Le commerce et l'industrie en décadence
Le bien-être, Tindustrie et le commerce étaient en souffrance. On ne doit pas se méprendre sur l'agrandissement de quelques villes, bâties en briques, de Varsovie surtout qui était devenue depuis quelque temps la capitale et avait une résidence royale^ ni se faire illusion à la vue des magasins de soieries qui devenaient plus nombreux qu'antérieurement , et du luxe qu'étalaient toujours les seigneurs opulents. Si le nombre des magasins et des boutiques se multipliait, la raison en était que le prix des soieries et des autres tissus précieux , des plumes de héron , des hermines et d'autres fourrures, baissait considérablement; que ces objets devenaient plus communs; que les marchands étrangers voyageant plus difficilement dans un pays en proie à la guerre ^ préféraient plutôt s'établir dans un lieu fixe, et principalement dans les villes le plus importantes , où ils trouvaient plus de ressources. Les Arméniens et les Allemands adoptèrent ce parti. Les indigènes ne s'adonnaient point au trafic en détail , ni à l'étalage , et la noblesse en avait une aversion politique. Les jui^ montraient toujours une extrême adresse dans les spéculations commerciales et s'emparaient des plus
iSi POLOGNE EN DÉCADENCE.
minutieux détails. La noblesse s'occupait particulièrement du commerce de bestiaux , de céréales et de bois. Les bœufs et les chevaux d'Ukraine, faisaient Tobjet principal du négoce sur le continent. Le vin de Hongrie, les étoffes turques, le tabac , les tapis venant de TAsie , la quincaillerie de Nuremberg , faisaient aussi Fobjet du commerce continental. Dantzick était toujours Fentrepôt du commerce d'outre-mer, et le débouché des produits du pays. Mais la Pologne fournissait alors la moitié seulement de ce qu'elle exportait antérieurement en blé et surtout en froment et en seigle , parce que les besoins n'étaient (dus aussi grands à l'étranger, et qu'en réalité elle ne produisait plus autant qu'autrefois. Le3 étrangers recherchaient de préférence la potasse, les cuirs, le lin, le bois et autres objets de construction. La Hollande apportait par mer la plus grande partie des objets nécessaires à la consommation, comme le sucre et autres épiceries; différentes espèces de vin et principalement les vins de France, plus chers alors que ceux de Hongrie; l'huile, les harengs de leur pêche; les marchandises de leurs fabriques où de celles de la Belgique, telles que la toile, les meilleurs draps, le papier, la tenture en papier, les nappes damassées , les dentelles du Brabant , jusqu'à des briquet et des tuiles hollandaises qu'on recherchait en Pologne, pour construire des bâtiments solides. Tous ces objets arrivaient par Dantzick. Dans le pays même, on fabriquait seulement du drap et des toiles grossières , à l'usage des paysans et des classes les moins aisées. A Dantzick, les artisans et les hommes de métiers étaient plus habiles ; on y fabriquait de beaux meubles et des voitures qui surpassaient celles des autres pays de l'Europe. Cependant on trouvait aussi dans les grandes villes des artisans très-habiles.
i82« Coutumes des nobles delà classe moyenne*
Les anciennes coutumes subirent de grandes modifications chez les nobles de la moyenne classe. Leurs maisons étaient ordinairement en bois, mais décorées des produits industriels fournis par la Hollande. On y voyait sur la tenture de la muraille, les portraits de leurs ancêtres, attachés suivant l'ordre généalogique. On plaçaitdans les chambres des poêles énormes
en carreaux de faïence coloriée pour échauffer la maison , et des foyers sons les cheminées , où Ton entretenait un grand feu. Des tahles et des chaises travaillées avec simplicité. De nombreuses vaisselles en étain, enverre,enfoïence^ étalées avec symétrie sur les buffets et arnK)ires , formaient récfaansonnerie et meublaient les pièces destinées aux repas. L'argenterie se trouvait pour les jours de fêtes ; dans plusieurs maisons on voyait des commodes et des tables élégantes , incrustées en bois de différentes couleurs, en nacre ou en feuilles d*nn métal luisant. L'argenterie ne surchargeait plus les tables comme autrefois , on ne portait plus aussi généralement des chaînes , on ne suspendait plus autant d'armes aux murailles , mais on continuait à servir les repas avec profusion. L'on y prodiguait le vin de Hongrie, Thydromel et l'eau-de-vie. On commençait à allier le goût français à celui du pays. A l'exemple des riches seigneurs qui faisaient venir des cuisiniers d'Espagne y d'Italie et surtout de France , la noblesse moyenne assaisonnait moins ses plats, mais elle les adoucissait , se servant de pâtés , de gelées à la française. Cependant on conserva toujours l'ancienne cuisine nationale. On servait tous les mets sur des plats séparés qu'on cessait de placer sur la table; on les faisait porter à Tentour , par des domestiques, pour les présenter aux convives. Pour ce service, des laquais devenaient nécessaires. On renvoya les domestiques de l'ancienne façon , dans les fermes fczeladzj; il ne restait que les haïduks, auxquels on réunit pour le sercice de la codr les kozaks et la livrée, et le nombre en étut considérable. L'ivrognerie devenait une preuve d'hospitalité. Les nobles se réunissaient aux fête» de famille, aux assises des tribunaux et de la justice terrestre, aux dietin.es, aux foires, aux kermesses, aux grandes fêtes de l'église. Ils se conviaient mutuellement, en bonne harmonie, et quelquefois se disputaient, en venaient aux mains et se servaient de leurs armes.