I. A la noblesse romaine, le 26 décembre
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qu'un voulait chercher une pièce d'argent, il lui faudrait la lanterne de Diogène. »
Malgré sa captivité et sa détresse, Pie IX ne cessait de soutenir et d'encourager les œuvres qu'il avait créées au temps de la prospérité. Nous avons parlé de l'institution agricole qu'il a fondée, hors de Importa Portesc, sous le nom de Vigna Pia. Il la soutient encore de ses aumônes (*), et chaque année, il reçoit au Vatican les jeunes orphelins qui y sont recueillis par ses soins, formés à tous les travaux de la campagne et initiés à tous les progrès de l'agriculture. Le 12 octobre 1876, il les recevait encore, au nombre de quatre-vingts, clans les jardins du Vatican. Selon l'usage, ils lui présentèrent des fleurs et des fruits. Pie IX s'arrêta devant chacun d'eux, s'assit au milieu d'eux pour écouter leurs poésies, et les plus petits récitèrent en sa présence un gracieux dialogue sur les principaux mystères de la doctrine chrétienne.
Pie IX les bénit et leur distribua des médailles. Rien ne fut touchant comme de voir ces jeunes garçons, après avoir quitté le saint père, se rendre devant la représentation de la grotte de Notre-Dame de Lourdes et prier la sainte Vierge pour la conservation des jours de leur bienfaiteur.
Le 7 janvier 1872, sept cents femmes du Transtevère, appartenant au cercle catholique de Sainte- Françoise romaine, se présentèrent devant le saint père. Quand Pie IX apparut, toutes ces femmes se
1. Comme cette œuvre a besoin d'être aidée, c;est pour cela, dit-on, que les Italiens ne l'ont point encore arrachée à la direction du Pape.
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prosternèrent contre terre, et elles se relevèrent en acclamant le bien-aimé pontife.
« J'ai écouté avec une bien grande satisfaction, leur dit Pie IX, les belles paroles que vous m'avez dites ; elles me rappellent la vieille affection que le Transtevère exprimait dans d'autres temps envers le saint siège. Je vous rappellerai un fait, arrivé il y a vingt-quatre ans. J'étais alors au Ouirinal et, lorsque le peuple romain venait, comme aujourd'hui, m'offrir ses hommages, le quartier du Transtevère se présenta à son tour.
« Que de personnes vivaient alors et qui n'existent plus ! Un prince romain était à la tête de ce bataillon ; ce prince est mort aujourd'hui, son fils aussi, et son petit-fils également. Il y avait un curé, il est mort. Et tant d'autres, qui faisaient partie de ce bataillon, tous ont terminé leur carrière. Quelle leçon nous est donnée là ! La mort, comme vous le voyez, ne pardonne à personne. Il y avait aussi des femmes; mais elles n'entrèrent pas dans les salles, et ce fut de la Loggia que je leur donnai ma bénédiction. Les femmes envoyèrent donc une députation d'hommes pour me présenter en leur nom un bouquet extraordinaire de fleurs, que deux hommes pouvaient porter à grand'peine, et que l'on plaça au milieu d'une salle. Ce n'est point un bouquet de fleurs que vous présentez aujourd'hui, c'est un bouquet de cœurs, et de cœurs fidèles, que vous venez déposer auprès de la chaire de saint Pierre, auprès de laquelle reposent tant de martyrs. Vous m'avez présenté vos cœurs navrés et oppressés par l'injustice et par tant de
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misères. Ces cœurs demandent dans leur affliction, quand finiront ces jours de persécution et d'angoisse? »
Puis rappelant les mystères chrétiens dont l'Eglise célébrait la mémoire: la fuite en Egypte, puis le retour de Joseph et de Marie à Nazareth, après la mort d'Hérode, il continue :
« Mes chères filles, il en a toujours été ainsi dans le monde. De tout temps, l'Eglise a été persécutée; mais ses persécuteurs defuncti sunt, tandis que l'Eglise est là. Les incrédules de nos temps dépouillent l'Eglise et voudraient faire disparaître ses ministres, et l'Eglise est toujours là. Voilà la réponse. Le temps d'une plus grande paix viendra ; hâtons-le par nos prières. Vous pouvez aussi hâter cette heure en accomplissant de bonnes œuvres... Occupez-vous à donner une bonne éducation à vos enfants. Unissez-vous à vos pasteurs et allez toujours d'accord avec eux, etc. »
Parmi ces Romains, fidèles à leur roi et au malheur, il se glissait quelquefois des traîtres. Ces individus, comme autrefois les pharisiens parmi les disciples, se mêlaient à la foule pour entendre le pape, chercher à le surprendre dans ses paroles et révéler aux ennemis ce qu'ils auraient vu et entendu. Pie IX fut plus d'une fois averti et, un jour, il signala publiquement la présence d'un de ces espions. C'était le 17 juillet 1871, il recevait la société des Reduci ou anciens zouaves avec la société des dames inscrites pour la prière quotidienne, promue par les Reduci. Il y avait environ 450 personnes.
« Nous ne devons plus combattre avec les armes
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matérielles, dit Pie IX, mais bien avec les armes spirituelles; c'est-à-dire que nous devons tous combattre en commun avec nos prières; puis, vous en particulier, avec vos prières unies à celles de vos familles. Vous devez surtout combattre en ne vous mêlant jamais à ceux dont les sentiments ne sont pas droits, qui cherchent à pervertir de mille manières, et qui pourraient même gagner à eux les esprits les plus fermes et les plus fidèles. Persévérez donc dans la fidélité et l'honneur dont vous avez donné au monde des preuves qui vous ont acquis une gloire immortelle et ont rempli nos cœurs de consolation.
« Sachez cependant que je vais dire une chose qui vous déplaira; mais je voudrais que cela demeurât entre nous et ne sortît pas de cette salle; sachez donc que lorsque Notre-Seigneur instituait le très saint sacrement, il dit à ceux qui étaient assis à table avec lui : Ici, parmi vous, il y en a un qui me trahit! Malheureusement je dois dire la même chose. »
A ces mots l'auditoire commence à se troubler.
« Je sais qu'ici, parmi vous, il y a quelqu'un qui est venu avec de mauvais desseins...»
Les murmures et 1 etonnement croissent.
« Il y a quelqu'un qui est venu non avec des sentiments de fidélité, mais avec les sentiments d'un traître... »
Le murmure se change en tumulte. La plupart, et particulièrement les femmes, s'écrient: « Vive le saint père! Oui est le traître? Où est-il? Chassons le traître!»
Le saint père reprit d'une voix forte : « Il y a ici un
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Judas ! Il y a un traître !.. » Puis, faisant un signe de la main, il dit d'un ton menaçant:
« Et je pourrais même le nommer ! »
— « Oui, Saint Père, nommez-le, secria quelqu'un. » Mais la confusion devint telle que le saint père fut obligé de suspendre son discours; il reprit:
« Notre-Seigneur dit : Qui intingit mecum manum in paropside, hic me tradet. Ici les mains ne se voient pas; mais Dieu voit bien le fond des cœurs, et Dieu fasse que cette âme coupable se convertisse (I). »
Ce n'était pas seulement Rome, son patriciat, sa bourgeoisie, ses ouvriers, ses enfants, ses paysans qui venaient au Vatican protester de leur fidélité et de leur amour pour leur roi, leur père et leur pape, mais de tout le patrimoine de saint Pierre lui arrivaient des députations lui exprimant les mêmes sentiments, lui témoignant le même amour.
Les jeunes gens de Bologne, ce centre de la révolution, ne furent pas les derniers à accourir à Rome et à protester de leur attachement pour l'auguste captif. Pie IX, ému, répondait à leur adresse par ces mots(2):
« L'exemple de Bologne a toujours une très grande influence sur les villes de la Romagne. Mais si la Révolution a commencé en quelque sorte à Bologne, c'est avec plaisir que je vois partir de cette ville l'exemple d'une réaction catholique , opposée aux principes révolutionnaires. »
i. Une dame, qui s'occupait d'affaires peu honorables et qui servait d'espion au gouvernement subalpin, avait pu se procurer frauduleusement un billet.