‹ Histoire de Pie IX le Grand et de son pontificatChapitre 26 sur 81 · I. Ezéchiel. III · texte numérisé non relu

I. Ezéchiel. III

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Mais comment connaître Pie IX dans toute la noble et mâle grandeur de son caractère, sans lire les nombreux discours que, depuis 1870, il n'a cessé d'adresser aux pèlerins qui sont venus de toutes les parties du monde catholique et de tous les coins de l'Italie ? Nos lecteurs ont pu déjà s'en faire une idée parles nombreux extraits que nous avons donnés de ces discours, et cependant, s'ils n'ont point entendu le saint pape, ils ne pourront que fort imparfaitement se représenter cette éloquence d'une originalité et d'une puissance si extraordinaires. Pie IX avait tous les dons qui font le véritable orateur : l'élévation de la pensée, l'émotion communicative, la simplicité, la force, la facilité et le bonheur de l'expression, la flamme brillante de l'esprit, la flamme brûlante du cœur. Quand il se levait pour répondre aux adresses qu'il venait d'entendre, on le voyait grandir ; sa majestueuse et noble figure semblait ajouter à sa taille. Sa parole claire, nette, sonore, émue, vibrante, pénétrait comme le glaive à deux tranchants, dont parle l'apôtre, jusqu'aux divisions les plus intimes du cœur de ceux qui l'entendaient. On sentait que l'idée allait de son âme à ses lèvres et de ses lèvres à l'âme de ses auditeurs, comme si elle avait des ailes.

Ces admirables allocutions sont l'histoire, jour par jour, heure par heure, de la Révolution, dont Pie IX suit le développement à partir du moment où elle s'est implantée à Rome. Il ne laissa passer aucun fait inaperçu. Les fruits de la Révolution sont ainsi mis à découvert par le souverain pontife qui, du reste, avec une perspicacité rare, avait, dès le principe, démasqué les projets,

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stigmatisé à l'avance tous les desseins impies des nouveaux maîtres de Rome. Cette dénonciation, en quelque sorte officielle, a une autorité incontestable. C'est donc là, à cette source authentique et autorisée (!), que nous avons dû plus d'une fois recourir pour tracer l'histoire de cette invasion sacrilège.

Nous avons emprunté, et nous emprunterons encore souvent, les accents de cette voix magistrale pour stigmatiser tous les attentats des adversaires de l'Eglise et du saint siège. Nous l'entendrons aussi louer le courage des persécutés, fortifier les évêques, consoler les fidèles, les exhorter à l'espérance et à la pratique des bonnes œuvres.

A côté du courage surhumain du pontife et du roi, on voit briller également la plus grande douceur. S'il s'adresse aux puissants du monde, il n'hésite pas à faire retentir à leurs oreilles les menaces divines. Toutefois une bonté singulière anime par-dessus tout les discours de Pie IX : on sent qu'il est père et que, lors même qu'il menace, il ne demanderait qu'à bénir.

Pie IX n'oublié jamais qu'il est évêque, qu'il est pasteur, et, à côté du docteur de l'Eglise universelle, on trouve toujours le père plein de tendresse et de sollicitude pour le salut et la perfection de l'âme de ses enfants. Les exhortations de la piété la plus suave, de l'ascétisme le plus pur et le plus aimable, les conseils

1. Les discours du saint père ont été publiés, cornue nous l'avons dit, par le P. de Franciscis et traduits en français par M. l'abbé Redois. Pie IX revoyait les épreuves de tous ses discours sténographiés par le P. de Franciscis, et plus d'une fois, il les corrigea lui-même avant qu'ils reçussent la publicité du journal. Ils forment aujourd'hui quatre gros volumes in-8°.

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les plus prudents et les plus élevés, les invitations les plus tendres et les plus chaleureuses remplissent ces discours, empreints de la spiritualité la plus haute et du mysticisme le plus pratique.

Avant de donner de nouveaux extraits de ces merveilleuses allocutions, nous voulons esquisser la physionomie pleine de grandeur et de simplicité des audiences pontificales dans lesquelles elles furent généralement prononcées.

Pour cela nous laisserons la plume à un vénérable prélat que la mort a enlevé trop tôt au service de l'Église et à la gloire des lettres (*).

Il est midi. Déjà les premières antichambres sont remplies, souvent d'hommes du clergé ou des hautes classes sociales. A côté du missionnaire qui arrive du Japon ou de l'Australie, vous voyez des uniformes d'officiers des Etats-Unis, d'Angleterre ou de France. Ce monsieur vêtu d'un simple frac noir est un ancien ministre qui connaît plusieurs cours ; il peut les comparer avec celle-ci. Tout près de lui se trouve un homme de lettres ou un savant dont la vie s'est écoulée dans l'étude : pour la première fois, peut-être, il sent combien sont de peu les travaux et la science elle-même sans la lumière et la chaleur de la foi. Plus loin, c'est un jeune homme d'illustre famille française ou anglaise ; ému, il baise la main qui bénit avec une tendresse paternelle et une autorité divine.

Dans d'autres antichambres se trouvent de pauvres gens du peuple ou des artisans, parce que la faveur

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