, en la modifiant toutefois, la loi contre les couvents.

Pie IX n'avait pas attendu le vote des Chambres pour protester contre la loi. Lorsque cette loi n'était encore qu'à l'état d'ébauche, dans le creuset des ouvriers de la révolution, le Chef de TÉglise, dans le consistoire du 22 jinvier 1855, éleva solennellement la voix, avec une nouvelle force, contre les attentats commis ou préparés par le gouvernement subalpin. Nous y lisons cet émouvant passage :

<K Les paroles nous manquent pour exprimer la douleur dont nous sommes pénétré, en voyant combien d'actes à peine croyables et tout à fait criminels ont été

commis el se commettent encore chaque jour contre TÉglise, contre ses droits vénérables, contre la suprême et inviolable autorité de ce Saint Siège, dans ce royaume où se trouvent en si grand nombre de fervents catholiques^ el où, dans les rois surtout, la piété, la religion, le respect pour cette Chaire du bienheureux Pierre et pour ses successeurs régnaient et florissaient pour Texemple du monde... » Le Pape rappelle ensuite les peines et les censures portées par les canons contre les dépréda— teurs et les profanateurs des choses sacrées^ contre les violateurs de la liberté de TËglise et les usurpateurs de ses droits.

Le Saint-Père annonce aussi que, voulant faire connaître au monde catholique ce qu'a fait le Saint-Siège pour protéger la cause de TÉglise dans le royaume subalpin, et ce qu*a été la conduite de ce gouvernement, il a fait imprimer un exposé spécial de cette affaire (l).

Puis, la parole apostolique distribue au clergé et aux tidèles du Piémont la louange que mérite leur foi, leur courage et leur fidélité :

c ^vant de terminer, nous ne pouvons nous empêcher, vénérables frères, d'exalter par nos louanges, comme ils le méritent, nos vénérables frères les archevêques et les évêques du royaume subalpin, qui, se souvenant de la grandeur de leur dignité et de leur charge, et répondant pleinement à nos voeux, n'ont ja-

(1) Ge document forme un volume in4* de 300 pages. Pie IX eu tu remeiUre uo exemplaire aux membres du Sacré-Gollége et à tous les gouveruemeals catholiques. Les récits qu'il cootieot nous ont servi pour résumer ces graves quedtions.

nais cosaé de s'opposer comme un mur pour la maison d^lsraêlt de la dërendre tantôt par leur parole, tantAt par le<irs écrits, avec un grand courage et une admirable constance, et de soutenir énergiquement la cause de Dieu et de sa sainte Église. Et nous voulons aussi féiiciter du fond du cœur tous ces laïques distingués qui, dans ce royaume, admirablement animés de sentiments tout catholiques et fermement attachés à Nous et à ce Saint-Siège^ se sont (ait gloire de défendre ouverieinent et publiquement, par leur parole el par leurs é^ls, les droits sacrés de TÉglise... »

Nommons quelques-uns de ces vaillants catholiques, loués par le Pope, qui, à ù6té des évdques, ont bien ttérité de la religion, dans la période lamentable que nous venons de parcourir :

Le premier est le marqms de Brignote-Saiea qui refusa tout concours au gouvernement, dès le début de ses empiétements sacrilèges, et combattit par la parole et la plume ses odieuses prétentions ;

Ensuite, l'intrépide abbé Margotti qui aAronta toutes tes colères et tous les périls dans son inoomparable feuille VArmonia;

Le comte Crotti de CosUgliole qui protesta, avec ta vigoureuse indignation d'une conscience toute catholique, cootre Tusurpation des Inens de l'Église, dans la vallée d'Aoste;

Une pléiade tl'orateurs distingués, les de Revel, les Délia Hotta, les Despine, les de Yery, les Genina, les Gbiglini, qui, groupés autour du comte Solar de la Marguerite, défendirent à la tribune les droits et les intérêts

HlSTOlKfi DE PIE \X ET DE SON PONTIFICAT. 4H9.

da la religion, dpos la question des couvents. I^eur glorieux chef, Iç comte de la Marguerite, termine $qo plai< doyer par untraitoù respirenten même temps le courage et la foi d'un vaillant acblèle de la justice et de la vérité. < La grandeur du crime, s'écria-t-il en pleimç tribune^ dépasse tout ce que Ton peut dire. » Et comme on le sommait de retirer cette parole^ il refusa en ajoutant : « La justice ne dépendpas de la volonté des hommes ni de leurs idées, mais d'une loi invariable et éternelle. Dans UA parlement caibolique, je respecte danfttomte leur étendue les droits du pouvoir civil ; mais quand il s*agit des intérêts de la religion, et des droits de l'Église, je ne recounais sur la terre d*autre autorilé que celle du Souverain Pontife^ interprète de la loi de Dieu. Le Pontife a parlé, et en présence de cette allocutioa (montrant le Monitoire qu'il tenait à la main), la question est finie. »

L'allocution à laquelle faisait allusion l'orateur catholique fut suivie d'un acte plus important encore. Après la promulgation de la loi contre les couvents^ le Pape ne put retenir captives les foudres apostoHques. Dans un nouveau consistoire du 26 juillet 1855, il frappa d'excommunication tous les violateurs des droits et des lii)erlés de rÉglise, et déclara nuls tous leurs actes att^enta^ires aux intérêts de la religion. Puis, pour tempérer par la mansuétude les coups de la justice^ et laisser une porte ouverte au repentir, il ajoute ces paroles dignes du Père commun :

€ Mais si, contraint par la nécessité inévitable d'ac» complir notre mis^on, nous devons déployer la sévérité apostolique» nous savons aussi et nous nous rappelons

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que, malgré notre indignité, nous exerçons en ce monde les fonctions de Vicaire de Celui qui, après avoir fait éclater sa colère, se souvient de sa miséricorde. C'est pour» quoi, élevant nos regards vers le Seigneur notre Dieu, nous ne cessons de lui demander humblement et de tout cœur qu'il veuille bien éclairer, par les lumières de sa grâce, les fils dégénérés de son Église, de tout ordre, de tout grade et de toute condition, laïques, ecclésiastiques revêtus du caractère sacré, dont les erreurs ne sauraient être en ce moment trop déplorées, afin quMI daigne les ramener à de meilleures pensées ; car, rien ne sera plus agréable à notre cœur, plus désirable, plus doux, que de voir les coupables rentrer en eux-mêmes et venir à résipiscence. »

Mais ce souille de la charité apostolique passa, sans atteindre les cœurs, à travers ces hommes rebelles aux inspirations de la grâce,comme auxlutnièresdelaraison. Nous venons de voir la persécution, allumée dans Tintérieur du royaume subalpin, décharger ses plus rudes coups sur TÉglise. Quand, plus tard, nous reprendrons la suite des faits, ce sera pour voir la même persécution, franchissant la frontière, s'avancer les armes à la main pour détrôner la Papauté elle-même 1

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