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ment de date nous expliquera les nombreux retranchemens qu'il lui fit subir. Cette réimpression parut Fannée (16 16) qui suivit le mariage de Louis XIII avec Anne d'Autriche, infante d'Espagne, et Godefroy, en sa qualité d'Historiographe du Roi, n'eut garde d'y laisser les passages qui eussent pu blesser l'orgueil des compatriotes de la Reine. 11 ne s'en tint point à ces mutilations qui peut-être lui furent imposées , et supprima de son chef une foule de détails et d'expressions qui lui parurent les uns oiseux , les autres inintelligibles. Cette édition n'en a pas moins servi de modèle à toutes celles que l'on a faites depuis , et c'est sur ce texte tronqué que tous les historiens de Bayart ont travaillé , sans se donner la peine de recourir à l'original. Nous nous contenterons, pour ne pas entrer dans l'énoncé minutieux des omissions de Godefroy, de citer celle du fameux défi du duc de Nemours aux Espagnols avant la bataille de Kavennes.
Plus tard Louis Videl, secrétaire et historien du connétable de Lesdiguièrcs , donna sous les yeux du célèbre président Salvaing de Boissieu , descendant de Bayart par les femmes, une nouvelle édition du Loyal Serviteur. Videl ajouta aux notes de Godefroy toutes celles qui lui furent communiquées par le savant président que nous venons de nommer, et enrichit son volume du Supplément à la vie de Bayart qu'avait publié Claude d'Expilly six ans auparavant. Enfin cette édition aurait été le digne équi-
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valent du monument que devaient encore les Dauphinois à Bayart , si les doctes éditeurs , prenant le soin de recourir au texte original, ne se fussent point contentés de reproduire celui de Godefroy.
Le commencement du dix-huitième siècle vit éclore deux nouvelles histoires de Bayart ; nous passerons sur ces deux ouvrages oubliés et trop dignes de 1 être, dont nous nous contenterons de citer accidentelle* ment les titres.
Nous arrivons à la dernière comme à la plus connue de toutes ; je veux dire à l'histoire de Guyard de Berville. Le charme du sujet , en dépit de la manière dont il a été traité , est tel que nous pourrions citer vingt éditions de ce livre. Si Guyard de Berville eût été encore vivant , nous nous serions astreint à le réfuter pied à pied , et à signaler les nombreuses erreurs dont fourmille cet ouvrage aussi pâle qu'incomplet ; mais aujourd'hui nous nous contenterons de provoquer les lecteurs à une comparaison qu'il leur est facile de faire entre lui et nous, dût cet appel nous faire accuser de présomption. Cet écrivain n'a pas connu la dixième partie des auteurs que nous avons feuilletés avec un soin et un scrupule d'autant plus consciencieux que nous étions exposés au parallèle. Berville a négligé de consulter plusieurs importans manuscrits , entre autres ceux de Jehan d'Anton et d'Aimar du Rivail. Nous (levons au premier de ces historiens, que nous croyons Dauphinois, d'après son nom et l'amour qu'il porte au
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Bon Chevalier , la connaissance d'une foule de faits nouveaux. Le second, conseiller au parlement de Grenoble , avait vécu et converse avec Bayart. Nous avons tiré du manuscrit autographe de son Histoire des Allobroges , nombre de citations curieuses. Mais du Rivail n'ayant pas eu le temps de mettre la dernière main à son ouvrage , il fourmille de fautes de latinité que l'on voudra bien ne pas nous attribuer.
Guyard de Berville a écrit l'histoire d'un capitaine du quinzième siècle, comme s'il eût écrit l'histoire d'un général de son temps , et , sauf le nom des personnages , on pourrait s'y méprendre. Pour nous , nous n'avons tâché au contraire que de reproduire dans leur naïve vérité les faits et gestes d'un preux de l'ancien temps, trop heureux si l'exactitude des costumes fait pardonner l'imperfection du tableau.
Aucun des écrivains que nous venons de citer ne s'est rendu compte de la signification du mot chevalier, qu'ils ont joint mal à propos au nom de Bayart. Il nous semble qu'il ne devrait être entendu que fîgurément clans le sens de chevalier par excellence. En effet, cette qualification n'était point encore devenue une distinction nobiliaire établie en faveur des puînés des familles nobles, et comme dignité ou investiture militaire , elle ne précédait jamais le nom propre au quinzième siècle. Aussi Bayart ne fut-il jamais appelé de son vivant le chevalier, mais bien le seigneur ou le capitaine Bayart. A qui me rendrai-je, lui demande
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Soto-Mayor? — Au capitaine Bayait. — Je suis le capitaine Bayart , dit-il en remettant lui-même son épée à un gentilhomme bourguignon, à la déroute de Guinegâte. Les quittances et les montres originales que nous rapportons à XAppendix, sont au nom de Pierre de Bayart , seigneur dudit lieu. Le Loyal Serviteur, tout en ayant intitulé son ouvrage : Histoire du Bon Chevalier sans Peur et sans Reproche , ne s'est jamais servi de cette qualification en style direct. Champier a de même évité d'en faire usage dans le cours de son livre intitulé , selon les éditions , les Gestes du preux chevaUer Bayart , ou Histoire du capitaine Bayart, gentilhomme du Dauphiné,
Il faut se rappeler que l'époque de la publication de ces deux ouvrages fut aussi celle où parurent tous ces romans de chevalerie dont la cour de François Ier faisait ses délices. L'invention récente de l'imprimerie fut presque exclusivement consacrée à reproduire les plaisantes et récréatives histoires des Aniadis , des paladins de Charlemagne , des chevaliers de la Table- Ronde; et l'influence de ces compositions romanesques* s'étendit sur toute la littérature contemporaine. Champier et le Loyal Serviteur y payèrent tribut en donnant à leurs histoires les titres et la tournure à la mode.
Godefroy enchérit sur ces auteurs , en intitulant tout uniment la réimpression qu'il donna : Histoire du chevalier Bayart; mais on était alors au dix-sep-
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tième siècle où la qualification de chevalier se rapportait à celle de comte on de baron , et cet éditeur, si fécond en commentaires, aurait bien dû nous faire part du sens qu'il y attachait.
Nous ne donnerons donc point à Bayart un titre hors des usages de l'époque que nous avons essayé de reproduire en sa personne , titre que ni lui ni aucun de ses contemporains n'ont porté , et qui ne conviendrait alors qu'à un héros de roman. Mais le mot chevalier, précédé du mot bon, change de sens. Il devient un surnom, et nous nous en sommes servi, à l'exemple des chroniqueurs, toutes les fois qu'il a pu être indifféremment le synonyme de Bayart.
Nous n'abuserons point davantage du droit de préface. Nous n'entrerons pas dans une longue et prétentieuse dissertation, a celte fin de prouver que le genre que nous avons adopté est le meilleur. Les lecteurs sont rassasiés de ces systèmes individuels , et rarement on les voit confirmer les admirations préliminaires qu'un auteur essaie de leur imposer. Nous
n'ajouterons autre chose en notre faveur, sinon que ceci est un livre de bonne foi; c'est au public de décider si nous avons bien ou mal assemblé les matériaux gothiques dont est construit notre moderne édifice.
DE BAYART.