‹ Histoire de Pierre Terrail, seigneur de BayartChapitre 25 sur 59 · ISTOIRE · texte numérisé non relu

ISTOIRE

gneurs de Bonnet et de Mypont , amis et dignes frères d'armes du Bon Chevalier.

Cette expédition réunissait les plus illustres capitaines français restés en Italie : le baron de Béarn ; Jacques d'Alègre , baron de Milhau, fils d'Yves d'Alègre ; Frédéric de Mailly, baron de Conti; Adrien de Brimeu, seigneur d'Humbercourt ; Daillon de La Cropte et le bâtard de La Claytte *. A la tête de cette brillante noblesse qui doublait le secours qu'avait demandé l'Empereur, La Palice s'avança à marche forcée sur Vérone. Les Vénitiens étaient déjà sous les murs de cette ville dont , une fois maîtres , il eût été difficile de les chasser ; mais dès qu'ils aperçurent les coureurs de l'armée française que commandait Bayart, ils se retirèrent à Vicence et délivrèrent « d'une » belle peur » levêque de Trente, gouverneur de la place. Chabannes deLaPalicepoursuivitl'armée de la République au-delà de Vicence et ne s'arrêta

' Il sera parlé souvent dans le cours de cette histoire de Marc de La Claytte , fils d'Hugues de Cbautemerle, seigneur de la Claytte , en Charolais. — Ce donné (bâtard) , qui ne savoit ni lire ni écrire , fut si vaillant homme et heureux capitaine qu'il devança en faveur et crédit ses frères légitimes. L'ignorance des lettres n'empescha qu'il ne fût recogneu pour bon homme de guerre , accort en affaires et insigne courtisan. {Antiquités de Mascon , par Pieu * s de Saiht-Juhew de Bai,i.f.iirr, Paris, i58o, in-folio, p. 34p.)

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qu'à, seize milles de Padoue, dans le bourg de Castel-Franco, pour y attendre des nouvelles de Maximi lien. Ce prince , après avoir éprouvé les plus grandes difficultés à traverser les montagnes du Trévisan et perdu un temps précieux devant quelques misérables châteaux, envoya le prince d'Anhalt annoncer sa prochaine venue aux Français qui désespéraient de le voir arriver. Maximilien descendit enfin lui-même dans le Vicentin, avec une armée qui, grâce aux renforts qu'il reçut de tous côtés , ne tarda pas à devenir formidable ; son artillerie, la plus nombreuse que l'on eut encore vue en Europe , était composée de plus de cent pièces, mais la plupart si lourdes et si mal servies que leur apparence était plus redoutable que leur effet.

Les armées réunies s'avancèrent aussi rapidement que le permettaient les immenses équipages de l'Empereur, et le désordre qui régnait parmi ses lansquenets, milice ramassée à la hâte dans les Cercles germaniques. Elles vinrent camper proche le palais de la reine de Chypre \ à huit

1 C'était probablement le palais où s'était retirée, quelques années auparavant, Catherine Cornaro, reine de Chypre, après avoir cédé son royaume aux Vénitiens ses compatriotes.

milles de Padoue. On régla dans ce camp les opérations du siège ; il fut décidé que l'on commencerait par s'emparer des places environnantes , et que les gens d'armes français et les lansquenets du prince d'Anhalt, l'élite des troupes allemandes , feraient les approches de Padoue.

Enfin , le 15 septembre 1509, Maximilien mit le siège devant cette ville , après avoir laissé passer le temps de la belle saison , et donné aux Vénitiens le loisir de la fortifier et de la rendre imprenable à une armée du double de la sienne. Vingt-cinq mille hommes , la fleur des troupes de la République, toute la jeune noblesse de Venise, s'étaient enfermés dans cette place , « la filleule » chérie de Saint-Marc. » Celte puissante garnison avait pour chef le comte de Pitigliano, surnommé le Fabius vénitien , et pour officiers subalternes, les plus habiles capitaines de l'Italie.

Maximilien, renonçant à investir une aussi vaste cité, se réduisit à pratiquer avec son artillerie une brèche assez large pour remporter d'assaut. Il fut donc résolu dans le conseil de guerre que l'on approcherait le canon sous les murs de l;i ville ; mais le plus difficile était de l'exécuter. Pour arriver jusqu'à la porte de Vicence devant

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laquelle était dirigée l'attaque, il fallait s'engager dans une route tirée au cordeau, bordée de larges fossés, suivant l'usage du pays, et -coupée de deux cents pas en deux cents pas par quatre fortes barrières. L'artillerie de la place dominait cette avenue, et tombait à découvert sur les assaillans ramassés dans l'étroit espace du terrain.

Cette dangereuse commission fut donnée au Bon Chevalier qui l'accepta comme une faveur; suivi des capitaines La Claytte , La Cropte , du jeune seigneur de Bussy et du prince d'Anhalt, il assaillit si rudement la première barrière, qu'à travers les coups de canon et d'arquebuse , et malgré la plus vive résistance, il chassa les ennemis jusqu'à la seconde. Celle-ci fut défendue avec plus d'acharnement encore, Bussy d'Amboiseeut son cheval tué et le bras percé d'un coup d'arquebuse, sans qu'il fût possible de le faire retirer.

Le capitaine d'Alègre survint fort à propos avec ses aventuriers dont l'intrépidité et l'audace eurent promptement rétabli l'équilibre. Le combat se livrait en plein midi, et il était facile de distinguer ceux qui faisaient bien leur devoir. Enfin , après un assaut de plus d'une demiheure, cette seconde barrière fut forcée; les Vénitiens , poursuivis lepée dans les reins , n*eurent

pas le temps de se loger dans la troisième , et se réfugièrent en désordre dans la quatrième. Ils y trouvèrent douze cents hommes d'armes de troupes fraîches, trois fauconneaux et force arquebusiers. A la vue de leurs remparts qui n étaient qu'à un jet de pierre, les Vénitiens, redoublant de courage, résistèrent opiniâtrement. L'assaut durait depuis une heure, et devenait de plus en plus meurtrier , lorsque le Bon Chevalier, commençant à s'impatienter , dit à ses compagnons : « Messeigneurs, ces gens nous amusent » trop long- temps, descendons à pied, et finis- » sons -en avec cette barrière ! » Au nombre de trente à quarante hommes d'armes , la visière levée et la pique à la main, ils s'avancèrent a bouts touchans. Le vaillant prince d'Anhalt, le baron de Milhau , les capitaines Grand-Jean-le-Picard et Maulevrierne quittaient pas Bayart, et frappaient tous comme des furieux. Le Bon Chevalier, sapercevant que les troupes vénitiennes se renouvelaient à chaque instant, se mit de nouveau à dire : « Messeigneurs , ils nous tiendront six ans ici » sans rien faire; suivez-moi, et donnons-leur un » dernier assaut. — Allons , capitaine! » répondirent-ils.»— Sonne, trompette,» cria Bayart, en se précipitant sur les ennemis qui cette fois reçu-

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lèrent de la longueur d'une pique de l'autre côté de la barrière. « En ayant, compagnons, ils sont » à nous !» Et en disant ces mots, le Bon Chevalier, comme s'il eût eu plusieurs vies à perdre, franchit la barrière , et une vingtaine des siens après lui. Ils eussent fini par être accablés sous le nombre, si les aventuriers , voyant la dangereuse position où s'étaient mis ces intrépides gens d'armes, ne fussent venus les rejoindre par le même chemin. Aux cris de France! France! Empire ! Empire ! ils chargèrent si rudement les Vénitiens , que ceux-ci, contraints d'abandonner leur dernier retranchement , s'enfuirent en dé* sordre dans la ville. Le succès de cette entreprise couvrit de gloire les Français ; mais chacun avoua que le principal honneur de l'œuvre appartenait à celui qui l'avait dirigé et mis à fin. '

L'artillerie fut aussitôt amenée sur les bords des fossés , et commença le lendemain un feu si terrible, qu'il fut tiré en huit jours plus de vingt mille coups de canon. Les assiégés ne répondaient pas moins vivement ; ils firent plus, et l'on surprit un canonnier de l'Empereur qui , sans doute gagné par lesVénitiens, au lieu de tirer sur la ville, tirait sur le camp. Son procès fut bientôt instruit, La Palice le fit mettre dans un mortier , et l'en-

voya en pièces dans Padoue. On accusa publiquement de cette trahison un seigneur épirole , nommé Constantin Cominatès, dont l'Empereur suivait aveuglément les conseils. La Palice lui reprocha en face d'avertir chaque jour le comte de Pitigliano des opérations du siège, le traita de lâche et le provoqua au combat. Cominatès n'eut garde d'accepter, et Maximilien, craignant pour son favori les suites de cette affaire , s'empressa d'apaiser le différend.

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