Le 23 février
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Le 23 juin de la même année, le saint père disait à une députation des villes et des diocèses du patrimoine de saint Pierre : « Je me réjouis pourtant de voir que ceux de mes sujets qui appartiennent au patrimoine de saint Pierre persévèrent dans leur fidélité ; et certes, c'est une chose digne d'admiration que de trouver tant de fidélité en vous, qui êtes sub virga ferrea de ces chevaliers errants, dans la force du terme, qui vont à la recherche du bien d'autrui. »
L'Italie tout entière s'associait, du reste, à ces hommages, à ces protestations de l'amour et de l'honneur contre les actes de l'injustice et de la haine.
Une circonstance vint faire éclater le sentiment de tous les Italiens envers la chaire de saint Pierre et pour le pontife qui l'occupait. Le 29 mai 1876 ramenait le septième centenaire de la bataille de Legnano, cette gigantesque entreprise contre la puissance envahissante de l'Allemagne.
Adrien IV était mort en 1159 et Alexandre III venait de lui succéder, lorsque Barberousse nomma l'antipape Victor, malgré les protestations du concile de Toulouse, des rois de France et d'Angleterre, qui reconnaissaient le pontife légitimement élu. Victor ne jouit pas longtemps de ses honneurs usurpés, la Providence le retira bientôt de ce monde ; mais Barberousse le remplaça par Pascal III. Ce fut alors que les Italiens, sous l'inspiration et les encouragements d'Alexandre III, formèrent une ligue contre le monarque allemand. Barberousse redoubla ses cruautés : les capitales d'Italie gardent encore les traces des excès de
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ses lieutenants. Rome ne fut point épargnée, et le pape dut se réfugier en Sicile pour conserver son indépendance et sa vie. Les délégués des villes qui avaient formé la ligue se réunirent à Pontida (!), dans le monastère de Saint-Jean, et formulèrent leur résolution par ces mots : Melius est cum honore mort quant turpiter et cum dedecore vivere. Bergame, Brescia, Crémone, Ferrare, Mantoue, Milan, Venise, etc., jurèrent une guerre désespérée. La formule du serment comprit l'obligation de propager la ligue de Pontida parmi les fils, les amis, les connaissances et les peuples. Tout fut fait sous l'impulsion du pape et du clergé, premiers vengeurs de la liberté, de l'honneur et de l'indépendance de l'Italie. Ces efforts furent récompensés par la victoire de Legnano, et la paix se signait bientôt entre l'Eglise et l'empire, entre Alexandre III et Frédéric, dans la basilique de Saint-Marc de Venise.
Dans les circonstances présentes, le centenaire de cette bataille, qui fut à la fois une victoire pour l'Eglise et pour les libertés italiennes, ne pouvait passer inaperçu. Le 29 mai, les membres du comité supérieur et les délégués des vingt-quatre comités des villes de la ligue lombarde se présentaient devant le saint père, déposaient à ses pieds une forte somme pour le denier de saint Pierre et lui laissaient une adresse, clans laquelle ils célébraient les grandeurs et les heureux résultats de l'ancienne ligue lombarde, « inspiration de Dieu pour sauvegarder la liberté des peuples par l'autorité des
I. Pontida est située dans la vallée de San-Martino, province de Ber-
rame.
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papes et pour faire respecter l'autorité du pape par la liberté des peuples. »
Pie IX répondit à cette adresse en exprimant sa joie « de se voir entouré de bons Italiens, dont les uns, comme vous, présents ici en personne, les autres par le cœur, et ces derniers en nombre immense, m'ont fait parvenir souvent de loin de gracieuses adresses, pleines d'affectueuses paroles, dans lesquelles ils déploraient avec moi les tristes conditions de l'Italie et cherchaient à y remédier. »
Cet anniversaire de la bataille de Legnano était glorieux pour l'Italie entière, puisqu'il rappelait la grande lutte qu'elle avait soutenue pour son indépendance et sa liberté. Mais cette œuvre avait été celle de la papauté. Les Italiens modernes ne le sentaient que trop, et ils cherchèrent vainement à obscurcir ce grand fait historique et à en dénaturer la signification (*). Leurs efforts n'eurent d'autre résultat que de rendre plus unanime et plus éclatante la manifestation des catholiques. Le nombre des adresses envoyés à Pie IX de toutes les parties de l'Italie fut incalculable, et cet anniversaire devint dans l'histoire même du pontife un fait d'une importance réelle. L'Italie presque entière affirmait ainsi que son indépendance et sa grandeur étaient intimement liées à la liberté et à la royauté du pape.
Non seulement les Romains, mais encore les Italiens suivirent les conseils de Pie IX dans une question
I. La célébration de cet anniversaire qui rappelait la défaite et la conversion d'un empereur allemand fut désagréable à la Prusse, qui prétend continuer les traditions des Barberousse. Cette considération fut toutepuissante pour refroidir l'élan du monde officiel italien.
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d'une extrême gravité. Il 's'agissait de savoir si les catholiques devaient prendre part aux élections des députés italiens composant la chambre siégeant à Rome, au centre même du catholicisme. Les avis furent partagés ; quelques catholiques, amis de la conciliation ou abusés pardes espérances que rien ne justifiait, proclamaient la nécessité de prendre part aux élections politiques. D'autres, mieux inspirés, et dirigés surtout par le sentiment du devoir, soutenaient que les catholiques devaient s'abstenir : Ni électeurs, ni élus, disaient-ils. C'était une noble protestation. Impuissants à lutter avec succès, ils choisirent l'unique moyen qui restât en leur pouvoir: se séparer, et proclamer ainsi qu'on ne prescrit jamais contre la justice et contre le droit. Voter, c'était, à leurs yeux, reconnaître le régime politique établi, et les catholiques ne le peuvent en aucune manière. Ecoutons Pie IX approuver cette conduite et en donner la raison.
« Que ferait celui qui voudrait se donner la peine de chercher et d'envoyer à la Chambre quelques personnes pour prendre la parole dans les discussions et parler en faveur de la justice ? Je dis cela parce que j'ai vu dans un certain journal que l'abstention des catholiques des élections politiques a fait la brèche de porta Pia. Je vous laisse juger vous-mêmes si cela est vrai, ou si ce n'est pas plutôt une solennelle extravagance.
« Alors même qu'on aurait ,pu réussir à envoyer quinze ou vingt bons députés à la Chambre, qu'auraiton fait ? Rien autre chose que de consolider un gou-
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vernement qui soutient toutes les injustices commises et tous les faits accomplis jusqu'ici. On m'a dit qu'il y a un certain parti qui s'agite, je pense, à ce sujet. Je sais que les résolutions prises au Parlement sont toujours contraires à l'Eglise ; je sais que pour y entrer il faut prêter un serment, licite ou non, il n'est pas nécessaire de le dire ici. Mais mon sentiment, c'est qu'on n'y aille pas. Aller aux urnes pour donner son vote à des membres destinés à faire partie de l'assemblée législative est donc une chose qui ne pourra jamais avoir mon approbation (r).
« Et maintenant, disait-il au cercle de Sainte-Mélanie et de Sainte-Catherine de Sienne, composé des femmes du peuple de Rome, retenez bien une autre prière que je vous invite à faire. Tout le monde sait que d'ici à quelques jours ceux que l'on appelle électeurs devront s'occuper du choix des députés destinés à siéger dans une grande assemblée. Et puisque, de plusieurs villes d'Italie, on m'a écrit pour me demander s'il était permis de faire partie de cette réunion, tout en vous conseillant, à vous, de prier, je réponds à la demande qui m'a été faite, en ne faisant que deux observations.
« Et d'abord, je dis que le choix n'est pas libre, parce que les passions politiques opposent trop d'obstacles, et des obstacles trop durement imposés.
« Mais alors même que les élections fussent libres, resterait à surmonter un obstacle plus puissant encore; ce serait le serment que chaque député est obligé de
1. Aux députations des sociétés catholiques de Naples le 18 juin
histoire De Pic tr.
prêter sans restriction aucune. Ce serment, et notez bien ceci, ce serment devrait se prêter à Rome, ici, dans la capitale du catholicisme ; ici, sous les yeux du vicaire de Jésus-Christ. Et par ce serment on devrait jurer d'observer, de défendre et de maintenir les lois de l'Etat, c'est-à-dire, qu'on doit jurer de sanctionner la spoliation de l'Eglise, les sacrilèges déjà commis, l'enseignement anti-catholique, tout ce qui se fait maintenant et tout ce qui se fera à l'avenir. Et tout cela, au mépris de vieilles et nouvelles censures ; et tout cela, envers et contre les promesses solennelles qui ont été faites publiquement et répétées par des hommes du soi-disant mouvement, le pire des mouvements ! lesquels hommes ne peuvent mériter l'appui des hommes d'honneur, et beaucoup moins, des hommes de conscience. D'où je conclus qu'il n'est pas permis d'aller siéger dans cette assemblée (*). »
Malgré ces paroles si claires et si formelles du saint père, on continuait à proclamer dans certaines parties de l'Italie la nécessité pour les catholiques d'aller aux urnes. On feignait d'ignorer le sentiment de Pie IX ou Ton prétendait que les circonstances n'étaient plus les mêmes, et, profitant de l'absence d'un document officiel émané du pape, on affirma que le pape avait modifié son premier jugement et qu'il poussait les catholiques à prendre part aux élections. La réponse ne se fit pas attendre. On était à la veille des élections de 1877, et, le 29 janvier, Pie IX adressait à M. Jean Acquaderni, président, et à tout le conseil de la société de la
\. Le 11 octobre 1S74.
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jeunesse catholique, à Bologne, une lettre qui ne permettait plus le moindre doute.
Les catholiques s'abstinrent de prendre part aux élections politiques. Il n'en fut pas de même pour les élections municipales. Il ne s'agit pas ici, d'ailleurs, de prêter un serment politique, mais seulement des intérêts des cités, de l'éducation de la jeunesse, et en Italie les administrations municipales sont puissantes. Le système de centralisation n'a point encore pénétré dans ce royaume : chaque ville d'Italie a conservé son autonomie administrative. Le maire est tout, et les préfets passent inaperçus : c'est à peine si le peuple connaît leur nom. Les municipalités sont appelées à jouer un grand rôle dans la constitution de l'unité italienne ; elles pourront créer d'immenses difficultés au gouvernement, et les esprits les plus clairvoyants et les plus pratiques ne craignent pas d'affirmer qu'elles seront un obstacle insurmontable: elles déferont l'Italie. Pie IX a donc laissé toute liberté aux catholiques de prendre part à ces élections, et dans le renouvellement des conseils municipaux qui s'est fait en 1877, les catholiques ont obtenu presque partout ou la majorité ou une minorité fort imposante qui donne à réfléchir aux hommes d'État italiens.
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