‹ Histoire de Pierre Terrail, seigneur de BayartChapitre 29 sur 59 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Le due de Nemours arrive en Italie et fait grand honneur au Bob Chevalier. — Horrible aventure de la grotte de Masano. — Rencontre de deux capitaines albanais.

Au commencement de Tannée 1510, Louis XII cédant aux prières de son neveu, Gaston de Foix, duc de Nemours, l'envoya faire ses premières armes en Italie, sous la conduite du sage et vaillant capitaine Louis d' Ars. Ce jeune prince honora du meilleur accueil les seigneurs français , et distingua surtout le Bon Chevalier sans peur et sans reproche, qu'en sa qualité de gouverneur du Dauphiné1 il connaissait particulièrement. Bayart

1 Gaston de Foix , duc de Nemours , fils de Marie d'Orléans, s©?ur de Louis XII , et de Jean de Foix, vicomte de Narbonne, avait succédé à son père dans le gouvernement du Dauphiné depuis i5o3. Ce jeune prince portait le titre de duc de Nemours rétabli en sa fa-

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éprouva la plus vive satisfaction à revoir son premier capitaine, et Louis d'Ars à retrouver son élève et son ami , grandi en gloire et en réputation. Son cousin, Soffrey Alleman de Molard, arriva quelque temps après avec la bande de deux mille gens de pied dauphinois que Louis XII, jaloux d'affranchir son royaume du tribut onéreux qu'il payait aux Suisses, avait confiés à l'expérience de ce brave capitaine. L'infanterie française n'avait été jusqu'alors composée que de « rustres, gens de sac et de corde, » rassemblés au commencement , et licenciés à la fin de chaque campagne. La bande du capitaine Molard (c'était le nom que l'on donnait alors aux compagnies de gens de pied) fut le premier corps national payé et entretenu sous les drapeaux, en paix comme en guerre 1. Louis s'appliquait à relever le service de l'infanterie, dont les Suisses avaient fait reconnaître la supériorité dans les guerres d'Italie, et que, par un ancien préjugé, la noblesse française regardait encore comme au-dessous d'elle.

▼eur après la mort du dernier duc de ce nom , de la maison d'Armagnac, tué à la défaite de Cerignola. , , jrj;

1 Duo peditum milita sub Molardo nssidua stipendia à Ludovic* rapiebant et in stafioniftus continué crant. (Rivai. ut, folio 135.)

Le Pape, n'ayant plus rien à gagner à la ligue de Cambrai, n'avait pas tardé à reprendre contre l'Empereur el le roi de France le parti de» Vénitiens qui achetèrent à tout prix son absolution et son alliance. Jules s'empressa de chercher des alliés à ses nouveaux amis , et des ennemis à ses anciens alliés. Tandis que ses émissaires s'efforçaient d'exciter l'ambition du jeune roi d'Angleterre, et de le jeter sur les côtes de France, Mathias Scheiner, son digne serviteur, flattait en chaire les deux passions de ses compatriotes , l'avarice et l'orgueil , et préparait une rupture également funeste aux Suisses et aux Français. Louis et Maximilien, indignés de la conduite du Pape, s'unirent encore plus étroitement, et résolurent de pousser vivement la guerre.

Chaumont d'Amboise, gouverneur du Milanais, et le prince d'Anhalt, à la tète de vingt mille hommes , entrèrent dans le Vicentin en chassant devant eux l'armée de la République. Les habitans de Vicence, abandonnés par les Vénitiens, essayèrent vainement de conjurer la vengeance et la « barbarie tudesque » des Allemands qu'ils avaient chassés l'année précédente; il fallut se rendre à discrétion. Mais le butin ne fut v point aussi considérable que les lansquenets l'es-

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péraient ; Vicence était presque déserte , et les citoyens avaient emporté dans leur fuite tout ce qu'ils avaient de plus précieux.

Dans les monts au pied desquels est bâtie cette ville se trouve un vaste souterrain creusé par la nature, et que la main des hommes a agrandi de toutes les pierres dont sont construites Vicence et Padoue. Dans cette grotte de Masano, c'est le nom qu'on lui donne, s'étaient réfugiées avec de nombreuses provisions, plus de deux mille personnes des plus considérables, tant de la ville que du plat pays. Les Vicentins s'y croyaient bien en sûreté, car l'entrée était si étroite qu'un seul homme pouvait y passer a la fois , et ils s'étaient munis de piques et d'arquebuses en cas d'attaque. Quelques aventuriers , gens de pillage et Français , il faut le dire, vinrent à découvrir leur retraite et la voulurent forcer. Les malheureux eurent beau leur crier qu'il ne leur restait rien, et qu'ils n'avaient, de tous leurs biens, sauvé que leur vie, les aventuriers ne se payèrent pas de leurs prières, et s'obstinèrent à entrer. On tira de la grotte quelques coups d'arquebuse qui en jetèrent deux sur la place. Les autres allèrent chercher leurs camarades qui, plus diligens pour le mal que pour le bien, accoururent en foule. Quand ces scélérats

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