PIE IX, LES BEAUX-ARTS ET L'AR- CHÉOLOGIE
Les papes et les Beaux-arts. — Ce qu'a fait Pie IX. — Le Vatican, les basiliques et les églises de Rome. — Il encourage les artistes. — Jugement de M. Visconti. — La musique. — Les fouilles du Palatin et des ruines de l'ancienne Rome. — L'Kmporium. — M. de Rossi et les catacombes.
E culte des papes pour les beaux-arts est un fait historique que jusqu'ici personne n'a songé à nier et si, dans le cours des siècles,on leur a adressé quelque reproche à ce sujet, ce serait plutôt celui de les avoir trop protégés et trop encouragés. L'art leur doit la conservation des œuvres les plus admirables de l'antiquité : ils ont élevé de vrais palais pour les recevoir et les mettre à l'abri des injures du temps et de l'ignorance des hommes. Ce que la papauté a fait pour arracher aux mains des barbares les œuvres littéraires des païens, elle Ta fait également pour sauver les statues des Grecs et les monuments des Romains d'une ruine générale. Elle a garanti la durée de plusieurs de ces derniers en les consacrant à la religion, leur donnant ainsi une destination plus élevée et plus sainte, qui les rendit plus dignes de respect (I). Les papes ont fait de Rome
i. Nous citerons le Panthéon d' Agrippa, les temples de.Vesta et de la Fortune virile, Sainte-Marie-des-Anges, Saint-Bernard et tant d'autres,,,
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ia vraie patrie des arts et, pour lui assurer ce titre, ils n'ont pas hésité à faire une loi qui interdisait aux familles princières de vendre leurs marbres, leurs toiles, leurs pierreries, leurs bijoux, en un mot, tous les objets d'art qui étaient en leur possession.
Qui oserait dire que Pie IX est resté, à cet égard, lu-dessous de ses prédécesseurs ? Il faudrait n'avoir jamais visité la ville éternelle. Son nom se rencontre, à chaque pas, sur les monuments qu'il a élevés ou restaurés, dans les galeries ou musées qu'il a enrichis de nombreux chefs-d'œuvre (1), sur le fronton des églises qu'il a relevées, ornées de riches peintures ou de merveilleuses mosaïques, dans les rues ou sur les places qu'il a élargies, dotées de belles fontaines ou d'utiles lavoirs. Il a embelli les promenades publiques, réparé les murs d'enceinte de la ville, relevé ses portes, fait sortir de terre les édifices anciens les plus intéressants au double point de vue de la foi et de l'histoire.
Sans sortir du Vatican, il nous faudrait des volumes, si nous voulions énumérer avec quelque détail les travaux qu'il y a ordonnés. Après avoir fait restaurer les loges de Raphaël, il les a mises à l'abri des injures de l'air ; il a orné la bibliothèque, transporté la pinacothèque dans un lieu plus convenable, agrandi l'atelier des mosaïques, fait construire le magnifique escalier royal. Par ses ordres, Mantovani continue l'œuvre de Raphaël et décore les loges du Vatican de peintures
I. Signalons ici seulement les musées du Capitole auxquels il adonné les statues d'Apollon, de Diane, le plan en marbre de l'antique Rome, etc. etc.
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qui rediront les gloires impérissables de son règne, en une langue digne des siècles des Jules 1 1 et des LéonX.
A côté de la salle de l' Immaculée-Conception, dont nous avons parlé, Pie IX a créé les salles des BienhetiretiXy appelées ainsi parce qu'elles renferment les toiles des meilleurs peintres modernes qui, d'après ses ordres, ont reproduit les faits les plus saillants de la vie des bienheureux et des saints qu'il a canonisés.
Dans les galeries de peinture, il a fait entrer des Léonard de Vinci, des Francia, des Sasso-Ferrato, des Guerchin, des Murillo d'une grande valeur. Les musées de sculpture lui doivent de vieilles mosaïques, des statues trouvées dans les fouilles exécutées à ses frais. Nous ne mentionnerons que le célèbre Hercule Mastaï, découvert dans les ruines de l'ancien théâtre de Pompée, chef-d'œuvre de l'art grec, en bronze, d'une perfection de travail supérieur à tout ce que l'on possédait de l'antiquité (l). La bibliothèque s'est enrichie de précieux manuscrits et de rares collectionsde médailles dues à sa générosité.
Il a augmenté les musées égyptien et étrusque. On peut admirer aussi dans les jardins du Vatican la belle statue en bronze de l'apôtre saint Pierre qui, dans sa pensée, devait surmonter la colonne commémorative du Concile.
Nous n'avons pas la prétention d'être complet dans la longue nomenclature des œuvres entreprises par Pie IX : le nombre en est si considérable que plusieurs
i. Le musée du Vatican lui doit encore une statue gigantesque
d'Auguste, plusieurs bustes et des urnes funéraires de grand prix, etc,
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volumes seraient nécessaires pour les faire connaître et apprécier du lecteur. Comment, en effet, énumérer toutes les églises, toutes les basiliques qu'il a restaurées ? Saint- Pierre lui doit l'autel de la chaire, les bases en marbre des colonnes de son immense nef; Saint-Paul son complet et merveilleuxachèvement; Saint-Jean-de- Latran, dont il a refait la confession et l'autel papal, lui devra encore son abside agrandie et renouvelée. Il a construit la riche confession de Ste-Marie-Majeure et remis à neuf, avec une magnificence vraiment royale, la chapelle du Saint-Sacrement, dite Sixtine. L'église de Saint-Laurent-hors-les-murs, depuis des siècles à moitié ensevelie dans les terres, fut dégagée par ses ordres. Séparée maintenant de la colline qui l'écrasait, elle s'élève radieuse de beauté au milieu de l'antique Campo Verano, à l'entrée de la vénérable catacombe de Ste-Cyriaque, devenue l'immense cimetière de Rome. La munificence de Pie IX a agrandi, embelli, enrichi de cloîtres et d'une belle église ce pieux asile de la mort.
Dans sa lettre apostolique du 28 décembre 1869, le pontife pouvait déjà se rendre le témoignage de n'avoir épargné aucun soin, négligé aucune dépense pour accroître l'ornementation de la maison de Dieu (I). Non
1. Nous citons au hasard les noms des églises restaurées ou embellies par Pie IX : Abbaye des Trois-Fontaines, basilique primitive de Saint- Clément; St-Barthélemy-en-risleet le petit monument qui décore la place; Ste-Marie in Augusta ; le temple du Bramante à Montorio; St-Bernard ai ler?ninij St-Ange i?i PescJieria; St-Nicolas in Carcere ; Basilique de Ste-Agnès-hors-les-murs ; Ste-Marie-du-Transtevère ; Chapelle bâtie pour les Écoles nocturnes hors la porte Cavalleggieri; St-Pierre ès-liens ; St-Laurent in Damaso, encore en cours d'exécution ; Ste-Marie in Via lataj Ste-I\Iarie-de5-Anges,dont il a refait le pavé ; les mosaïques appelées
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seulement il ordonnait les travaux, payait les frais ; mais il tenait à visiter lui-même ces restaurations, il les jugeait avec le goût sûr et délicat d'un véritable artiste.
Le Ier février 1867, jour de la fête de S. Ignace, Pie IX alla visiter les travaux de la basilique de Saint- Clément où reposent les restes du saint évêque d'Antioche. Tout le monde artistique et religieux connaît l'intérêt qui s'attache aux fouilles exécutées par les pères dominicains dans cette église élevée sur la demeure même du pape S. Clément. L'antique basilique du IVe siècle, avec ses vieilles peintures, l'oratoire primitif de S. Clément, des murs remontant à l'époque des rois de Rome ont revu la lumière et ces découvertes ont une importance exceptionnelle au point de vue de l'archéologie et des croyances religieuses. Le saint père ne pouvait y rester indifférent, il voulut donc les visiter en détail. Satisfait de ce qu'il avait vu, il complimenta le père Mullooly, prieur du couvent et directeur des fouilles : « Evviva il nostro padre Mullooly! s'écria-t-il familièrement bravo ! bravo ! il padre Mullooly ! »
Après la visite des fouilles, le saint père s'arrêta dans la sacristie où il s'approcha d'une armoire sur laquelle le cardinal-vicaire avait fait apposer les sceaux pontificaux: elle renfermait une cassette en plomb contenant les précieuses reliques trouvées sous le pavé de l'ancienne basilique souterraine. Pie IX hésitait à rom-
Opus alexandrinum de St-Chrysogone, de St-Alexis, de St-Clément, de Ste-Marie in Cosmedin, de Ste-Constance ont été restaurées ; St-Vital ; St-Laurent in Lucina ; l'abbaye de Gratta Ferrata et son église du XIe siècle etc., etc.
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pre les sceaux ; mais sur la remarque d'un religieux, il ordonna d'ouvrir la cassette et on en retira de nombreux ossements. Le pape, agenouillé et courbé, les approchait avec componction de ses lèvres : « Il y a ici les restes de beaucoup de martyrs, dit-il d'une voix émue, nous n'en savons pas le nombre... En ce moment quel besoin n'avons-nous pas de leur protection, prions !... » Puis, s'inclinant davantage il demeura quelque temps en oraison.
Rome ne fut pas seule l'objet de ses faveurs royales. Plusieurs cités, Porto-d'Anzio, Sinigaglia entre autres, lui doivent leurs belles églises; d'autres montrent avec reconnaissance et fierté les restaurations dues à sa générosité (T).
Toutes les branches de l'art ont été l'objet de sa sollicitude : la statuaire, la peinture, l'orfèvrerie, la gravure etc., ont reçu ses encouragements. Il allait visiter les artistes dans leurs ateliers, il leur commandait des travaux et, le 22 octobre 1863, il en réunissait un grand nombre à sa table dans la magnifique salle de la bibliothèque vaticane.
En 1867, un ancien élève de l'hospice Saint-Michel, alors que l'abbé Mastaï-Ferretti en était le directeur, se présenta au Vatican pour revoir son ancien maître
1. Nous citerons ici quelques-unes de ces églises.Cesont Porto-Nuovo; Sainte-Marie cTAncône ; Saint-Marc cTIesi ; abbaye de Pomposa ; Saint-François de Rimini : Sainte-Marie de Casîello de Cometto ; Saint - Flavien près Monte-Fiascone ; cathédrales d: Acquapendente, de Pesaro, de Civita-Castellana ; basilique de Saint-Elie près Xépi ; petit édiculc élevé à l'endroit où fut retrouvée la tête de saint André, entre la porte Saint- Pancrace et la porte Cavalleggieri ; à Ravenne, il a fait relever les piliers croulants de marbre antique du temple de Saint- Vital, réparer les mosaïques renommées de l'église de Saint-Jean tu Fonte, de Saint- Apollinaire, etc.
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et lui porter un dessin de la Belle Jardinière de Raphaël qu'il voulait graver. Pie IX le reconnut, l'accueillit avec bonté et même avec joie, lui parla de son enfance, lui rappela des circonstances que lui-même avait oubliées, loua son dessin, lui indiqua une correction qu'il jugea nécessaire, et enfin, se trouva assez riche, c'est-à-dire assez généreux pour lui donner sur le champ un encouragement royal. « Set contenta, cosi, figlio ? lui dit-il, va bene ! Es-tu content comme cela, mon fils ? Est-ce bien ? »
Le 25 juin 1871, il recevait dans la salle du consistoire une députation des artistes de Rome. Reconnaissants de la protection dont le souverain pontife les avait toujours entourés, ils avaient voulu célébrer son jubilé pontifical, en lui offrant des peintures, des marbres, des bronzes, des gravures, des camées d'un travail exquis. Pie IX fut touché de cette démarche et il les en remercia cordialement. « La religion, leur dit-il, a toujours été prête à inspirer, à secourir et à favoriser les beaux-arts de toute manière, soit par ses lumières, soit par les honneurs qu'elle leur a décernés, soit par ses largesses. C'est ainsi que Rome est devenue le siège de monuments uniques et de grandeurs immortelles ! Circwnspice, pourrions-nous dire en jetant un coup d'œil dans la basilique de Saint-Pierre, et on y verrait les œuvres les plus sublimes que l'intelligence humaine ait pu concevoir. Circwnspice, pourrions-nous dire en étudiant Saint-Paul-hors-les-murs... Mais,où pourrionsnous ne pas indiquer lesmerveilles lesplus étonnantes? On n'a pas besoin à Rome de courir à l'étranger pour
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avoir des célébrités dans tous les arts. Tout ce que l'on peut souhaiter en ce genre, on l'a ici aujourd'hui, comme autrefois... Espérons que Dieu rendra à Rome la sûreté, la paix, la tranquillité des temps passés, afin que vous puissiez recommencer les bienfaisantes et pacifiques occupations de votre profession. En attendant, je bénis vos intelligences, pour qu'elles soient toujours occupées de grands et beaux sujets ; vos mains, pour qu'elles se prêtent docilement aux conceptions de la pensée... »
« C'est une habitude d'envisager, dit M. Visconti, plus du côté de la politique et de la religion, que du côté des arts, le pontificat de Pie IX, et c'est justice. Cependant ce pontificat, tant à cause de sa durée que, surtout, à cause du génie du pape, a toute la grandeur des règnes qui ont laissé dans l'histoire de l'art les traces les pluslumineuses.Jamais on n'avait embrassé, avec plus d'ensemble, les grandeurs du christianisme, depuis les Catacombes jusqu'au dôme de Saint-Pierre. Ce grand pontife, avec une sollicitude égale, a protégé et suivi les arts, depuis les plus humbles souvenirs jusqu'à la glorification de l'Eglise dans ses plus beaux monuments. Il faudrait de longues pages pour citer les artistes qui, dans les trois branches de l'art, maintiennent sous son patronage la supériorité et l'intégrité des traditions romaines. Citons les principaux : Minardi, Overbeck, Podesti, Cornélius, Coghetti, Consoni, Gagliardi, Mantovani, Bonpiani, parmi les peintres ; Gibson, Jacometti, Rinaldi, Tenerani, Wolff, Zalli, Tadolini, parmi les sculpteurs ; Mercuri, parmi les
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graveurs; Poletti, Vespignani, Azzurri, Bianchi, parmi les architectes, etc.
« Il faudrait de longues pages pour- ..énumérer les monuments qu'a élevés Pie IX, tout en s'attachant à ne rien enlever au caractère particulier de Rome. Citons l'achèvement de Saint-Paul-hors-les-Murs, de Sainte- Marie-in-Trastevere et de Sainte- Agnès ; la merveilleuse restauration des loges du Vatican, de Jean d'Udine et de l'école des Zuccari, ainsi que la décoration de deux loges, jusqu'ici vierges de peintures, par M. Alexandre Mantovani : le redressement de la colline du Ouirinal et le palais de la Daterie ; les confessions de Saint-Jean de Latran et de Sainte-Marie- Majeure ; le nouvel escalier du Vatican et l'arsenal du Belvédère, les colonnes de l' Immaculée-Conception et de Saint-Laurent, la découverte des basiliques de Saint-Alexandre, sur la voie Nomentane, et de Saint- Etienne, sur la voie Latine ; la manufacture des tabacs, la magnifique caserne du Camp Prétorien et le nouvel Observatoire du Capitole ; le grand asile pour les aliénés à la Longara, le pont suspendu près de Saint-Jean des Florentins, et enfin les collèges et les séminaires fondés pour les diverses nations, les maisons des pauvres, les écoles nocturnes et les hospices, ainsi que le vaste cimetière appelé Verano, auprès de Saint- Laurent-hors-les-Murs. Pie IX a su, par ses vastes conceptions,donner non seulement aux arts,mais aussi à l'étude historique et critique des arts, une unité qui élèvera son nom plus haut qu'on ne pense et vivifiera le talent des artistes futurs. »
histoire De pie tr.
La musique ne fut pas oubliée : afin de conserver les bonnes et vieilles traditions du criant religieux, le souverain pontife fonda une école de chant à San- Salvatore in Lauro, sous la direction des Frères des Écoles chrétiennes. Il reconstitua X Académie philharmonique. L'art dramatique lui-même a fixé son attention : en même temps qu'il prenait des mesures pour qu'il restât toujours chrétien, il a créé une institution philodramatique, dont le but était de préparer d'intelligents interprètes aux œuvres des maîtres.
L'archéologie tient d'une manière intime aux arts, son but étant, en effet, de reconstituer, d'expliquer, de remettre en lumière les monuments des siècles passés. Rome offre aux investigations de l'archéologue un champ immense : tous les souvenirs gigantesques de l'antique reine du monde, depuis sa fondation jusqu'au jour où le christianisme vint lui-même élever sous terre, dans les catacombes, les monuments de sa croyance, de sa morale et de son culte, se déroulent devant lui avec leurs magnificences incomparables et leurs merveilleux enseignements. Pie IX, plus qu'aucun autre pape, a élargi ce champ de l'archéologie. Les nombreux monuments païens qu'il a relevés et découverts, les catacombes mieux explorées, les traditions chrétiennes remises en lumière par la fondation du musée chrétien du Latran suffiraient, pour éterniser sa mémoire.
A peine monté sur le trône de saint Pierre, Pie IX faisait exécuter les fouilles de la voie appienne, il remettait au jour cet antique pavé, depuis le monument de Servilius jusqu'à Boville, restaurant de chaque côté
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les sépulcres, en ramassant les marbres et les inscriptions. Au milieu des angoisses de 1848, pendant que son ministre des travaux publics, Sterbini, cherchait « les moyens d'enterrer la tiare, le pape faisait déterrer l'histoire et il attendait l'avenir ».
Il a restauré le Colisée dont il a refait les voûtes, les escaliers, les ambulatoires supérieurs, les arcs ; il a enfin reconstruit une partie de cet immense amphithéâtre dont les vandales d'aujourd'hui, sous le prétexte imaginaire de le rétablir dans son état primitif, ont chassé tous les précieux souvenirs et bouleversé l'aspect.
Pie IX eut encore l'initiative des fouilles entreprises sur le Palatin : pour en faciliter l'exécution, il ordonna d'acheter les terrains nécessaires et il fît déclarer propriétés de la Chambre apostolique les jardins du collège Anglais et ceux de l'hôpital des frères de St-Jean de Dieu etc. On lui doit la découverte de la partie habitée par les rois jusqu'à Servius Tullius, par d'autres personnages importants et par les empereurs : là se trouve l'histoire de trente siècles. On y voit les débris d'un mur de Romulus ; c'est vraiment le berceau de Rome.
Les travaux de restauration de la vénérable église de Ste-Anastasie, qui remonte au IVe siècle, amenèrent des découvertes qui excitèrent vivement l'intérêt et la curiosité des archéologues. Pie IX vint les visiter, il ordonna de continuer, d'étendre les fouilles et l'on vit bientôt apparaître les murs de X^Roma Quadrata, des salles qui remontent à l'époque d'Adrien et d'An-
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tonin le Pieux et des restes d'une voie romaine au flanc de laquelle deux files d'arcs en brique mettaient à découvert les substructions du grand cirque.
Le forum romanum, si célèbre dans les annales du peuple-roi, est ressuscité en grande partie avec sa basilique Gzu/za}son ClivusCapitolinus, son. portique des Dei Consensi. Les débris de la basilique Ulpienne au forum de Trajan, dans l'enceinte de laquelle Constantin annonça au sénat qu'il embrassait le christianisme, sont retrouvés et l'accès de ces ruines est rendu plus facile. Les temples de Vénus et de Rome, la villa Adrien, les souterrains des temples de Vesta et de la Sibylle de Tivoli, les murs de Servius Tullius sur l'Aventin, les thermes de Titus et de Caracalla,la basilique de Constantin, longtemps connue sous le nom de temple de la Paix, le portique d'Octavie, les ruines de la prison Tullienne, des temples de la Piété, etc., reparaissent à la lumière ou sont dégagés des décombres et des masures qui les entouraient.
Il nous faudrait un volume pour énumérer tous les trésors de sculpture, de mosaïques, de vases et d'objets de tous genres découverts dans les fouilles d'Ostie, entreprises par les ordres de Pie IX et exécutées sous la direction de M. Visconti. Le pape alla plusieurs fois visiter ces travaux.
11 doit encore à cet illustre savant une découverte importante qui lui a permis de poursuivre avec succès ses projets pour l'embellissement et la restauration des églises et des monuments de Rome. On savait que les Romains avaient un vaste dépôt de mar-
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bres sur les bords du Tibre, là où commence la route d'Ostie. Une loi fiscale de Rome exigeait de tout navire de commerce, partant pour un long cours, de ne rapporter, en guise de lest, que des marbres précieux dont les blocs se trouvaient à l'avance tout préparés dans les ports de l'Afrique et de l'Asie, par les soins des gouverneurs romains. A l'époque de la décadence, les empereurs n'ayant plus le loisir ou le goût de les employer dans des constructions monumentales, ils s'amoncelèrent sur les rives du fleuve où on les débarquait. Des richesses de la valeur de plusieurs millions se trouvèrent ainsi réunies dans cet immense Emporium. M. Visconti, par une sorte de devination archéologique, retrouva cet antique dépôt.
Au mois de janvier 1868, il prévint le pape qu'il gisait encore une grande quantité de marbres dans l' Emporium romain. Pour toute réponse, le saint père lui remit une somme d'argent prise dans son trésor particulier et il lui ordonna de commencer les fouilles. Les espérances du savant archéologue se réalisèrent. Des blocs énormes, des colonnes du marbre le plus rare, apportés des diverses parties du monde, furent retrouvés sous la vase, dont les inondations du Tibre les avaient recouverts et cachés pendant des siècles.
Pie IX se rendait souvent à X Empormm, il suivait avec intérêt cette découverte et il jouissait d'avance du bonheur qu'il aurait à consacrer ces trésors païens à la gloire du vrai Dieu. Contemplant ces marbres des contrées les plus lointaines du monde, il disait gaiement :
yo Ç)i0toite 5e Pie ix.
« Nous avons reconquis les carrières antiques de la Grèce, de l'Afrique et de l'Asie, avec cette différence que nous avons sous la main, et tout, préparés, ces blocs que les Romains allaient chercher si loin et apportaient avec tant de peine. »
Pie IX fit tracer une jolie route plantée d'arbres sur le bord du Tibre pour arriver jusqu'à l'Emporium: dans sa pensée, elle devait se continuer jusqu'à la basilique de Saint-Paul, abrégeant ainsi la distancé et offrant aux pèlerins une délicieuse promenade ; mais les événements de 1870 sont venus et ce projet, comme tant d'autres, ne put être mis à exécution.
Les travaux du commandeur Jean- Baptiste de Rossi seront une des gloires impérissables de ce règne si fécond et si glorieux.
€ Bosio, dit le savant cardinal Pitra, eut les nobles et pieux encouragements de saint Philippe Néri et de Baronius ; un savant et vénéré religieux, dont le souvenir restera longtemps attaché aux cimetières romains, le P. Marchi, dirigea les premiers pas du jeune archéologue, et par dessus tout, notre grand et saint pontife Pie IX n'a pas seulement accordé à ces travaux un regard attentif et encourageant, il a voulu que la munificence pontificale ouvrît les catacombes à de nouvelles profondeurs, exhumât des galeries entières et des cimetières inconnus, fît les frais de ce livre : Inscriptiones christianœ urbis Romce sex prioribus Ecclesiœ sacidis positœ, et descendît jusqu'aux détails d'une exécution typographique irréprochable. Ce sera Tune des gloires de ce pontificat, qu'au milieu de dé-
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sastres immérités et imprévus, qui ont failli plusieurs fois rappeler la destinée des pontifes ensevelis dans les Catacombes, tant de choses se soient faites, avec générosité et grandeur, pour remettre en lumière la Rome des martyrs, tels que : le cimetière de Saint- Calliste avec sa crypte cécilienne, ses galeries papales et ses fastes damasiens, la basilique de Saint- Alexandre, celle de Saint-Etienne, le Saint-Clément et le Saint-Laurent souterrains, le musée de Latran, et ce cimetière des Saints-Nérée et Achillée,avec son escalier grandiose et l'archaïsme de ses peintures que l'on dirait contemporaines des fresques de Pompéï. »
Le docte cardinal écrivait ces lignes en 1862. Depuis cette époque, les cimetières de Saint- Prétextât, de Sainte-Priscille,de Sainte-Agnès, le cimetière Ostrien, dans lequel saint Pierre baptisait les premiers fidèles, ont fourni de nouveaux arguments en faveur de notre foi et « la science a retrouvé plus d'histoire en dix ans de fouilles dans les catacombes, qu'elle n'en avait conjecturé dans des siècles de recherches (J). »
M. de Rossi a publié deux nouveaux volumes de sa Rome souterraine, il a enrichi le musée chrétien du Latran, fondé par Pie IX, de nombreuses inscriptions, de curieuses peintures et de beaux sarcophages enlevés aux diverses catacombes de la ville sainte.
Nouveau Damase, le saint père a toujours attaché beaucoup d'intérêt aux travaux des fouilles. Un jour, la Société d'archéologie sacrée lui fit hommage d'une petite table en marbre entièrement formée avec des