‹ Histoire de PoitouChapitre 5 sur 11 · INTRODUCTION. VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VII

rence contradictoires, « véritable Mélusine > » , comme Ta appelée Michelet, la race poitevine a étonné par ses contrastes. La vie sur ce sol a été à la fois facile et malaisée. La majeure part de la région s'est prêtée aux établissements humains par sa fertilité, sans exiger d'efforts de ceux qui s'y fixèrent. Mais au contraire, le Marais, le littoral, la Gâtine et le Bocage à l'Ouest, les brandes et les landes de l'Est ont exigé de leurs habitants la mise en œuvre de patientes énergies. D'ailleurs, l'existence des uns et des autres a passé par des alternatives de paix et de prospérité, de troubles et de misères, consécutives aux grands chocs des peuples. De là, dans le caractère comme dans l'existence historique du Poitou, des oppositions tranchées. Bien avant Michelet, les chroniqueurs du xii^ et du xiii*^ siècle avaient remarqué ce « génie mixte et contradictoire » d'une province, où « tout paraît commencer, où rien ne s'achève », véritable « Janus », j)ays à deux visages, l'un tourné au nord, l'autre au sud, qui avant de se fondre dans l'unité française, et même après s'y être confondu, étonne par les soubresauts déconcertants où il a paru se com-

fdaire. Il a hésité en effet entre les dominations et les civiisations opposées, entre la Gaule et Rome, entre le paganisme et le christianisme, entre les Visigoths et les Francs, entre les Capétiens et les Plantagenets, entre Rome et Genève, entre la Révolution et l'ancien régime, fournissant aux diverses causes des champions et des adversaires. Les vicissitudes de son histoire, ces guerres sans fin, ces luttes ardentes, suivies de longues périodes de paix et de calme, où le Poitou paraît comme assoupi et reposé après la fièvre, ces torpeurs suivies de réaction, trouvent leur explication partielle dans les traits permanents de la nature physique et dans la situation d'une province qui a ainsi payé en quelque sorte la rançon de ses privilèges.

La discontinuité dans l'effort, l'apparence de la versatilité, de lourdes chutes après des envolées pleines d'espérances, de profondes décadences succédant à des périodes de grandeur, tel est l'aspect que présente l'histoire de la nationalité poitevine. Elle laisse l'impression de l'inachevé. L'apathie, fa somnolence, la passivité y font souvent suite aux manifestations d'énergie, d'activité et de vitalité. Aux époques où il n'est pas aiguillonné par la nécessité ou réveillé par la souffrance, le génie poitevin s'abandonne volontiers à la douceur du bien-être. Mais les Poitevins, si sensibles aux bienfaits de la paix, de la discipline, de l'autorité, se

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