‹ Histoire de Pie IX le Grand et de son pontificatChapitre 9 sur 81 · TT · texte numérisé non relu

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humaine, ne repoussant que l'erreur et le mensonge, et écartant avec soin ce qui pourrait corrompre les jeunes cœurs, dont Dieu leur a confié la formation et la beauté. Ils ont toujours, du reste, revendiqué pour l'Eglise le droit de distribuer la vérité aux hommes et le devoir de diriger ou au moins de surveiller l'enseignement de la jeunesse.

Il suffit de relire les concordats aue Pie IX a faits

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avec les puissances catholiques pour se convaincre qu'il n'a pas manqué à ce devoir. Toujours il affirme le droit des évêques dans la surveillance de l'enseignement et il réclame pour eux la liberté de l'exercer dans sa plénitude. Mais nous avons à le suivre luimême dans l'accomplissement de ce devoir comme roi et comme pontife. L'enfant du peuple comme le fils du prince ont été l'objet de sa sollicitude : il a ouvert des écoles populaires, perfectionné celles qui existaient, il a développé et encouragé les études dans les universités romaines.

De nos jours, on exalte beaucoup l'éducation populaire : à entendre nos réformateurs contemporains, il semblerait qu'avant eux l'Eglise et la Société n'avaient rien fait dans ce sens pour le peuple. L'histoire prouve le contraire, mais peu leur importe. Leur but est de s'emparer aujourd'hui de l'éducation des enfants pour arriver plus sûrement à les corrompre et à leur enlever la foi. Pie IX a compris cette tactique, et pour combattre le mal, il a multiplié les écoles. A peine monté sur le siège de saint Pierre, il témoigna de son vif intérêt pour l'éducation du peuple.

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Un soir du mois de janvier 1847, il se rendit,accompagné de deux camériers, à l'école nocturne de la via deir Agnello, aux Monti. C'était le moment de la distribution des prix ; il vint sans se faire annoncer, dans le but de les distribuer lui-même. Cette visite fut non seulement le meilleur encouragement et la plus noble récompense pour les maîtres, mais les élèves trouvèrent dans cette marque souveraine d'intérêt un stimulant de plus : quand on connut dans Rome cette démarche du saint père, l'œuvre des Ecoles nocturnes en reçut une impulsion nouvelle.

Cette sollicitude du pape ne fit que grandir avec les années : il créa plusieurs salles d'asile dans l'intérieur de Rome. Dans tous les quartiers de la ville et dans les villages environnants, on vit des écoles s'élever aux frais de Pie IX. Il confia celles des garçons aux frères des Ecoles chrétiennes, aux religieux de Saint- Joseph Calasanz, aux frères de la Miséricorde de Belgique. Il appela les sœurs de la Providence, les filles de St-Vincent de Paul et d'autres religieuses pour diriger celles des jeunes filles. Son exemple fut suivi par les princes romains qui élevèrent aussi des écoles à leurs frais pour l'éducation de la jeunesse des deux sexes. En sorte qu'on peut dire qu'il n'y avait pas au monde une ville dans laquelle les moyens d'instruction fussent plus nombreux, plus faciles qu'à Rome et où la gratuité se pratiquât d'une manière plus générale et plus réelle.

On put se convaincre de la grandeur de l'intérêt que Pie IX portait à ces écoles populaires lorsqu'en

histoire De Ipie ix.

août 1872, les Italiens firent fermer celles qu'il avait fondées au Borgo. A cette nouvelle, les larmes jaillirent de ses yeux et il s'écria tristement : « Ils me tueront ! » Puis il ordonna à Mgr Pacca, son majordome, d'écrire au préfet de Rome une protestation formelle, dans laquelle le prélat faisait ressortir la violence extrême de l'outrage et l'énormité de l'abus, les écoles Pie ayant été fondées des deniers particuliers du pape sans immixtion aucune de l'élément civil.

Si de l'enseignement primaire nous passons à l'enseignement secondaire et supérieur, nous trouvons le pontife animé de la même sollicitude intelligente.

L'Université de Rome, le Collège romain reçoivent successivement des témoignages de son intérêt et de sa munificence. 11 a créé des chaires d'agriculture, de géologie, de pathologie vétérinaire, de haute philosophie, et il a assigné, sur sa propre cassette, un prix annuel au plus zélé des étudiants dans cette dernière faculté. Les musées ont été agrandis et complétés ; tous les instruments nécessaires aux différentes branches d'études ont été achetés et placés à la disposition des professeurs et des élèves, etc.

Les académies d'archéologie de Saint- Luc et des Lynx ont publié, à l'occasion du dernier jubilé pontifical, un volume illustré de plus de quarante dessins et photographies, dans lequel on énumère tout ce que la science, les lettres et les arts doivent à l'initiative et à la munificence de Pie IX, et cette énumération est longue et du plus haut intérêt.

Pie IX encouragea et appela autour de lui les

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savants. Aux uns il a donné la pourpre, aux autres des honneurs, et souvent, des pensions. Les Pitra, les Tarquini, les Franzelin, dans les études sacrées ; les Rossi, les Visconti, les Secchi dans les sciences et les arts, sont une preuve de sa sollicitude pour honorer le savoir.

C'est Pie IX qui a pris l'initiative de la création des chemins de fer, des lignes télégraphiques, de l'éclairage au gaz.

Le cardinal Antonelli n'eut jamais la première pensée de ces améliorations matérielles ; il paraît même certain qu'il fut toujours opposé à la création des chemins de fer. Le ministre qui répondit le mieux aux désirs du saint père, sous ce rapport, fut Mgr de Mérode, dont le pape, dans plusieurs circonstances, accepta avec empressement les idées de réforme.

Le 22 octobre 1863, Pie IX inaugurait, près de la porte Portèse, le pont mobile du chemin de fer de Civita-Vecchia à Rome, jeté sur le Tibre ; afin de laisser le fleuve navigable il devait s'entrouvrir pour livrer passage aux bateaux de transport. Mgr de Mérode, ayant reconnu dans la foule le ministre des travaux publics d'Angleterre , arrivé depuis quelques jours seulement, le présenta au saint père.

Pie IX, avec un admirable à-propos, lui dit en souriant :

« Je suis bien aise de vous voir, M. le ministre, surtout en un pareil moment. Vous pourrez dire à Londres que le pontife romain n'est pas toujours en prière, entouré d'encens, de moines et de cierges. Vous

fôisîcîrc De Pie ix.

raconterez à la reine que le ministre des travaux publics de Sa Majesté a surpris, un jour, le vieux pape au milieu de ses ingénieurs, assistant à l'inauguration d'un pont tournant sur le Tibre, et expliquant luimême fort bien, ajouta-t-il en riant, son mécanisme. >> Si Pie IX se montra si attentif à développer l'enseignement primaire et supérieur, on peut imaginer ce qu'il fit pour développer l'enseignement ecclésiastique. En 1853, il fonda le séminaire Pie, pour l'éducation gratuite des jeunes gens envoyés par les évêques des Etats pontificaux et dont la vocation offre les garanties de stabilité et d'aptitude. Dès les premières années de son exaltation au pontificat suprême, il a établi dans l'hospice illyrien un collège pour les jeunes prêtres et les clercs des peuples slaves, il a relevé celui des jeunes Maronites du mont Liban, près de Saint- Pierre-ès-Liens.

Le collège des Grecs, celui de Pio inglese destiné à recevoir les ministres protestants convertis, les collèges allemand, hongrois, écossais, irlandais, belge, portugais, ruthène, américain, lui doivent, les uns, leur fondation, les autres, des améliorations ou des encouragements précieux, qui ont contribué à leur développement plus régulier et plus complet.

Il n'a cessé jusqu'à ses derniers moments de bénir et d'encourager les religieux de la congrégation du Saint-Esprit et du saint cœur de Marie, qui ont fondé en décembre 1853 le séminaire français de Sainte-Claire. Lorsque les quinze premiers élèves lui furent présentés, il les accueillit avec amour et les

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appela auprès de lui, en disant : Accedite, filii, et faciès vestrœ non confitndentur. Puis, après leur avoir demandé à chacun à quel diocèse il appartenait, il ajouta : « Vous êtes des fleurs transportées à Rome, d'Amiens, de Cambrai, de Metz, de Montauban, de Poitiers, de

Tours : Croissez et multipliez ! »

Les Italiens maîtres dans Rome ont supprimé X Université romaine et le collège romain ; ils ont fermé plusieurs écoles populaires tenues par des religieux, et se sont réservé le monopole de l'enseignement. L'Etat seul délivre les brevets de capacité, confère les grades académiques. Pie IX n'a cessé de protester contre cette usurpation.

« Il est une chose, disait le pape le 23 mars 1874, en s'adressant à la noblesse romaine, que l'Eglise réclame avant les autres : c'est la liberté.

« L'Eglise réclame donc la liberté d'enseignement, la liberté de pouvoir choisir parmi ses ministres ceux qui sont le plus propres à exercer le ministère dans la vigne du Seigneur; la liberté de choisir parmi les jeunes gens ceux qu'elle doit inscrire au nombre de ses lévites, sans qu'ils soient enchaînés par certaines obligations du service militaire, comme ils le sont : ce qui est une des plus grandes preuves de la tyrannie des révolutions, tyrannie qui finit par faire une véritable boucherie de la chair humaine. »

La franc-maçonnerie, maîtresse aujourd'hui de l'Europe, prétend refaire la société à son image : pour arriver plus sûrement à ses fins, elle a institué la ligue de r enseignement dans le but de multiplier les écoles

sans Christ et sans Dieu. Non seulement elle se sert de l'école, mais encore des livres, des bibliothèques,des cours, des conférences, des cercles d'ouvriers pour arracher du cœur de l'enfant et de l'ouvrier la foi qu'il a reçue au foyer paternel. Pie IX, en plus d'une circonstance, a appelé l'attention de l'épiscopat et des fidèles sur cette œuvre vraiment satanique . Dans un bref adressé à Mgr Freppel, évêque d'Angers, en 1874, il remerciait le courageux prélat d'avoir rappelé les condamnations portées par le saint siège contre la francmaçonnerie, et il ajoutait ces graves paroles :

« Nous déplorons aussi, vénérable frère, que de cette source même des sectes condamnées soit sortie, pour la perte des âmes, une autre société pernicieuse, appelée Ligue de l'enseignement, travaillant à extirper radicalement, surtout de l'âme des enfants, la foi catholique et s'efforçant d'exercer impunément par toute la France les industries de son iniquité. Bien que nous sachions que dans votre diocèse vous vous êtes empressé d'appliquer votre sollicitude pastorale à combattre un pareil fléau, cependant, en raison de la gravité de cet objet, nous ne voulons pas omettre de vous exciter dans le Seigneur à persévérer dans les efforts de votre zèle pour la garde de votre troupeau, en persistant à stimuler la vigilance des fidèles, et en vous appliquant avec ardeur à arracher du champ qui vous est confié ces déplorables plantations que cultivent les enfants des ténèbres. »

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