LE VINGT SEPTEMBRE
Les défaites de Napoléon III. — .Les troupes françaises quittent les États pontificaux. — Les sympathies de Pie IX pour la France. — L'Ultimatum du roi d'Italie. — Pie IX à Saint- Pierre. — Lettre de Victor-Emmanuel au Pape. — Réponse de Pie IX. — Cadorna et Kanzler. — Lettre de Pie IX au général Kanzler. — Pie IX à la Scala santa. — Le siège de Rome. — Pie IX et le corps diplomatique. — La brèche de Porta Pia. — Entrée des troupes italiennes dans Rome. — La capitulation. — Pie IX bénit son armée. — M. d'Arnim et la Prusse.
AMAIS aucun souverain n'a mis la main sur un pape (avec ou sans raison, c'est ce que je n'examine pas), et n'a pu se vanter ensuite d'un règne long et heureux. » Nous allons voir une fois de plus se vérifier ces paroles de l'illustre de Maistre. L'heure de la justice divine allait sonner pour Napoléon III : il croyait à force d'habiletés, de combinaisons machiavéliques pouvoir tromper Dieu comme il trompait les hommes, mais il préparait lui-même les événements qui devaient amener sa chute. En faisant l'Italie, il défaisait la France. Il proclamait des principes qui, un jour ou l'autre, par la simple logique des faits, devaient se retourner contre lui. L'unité italienne fit l'unité allemande au profit de la Prusse, et Sadowa, conséquence de Solferino et de Castelfidardo, fut le précurseur de Sedan.
Le gouvernement prussien, nous l'avons dit en son temps, avait d'abord blâmé les annexions italiennes ; mais cette politique fut de courte durée. Bismarck, arrivé au pouvoir, ne songea qu'à agrandir sa patrie, et, comme Cavour, trouvant dans la personne de Napoléon III, un ressort à faire vibrer, il le domina, le trompa, lui faisant espérer une rectification des frontières du Rhin. Quand Napoléon s'aperçut de son erreur, il voulut prendre par les armes ce qu'il n'avait pu obtenir par la diplomatie, et il déclara la guerre à la Prusse, alors même que cette puissance avait donné raison à ses exigences, en retirant la candidature du prince de Hohenzollern au trône d'Espagne.
En quelques jours, l'empire s'effondrait avec l'honneur de la France !
Un gouvernement provisoire était proclamé à Paris, le 4 septembre 1870 : il y avait dix ans, jour pour jour, que Napoléon III disait aux généraux de Victor- Emmanuel se disposant à envahir les Etats du saint siège : « Faites, mais faites vite. » La Providence eut aussi son heure, et sa justice éclata avec la rapidité de la foudre. Erudimini qui judicatis terram, aurait pu dire avec raison l'Aigle de Meaux. Cette promptitude de la vengeance divine avait sa cause : la première défaite de l'armée française coïncida avec la consommation du crime et de la trahison commencée depuis plus de dix ans contre le vicaire de Jésus-Christ.
Quatre ou cinq mille soldats français occupaient encore les Etats pontificaux, le gouvernement français
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les rappela. Il livra Rome dans l'espérance que l'Italie deviendrait son alliée.
« Ce n'est pas par nécessité stratégique, écrivait M. de Grammont, que nous évacuons l'Etat romain, mais la nécessité politique est évidente. » Viterbe fut donc évacué le 2 août ; nos derniers soldats s'embarquèrent à Civita-Vecchia le 4 août et le 6 août, dates tristement célèbres : les journées sanglantes et douloureuses de Wissembourg, Wœrth et Spikeren furent le commencement des vengeances divines.
Pie IX, redoutant les maux d'une guerre qui se présentait sous les auspices les plus inquiétants, tenta d'arrêter les deux combattants. Le vingt-deux juillet, il écrivait aux deux monarques et offrait sa médiation en faveur du rétablissement de la paix. La lettre adressée à l'empereur des Français ne fut point publiée : ce souverain, du reste, par l'organe de son ambassadeur, refusa la médiation du saint père , sous le prétexte qu'il était trop tard, et que les esprits étaient trop surexcités en France pour qu'il pût revenir sur ses pas.
Voici les lettres échangées entre Pie IX et le roi de Prusse.
« Majesté,
« Dans les graves circonstances où nous nous trouvons, il vous paraîtra peut-être insolite de recevoir une lettre de moi ; mais, vicaire sur la terre du Dieu de paix, je ne puis faire moins que de vous offrir ma médiation. Mon désir est de voir disparaître les prépa-
ratifs de guerre et d'empêcher les maux qui en sont la
conséquence inévitable. Ma médiation est celle d'un
souverain qui, en sa qualité de roi, ne peut inspirer
aucune jalousie en raison de l'exiguité de son territoire,
mais qui pourtant inspirera confiance par l'influence
morale et religieuse qu'il personnifie.
« Que Dieu exauce mes vœux et qu'il exauce
aussi ceux que je forme pour votre Majesté, à
laquelle je désire être uni par les liens de la même
charité.
« PIE IX, pape.
« Du Vatican, le 22 juillet.
« P. S. — J'ai écrit également à Sa Majesté l'empereur des Français. »
Berlin, le 30 juillet.
« Très auguste pontife !
« Je n'ai pas été surpris, mais profondément ému, enlisant les paroles touchantes tracées de votre main pour faire entendre la voix du Dieu de la paix. Comment mon cœur pourrait-il ne pas écouter un appel aussi puissant ? Dieu m'est témoin que ni moi ni mon peuple n'avons désiré, ni provoqué la guerre. En obéissant aux devoirs sacrés que Dieu impose aux souverains et aux nations, nous prenons l'épée pour défendre l'indépendance et l'honneur de la patrie et nous serons toujours prêts à la déposer dès que ces biens peuvent être sauvegardés. Si Votre Sainteté pouvait moffrir de la part de celui qui si inopinément a déclaré la guerre,- 1 assurance de dispositions sincèrement
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pacifiques et des garanties contre le retour d'une semblable atteinte à la paix et à la tranquillité de l'Europe, ce ne sera certainement pas moi qui refuserai de les recevoir des mains vénérables de Votre Sainteté, uni comme je suis avec Elle par les liens de la charité chrétienne et d'une sincère amitié.