SI HISTOIRE
La levée du siège de Mézières produisit une allégresse universelle en France ; le Roi annonça cette heureuse nouvelle à sa mère, la duchesse d'Angoulème, par une lettre dans laquelle il disait « qu'en cette occasion Dieu avait montré » qu'il était bon Français ; » il eût pu ajouter que le meilleur Français après Dieu avait été Bavart. L'opinion générale attribua au Bon Chevalier le salut du royaume K Si les Allemands se fussent rendus maîtres de Mézières , comme de Mouzon, rien ne les empêchait de pénétrer jusque dans le cœur de la France , tandis que l'héroïque résistance de Bayart fatigua les troupes impériales, et donna le temps au Roi de réunir une armée. Un écrivain contemporain allirme une particularité que nous n'osons garantir, mais qui démontre l'enthousiasme qu'excita l'heureux dévouement du Bon Chevalier. A cette époque, lorsqu'au milieu du saint sacrifice de la messe , le prêtre se tournait vers le peuple , en disant , selon la formule ordinaire : « Priez aussi
hrés que toutes les aigle» impériales. , Aimah, Histoire du chevalier ftaiard, l. m. )
1 Voyer à \' Appendi.t la lettre qu'écrivit en cette occasion Louise fie Savoie au trésorier Florimond Robertel.
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» pour le Roi, » il ajoutait, a et pour Bayart » qui a sauvé le royaume de France 1 . »
Ce fut Un spectacle touchant que le départ du Bon Chevalier de la ville de Mézières ; les habitans l'accompagnèrent fort loin , en le comblant d'actions de grâces et de bénédictions; ils appelaient ses capitaines et ses soldats leurs défenseurs et leurs libérateurs, et baisaient jusqu'aux armes et aux casaques des moindres archers2.
L'anniversaire de la délivrance de Mézières fut célébré en grande pompe dans cette ville, le 27 septembre de chaque année , jusqu'à l'époque de la révolution3. L'oraison funèbre du Bon Chevalier était la principale cérémonie de cette fête dans laquelle , de génération en génération , les descendans de ceux qu'il avait sauvés s'associaient pieusement a la reconnaissance de leurs aïeux 4.
' Inter ceUbrandum divina conversas ad populum sacerdos subjungebat : Orale etiam pro rege et Bayardo qui regnunt Francis* lulatus est. (Rivai.hi, folio 34g.)
a Mditum -vestes vulgus osculabatur. (Rival lu , ibid.)
' Cette solennité a été rétablie depuis la Restauration.
4 Les orateurs chargés de prononcer cet éloge ne se sont |»as toujours élevés à la hauteur du sujet , témoin l'un d'entre eux , qui termina en ces termes sa burlesque harangue : Enfin , mes ehers mdi~
Bayart trouva sur sa route une population avide de le voir, et sans pouvoir se soustraire à ce glorieux cortège, il rejoignit le Roi qui s'était avancé jusqu'à Fervaques à la poursuite des ennemis.
François Ier lui fit un accueil « merveilleux, » et il ne pouvait se rassasier de le louer devant tout le monde, a En rémunération de sa vertu , » il lui donna le collier de son ordre de Saint-Michel et une compagnie de cent hommes d'armes en chef aux appointemens de cinq mille écus par an l. « Telles compagnies de ce temps ne se donnaient » par faveur et pour la plupart étaient réservées i aux seuls princes du sang. »
Les bienfaits du Roi rejaillirent sur ses deux frères ; Philippe Terrail fut pourvu de 1 evèché de Glandevès, et Jacques de l'abbaye de Josaphat près Chartres.
Bayart ne se serait pas cru digne des faveurs
teurs, imitez ses vertus, et tâchez tous d'être des Boyards, i<os femmes des Bajrardes, et vos en/ans des Bayardeaux.
' Pierre Terrail, seigneur de Bayart, lieutenant de la compaignie de M. de Lorraiue , lieuteuant-général au gouvernement de Dauphiné , capitaine de ceus hommes d'armes , fait chevalier par le roy François 1er à Fervaques , i5ai. (Catalogue des chevaliers de Saint- Michel, lettre T. Ms. de la Bibliothèque royale.) Le collier et la médaille du chevalier Sans Peur et Sans Reproche se trouvent aujourd'hui entre les mains de M. le marquis de La Fayette.
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de son maître s'il ne les avait justifiée» par dé nouveaux services. Il se mit k l'avant - garde commandée par le duc d'Alençon, et fat l'un de ceux qui contribuèrent le plus k la reprise de Mouzon. Le Roi poursuivit les Allemands , les força à repasser l'Oise, traversa lui-même l'Escaut et les atteignit non loin de Valenciennes, où Charles-Quint était venu à leur rencontre. Bayart s'élança sur l'arrière-garde des ennemis, en fit un grand massacre et les jeta en déroute. Le connétable de Bourbon , La Trémouille , La Palice , demandaient k grand* cris la permission d'achever la défaite des Impériaux ; mais déjk il suffisait que Bourbon ouvrît un avis pour que le Roi y fût contraire. Cet indigne motif et une aveugle déférence aux conseils timides du duc d'Àlençon et du maréchal de Chat il Ion, empêchèrent François de profiter de l'occasion qui s'offrait k lui de détruire l'armée de Charles-Quint ; « depuis il lui en coûta cher , car la fortune » qu'il avait refusée ce jour-lk lui en garda ran- » cune le reste de sa vie. »
Le Roi laissa quelques compagnies en garnison dans les villes de la Picardie et de la Champagne , licencia le reste de ses troupes et retourna k Compiègne..
Presque tout l'hiver se passa en escarmouches et en surprises de part et d'autre. Le Bon Chevalier resta jusqu'au mois de décembre à Guise et sur la frontière , et fit plusieurs courses dans le Hainaut. Mais quelques compagnies incomplètes d'hommes d'armes et de chevau-légers n'étaient pas suffisantes pour tenter d'importantes entreprises ; les gens de pied n'avaient pas coutume de marcher sans argent, et le Roi n'en fournissait guère 1 .
Le Bon Chevalier s'en vint fle là à Paris , et les Parisiens , instruits de son arrivée, voulurent aller au-devant de lui ; mais il entra secrètement dans la ville. Il lui fallut également se dérober à l'insigne et mémorable honneur que lui fit le parlement de cette capitale en lui envoyant une députation pour le complimenter sur sa belle conduite à Mézières. Bayait ne fuyait que devant les louanges 2.
1 Voyez à YJppendix la seconde lettre de Bayart au roi François H' .
a Et et Parisienses occurrere voluerunt, scil clàrn urbem Ingres s us est : Et in sacro palatii Parisiensis sacello senatus eum salulare votait Sed Bayardus ante adventum senatus à sacclh abivit ne /Virc-
.niretnr. (Rivam.ii , folio 35o.)
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